‹ Les maladies du SénégalChapitre 14 sur 56 · MAC-CARTHY · texte numérisé non relu

MAC-CARTHY

La station anglaise la plus importante après Sainte-Marie est au moins aussi défavorablement située que cette dernière ville, c’est Mac-Cartby‘, sur une île basse à 275 kilomètres de Sainte- Marie. Cette île est inondée et coupée en deux par les eaux . l’époque de la crue annuelle. L’île, dans cette saison, n’es qu’un vaste marais dont la surface fangeuse est, sous i’in liuence du dux et du reflux, exposée deux fois par 24 heures aux rayons d’uii soleil ardent.

Durant la saison sèche, le sol est sec et fendillé de tous côtés. 11 y a çà et là quelques beaux arbres; mais l’île est généralement fort aride à celte époque (Horion).

L’établissement qui a reçu le nom de George-Town occupe .e côté nord de l’île vers sa partie moyenne. La population de George-Town est d’environ 1000 âmes. Plusieurs négociants anglais y ont établi des succursales et construit de belles maisons dans lesquelles ils trouvent tout le confort de la métropole. Quelques maisons plus |)etiles sont affectées aux traitants

* Ce nom est celui du gouverneur anglais sir Charles Mac-Carthy, tué le 21 janvier 1824 dans une bataille malheureuse contre les Aschantis.

TOPOlilUPllIE MÉDICALE DU SÈNÉCAU. ü5

imlii^èiies. La généralilo des habitations de Mac-Carthy consistent en cases carrées, bâties régulièrement, alignées avec soin, et lormant de vastes rues. Cliacune de ces cases est de jdus entourée d’un petit jardin (llccquard*). Au milieu de la ville s’élève l’établissement des missionnaires méthodistes qui y tiennent une école.

La résidence du commandant anglais est assez faiblement forliliée; elle contient une caserne, des magasins et un petit hôpital. La garnison se composait il y a quelques années d’une cinquantaine de soldats noirs, de deux officiers et d'un médecin. Deux voyageurs français, Raffcnel et Ilecquard, ont reçu à Mac-Carthy, l’un à la fin, l’autre au début de leurs pénibles explorations, une hospitalité qui leur était bien nécessaire, et dont ils ont rendu dans leurs écrits un témoignage reconnaissant.

A l’extrémité orientale de l’île se trouve un petit village habité par des traitants ouolofs et mandingues.

La question de la cession de la Gambie à la France a été agitée dans ces dernières années. Colonie peu prospère pour l’Angleterre, la Gambie compléterait les possessions de la France sur le Sénégal et nous rendrait les maîtres de l’état politique et du commerce du versant occidental du Foiita- Djalon. Ce n’est pas la première fois que l’idée d’une acquisition de la Gambie est venue à la France. Dès 1719, les Français proposèrent d’acheter la Gambie; mais le Parlement anglais s’y opposa, comme vient de le faire dernièrement le gouvernement anglais.

LA CASAMANCE.

La Casamance est une rivière qui apjiartient au commerce français, et sur laquelle nous possédons deux postes militaires, Carabane etSedhiou.

Comme la plupart des rivières de la cote d’Afrique, elle a reçu, au moment de sa découverte par les Européens, un nom fort arbitraire, puisque ce mot Casamance paraît signifier : la Terre du Roi, en langue indigène. Ca-da-Mosto en fit la découverte en 1456.

* Voyar/e dans l’intérieur de l'Afrique occidentale. jUn vol. de 409 pages. Paris, 1800.

A. Bonius, Sénégal.

A. RORIIJS.

La Casamance, (jui prcml sa sourco clans les müiilagtics du llahon, sur les contreforts occidentaux des montagnes du Fouta-Djalon, a son embouchure située j)ar I3"32' de latitude nord et 19“I0' de longitude ouest, à environ 160 kilomètres au sud de Corée >01 à 48 kilomètres de la Gambie. Des bancs de sable en obstruent l’entrée en y laissant cependant trois passes, dont celle du milieu est seule praticable pour les bâtiments calant moins de 4 mètres. Au-dessus de la barre du fleuve, on trouve une profondeur de 10 à 15 mètres d’eau. Parcourant un pays d’alluvion, la Casamance a des largeurs très diverses jusqu’au-dessus de Sedhiou. Les bâtiments calant 2 mètres peuvent la remonter jusqu’à Sedhiou, à 170 kilomètres de son embouchure.

Les rives de la Casamance, jusqu’à une certaine distance de son embouchure, sont formées par des îles basses, séparées par des marigots; ces rives s’abaissent encore à mesure que l’on remonte la rivière. Elles sont bordées d'épais mangliers et de bancs de vase très étendus, qui rendent le débarquement difficile, et ne se relèvent que dans les parties supérieures de la rivière.

La Casamance a un j)arcours d’environ 250 kilomètres. Son principal affluent est la rivière de Songrogou, qu’elle reçoit sur sa droite, à environ 80 kilomètres de son embouchure.

Carabane et Sedhiou sont les plus importants points de traite de la rivière.

La marée se fait sentir jusqu’à Sedhiou; l’eau est salée jusqu’à quelques kilomètres au-dessous de ce poste.

Un vaste réseau de marigots fait communiquer, pendant la saison des pluies, la Casamance avec la Gambie, d’une part, avec la rivière Cacheo, d’autre part, et peut-être même, d’après M. Bocandé, avec le Rio Géba et la rivière de Sierra Leone; de sorte que les petits caboteurs peuvent venir de Sierra Leone à Carabane sans passer par la barre du fleuve. D’où, fait remar- (juer M. Bérenger-Féraud, la possibilité de l’importation de la fièvre jaune, de Sierra-Leone en Casamance, par des voies fluviales qu’il serait difficile de surveiller, même si elles étaient mieux connues.

