MÉDINE
Le fort de Médine* fut construit, en 1855, sur la rive gauclie du fictive, à 926 kilomètres (495 milles marins) de Saint- Louis. Il est situé, par 14°,20',10"delatitudenordetl5®,44',9"‘ de longitude ouest, dans la province du Kasso, à 3 kilomètres au-dessous des cataractes du Félou. 11 protège le commerce qui SC fait dans le haut du fleuve « et couvre Bakel, en nous rendant maîtres de la plus belle position de tout le Sénégal® ».
Le poste est construit sur une éminence d’une vingtaine de mètres au-dessus du niveau du fleuve; il se trouve sur un coude formé, en cet endroit, par la rive gauche du Sénégal, et en est éloigné de 30 mètres environ. En bas se trouve un petit îlot où les traitants font construire ou réparer leurs chalands.
A l’ouest du poste s’élève une tour qui, depuis quelques
* Médine, en arabe, vent dire ville.
2 Faidherbe, Chapitres de géographie, sur le nord ouest de l'Afrique. Iirvprinici'e (le , Saint-Louis, 1864.
TOPOGUAIMllK MÉDICALE DU SÉiNÉCAl,. "iD
aimées, est inhabitée; elle est bâtie sur une éminence à peu près de la meme hauteur que celle du |)ostc, et reliée à ce poste par un chemin de ronde dont les murailles sont en terre du pays.
Près du poste se trouve le village de Médine, dont le roi est depuis longtemps notre fidèle allié. Ce village est défendu par une enceinte circulaire oli tala, dont les murailles en terre et pierre ont une hauteur de 6 ou 7 mètres.
Au nord du poste se trouve le jardin, qui s’étend en pente rapide jusqu’au fleuve. Derrière le poste, on voit une pyramide rappelant l’héroïque défense de Médine. En 1857, Médine fut attaqué par le prophète Al-lIadji-Omar, à la tête de 20000 muï^ulmans. La garnison régulière du fort se composait de 64 hommes, dont il Européens seulement. Le commandant était un métis de Saint-Louis, le brave Paul Hohl, secondé par le sergent d’infanterie de marine Desplat. Médiiie repoussa deux assauts et soutint un siège qui dura 95 jours. Mourants de faim, et ayant épuisé leurs dernières munitions, ces braves allaient succomber, lorsqu’ils furent secourus par le gouverneur Faidherhe, à la tête d’une colonne de 300 Européens. Le prestige de cette victoire, remportée par nos armes dans ce pays lointain, dure encore.
Médine est la possession européenne la plus avancée dans l’intérieur de l’Afrique occidentale. Un point dont l’importance ne pourra qu’aller toujours en grandissant, c’est la tête de ligne du futur chemin de fer transsaharien. La situation de Médine, sur une berge escar|)ée, soustrait, en partie, ce poste aux influences des marécages. Le pays du voisinage est fort pittoresque, très varié et semé de collines. En arrivant à Médine, on constate que l’on a quitté les vastes plaines d’alluvions si malsaines, où se trouvent la plupart de nos possessions.
Un nouveau poste se crée en ce moment à Bafoulabi, au delà de .Médine, au point de réunion de Bakoy et du Baling; c est la première étape de la roule qui doit, dans l’avenir, relier le bassin du Sénégal à celui du Niger. On ne peut se rendre en bateau à vapeur de Bakel à Médine, sans crainte d’échouer, qu’aux mois d’aoùt et de septembre.
A lioluris.
SÉNOUDÉliüi;.
Nous avons dit que le plus important des alfluents du lleuvc le Sénégal était la l'alcmé. Cette rivière, qui prend sa source dans le Fouta-Djalon, et vient se jeter dans le Sénégal à 30 kilomèlrcs au-dessus de Bakel, est navigable, au moment de la crue annuelle, jusqu’à Bountou par nos plus petits avisos à vapeur; mais, dans la saison sèche, elle est à sec dans beaucoup d’endroits. Elle arrose le Barnbouk, qu’elle sépare, dans la partie inférieure de son cours, de la province du Bondou. Sur la live gauche de la Falemé, k*s Français avaient établi, en 1715, le fort Saint-Pierre qui, plus tard, fut abandonné. Lorsqn’en 1845 notre colonie prit l’extension qu’elle a conservée depuis, le gouverneur fit occuper de nouveau, par nos forces, ce point avancé de la partie orientale de nos possessions, et un fort fut construit au village de Sénoudébou, qui occupait à [>eu près l’ancien emplacement du fort Saint-Pierre.
Sénoudébou est situé géographiquement par 14", 25', 22" de latitude nord et 14®, 36', 49" de longitude ouest. Le fort se trouve à environ 80 kilomètres du confluent de la Falemé et du Sénégal; il se compose d’une redoute carrée en maçonnerie, contenant une caserne pour vingt hommes. La garnison française en a été retirée provisoirement, et le fort est confié à la garde d'un de nos alliés, chef de la province du Bondou.
KÉMÉBA.
Au sud de Sénoudébou, à quelques kilomètres de la rive droite de la Falemé, se trouvent les mines d’or de Kéniéba, dont nous aurons à parler lorsque nous nous occuperons de la constitution géologique de notre colonie. Ces mines d’or sont, depuis foi t longtemps, exploitées par les indigènes. En 1858, un établissement français fut construit à Kéniéba pour leur exploitation. Cet établissement a, depuis lors, été abandonné sans que, cependant, on soit en droit d’affirmer que les richesses minérales de ce pays ne puissent, dans l’avenir, offrir à notre colonie une imporlanle source de travail et d activité commerciale. Le dernier mot n’est pas encore dit sur les placées sénégalais.
TOrOGliAPlIlt: MblDlCALE Üll bENEUAL.
5“ Pays conipï'is dans la colonie du Sénégal^ et situés en dehors du bassin du fleuve.
