AÉRÉ
Aéré estconstruit sur la rive gauche du petit bras du fleuve, ou marigot de Doué, au sud de Pîle à Morfil, à environ 360 kilomètres de Saint' Louis, sur la frontière qui sépare le Toro de la province de Fouta. C’est un centre de notre commerce avec ce dernier pays, un refuge pour notre flottille marchande. Ce poste a été construit, en 1866, pour contenir les Toucouleurs (lu Fouta, peuplade la plus turbulente de la Sénégambie. Il se compose d’une enceinte palissadée et d’une tour en maçonnerie occupée par une garnison de vingt hommes, et pouvant recevoir pour vingt jours de vivres et de minrltions pour une colonne de mille hommes (Laprade).
MATAM.
Construit de vive force, en 1857, dans le Fouta-Damga, le poste de Matam est une tour défensive en maçonnerie, située sur la rive gauche du fleuve, cà 602 kilomètres (525 milles marins) de Saint-Louis, et à peu près à moitié route de Saldé à
TOPOGRAPHIE MÉDICAEE DU SÉNÊGAE. T.5
Bakel. La garnison est de quinze hommes. C’est un point de refuge pour notre flottille marchande et un centre de commerce de gommes, de mil cl d’arachides.
Le fleuve n’est navigable, devant Matam, pour les navires calant de 2 mètres 50 à 5 mètres, que du juillet au 1®® novembre; de sorte que Matam reste isolé pendant plus des doux tiers de l’année. Ce poste ne reçoit pas habituellement de médecin, mais il a été assez longtemps commandé par des médecins de la marine qui nous ont fait connaître sa haute insalubrité.
BAKEL
Bakel est le chef-lieu du haut Sénégal. C’est un point d’une grande importance, très bien défendu. Le fort, construit en 1820, remplaça, pour notre domination dans le pays de Galam, les forts de Saint-Joseph et de Saint-Pierre qui, il y aura bientôt deux siècles (1699 et 1717), avaient été les premiers établissements français dans ces régions éloignées de la côte.
Bakel est un centre commercial très actif où chaque année remonte toute une flottille de navires qui y font un commerce considérable d’or, de mil, d’arachide, de beurre, de bœufs, de moutons, de plumes d’autruche, d’ivoire. On tire de Bakel, année moyenne, 400 000 kilogrammes de gomme.
Bakel est situé par 14®, 53', 15" de latitude nord et 14°, 49', 25" de longitude ouest. La latitude de Bakel est à peu près la même que celle de Pile de Corée. Ce point se trouve donc par un heureux hasard parfaitement placé relativement à sa distance de l’équateur pour être l’objet d’une comparaison de son climat essentiellement continental avec le climat marin de Corée. Nous nous en servirons pour faire ressortir les modifications profondes qu’apporte le voisinage ou l’éloignement de la mer dans la climatologie des différentes localités du Sénégal.
d’pour parvenir à Bakel, il faut remonter le fleuve du Sénégal sur une longueur de 769 kilomètres (415 milles*). La distance qui sépare Bakel de la côte est, dans la direction d’une ligne
* Ces distances, et celles indiquées précédemment, diffèrent de celles données dans plusieui-8 ouvrages et sur plusieurs caries. Elles résultent des documents des Archives du service de la marine à Saint-Louis, et sont citées par le commandant E. Borius (Obtervaliong faite» dan» un voyage de V embouchure du Sénégal aux cataracte» du Félou, in Annuaire de la Société météorologique, l. XXV, p. 1.31'
A. BORÏUS.
allant de l’est à l’ouest, et passant très près de Corée, de 520 kilomètres environ.
Le fort actuel, établi en 1820, n’a été complètement achevé qu’en 1860. Il ne se composait primitivement que de logements insul'lisauts et malsains, où la troupe européenne dut être remplacée par des soldats indigènes, à cause de l’effrayante mortalilé (jui régnait sur elle. Les prétentions du prophète Al-Iladji-Ornar, qui avait soumis toute la partie de l’Afrique située entre le Sénégal et le Niger, nous forcèrent de tourner nos vues vers le haut du lleuve. Le poste fut agrandi et fortifié, et les Européens, quoique encore éprouvés par les inlluences pernicieuses, parcourent, avec moins de pei tes qu’autrefois, leur période d’une année de séjour dans cette contrée lointaine.