TOl’ÜC.lUl’ülE MÉDICALE DU SÉNÉGAL.

CAnAUAiSË.

L’île tic Carabanc est située à rembouclinrc et près de la rive gauche de la Casamance. Depuis 1857, la France y a établi un comptoir. Une belle maison en maçonnerie sert de loge lient à l’olticiiT commandant; elle est entourée d’une enceinte palissadée. La garnison ne compte qu’une douzaine d’hommes. La population de Carabane est formée de traitants venus de Gorée et de quelques noirs des pays voisins qui se sont réfugiés sous notre protection ; le tout ne fait pas un total de plus de 400 personnes.

Au point de vue sanitaire, l’île est dans une situation désavantageuse. La marée laisse à découvert une grande étendue de terrains marécageux ; deux marigots coupent l’île et l’arrosent, en y permettant la culture du riz. Les brises dominantes soufflent heureusement dans une direction qui laisse les marécages sous le vent du poste européen, (lette condition, jointe au voisinage de la mer, rend le poste moins malsain qu’il ne le paraît au premier abord.

SEDHIOU.

Le comptoir de Sedbiou, fondé en 1858, est situé, comme nous l’avons dit, vers la limite supérieure de la navigation dans 1a Casamance. Il est placé sur la rive droite du lleuve, dans le petit territoire du Doiidié, qui reconnaît notre autorité et s’est placé sous no're protection.

Le poste est situé dans un bas-fond, tout à fait sur le bord du fleuve, dont l’eau viendrait frapper ses murailles, si l’on n'avait pas eu soin de soutenir tes terres avec des piquets en bois de ronier. Il est vaste, Inen aéré. Au premier étage se trouvent le logement des officiers et l’infirmerie des Européens. Les hommes valides demeurent au rez-de-chaussée. La garnison se compose de 50 hommes, commandés |)ar un capitaine. La plus grande partie de cette garnison est recrutée dans les tirailleurs noirs de nos troupes du Sénégrd. Un médecin delà marine est attaché au poste, et y réside une année.

Les terrains avoisinant l’ouest du comptoir sont semés d’arachides; au delà, se trouve une forêt très giboyeuse où se chas- ■sent le coba et l’antilope. Au nord et au nord-ouest on voit • une immense rizière qu’on appelle la [daine de Dacoum.

«« A. BORIUS.

Le poslc est Lien enlrotonii. Quelques maisons de commerce ont construit de vastes établissements qui donnent à Sedliiou 1 apparence d une petite ville. De nombreux villages de nouvelle création se groupent autour de notre centre d’action. Il est malheureux que l'emplacement du poste n’ait pas été un peu mieux choisi ; en reculant de quelques pas cet emplacement, ce poste aurait pu être construit sur une éminence d’où il aurait dominé toute la plaine et aurait reçu un air plus vif et plus saluhre. La pente du teriain aurait offert un écoulement facile aux eaux dans un pays où il pleut à torrent une partie de l’année.

On trouve dans la Casamance les restes de l’établissement portugais de Zikinchor. C’est un fort entouré de murailles en ruines. 11 n’a plus de garnison, et est occupé par dos traitants noirs qui se disent encore Portugais.

ItlVlÈRE CACIIEO.

La rivière Cacbco ou Satito-Domingo est située au sud de la Casamance. On trouve sur sa rive gauche, à 18 kilomètres audessus de la barre, l’établissement portugais de Cacheo protégé par un fort aujourd’hui en mauvais état, et où le nombre des Européens est très restreint. La population totale de l’établissement de Cacheo est do 1900 individus. En 1698, André Drue avait fondé dans cette rivière un établissement français qui a été depuis longtemps abandonné.

lUO-GÉBA. niO-GUANDE ET ARCHIPEL DES BISSAGOS.

En descendant le long de la cote d’Afrique, on trouve, un peu au-dessous du 12® parallèle, l’archipel des Bissagos. Placées devant les embouchures du Rio-Geba et du Rio-Grande, ces îles sont recouvertes d’une riche végétation et très boisées. Elles sont formées de bouquets d’arbres implantés dans les amas de sables et de détritus de tout genre accumulés sur des plateaux dérochés volcaniques ferrugineuses de couleur rougebrun.

L’une des plus importantes de ces îles est celle de Bissao, au sud de laquelle se trouve une belle rade, placée dans le cours du Rio-Géba- Les Français ont eu un établissement dans l’île de Bissao dès l’année 1685. Ce comptoir, n’ayant pas

Tül'ÜGlUl'llIE MÉDICALE Dli SÉNÉGAL,

prospéré, lui détruit, puis réUibli par André Drue en 170Ü, et plus tard abandonné. Les Porlujjais s’y établirent |)Osléricurement. Actuellement, le fort portugais est beâti à ‘200 mètres de la plage, sur une petite élévation qui la domine. Le fort est carré, chaque angle est llanqué d’un bastion : trois de ses côtés regardent la campagne; l’autre bat le lleuve et le mouillage. La garnison se compose d’une cinquantaine de soldats. Un médecin de la marine portugaise y réside. Nous devons à l’obligeance de notre confrère le docteur Santa- Clara, médecin de Bissao en 1872, des documents manuscrits importants que nous utiliserons dans le cours de notre étude.

La ville de Saint-José do Bissao est une réunion de cases basses, étroites, peu ou point percées de fenêtres, et dans lesquelles, par conséquent, l’air et la lumière ne pénètrent qu’à resîret. Une toiture en tuile recouvre les maisons, dont les murs sont en terre. Quelques habitations appartenant à des personnes aisées font une heureuse exce|)tion à ce tableau. La maison où est établi l’hôpital, bien qu’elle laisse encore à désirer, est cependant une de celles qui paraissent le mieux convenir pour cette destination

Bissao est un centre commercial assez actif. L’élément européen y est représenté par un certain nombre de Portugais et (|uelques Français représentants de maisons de commerce de Corée.