La France a créé encore un certain nombre d’établissements qui, bien que situés en dehors du bassin du Sénégal, font partie (le la colonie qui porte ce nom. Ces établissements peuvent se diviser en deux catégories : La première comprend deux points aujourd’hui inoccupés, mais sur lesquels tous nos droits sont conservés, et qui sè trouvent au nord de l’embouchure du Sénégal; la seconde comprend la presqu’île du Cap-Vert, l’île de Corée, le pays situé entre l’embouchure du fleuve et le Cap- Vert, enfin un certain nombre d’établissements placés entre le Cap-Vert et l’embouchure de la Gambie. Voici la liste de ces pays et des établissements qui^ font partie de la colonie du Sénégal :
Au nord de l’embouchure du Sénégal : Au sud de l’embouchure du Sénégal :
Arpuiii, Le Cayor et les postes de Bétète,
Portendiik. — — MbidjeiVi,
— — Tliiès,
La presqu’île du Cap-Vert et Dakar, L’île de Corée.
Les établissenicnls de Rufisque,
— Portudal,
— Joal.
Les établissements de la rivière dîi Saloum.
ARGUIN ET PORTENDICK,
Los deux établissements situés au nord de l’embouchure du Sénégal ont été abandonnés et ne sont plus même que rarement visités par nos navires. Ces établissements n’avaient jamais eu d’autre destination que de faire concurrence à ceux des rives du Sénégal pour le commerce des gommes, concurrence qui n’a plus sa raison d’être, alors que les divers points sur lesquels peut se faire ce commerce sont dans les mains de la même nation. La revendication de nos droits sur ces anciens établi.ssements présentait donc une certaine importance ; aussi avons-nous cédé à l’Angleterre, en 1857, le seul poste que nous possédions sur la Gambie (Albreda) en échange de la renonciation par les .Vnglais au droit de commerce sous voiles,
depuis 1 embouchure de la rivière Saint-Jean jusqu’à Portendick.
A. BORIUS.
L’île d’Arguin fut successivement occupée par les Portugais, les Anglais, les Hollandais et les Français qui, pour la possession de ce misérable établissement, où souvent ils étaient menacés de périr de soif, se sont livrés de sanglants combats. Les Français, après une dernière lutte, (irent sauter le bastion portugais. Après bien des alternatives, de 1448 à 1724, ils en restèrent les maîtres. Ils l’abandonnèrent après la ruine de toutes les compagnies du Sénégal.
L’île d’Arguin, située au sud du cap Blanc par 20“ 27' de latitude nord, 18“ 48' de longitude ouest, occupe une assez vaste étendue. Elle est inculte et basse, présente vers son centre deux ou trois mamelons d’une quinzaine de mèti'es d’élévation. Elle possède deux citernes destinées à recevoir les eaux de pluie qui s’écoulent à la surface du sol. Les natui’els de la côte ont eux-mêmes abandonné l’île. Dans ces dernières années, une maison de commerce du Sénégal a tenté d’y établir des pêcheries. Le poisson, la morue surtout, abonde sur toute la côte. Il est malheureusement difficile de trouver un procédé économique de conservation du poisson recueilli sous ces latitudes.
La côte, depuis le banc d’Arguin jusqu’à Saint-Louis, est partout sablonneuse et surmontée de collines mouvantes, sans cesse modifiées par Faction des vents qui les agitent comme les flots de la mer. La première trace de végétation s’apercevait à Portendick, autrefois signalé par deux palmiers devenus célèbres par cela même. Ces palmiers ont disparu, Portendick n’est plus qu’un point géographique sur la côte par 18“ 15' de latitude nord et 18" 27' de longitude ouest. Il n’existe plus absolument rien de l’ancien établissement de ce nom. Quelques Maures Trarzas élèvent passagèrement leurs tentes sur la pointe de Portendick, qui abrite assez mal une petite baie où venaient autrefois mouiller les navires.
Tandis que les établissements situés au nord de l’embouchure du Sénégal finissaient par disparaître et ne restaient plus qu’une possession nominale, ceux situés au sud prenaient une extension de jour en jour plus marquée ; 1 un d eux, celui de Dakar, tend même à remplacer Saint-Louis, dans un avenir peu éloigné.
Au sud du Sénégal, nos établissements sont tous situés sur la côte maritime ou à une très petite distance de cette côte.
TOrOGRAI'llIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL.
Aucun fleuve important n’a j)crmis aux Européens de s’établir bien avant dans l’intérieur des terres, entre le Sénégal et la Gambie. Le pays n’est d’ailleurs habité que sur une profondeur peu considérable, à partir de la côte. 11 est constitué par deux provinces : le Cayor et le Djiolof. Ce dernier renferme un désert que les caravanes ne peuvent traverser qu’en transportant leur approvisionnement d’eau. Les communications entre le Sénégal et la Gambie n’ont lieu que par mer pour les Européens et, pour quelques caravanes d’indigènes, par la région des plateaux supérieurs dans les localilés où ces deux fleuves sont peu éloignés l’un de l’autre.
La côte maritime entre les deux embouchures de ces fleuves est partagée en deux parties à peu près égales, par le Cap-Vert qui s’avance jusi]u’à 19“ 15' de longitude ouest. Sur toute son étendue, cette côte présente le même aspect : une plage de sable très blanc, placée eomme un étroit ruban entre la mer et une maigre végétation formant derrière elle une ligne verte peu accusée et que nulle part on ne voit disposée en col li n'es DU en terres plus ou moins élevées on accidentées.
Une ligne non interrompue de brisants rend l’accès de celte plage impraticable aux embarcations autres que les pirogues.