Le fort, placé sur un monticule qui domine le fleuve sur sa rive gauche, est élevé de 24 mètres au-dessus des plus basses eaux, et de 10 mètres environ au-dessus des plus hautes, dont il est, pendant l’hivernage, entouré de presque tous les côtés. Son enceinte bastionnée, de la forme d’un losange irrégulier, a de 5 à 4 mètres de haut du côté du terre-plein de l’ouvrage.
et une élévation plus considérable au dehors. Les cours sont propres, formées d’un terrain rocailleux, et as.sainies par quelques arbres. Les logements, pour la troupe et pour les officiers, sont vastes et salubres; ils sont placés au premier étage de deux pavillons parallèles, dirigés du nord au sud.
Le système de défense est complété par des blockhaus situés à de petites distances sur des collines qui dominent le fort. Toutes ces constructions sont en maçonnerie, et surmontées, comme celles de Saint-Louis, de terrasses plates bitu-
mées.
Le fort peut contenir une centaine d’hommes, et les blockhaus cinquante environ, La garnison, dont le nombre d’hommes et la composition varient selon les circonstances, compte une vingtaine d’Européens au moins et un nombre variable de
soldats indigènes.
Le village de Bakel s’étend sur des collines auteur du fort et des blockhaus et le long du lleuve qui, situé à l’est, coule dans la direction du sud au nord; il se compose de cases cylindriques eu paille. Quelques véritables maisons sont construites par nos soins et habitées par les traitants noirs de
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Saiiil-Louis, chargés de notre commerce. Les rues du village sont larges, droites, aboutissent à de nombreuses places, en bon état pendant la saison sèche, mais presque impraticables pendant l’hivernage, à cause des mares qui se forment dans les dépressions de terrain. Ouelques-imes d’entre elles sont recouvertes d’eau pendant plusieurs semaines dans les fortes inondations (Yerdier‘). •
Le village s’étend sur une grande superficie, et contient une population d’environ 4000 habitants. 11 fait partie de l’ancienne province du Gaddiaga qui, avec le Kasso, formait le pays de Galam.
A l’ouest du fort se trouvent de vastes marais. Au nord, un marigot qui met ces marais en communicaiion avec le fleuve dans la saison des pluies, et qui offre un terrain rempli de petits marécages où l’eau croupit pendant une partie de la saison sèche.
A l’est de Bakel coule le Sénégal qui, dirigé d’abord du sudest au nord-ouest, forme un coude en amont de Bakel, se dirige alors, du sud au nord, sur une longueur de 8 à 10 kilomètres, et reprend ensuite sa direction primitive. La largeur du fleuve est de 200 à 500 mètres environ, en face du village, à l’époque des basses eaux. Mais à 1 kilomètre au nord de Bakel, le fleuve se rétrécit considérablement, et n’a plus que 80 mètres, par suite de l’émergence d’un vaste banc d^ sable relié à la rive gauche. Le débit du fleuve ne serait, dans la saison sèche, en ce point, que de 3000 mètres cubes par minute, ou 50 mètres cubes par seconde, d’après les mesures et calculs du docteur Verdier.
Le fond du fleuve, à Bakel, est généralement boueux. Le long de la rive droite, il est rocailleux. Le long de la rive gauche, le sable forme de nombreux bancs qui, dans la saison sèche, constituent des gués ou passages que les chalands même ne peuvent franchir pendant quelques mois.
Les rives, très escarpées à droite, le sont moins à gauche; elles sont formées, en grande partie, de terres végétales que les indigènes cultivent lorsque les eaux se retirent; mais les détritu.s organiques qu’elles contiennent sont une puissante cause de rmsalubrilé que nous aurons plus lard à signaler.
Etude *nr le ponte de Bakel, Tliùse de Paris, 1876.
A. BORIUS.
Le sol des environs de Bakel est très accidenté; il est parsemé de collines assez hautes, dont la direction est du sudouest ou du nord-est.
Bakel est le chef-lieu d’un des trois arrondissements entre lesquels se divise administrativement le Sénégal. Il est commandé ordinairement par un officier d’infanterie de marine. Un médecin de la marine y fait une résidence d’un an. Pendant un certain temps ce poste a été occupé par un médecin de classe. Mais depuis que le nombre des Européens a été diminué, c’est un médecin de 2® classe qui est chargé du service medical de Bakel. La garnison est relevée, chaque année, par des troupes fraîches qui arrivent de Saint-Louis dès que la crue permet au navire à vapeur de remonter le fleuve jusque-là. C’est ordinairement au mois de juillet que se fait ce voyage de la garnison et le ravitaillement du poste. Pendant huit mois, Bakel ne peut avoir, avec Saint-Louis, que des communications fort difficiles; cependant, en temps de paix, une correspondance postale s’établit mensuellement, par piétons, entre Bakel et Podor, et de là, par la rive du fleuve, avec Saint-Louis.