A 110 kilomètres en amont de la rivière, les Portugais possèdent un établissement commercial important, celui de Geba, par lequel on peut communiquer avec Fariu, autre poste portugais avancé sur le Cacheo, au moyen d’un cours d’eau qui réunit les deux rivières.

L’île de Boulame [Bolama ou Bulama) est une des îles Bissagos que nous ne devons pas oublier de citer, car son nom est intimement lié à celui de la fièvre jaune. Le Bio-Grande se jette dans l’Océan, par une série de bras tortueux, au sud de Bissao; deux de ces bras circonscrivent l’île de Boulame. Les Portugais possèdent à Boulame un petit poste, gardé par quelques soldats. En 1801, les Anglais avaient fondé un poste militaire dans cette île; mais ils restituèrent plus tard cette île

* Voy. Rey, .Voie sur les e'tahlisscmnnls porluijais lie la Senégambie {Archives de médecine navale, l. XXVII, 1877).

A. lioniijs.

à la couronne du PoiiugaM. Les Anglais avaient aulrelois possédé celle ilc c|ui lut, eu 1792, le théâtre d’un dramatique épisode’ dont l’insloire peut servir à démontrer l’impossibilité de la colonisation réelle et de la culture j)ar les Européens des terres de la côte occidentale d’Afrique.

Un officier anglais, Philippe Beavei-^, homme intelligent, doué d’une rare énergie, enlrepril, en I 792 et 1793, d’établir à Boulaine une colonie anglaise. L’admirable fertilité de cette île avait séduit Beaver. 11 réunit un groupe de 275 personnes, dont 57 femmes cl 65 enfants, et tenta, avec une persévérance et une opiniâtreté extraordinaires, la culture de l’île de Boulante. La défection et les misères du voyage réduisirent à 91 individus les habitants de la future colonie.

Ce fut sur ces 91 individus que porta l’expérience remarquable qui fut faite de la culture du sol africain par les bras européens. Il faut lire le journal de Beaver, pour voir comme rien ne manqua à celle expérience.

C’est en plein hivernage que commença la colonisation, le 19 juillet 1792. Seize mois après, le 29 novembre 1795, sur les 91 personnes descendues dans Pile, la plus grande partie, à la réserve de G, avaient péri ou n’avaient échappé à la mort que par la Inite. Le navire le Ilankoy, qui emportait une par- Ue de ceux qui fuyaient (28 personnes), éprouva une affreuse mortalité. Après six jours de navigation, il ne porta que cinq hommes vivants à Saint-Yago. Lorsque ce vaisseau parvint en Anglelene, le bruit se répandit qu’il avait la peste à bord. La lièvre dont les passagers étaient atteints reçut le nom de fièvre de Boulame.

Dans le journal de Beaver, les symptômes de celte lièvre sont très incomplètement décrits; mais rien ne peut faire penser qu’il s’agisse de la fièvre jaune. Les colons de Boulame semblent avoir succombé à des lièvres paludéennes ou dans un état de cachexie paludéenne très avancé. « Tous semblaient devenus idiots; ils n'avaient plus de mémoire, d’idée, et leurs

' l''leuriol (le Liiiigle, Croisières à la côte d’Afrique; — le Tour du Monde, \Kli.

- Pli. Beaver, Africau memoranda ; lielalive lo an altenipl to e-slablish a Jirilish setllement. on the Island of Bulama. an the west coasl of Africa, m i he year 1792. Iiondon; 1805. (Voy. la traduction analytique de cel ouvrage dans Walekenaer, Colleclion des relations de voyages, t, VU.)

TOl’OGUAI'llIE MEIlUlALE DU SENEGAL.

liinilli's moialcs étaient anéanties. » Les noinLeeuses rechutes, la manière dont les décès se sont répartis do mois en mois, et, si ce n’est la inortalilé e.xccssivc à bord du Ilankoij, qui évideniment devait emporter ceux dont la santé était le plus eom|iromise, rien ne semhle indiquer qu’il s’ayissait de la lièvre jaune.

L'intlexjbilité du caractère de lîeavcr et la ténacité de ses idées se montrent jusqu’à la lin de son livre. En effet, le but qu’il s’etait proposé était de prouver, [lar l’établissement d’une colonie agricole en Afrique, que ce continent pouvait être cultivé par des blancs européens libres, aussi bien que par les Africains esclaves. Non seulement Bcaver continue, dans son livre, à soutenir la possibilité de cultiver l’Afrique et les terres situées entre les tropiques par des blancs; mais il prétend que cela n’est pas douteux, d’après l’expérience qu’il en a faite. « L’entreprise n’a manqué, dit-il, que par les ravages de la fièvre » ; comme si la fièvre n’était, en Afrique, qu’un simple et rare accident; comme si, ainsi qu’il rcx|)rime dans un endroit de son livre, il suffisait, pour ne pas succomber à l’influence délétère du climat, de se persuader qu’on y résistera. Cetle confiance il n’est pas rare de la rencontrer au Sénégal, encore de nos jours, chez quelques Européens nouvellement débarqués. Nous avons toujours vu ces imprudents être promp tement ramenés â la raison par quelques rudes accès de fièvre. On peut affirmer au contraire, et en cela nous partageons l’avis du traducteur de l’ouvrage de Beaver, que « si le défaut de courage moral, et l’atonie qui en résulte, ont occasionné en Afrique la mort d’un grand 'nombre d’Européens, la plupart des voyageurs qui ont cherché rà pénétrer dans ce continent, ont péri par une trop grande , confiance dans la force de leur constitution, qui leur fait négliger les précautions indispensables au maintien de la vie des hommes dans ces climats brûlant^. » Bans les ex[)éditions au Sénégal, ce sont souvent les hommes les plus courageux et les plus énergiques que nous avons vu succondjcr. Le courage et l’énergie, si nécessaire pour la conservation de l’existence dans les expéditions polaires, semblent être inutiles alors (]ue l’homrne n’a plus à lutter contre les éléments météorologiques seuls, mais contre ceux-ci, combrhés aux cau.ses d infections lelluri(jues. Il est daugei'cux d être brave contre la lièvre.