! La presqu’île du Cap-Vert seule est accessible, grâce à une : belle rade formée au sud de cette presqu’île par une conca- ' vité naturelle qu’elle protège contre la houle du large. Dans 4 cette baie .^e trouvent l’île de Gorée et un port tranquille, t celui de Dakar, que deux belles jetées rendent encore plus I. sûr.
i LE CAYOR.-
Entre Saint-Louis et la presqu’île du Cap-Veit se trouve l'e Cayor, peuplé par les Ouolofs. Il est indépendant, sous les ordres d’un chef, le Damel. Ce royaume est le premier que •présenle aux regards la carte de la Sénégambie, en commençant par le nord. 11 est traversé par une route et par une ligne télégraphique qui nous appartiennent et le long desquelles se trouvent di.sséminés un certain nombre de postes français de protection. Quelques parties du Cayor, notamment celle constituée par la presqu’île du Cap-Vert, sont complètement sous notre domination.
Le.s postes protégeant notre ligne télégraphique de Dakar à
A. Bomus.
Sainl-Louis n’ont qu’une importance secondaire. Cependant, ils ont pu, à l’époque de leur établissement, contenir des garnisons européennes assez nombreuses pour que des observations médicales y aient été multipliées et aient permis d’établir l’insalubrité de la plupart d’entre eux. Voici, à partir de Saint-Louis, quels sont les postes de la ligne télégraphique et (juelles sont les distances qui les séparent entre eux :
De Gandiol à Sainl-Louis 18 kilomètres.
— à Bélète 66 —
De Bélèle à Mbidjera 60 —
De Mbidjem à Rufisque 30 —
De Rufisque à Dakar 22 —
Citons encore les postes dePout, de M’boro, de Lompoul, de Nguiguis, Ndiague et de Kermandoubé-Kary, points stratégiques occupés à certains moments de l’histoire du Sénégal et évacués, depuis plusieurs années, à la suite de la pacification du pays. Les deux plus importants postes du Cayor sont Thiès et Mbidjem.
THIÈS.
Thiès est situé dans l’intérieur des terres, à 48 kilomètres à l’est de Rufisque, et à 20 kilomètres de Mbidjem; il fut construit en 1804 pour protéger les caravanes contre les brigandages des indigènes. 11 comprend une redoute en terre palissadée, un blockhaus et une baraque pouvant contenir 20 hommes de garnison. Ce poste se trouve entre les routes du Cayor et du Baol, petite province au sud du Cayor, Il a été construit dans une partie déclive du terrain, ce qui y rend la température beaucoup supérieure à celle des localités voisines. On y voit un arbre gigantesque, mesurant exactement 40 mètres de hauteur et dont les branches horizontales sont assez vastes pour protéger toutes les constructions du fort contrôles rayons du soleil. Cet arbre, qui reçoit des Européens* le nom de Fromager, est appelé, par les naturels, Benten: c’est le Bomhax pentendrum de Linnée, VEriodendron anfractuosum de DeCandolle. Les environs du poste sont déboisés dans une étendue d’à peu près 800 mètres. Thiès est sous le commandement d’un capitaine qui envoie un détachement au petit port voisin de Bout.
Mbidjem est situé à 60 kilomètres de Corée, dans la pro-
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL. 45
vincè du Diander. Le poste n’est (pi’à G kilomèti'es de l’Océan, au sommet d’une pente qui descend jusqu’à une plaine marécageuse portant le nom de Tainna. Cette plaine, disposée en demi-ceinture autour du poste, est transformée en lac depuis le commencement de l’iiivernage jusqu’au milieu de la saison sèche. Le bassin de la Tamna n’est séparé de la mer que par de hautes dunes de sable. 11 présente ceci de particulier que c’est, pendant l’iiivernage, un lac d’eau douce et, pendant la saison sèche, une marc salée, par suite des infdtrations de l’eau de la mer dont le niveau est plus élevé que celui du lac. La Tamna, dans cos conditions, ne peut être qu’un foyer de miasmes fébrigènes très intenses, faisant ressentir ses effets sur la petite garnison de Mbidjem.
L’insalubrité de Mbidjem contraste avec la salubrité de Corée, situé dans le voisinage et sous un climat parfaitement identiques, mais dans des conditions telluriques bien différentes.
presqu’île du cap-vert.
En jetant les yeux sur la carte de Sénégambie, on remarquera que la presqu’île du Cap-Vert a la forme d’un triangle assez régulier dont l’un des angles se confondrait avec le continent, en formant un isthme d’une largeur d’un peu plus de 5 kilomètres. Les deux autres angles sont situés, Tun au sud, l’autre à l’ouest. Le premier est constitué par le cap Manuel, roche basaltique, d’une élévation de 40 mètres; le second, par le récif des Alraadies, qui forme l’extrémité la plus occidentale de tout le continent africain. Le Cap-Vert est situé sur le côté de la presqu’île qui regarde le sud-ouest, très près de la pointe des Almadies, mais un peu à l’est de cette pointe. Deux pointe culminants, appelés les Mamelles, le rendent très remarquable. Sur la plus haute de ces deux collines, d’une élévation de 100 mètres, on a construit un phare. La roche des Almadies '.t le cap Manuel, situés plus au nord, sont également garnis de feux. Ces trois points de repère servent aux navires à reconnaîlre la rade de Gorée. Les côtes du nord et de l’ouest de la presqu’île sont semées d’écueils qui les rendent inaccessibles.
La partie orientale de la presqu’île forme, au contraire, avec l’île de Gorce et la partie sud de la côte d’Afrique, une vaste baie qui, divisée en deux par un promontoire nommé
pointe de Bel-Air, (orme deux rades, dont la plus importante est celle qui est située entre l’île de Corée et de Dakar. A l’abri de la pointe de Dakar, promontoire élevé de 14 mètres, se trouve un port fermé par deux belles jetées : c’est le meilleur port (le la côte occidentale d’Afrique, celui qui est le plus favorablement situé pour le ravitaillement des navires.
La presqu’île du Cap-Vert présente, pendant l’hivernage, un aspect assez verdoyant; pendant le reste de l’année, elle n’est couverte que d’une végétation misérable, au milieu de laquelle s’élèvent seuls quelques énormes boababs‘ dépouillés de leurs feuilles.
Les côtes sont plus hautes que l’intérieur du pays; aussi le milieu de la presqu’île devient-il marécageux penciant la saison des pluies. Ces eaux ne pouvant se jeter à la mer, et retenues à la surface par la nature du sol, essentiellement argileux, ne disparaissent que lentement et par évaporation.
Les sables soulevés par les vents forment, dans quelques points de la côte, des dunes très mobiles et très envahissantes. Ces dunes suivent, dans leurs mouvements, une marche qui indique la direction des vents dominants. L’endroit où elles sont le plus élevées est au niveau d’un étranglement de terrain qui forme, à l’extrémité sud de la presqu’île, une sorte de nouvelle presqu’île constituée par le cap Manuel et la pointe de Dakar; leur hauteur atteint jusqu’à 14 mètres.
La crête de ses lames de sable indique assez d’où soufflent les vents les plus fréquents. Ces dunes sont poussées lentement du nord-est au sud-ouest; elles jouent un rôle particulier qu’il est intéressant de faire remarquer.
Jetés sur un sol qui n’est constitué, comme nous venons de l’indiquer, que par de l’argile mélangée de roches, ces sables, lors de la saison des pluies, retiennent les eaux douces qui ne peuvent que très difficilement pénétrer le sous-sol. Ils laissent filtrer lentement les eaux pluviales; aussi, existe-t-il sous ces dunes une nappe d’eau assez considérable pour suffire, jusqu’à présent, à la consommation d’une ville en voie de formation. Cette petite étendue de terre n’offre aucun ruisseau, le centre de la presqu’île seul est marécageux; aussi la ville de Dakar n’aurait que la mauvaise eau de scs puits sans le voisinage des dunes. Elles lui servent de réservoirs d’eau.
* Adansonia digilala.
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL
DAKAIt.
Celle ville est située par 14“ 40' de latitude nord et 19“ 46' de longitude ouest, sur la cote sud de la presqu’île du Cap- Vert. Elle est placée sur un plan incliné s’élevant assez rapidement du niveau de la mer à une altitude de 15 mètres, et regardant le nord-est d’où soufflent les vents dominants, situation favorable <à la construction d’une ville. La ville de ce nom n’existe guère en effet que sur les plans, à peine possèdet-elle une douzaine de véritables maisons.
Le peu de profondeur de la couche végétale, la brièveté de la saison pluvieuse, rendent la presqu’île du Cap-Vert assez aride. Les végétaux n’y sont point nombreux : divers genres de figuiers dont les fruits, parfois assez analogues à ceux des pays tempérés, sont immangeables et tombent avant la maturité; quelques boababs, entièrement dépouillés de leurs feuilles pendant toute la durée de la saison sèche, ou plutôt jusqu’aux approchés de la saison pluvieuse; quelques palmiers de diverses espèces et quelques rares tamariniers*, voilà pour les arbres d’une certaine hauteur. En fait d’arbres (le moyenne taille, de nombreux acacias servant d’entourage à la plupart des maisons et des cases. Ces arbustes sont loin d’avoir l’importance de l’acacia verek, si commun dans l’intérieur de la Sénégambie; le peu de gomme qu’ils produisent est analogue, comme aspect et qualité, à celle que donnent les divers arbres de la famille des Rosacées. Enfin on y voit des plantes herbacées qui poussent avec une vigueur incroyable pendant les trois mois de juin, juillet, août, pour pourrir et se détruire entièrement en octobre et novembre. Ces particularités font que les voyageurs qui ont vu Dakar à des époques différentes de la même année ont pu en faire des descriptions absolument contradictoires.
En effet, tandis qu’au mois d’août, par exemple, on voit de l’eau et de l’humidité partout sur le sol et que la terre, couverte d’une végétation luxuriante, frappe d’admiration l’Européen arrivant pour la première fois dans la contrée; au mois d’avril, en revanche, le sol aride offre l’aspect de la désolation et de
* Le Tamarinier {Tamarindus Indica), Dakar ou Dakhar en langue ouolove, paraît avoir donné son nom au village très ancien de Dakar, centre le plus important de la presqu’île du Cap-Vert. Le mot désignant ce bel arbre entre dans la (imposition d’un certain nombre de noms de villages de la province du Oualo.
A. BORIÜS.
la mort végolalc : arbres et arbustes sont alors tlcpouillés absolument de leurs feuilles.
Dakar n’a été orcupé par les Français qu’en 1850; ce n’est encore qu’une ville à l’état embryonnaire. Une jetée circonscrit un port déjà bien abrité, et sur le quai duquel on voit des parcs à charbon, des magasins assez étendus, destinés à recevoir les agrès et apparaux nécessaires à la marine, une cale de réparation pour les navires, quelques ateliers, les bureaux de l’administration, des baraques servant de caserne et d’ambulance, et quelques habitations de fonctionnaires ou de débitants.
Les rues sont indiquées par des poteaux et des fossés. Les voies de communication montrent une trace tortueu.se, souvent même interrompue, qui indique qu’elles ne servent pas tous les jours et à beaucoup de monde. Les maisons d’habitations sont disséminées dans des champs mal cultivés. Les déjections de toutes sortes ne trouvent ni égouts, ni fosses de collection pour les soustraire à la vue et à l’odorat. Mais cependant on voit qu’une grande vitalité anime ce pays. De jour en jour, on voit surgir de terre les manifestations de l’activité humaine : ici, c’est un commerçant qui confectionne un comptoir de pièces et de morceaux; un autre qui fait les clôtures de son habitation avec des caisses ayant renfermé des marchandises, et plante un arbre ou un arbuste qui sera précieux dans la saison de l’hivernage ; là, c’est un atelier qui se crée, avec de bons outils et des machines perfectionnées, le tout mêlé aux engins les plus grossiers et les plus primitifs. Plus loin, c’est une caserne, un édifice militaire qui se construit avec des proportions déjà assez remarquables : en un mot, on sent que c’est une ville en voie de création. Quatre grands paquebots touchent tous les mois à Dakar; nombre de navires de guerre ou de commerce y viennent faire escale. Çà et là, un navire apporte un chargement d’Europe, ou vient chercher les produits du pays, et on peut affirmer que, dans peu d’années d’ici, on verra une ville là où il n’y a encore que le sol nu et sauvage, des rues habitées et vivantes dans les lieux où, pour le moment, il n’existe que quelques végétaux éphémères pendant l’hivernage, le sable et la pierre pendant les mois d’aridité (A. Santelli ‘).