A liOIilUS.

lllO-NUNi:/,.

Les Françnis l’ont preïque tout le commerce du Rio-Nunez, (jui exporte de grandes quantités d'arachides et d’autres produits. Ce cours d’eau ne jiaraît être, dans la plus grande partie de son parcours, qu’un étroit bras de mer s’avançant dans les terres jusqu’à Boké, et ne recevant un peu en amont de ce poste qu’un très faible ruisseau. Rien n’est beau comme la navigation de cette espèce de fleuve depuis l’Océan, dit M. Lambert ‘ ; rien n’est riche comme la végétation de ses bords, et séduisant d’aspect comme les factoreries qu’y ont élevées nos compatriotes.

La direction générale du Rio-Nunez entre les 10® et 11® degrés de latitude nord est, de l’est à l’ouest, un peu inclinée vers le sud, surtout près de son embouchure. Le fleuve esttrès sinueux, liordé de palétuviers dans toute sa partie navigable, c’est-à-dire de son embouchure au poste de Boké (Kakandy). Il prend sa source dans une des provinces du Fouta-Djalon, ajipelée Bauvé, peu au-dessus d’un point nommé Tiglinta ou Tiguilinta, pays montagneux et très boisé. Un noir du pays peut se rendre de Boké à ce point eti une journée de marche, en coupant à travers les dillicultés du terrain.

De la source à Boké, l’on rencontre plusieurs rapides et cataractes. A une heure de marche au-dessus de Boké, au village de Bavalindé, il se trouve une cataracte fort remarquable. Le fleuve, en cet endroit, prend, sur une longueur d’un kilomètre environ, une largeur de près de 500 mètres, et se précipite entre des rochers avec une grande violence (Guichonde Grandpont*). Dans la saison sèche, la nappe d’eau est large à peine de 25 mètres et tombe de 8 à 10 mètres (Gorre®). Le Rio-Nunez reçoit, à Boké même, sur sa rive gauche, un affluent nommé le Batafond ; il devient alors navigable même pour les avisos à vapeur. Il coule au travers d’un pays très accidenté, très boisé, jusqu’à Vaccaria. A partir de Yaccaria, les rives sont fréquemment découpées par desmarigats (on dit que l’un d’eux communique avec le Rio-Pongo). La largeur du fleuve varie

• Revue maritime cl coloniale, 1861.

2 Le poste de Boké, dans le Uio-lNunez, in Bullelin de la Société académique de Brest, année 187'J.

^ Manuscrit.

iOl'OGUAIMIlE MEDICM.E DU SENEUAI,.

iMilre lÜO cl 150 nielles; sa prolbmlcur, dans le chenal, est 5 à 7 nièlrcs. Plus bas, le pays s’aplanit, se découvre ; la végétation y est moins riche.

Aux deux tiers de la distance de Boké à la mer, et sur un point où le lleuve, commençant cà prendre des largeurs variables de 400 à GOO mètres, incline davantage vers le sud, on aperçoit Vicloriay factorerie où les traitants sénégalais sont assez nombreux Un poste de douane est établi à Victoria.

Le poste de Boké ou de Débokéest situé par 10“ 53' 30" de latitude nord et 10“ 34' 30" de longitude ouest, sur la rive gauche du fleuve, à environ 70 kilomètres de la mer. Il occupe la place qui, en 1866, était encore la résidence du roi des Landoumans, nommé Kandy (la syllabe ka veut dire terre ou territoire). Le village de Lakandy fut pris à l’assaut, en 1848, |)ar un détachement européen composé de marins belges et français. Le fort est sur un vaste plateau élevé de 35 mètres au-dessus du fleuve ; il est un peu dominé par un monticule de 15 à 120 mètres plus élevé que lui, le mont Saint-Jean. Il est entouré par cinq villages d’indigènes ou de traitants ouolofs. Dans le voisinage est une fontaine qui donne une eau d’excellente qualité. Le fort a 300 mètres de pourtour ; sa garnison se compose d’un officier, d’un médecin de la marine, de quelques soldats européens, et de 25 tirailleurs noirs sénégalais.

C’est de Kakandy, c’est-à-dire de l’emplacement actuel du poste de Boké, que René Caillé partit en 1827 [)our le grand voyage qui le conduisit à Tombouctou et de là au Maroc. Une colonne élevée au milieu du poste rappelle ce fait célèbre dans riiistoire de la géographie.

Le.s environs de Boké sont riants, pittoresques, verdoyants, de toutes parts couverts de la plus riche végétation; mais ce jiays est d’une insalubrité considérable. Nous possédons, sur ce poste, d’importants documents recueillis par MM. Hamon, Corre, Bohéas, xMage, Fleuriot de Langle.

Au sud du Rio-Nunez se trouve la rivière du Rio-Pongo, où se trouve un comptoir français; il n’y a pas encore de fort ni de troupes. Un seul homme y rc|tréscnte la France.

LA MELLACOItÉi:.