* Quelques considéraliims médicales sur le poste de Dakar [Sénégal], Thèse lie Montpellier. 1877.
TOrOGU.U'llIK MKDIf.ALE J)U SKNÉCAL. 4 'J
GiUe iuillilé, il faut le (lire, provient beaucoup plus des lioinincs que de la nature du sol, car, en 1C82, le chirurgien Le Maire ^ trouva la presqu’île du Cap-Vert couverte do petits bois « tonnant une perspective délicieuse ». Du Aernps d’Adanson (1749) on voyait encore, dans la presqu’île, de très beaux restes de forêts là où il n’y a plus aujourd’hui que le sol.
A Dakar s’est U'ansportc le centre administratif autrefois établi à Corée. Le commandant de la deuxième circonscription de la colonie du Sénégal y réside depuis quelques années, au grand avantage du développement de cette petite ville. Grâce à son port, Dakar est destinée à devenir la vraie capitale du Sénégal. Lorsqu’un chemin de fer, très facile à établir, reliera cette ville à Saint-Louis, le commerce n’aura plus aucun intérêt à faire entrer les grands navires dans le fleuve, et ils viendront charger sur les quais du beau port de Dakar les marchandises de toute la colonie. Saint-Louis ne sera plus qu’un entrepôt des denrées que la traite procure au commerce sur les rives du fleuve, et le centre important de la navigation de cette grande artère.
Dans un ravin situé au nord-ouest de la ville, entre les constructions européennes et le village indigène, un trouve un beau jardin très verdoyant où poussent des bananiers donnant d’excellents fruits, des arbres de toutes sortes et des lé^^umes et plantes potagères en abondance.
La population indigène de Dakar est composée surtout de Ouolofs habitant un grand village assez mal entretenu qui place la ville dans une situation de voisinage défavorable. Ce ’ illage est situé au nord-ouest des habitations européennes.
Les commerçants, les fonctionnaires européens et leurs fa- I milles forment un groupe assez considérable, mais très variable en nombre, selon les années et selon les saisons, car beaucoup d’entre eux émigrent à l’époque des pluies. Le chiffre de .a garnison est lui-même très variable. La proximité de Corée permet de laisser dans cette île, beaucoup plus saine que Dakar, la plus grande partie de nos troupes, qu’il est inutile d’exposer aux fièvres paludéennes régnant à Dakar. Une com-
* Voy. Voyage de Le Maire aux ilee Canaries, au Cap- Vert, sur la Caml/ra, dans |la collccliori des Itelations de vonanes de tojiif; If.
au Sénégal et Walckcnaer-
A. J!o«n;s, Sénégal.
A. noiuus.
pagnic (le soldats disciplinaires comptant 120 à 150 Européens employés à des travaux de terrassement et de construction par le génie militaire, habite Dakar. Ces hommes, qui ont tous subi en France des condamnations, viennent au Sénégal achever la période du service militaire qu’ils doivent à l’État, ils se trouvent dans des conditions actuellement tout à lait exceptionnelles pour les Européens au Sénégal. Nos troupes régulières d’infanterie ne séjournent que deux années dans la colonie, puis sont rapatriées. Les soldats disciplinaires y terminent leurs années de service, quel qu’en soit le nombre. De plus, ces soldats qui ne sont armés qu’exceplionnellement, sont soumis à une discipline sévère et à une existence qui est plutôt celle de |)risonniers que de soldais. Cependant, l’alimentation de ces hommes est excellente, supérieure même à celles de nos soldats d’infanterie de marine qui n’ont pas les ressources de grands jardins facilement cultivés. Ces disciplinaires fournissent un sujet fort intéressant pour l’étude des influences du climat sur les Européens.
A quelques kilomètres au nord de Dakar se trouve le jardin de Ilami, cultivé par quelques disciplinaires. Ce jardin est d’une haute insalubrité duc au ruisseau ou petit marigot qui le traverse, et à la nature marécageuse du sol. Trop souvent ce jardin attire, par sa fraîcheur et sa verdure, les Européens de Dakar et de Corée, qui y trouvent un but à leur promenade, un point de départ pour leurs parties de chasse. C’est tà llann que se contractent les plus graves accès pernicieux (pi’on ait à traiter à l’hôpital de Corée.
La ville de Dakar ne possède pas d’hôpital ; on y trouve seulement une petite infirmerie pour les troupes : tous les malades sérieux sont dirigés sur l’hôpital de Corée. Un médecin de première classe de la marine réside à Dakar, et est chargé, indépendamment de la partie médicale proprement dite de son emploi, de la difficile et délicate mission de l’araisonnement des navires (|ui arrivent dans le port. Si l’on songe que la fièvre jaune menace |)resque continuellement notre colonie, on comprendra l’importance et la gravité de cette mission. Elle nécessite souvent autant de fermeté et d’énergie que de délicatesse; malheureusement, tout le monde semble oublier l’importance de cette mission dès que le danger semble éloigné, ci le médecin de Dakar est loin d’ètre toujours seconde dans
TOl'ür.UAl'lIlK MÉDICALE DU SÉNÉCAL. 51
sa làolic iliriieilc. Nous aurons à revenir sur ce sujet intéressant.
A rextréiiiitc sud de la presqu’île du Cap-Vert, au cap Manuel, se trouve le lazaret. Ce lazaret est adiuirableinent placé, au point de vue des facilités de l’isolement. 11 nécessiterait inalheureuscment encore bien des constructions, des agrandissements et des améliorations, pour remplir d’une manière tout à lait convenable le but si important (ju’il doit jouer dans son rôle de préservation de la colonie des épidémies de lièvre jaune.
GOUÉE.
L’île de Corée est depuis longtemps l’entrepôt du commerce de la côte d’Afrique, et l’un des points les plus importants do cette côte. Son nom, qui signifierait, dit-on, bonne rade, lui a ' été donné par les Hollandais, à cause de sa ressemblance avec lune île de leur pays qui porte ce nom (Le Maire). Les Ouolofs lia nomment Bir. C’est une petite île, ou mieux un rocher situé
• dans la baie que ferme, au sud, la presqu’île du Cap-Vert, entre lie cap Manuel et le cap Rouge. Cëtte baie, qui mesure 16 milles t entre ces deux caps, est la plus vaste, la plus sûre et la meil- ! leure de toutes celles que présente la côte occidentale d’Afrique. tElle comprend la petite rade ou port de Dakar.
De Corée à la pointe de Dakar, située à l’ouest, on compte .2300 mètres.
De Corée au cap Bel-Air, au nord-nord-ouest, 5300 mètres.
Rufisque est située à 15 000 mètres <à l’est et au nord-est de '■Corée.
Le cap Rouge en est éloigné, à l’est-sud-est, de 2800 mètres.
L’île de Corée n’est qu’un rocher de forme oblongue, ayant
• environ 800 mètres dans son plus grand axe et 520 mètres de llarge au point le plus spacieux; sa superficie n’est que de 56 hectares et demi ; elle contient une population très dense [ pour son étendue.
La position géographique de Corée est de 14” 39’ 55" de lal '.itude nord et 19“ 45' 5" de longitude ouest.
Corée présente à la vue deux parties parfaitement distinctes: une est située au sud et élevée de 50 mètres au-dessus du ni-
veau de la rner, elle est couronnée par un fort, le Castel, où
A. noitiiis.
Iiahitc. la garnison, composée do 150 à 500 mililairos de l’inranlerio cl de rartillcric ilc la marine; l’aulre, la partie nord, parfaitement plane, n’est guère élevée de plus de 5 mètres audessus du niveau de la mer, et ne présente que le relief des maisons qui la surmontent.
Ces maisons, élevées d’un étage, convorles de terrasses, et blanchies à la chaux, forment un tout continu divisé à peine par quelques rues étroites. Les côtés sud et ouest de l’Ilo sont i formés de colonnes verticales de basaltes et bordés de gros fragments de basaltes sur lesquels la mer du large brise toujours ' avec violence, au point de rendre ce côté de Corée tout à fait inabordable. 1
Ou côté est, il existe une crique à courbe régulière formée de sable et de graviers ayant 150 mètres de corde environ, et servant au débarquement tà l’aide de trois apponleménts ou 1 wharfs qui s’avancent à une quarantaine de mètres dans la mer, j et contre lesquels on peut accoster en tout temps, même pen- 1 dant les plus violents ras-de-maroe. I
Les maisons de Corée sont très généralement bâties en pierres ; I le basalte de l’île a fourni les matériaux. Elles sont élevées d’un I premier étage sur rez-de-chaussée et ordinairement surmontées 1 d’une terrasse. Ces terrasses servent, comme à Saint-Louis, à
recueillir l’eau des pluies, que des gouttières conduisent dans les citernes. Elles servent aussi de lieu de promenade aux habitants qui viennent, à certaines heures, respirer plus libre- ' ment qu’ils ne pourraient le faire dans les rues ou sur la place ( de la ville. Les toitures en tuiles, quoi(|ue relativement plus j
nombreuses à Saint-Louis, sont l’exception. Les rez-de-chaussée des maisons servent surtout do magasins ; les noirs s’y en- j tassent avec leur famille dans des conditions hygiéniques des plus mauvaises. Les maisons sont mal entretenues : un grand nombre d’entre elles n’ont pas leurs murailles recouvertes de crépissage, ou bien le crépissage n’a pas été renouvelé, de sorte [i (pie certains quartiers de la ville ont le triste aspect de ruines.
A ce tableau, que nous empruntons à M. Bérenger-Féraud *, nous ajouterons, avec cet auteur, que bien souvent l’intérieur des maisons ressemble à l’extérieur. « On ne trouve pas dans File, excepté dans les bâtiments de l’Etat, une porte qui ferme
* Oe la fièvre jaune au Séiii^fial. Paris, 1S74.
TUl'Or.U.Vl'IllK .Ml'DlCALK DU SlilNKCAD.
liien, une reiuHie garnie de jalousies solides, un (daiiclicr sans lissines, un escalier sans hrèeUes, un mur sans lézardes. » l.’ile de Corée ne produit absolument rien pour la subsistance de ses habitanis : la terre, l’eau et l’espace y font également défaut. Ce rocher ne peut être comparé qu’à un navire mouillé en vue de la terre d’Afri(jue ; aussi, comme à bord des navires, le scorbut y faisait autrefois scs ravages au point (|ue Scliottc, médecin du Sénégal avant 1778, considérait Corée comme plus malsain que Saint-Louis, à cause de celte maladie*.
Nous aurons à revenir, plus tard, sur les preuves de la salubrité remari|uable de Corée en temps ordinaire, c’est-à-dire en dehors dos périodes d’invasions épidémiques. Le scorbut ne se voit plus à Corée, qui, en communications journalières incessantes avec la terre ferme, présente tontes les ressources possibles pour l’alimentation. La nourriture y est même plus variée qu’à Saint-Louis : les fruits tropicaux, qui manquent dans cette dernière ville, se trouvent facilement, et en assez grande abondance, sur le marché de Corée, auquel fournissent les envois nombreux de la presqu’île du Cap-Vert et de nos possessions du bas de la côte.