La rivière de .Mellacorée [Malicourie) est un cours d’eau

ItUHlUS.

coiisidérilbic clans Icnjucl sc dévcrscnl, |ilusieiirs rivières imporlanlcs. Son cmboucliure csl à criviion 150 lieues de Gorée. Près de celle ernhouclnire, la France a conslruil un |)Osle roriné d’une enceinte palissadécel d’un blockaus conlenant 15 hommes de garnison. Ce poslc protège un connncrce l'orl aclil'njous tirons, cbac|uc année, de celle lixière une grande quantité d’arachides. Les cabob urs de Corée peuvent remonter l'acileinenl la rivière.

SlIiUlU-LEONE.

Le navire qui longe l’Alrique, en descendant vers le sud, ne trouve, après avoir IVanchi leCap-Yerl, puis le cap Balbursl, ([u’unc terre basse et noyée sur laquelle les points de repaires sont rares et dilficilcs <à reconnaître. Aussi n’est-ce pas sans' étonnement qu’on rencontre tout à coup un cap élevé terminant une chaîne de hautes montagnes dont les dernières ramitications l'omient une belle presqu’île, celle de Sierra -Leone. Ce nom lui fut donné j)ardes Portugais qui, en 1462, en lirenl la découverte. Rien, cependant, dans la forme de ces montagnes ne rappelle le lion, et cet animal n’a jamais été vu dans les forêts qui couvrent le pays. L’imagination des premiers marins qui débarquèrent sur cette côte crut reconnaître, datis le bruit du tonnerre qui grondait dans les hautes montagnes, des rugissements de lions; de là le nom que lui imposa Piedro-Cinlra, commandant de l’e.\pédition.

La péninsule de Sierra-Leone présente un aspect tout particulier. Rien ne lui est comparable sur la côte occidentale, d’Afrique, du Maroc au ca[) de fionne-Espérance. Stormont* la compare à Gibraltar. Elle termine la chaîne des Alpes africaines, elle est la dernière ramiticalion des montagnes du Fouta-Djalon. Le caj) de Sierra-Leone est situé par 8“, 50' de latitude nord et 15“,50' do longitude ouest. Au nord se trouve une grande baie qui a reçu le nom de rivière de Sierra-Leone. Cette baie a plus de 16 kilomètres de large à son entrée; ses

* Voy. Archives de médecine navale, l. XXXlll, p. ll'l, 270, 521, 410.

* Essai stir la lopograptiic médicale de la côle occidentale d’Afrique, et particulicremenl sarcelle delà colonie de' Eicrra-Leonc, par Üi. SloniioiU, Ecossais (Tlicsc). Taris, lb22.

Tül>Üi;UAl'lllK MKDlCAI.Ii DU SENKCAL.

dimensions diminncnl à mesure ([ne l’on s’aviince vers l’est, puis elle s’élargit de nouveau.

Les bords, jusqu’alors bien délinis et sans interruption, sont rraiiLliis par les ean.v qui s’étendent sur un vaste territoire présentant successivement des bancs de vases, des ilôts, des mangliers et une immense surlaee d’eau; de sorte qu’il y a en réalité deux baies, l’iinc extérieure formant une belle rade, l’autre intérieure que les gros bâtiments peuvent remonter jusqu’à 50 kilomètres et les petits jusqu’à 00. A cette distance se trouve la véiitable rivière de Sicrra-Lconc, nommée aussi Mitombu ou la Rokelle. Celte rivière n’a que 400 kilomètres d’un coins embarrassé de rochers, et n’est pas accessible à la navigation.

Au nord, la bjjic de Sierra-Leone est bordée par des terrains bas , remplis de marécages , et couverts d’àrbi’es toujours verts.

Au sud, s’élève la presqu’île. Cette dernière est entièrement formée de hautes montagnes entourées partout d’eau ou de marais. A l’ouest, la presqu’île est baignée par l’Océan. Il en est de même au sud où un rétrécissement de terrain forme la baie de Jof dont le fond est un vaste marais. Enfin, à l’est, le terrain bas est traversé par un canal ijui met en communication les marais de la rivière de Sierra-Leone avec ceux de la baie de Jof; de sorte que la presqu’île peut être considérée comme une grande île continentale. Ce canal a reçu le nom pompeux de rivière de Buncli. C’est là que se trouve la petite île de Gambie, où bottait autrefois le [lavillon français. Les eaux fétides et boueuses de ce canal ne sont guère dignes de lui mériter le nom de rivière. Scs bords sont couverts d’un limon noirâtre semblable à l’encre d’imprimerie; ils sont peu consistants et incapables de supporter le pas des animaux. Les palétuviers y croissent en abondance.

La presqu’île a la forme quadrilatère, sa plus grande dimension est de '2ù kilomètres du nord au sud; sa largeur, de l’ouest à l’est, est à peu près moitié moindre sur le côté nord ' qui est plus large que le coté sud; de sorte que la forme généirale est celle d’un trapèze dont le jilus grand coté est à l’ouest et le pins petit au sud. Les montagnes de Sierra-Leone présentent l’asjiect des terrains ignés. Elles forment une chaîne [luissanlc courant de l’est à l’ouest. Le plus haut sommet est

A. BUIUUS.

le Régent ou Pain-de Sucre {Sufjar-Loaf), dont la hauteur est d’environ 920 mètres. Cette montagne, isolée par sa l'orme, présente, par suite de son élévation, des climats varialjles selon les altitudes.

A partir du Régent, la chaîne de Sierra-Leonc se dirige vers l’est-sud-esl, s’abaisse et se perd dans une chaîne moins importante dont le plus haut pic, connu sous le nom de mont llorton, l’arrête brusquement sur le bord de l’Océan.

Une autre ramilication de ces montagnes se trouve au sudest de la première. Elle commence au Mont-aux-Signaux, haut de 150 mètres, s’élève graduellement jusqu’à un cône de 800 mètres. La pente générale de la péninsule est vers le sudest; mais il y a, selon les localités, de grandes variations dans l’inclinaison des terres.