L’eau douce manque à Corée. Il y a bien dans les rochers de la partie sud de l’île (juelques e.xcavations où aboutissent les eaux [iluviales après avoir lillré à travers la colline sur laquelle est bâti le Castel ; mais elles ne fournissent que des quantités extrêmement faibles de liquide, et pendant trois mois à peine de la saison sèche. Quelques puits donnent une eau saumâtre. On boit, à Corée, de l’eau de citerne. La plupart des établissements j)ublics sont pourvus de citernes, et beaucoup de maisons en possèdent. Lorsque les pluies n’out pas fourni des quantités suffisantes d’eau pour la consommation de la population, les citernes sont remplies à l’aide d’eau puisée à l’aiguade de Dakar; de sorte que les habitants de Corée ont pendant toute l’année une eau salubre.
Les troupes européennes sont fort mal logées à Corée ; elles habitent Castel. Ce fort possède une très grande cour centrale, dépourvue d’arbres et de végétation. Quelques constructions basses et mal commodes servent de logements aux ofliciers et
* Tmilé de la sijitoquc ali'uljilieuse, ou de lu fièvre coiUaijieu-se qui riiyiia au Sc'nrfjal eu illH, et qui fui mortelle à beaucoup d’Europr'eits et à un qruml nombre de natureU. par G.-I>. StliolU', docteur un inûdccmu.
A. liOUllJS.
il riiililleiic. I.es soldtils d’iiiranlcric de marine lialdlcnl dans des casemates placées sur le front sud du fort. « Dans les pays sains, dit M. Dérenger-Féraud, cette habitation sei-ait fâcheuse pour la santé des hommes; dans un pays comme Gorée, on peut dii-e avec jaison qu’elle est pernicieuse. »
L’établissement le plus important do Gorée est l’hôpital militaire. Cet hôpital, entièrement reconstruit dans ces dernières années, ne rappelle en rien celui si misérable décrit par Thévenot. Il est formé de trois corps de logis séparés ; deux pavillons élevés d’un étage sur rez-de-chaussée et un corps de bâtiment perpendiculaire à leur direction, formé d’un rez-dechaussée bâti sur cave (ce dernier bâtiment est tout ce qui reste de l’ancien hôpital) ; les deux pavillons de construction récente sont très convenablement installés, bien exposés, et pourvus de galeries servant de promenoir et abritées du soleil. La cour de l’hôpital est plantée d’arbres, entre autres d’un magnilique Ficus, qui fournit un onduage délicieux. Les médecins de garde jouissent d’un jardin qu’ils ont créé dans cette cour.
La population de Gorée comptait, en 1866, 2600 noirs, la plupart Ouolüfs, 766 mulâtres, 105 Européens civils et environ 250 Européens apj)artenanl à la garnison ou faisant partie du corps des fonctionnaires. Dans riiivcrnage, une [)artie de la po[)ulation civile européenne rentre momentanément en France ; elle est alors remplacée par les Européens qui fuient, à cette époque, le bas de la côte et viennent chercher, à Gorée, un climat j)lus favorable.
En 1878, au moment où éclata la dernière épidémie de lièvre jaune, la population européenne totale de l’arrondissement de Gorée, Dakar et Dufisque réunis, était de 675 personnes; 545 a|)partenaient à la garnison, 128 à l’élément civil. Ces dernières étaient ainsi réparties : Gorée, 52 personnes; Dakar, 51, et Rufisque 45.
Nous avons dit que le siège du commandement de l’arrondissement avait été transporté à Dakar. La salubrité relative de Gorée, l’importance de son hôpitaf, pouvant recevoir une centainede malades; la difficulté qu'éprouve toujours le commerce à transporter scs magasins d’un point à un autre, assurent a Gorée une existence encore longue, en lace de la ville rivale qui s’élève leutement sur la terre lerme.
T01‘0(;UAIM[lt; JlliDlCALE DU SÉNÉGAL.
UlFISOUK.
Les considérations hygiéniques sont de pou d’importance aux yeux des commerçants : dans cette meme baie où l’ile de (îorée olTre sa rade et son ancien établissement, où Dakar offre J son beau port, une ville se fonilc, à Riifisquc, dans les condi-
i tions les plus mauvaises d’exposition, tant au point de vue de
I l’hygiène qu’à celui des facilités de la navigation et des mou-
] vements commerciaux maritimes. Le commerce a-t-il besoin
d’une liberté qui lui fait fuir la protection et les réglementations trop nombreuses qui en sont la conséquence? C’est ce que nous n’avons pas à examiner ici: toujours est-il que Rufisque devient un point commercial d’une grande importance,
Rufisque se trouve à l’est de la baie formée par la côte au sud de la presqu’île du Cap-Vert, en un point correspondant exactement à l’e.'^t de l’ile de Corée, à 15 kilomètres environ de cette île et à 28. kilomètres de Dakar par voie de terre.
Le nom de Rufisque vient de celui de Rio-Fresco, que lui donnèrent les Portugais qui explorèrent les premiers celle partie de la côte d’Afrique et y fondèrent un établissement dont il ne reste plus d’autre trace que ce nom même. Rufisque était un village ouolof faisant partie de la - province du Diander, .actuellement annexée à notre colonie. En 1869, un petit poste militaire fulconstruit près de ce village. Près du poste vinrent s’établir quelques traitants. Aujourd’hui, c’est une agglomération qui mérite le nom de ville. On y compte, en temps ordinaire, 500 indigènes commerçants et 150 Européens; mais ces derniers ont l’habitude de quitter Rufisque pendant l’hivernage, et d’aller habiter Corée. La ville est constituée par environ 500 maisons de bois séparées par de larges rues et bâties sur le bord de la mer.