La ville de Freetown est bâtie sur le bord de la mer, sur un terrain qui monte, en pente assez raj)ide, du niveau de l’Océan vers l’intérieur. Elle est placée an fond d’une rade belle et sûre, entourée de montagnes verdoyantes qui encadrent admirablement le terrain rouge sur lequel elle est construite. L’aspect charmant de cette jolie ville semble vouloir chasser de la pensée de l’Européen qui va y débarquer, les tristes préoccupations qu’ont pu y faire naître les récits funèbres relatifs à cette colonie. Le rivage court du nord-est au sud-ouest. Les maisons .sont construites en bois, à un étage élevé sur fondations en pierre à quelques pieds au-dessus du sol. Elles sont couvertes en bardeaux. Nous avons remarqué la propreté avec laquelle ces maisons sont tenues, même chez les plus pauvres habitants. Le contraste entre l’intérieur de ces habitations et celui des maisons de Saint-Louis et de Corée que nous venions de quitter nous a vivement fta[)pé. Les rues sont tirées au cor deau parallèlement à la plage, et cou|)ées par des rues perpendiculaires. Elles sont fort larges, non pavées; mais le sol ferrugineux est généralement assez dur. Deux ruisseaux profonds, creusés de chaque côté, conduisent à la mer les eaux pluviales extrêmement abondantes dans les averses de l’hivernage. Sur une hauteur dominant la ville de 120 mètres se voient les casernes de la garnison.

Les navires trouvent à Freetown des ressources de tous genres. Les bœufs y sont de bonne qualité et à bon compte, ainsi que les moutons, les chèvres, les porcs, etc. Les volailles

TOI'OCIUI'IIIR MKniCVI.R DU SRNKCAU.

V sont à 1)011 marché, les friiils nhoiulaiils cl excellents, on s’y procure aussi des légumes.

Malgré son délicieux aspect, l’’rcetown est construite dans la situation la j)lus malheureuse qui puisse avoir été choisie pour une capitale et jiour un entrepôt commercial. La ville est couverte, au sud, au sud-est, au sud-ouest et à l’ouest, par de hautes montagnes. Sa pente est tournée vers le nord-est et regarde le continent. La ville n’est exposée que très incomplètement aux vents du nord-ouest, les seuls qui soiiiriant de l’Océan peuvent la traverser.

L’inclinaison du sol l’expose à l’action perpendiculaire des rayons solaires, précisément pendant la mauvaise saison. Cette condition et surtout celle qui soustrait la ville cà l’influence des brises salubres, à l’époque de l’bivernage, expliquent, fait remarquer le docteur Horton^ la haute insalubrité de Freetown en Sierra- Leone « et nor) pas, comme on le répète dans les livres, de la colonie de Sierra-Lcone. »

Freetown est d’une insalubrité extraordinaire, sur laquelle nous aurons à revenir. A ces faits s’ajoute, selon Horton, l’extrême négligence du gouvernement local qui n’entreprend rien pour l’assainissement de la ville. L’excessive mortalité qui, d’année en année, frappe les habitants noirs comme les Européens n’a pu encore provoquer les réformes nécessaires, quoi que disent certains rapports officiels. C’est ainsi qu’il n’y a pas dans la ville de fosses d’aisances publiques et que les fosses d’aisances privées ne sont jamais vidées; qu’il n’a pas été entrepris le moindre travail pour conduire dans la ville l’eau excellente qui se trouve en abondance dans les montagnes voisines et serait si nécessaire dans un pays tropical. La population réclame de bonne eau, le pavage des rues, des égouts, un nettoyage régulier des rues, des plantations d’arbres.

La baie de Crew forme un marécage au cœur même de Freetown. Une école est bâtie de manière à dominer cette baie. Peut-on s’étonner, dit Horton, qu’aucun Européen n’ait pu occuper cette construction quelques mois ou même quelques semaines, sans être pris des fièvres des formes les plus graves? Fist-il étonnant qu’aux époques des épidémies de

‘ Phyxicnl and medical cliinaleof Ihe wesl coasl of Africa. Londres, W(i7.

A. ROmiIS.

fièvre jaune, le direclenr de celle école cl les antres prolcsseurs soient les premiers enlevés, et que leurs remplaçaîits, envoyés d’Angleterre, soient en quelques semaines hors d’état de rendre le moindre service? On peut en dire autant de l’hôtel du Gouvernement. Deux marais plus petits, ceux de Gongotown et de Granville-Bay empestent aussi la ville de leurs émanations. Les parlics basses sont, au commencement de la saison des pluies, couvertes de brouillards provenant de la haie de Crew; aussi la mortalité y est-elle pins gronde que partout ailleurs. La péninsule de Sierra-Leonc serait au contraire, s’il faut en croire Horion, la plus salubre localilé de toute la côte occidentale d’Afrique. Horion, docteur de la Faculté d’Edimbourg et médecin de la marine britannique, est un nalil de Sierra-Leonc, où il a pratiqué la médecine pendant (juinze ans; peut-être pouvons-nous l’accuser d’un peu de partialité en faveur de son pays.

« De hauts et beaux plateaux invitent, mais en vain, dit-il, les babitants à quitter les brouillards de Freetown; ils leur offrent des emplacements magnifiques pour y élever des villas où chaque soir ils pourraient se retirer après leurs travaux du jour; c’est en vain. Aussi longtemps que les commerçants n’habiteront pas ces belles montagnes; aussi longtemps que la soif du gain sera plus forte que le désir de la santé; aussi longtemps que le gouvernement local se montrera peu soucieux d’améliorations sanitaires, la mortalité de toutes les catégories des habitants de Freetown conservera son chiffre élevé. » Nous aurons occasion de donner plus tard quelques preuves de cette effrayante mortalité.

Les bonnes stations ne manquent pas dans ces Alpes africaines. On cite Leicester, village construit dans les monta- ,gnes, à près de 4 kilomètres de Freetown, et qui se compose d’environ trente maisons, Gloslu, Régent, Bathurst et Charlotte. Les trois premières de ces locaIité>-, sur le sommet de hautes montagnes, démontrent combien le pays de Sierra-Leone peut être favorable à la santé, « Et, dit Horion, l’expérience a prouvé la vérité de ces assertions. »

Les districts de la rivière de Sierra-Leone, Kissey, Wellington, Hasting et Warteloo, exposés aux vents malsains et soustraits aux vents salubres, présentent tous les désavantages de Freetown.

TOI’OCRAPIIIE MÊniCALK IHJ SÉNÊGAI,.

Tous ces villages sonl dans les environs de la capitale, à la ilistanee de 5 kilomètres au moins cl de 25 kilomètres an |)lns.

Les districts maritimes : Kent, York, l’ile de Bannana sont salubres à cause de leur bonne exposition, le premier et le dernier surtout : Tun, sur le promontoire de Sierra-Leonc, le second, par suite de sa position insulaire maritime.

Les statistiques de la mortalité des troupes anglaises ne tiennent malheureusement pas compte des époques d’épidémie de fièvre jaune. Il en résulte qu’il est difficile d’indiquer la salubrité réelle des diverses localités. Ainsi, par exemple, nous savons qu’en temps ordinaire l'île de Gorée, grâce à sa situation maritime et à sa position par rapport aux vents dominants, est une station sanitaire excellente; cependant, lorsque la fièvre jaune y est importée, elle y fait autant de ravages que dans les localités les plus marécageuses du Sénégal. Les documents que nous pouvons consulter, n’établissant pas cette distinction pour les possessions anglaises de Sierra-Leone, ce n’est (\\x a priori, et par l’examen de la situation des localités que l’on peut être renseigné. Los résultats de ces appréciations ne sont applicables, en temps d’épidémie, qu’aux localités situées à de hautes altitudes. C’est ainsi que les îles de Loos, situées en mer, au nord de l’embouchure de la rivière de Sierra-Leone, paraissent devoir profiter, comme Gorée, de leur position exceptionnelle. L’île de Crawfort fut un exemple du danger qu’il y a de confondre la salubrité au point de vue des fièvres paludéennes, avec celle relative aux moindres dangers de fièvre jaune. Cette île fut d’abord regardée comme une position si favorable, qu’on la proposa pour l’établissement d’un hôpital de convalescents; ce qui n’empêcha pas un détachement anglais d’y perdre 52 hommes sur 108 dans l’espace de 11 mois.

Les îles de Loss, au nord du cap Sierra-Leone, sont au nombre de sept : trois seulement sont habitées, les autres ne sont que des amas de rochers couverts de bois. Ces îles sont séparées par des canaux profonds. La plus orientale est à 8 kilomètres du continent; elle a à peu près 12 kilomètres de long sur une largeur de 2 à 3 kilomètres. La plus grande de ces îles et la plus occidentale a 20 kilomètres de long sur 4 de large; son sol est fertile, son centre s’élève en beaux

A. ItUIUUS.

amphilhéàlres. Le point culminant est à 100 mèlres environ au-dessus du niveau de la rner. I/île Crawfort, située enlie les deux premières, est la plus petite des trois. Ces îles, élevées au-dessus de la mer, privées de marécages, peuvent donc cire comparées, comme situation, à l’île de Corée.

Le pays, au sud de Sierra-Leone, est Las, toujours inondé, marécageux et couvert de palétuviers.

La rivière Sherboro, à 50 kilomètres au sud de la péninsule, est de même nature que celle de Sierra-Leone. Ce n’est point une rivière proprement dite, mais une vaste baie s’étendant à une trentaine de kilomètres dans l’intérieur de la côte, enfermant un grand nombre d’îles et do bancs de vase, disposition qui se retrouve sur toute la côte voisine. Les eaux de cette partie de la côte sont saumâtres, stagnantes, boueuses; en quelques lieux, elles sont d’une couleur noire qui provient de leur mélange avec une boue épaisse, eu sorte que les naturels sont eux-mêmes obligés de la fdtrer.

Pour faire comprendre la composition particulière de la population de la colonie anglaise, il est indispensable d’entrer dans quelques détails historiques sur la manière dont a été constitué cet établissement. Ces détails montreront que la philanthropie sait passer du domaine de la théorie dans celui des faits.

En 1785, l’Université de Cambridge proposa en prix la question de l’esclavage et du commerce des esclaves. Le lauréat, T. Clarkson, proposait l’abolition de l’esclavage. Des idées, les Anglais entrèrent vite dans la pratique. Deux ans après, le 9 mai 1787, une soixantaine de Blancs et 400 Noirs, anciens esclaves des colonies anglaises d’Amérique, débarquaient dans la presqu’île de Sierra-Leone, et fondaient Freetown (ville libre); mais la saison pluvieuse commença avant que les colons fussent installés et produisit de si déplorables effets que, le 16 septembre, la colonie se trouvait réduite à seulement 273 personnes. Les survivants émigrèrent ou furent dispersés par les indigènes. En 1791, le Parlement, encourageant l’œuvre des abolitionistes, une Compagnie puissante se fonda, et l’année suivante 1200 noirs, provenant de la Nouvelle-Écosse et des îles de Bahama, rétablirent la colonie. Deux Suédois: A. Nordenskiold, habile minéralogiste, et Adam Afzelius, professeur de botanique h l’Université d’Upsal, s’étaient rendus

TOPOGUAI'llIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL.

dans la colonie nouvelle. Le premier se lançait hardiment dans l’intérienr du pays ; mais moins heureux que son glorieux compatriote et homonyme devait 1 être un siècle plus fard dans les régions polaires, il mourut au moment de •son retour, dans le délire, sans avoir pu rendre compte de son 1 voyage.