A l’ouest est la plage sablonneuse sur laquelle un long appontement sert à l’embarquement des marchandises. A 400 mètres de la dernière maison est une anse limitée par une sorte de jetée naturelle en basalte, à la base de laquelle se trouve la tour de délcnsc. A l’est, c’est-à-dire vers l’intérieur des terres, le sol va s’élevant légèrement en amphithéâtre, et, à 600 mètres de la dernière maison, se trouve un nouveau fort
A. DOIUrîS.
en maçonnerie (|ui dcleiid les aboi'ds de la ville. Au sud, on voit quelques villages noirs éparpillés sur la cote, qui se prolonge sous lorme de plage sablonneuse parlailement unie jusiju’au eap Rouge.
Au nord de la ville est un vaste marigot en forme de croissant de 2Ü0 mètres de large au point le plus vaste, et de plus de 2 kilomètres de long. Ce marigot communique avec la mer j)ar une embouchure de 15 à 20 mètres de large au pied de la tour primitive de défense. Il est très malsain à certaines époques de l’année; il esta peu près complètement sec du mois de février au mois de mai. Au commencement de juin, les ras-de-marée le remplissent d’eau de mer, qui tue les plantes terrestres qui avaient poussé sur ses bords : il devient alors une cause d’infection pour le pays. Au mois de juillet, les pluies y apportent une énorme quantité d’eau douce; les sables, accumulé.s à l’embouchure par les ras-de-marée, empêchent l ecoulemcnt vers la mer, de sorte que le marigot devient un lac profond de 1 à 2 mètres. L’eau, d’ahord salée, est ensuite saumâtre; |)uis sa salure diminue jusqu’à la fin de riiivernage. Au mois d’octobre, les ras-de-marée diminuant de fréquence, l’écoulement des eaux peut se faire plus facilement, et une énorme surface vaseuse, mise à nu, engendre île dangereuses lièvres. En février, les flasques d’eau sont extrêmement restreintes. Ce marigot, si funeste aux Européens, sera facilement assaini le jour où on- le voudra (Bérenger-Féraud), et le pays deviendra presque aussi sain en toute saison que Corée.
Rien n’a été fait, jusqu’ici, pour la ville de Rufisque. La rade est mauvaise, les navires ne chargent que très difficilement. Les rues de la ville sont larges et sablonneuses au point de rendre la marche très fatigante. Les maisons sont généralement en bois; cependant, il y en a déjà quelques-unes en pierres.
On voit, au moment de la traite, arriver à Rufisque de lonsuos files de chameaux char'’és d’arachides et venant s’arrêter
soit au dehors de la ville, soit dans les rues, soit dans les cours des traitants. Les noirs du Baol, de Sine et du Cayor s’y mêlent et s’y coudoient. Tout, à Rufisque, respire l’activité et l’esprit du commerce; dans peu d’années, il y aura là un grand centre de négoce.
TOI’ÜGU.UMIIK JilÈDlGALE DU SÈNÉCAI,.
La portion de la côte occidentale d’AIVique, située entre les cnibüiicliun s des deux grands cours d’eau du Sénégal et de la Gambie, est divisée en deux parties égales par le Cap-Yert. Toutes les possessions liançaises, au nord du Cap-Vert et dans la presqu’île du même nom, ont été décrites; ce sont les plus importantes. Mais notre colonie tend toujours à s’agrandir aussi bien vers le sud que vers l’est. Les postes ou comptoirs dont il nous reste à parler ne sont que les premiers jalons jetés sur la carte par notre puissance. Leur importance sera certainement plus grande dans l’avenir que dans le présent. Toute cette partie de la côte située entre Corée et la Gambie reçoit au Sénégal le nom de petite côte par opposition à la grande côte ou bas-de-la-côte. Nos possessions au sud de la Gambie ont reçu administrativement le nom de dépendances de la co lonie du Sénégal.
l’OUTUDAL.
Ce petit poste est situé à trente milles marins environ de Corée, il n’a qn’une importance militaire très faible, mais c’est un centre actif de commerce. Pendant la saison de la traite, on y achète beaucou[) d’arachides. Portudal se trouve situé dans le Baol qui, en vertu de traités anciens, reconnaît notre suzeraineté. Le comptoir est placé au fond d’une petite anse sablonneuse formée par une coupée dans le plateau de roche qui garnit cette partie de la cote d’Afrique.
JOAL.
Joal était autrefois un important comptoir fondé par les Portugais dont les indigènes se disent encore les' descendants (A. Vallon). C’est un villa^je situé sur la cote qui appartenait au pays de Sine annexé à la colonie en 1859, comme toute la irive qui s’étend depuis Dakar jusqu’aux rives du Saloum.* La imission catholique qui résidait autrefois à Dakar se transporta en 1864 dans ce pays. La mission y a établi une ferme école et une école prolessionnelle. Joal se trouve à un mille au nord de 1 embouchure d’une petite rivière qui remonte parallèlement à la côte, et n’est séparée de la mer, comme le Sénégal a Saint-Louis, que par une étroite langue de terre. Dans la •saison sèche, la rivière n’est j)lus qu’un torrent dont le lit.
A. Itou lus.
clans cjucltjiies parties, c.'>t jtroscjiic à sec; mais, clans la saison des pluies, elle est a.'sez profonde. Son emhouchure présente une barre que les canols francbi.<sent parfois avec difficulté. Les communications avec Joal sont donc loin d’ètre comrnodes, le comj)toir français qui y existait avant rétablissement de la mission n’avait que fort j)ou d’importance. Joal est situé à peu près à égale distance du Cap-Vert et de l’emboucbure de la Gambie.
A environ 5 kilomètres de Joal se trouve rétablissement de Saint-Joseph de Ngazobil, où la Mission catbolicjue possède une imprimerie dans laquelle se conq)osent des ouvrages en langue ouolove. Une bonne grammaire en langue sércre y a été aussi imprimée.