La ville libre, Freetown, n'élait pas encore construite qu’une -maladie contagieuse vint jeter la terreur et le découragement dans les esprits. Elle fit périr presque la moitié des Blancs et décima les Noirs. Cependant, grâce à l’énergie du chef de la colonie, Clarkson, frère de celui qui le premier avait eu l’idée ide sa fondation, la colonie commençait à se faire remarquer,

; lorsqu’on 1794 une escadre française, ne connaissant pas le Ibut respectable de cet établissement et n’y voyant qu’une pos- • session anglaise, la détruisit. Tout fut ravagé ; les instruments : scientifiques, les collections du botaniste Afzelius, la pharmacie ! elle-même, tout fut mis en pièces. Le gouvernement républi- (cain blâma sévèrement la conduite du commandant do cette imalheureuse expédition.

La colonie se releva de ces énormes perles. En 1808, le gou- 'vernement anglais acheta la concession de l’établissement à la I Compagnie de Sierra-Leone ; la colonie devintune propriété natiomale de l’Angleterre. En 1812, une nouvelle espèce de colons ifut introduite dans le pays : les Nègres trouvés à bord des nawires de traite capturés par les navires de guerre anglais furent :mis en liberté à Sierra-Lcone. De nouvelles^ villes se fondèrrent, Leicester en 1809 , Régent en 1812, Gloweester en 11816, Léopol et Kissey en 1817; cette dernière contient un Ihôpital important. Charlotte, Willberl'orce et Bathurst furent ' Créés en 1818, Kent, York, Wellington, Hasting et Waterloo ■en 1819.

L’agrandissement de la colonie ne larda pas à atteindre les îles maritimes voisines. Les petites îles de Loss ou de Los-Idolos au nord de Sierra-Leone furent cédées à l’Angleterre, en 1818, par les chefs indigènes. L’Angleterre revendique ses droits sur file de Matacon, qui est la propriété d’un particulier, cette île sert de dépôt central du commerce d’arachides de la côte de Sierra-Leone. Nos navires de commerce français la fréquentent beaucoup. La France aurait intérêt à s’établir dans celte île. Enfin, au sud de la |)resqu’ile, à l’embouchure du

A. Boriks, Sf-nZ-gal.

A. BOHIUS,

llcnve Shcrboro, la grande île du même nom fut annexée à la colonie.

La population de la prcs(pi’ile de Sicrra-Leouc a beaucoup varié depuis la fondation de la colonie. En 1811, la population lolale clait de 4500 personnes, dont la moitié étaient des esclaves libérés; en 1819, elle se montait à 12,000 babitants, y compris 200 militaires blancs; en 1828. à 17,566 babitants; en 1849, à 46,569 babitants.

De 1812 à 1855, le nombre des esclaves libérés qui sont venus grossir la population fut de 27,167.

Les Européens étaient autrefois beaucoup plus nombreux qu’aujourd'bui. Ainsi, en 1818, lasculevillede Régent comptait 1500 Anglais et 1700 noirs. En 1826, il y avait dans la colonie 555 militaires anglais.

Actuellement, la population est presque entièrement noire. L’insalubrité du pays a fait fuir les Européens. Les troupes blanches ont été remplacées par des troupes noires qui comptent à peine dans leurs cadres (|uelqiies officiers et sous-ofüciers blancs. Quelques rares négociants européens passent les meillenrs mois de l’année dans la colonie et s’empressent de fuir dès l’apparition des pluies. Le gouverneur de Sierra-Leone réunissait autrefois dans ses mains le commandement de toutes les possessions anglaises depuis la Gambie jusqu’au fond du golfe de Guinée. Les établissements britanniques de Lagos ont été constitués, en 1862, en une administration distincte. Depuis 1874, ces derniers établissements ont été réunis à ceux de la Côted’Or. La colonie est régie par les lois anglaises : l’institution dii jury y fonctionne parfaitement; l’éducation y fait des progrès rapides.

Ce qui étonne l’Européen qui arrive de Saint-Louis et débarque à Freetown, c’est le contraste existant entre les populations de ces deux capitales. Les noirs de Saint-Louis sont chez eux, jiour ainsi dire; ils présentent une plus grande originalité de costumes et de mœurs que ces anciens affranchis ou ses esclaves arrachés par les croiseurs anglais des mains de l'infàme traite des nègres. Mais onne rencontre pas, dans notre colonie, ces noirs lettrés, habiles commerçants, hommes de lois, médecins sortis des meilleures facultés d’Europe, ministres protestants, qui sont communs dans la colonie anglaise. En passant dans une rue de Saint-Louis, si l’on entend jouer

TOPOr.RVPlIIlî MÉDIC.Uü: du SftsftGAL

tlii piano ou une voix féminine clianter un air d’opéra à ia mode, on n’aura pas la surprise que nous avons eue à Freetown, en constatant que l’artiste appartenait à la classe africaine la plus colorée. On n’entendra pas nos soldats indigènes du Sénégal, se dressant fièrement, citer une des grandes batailles européennes du commencement du siècle comme gagnée par eux. Le parallèle entre ces doue genres différents de civilisation nous ferait sortir do notre sujist; il peut d’ailleurs se résumer en quelques mots : le Sénégal est plutôt un vaste comptoir qu’une colonie, Sierra-Lcone est une colonie nègre dirigée par quelques Européens. Nous sommes les maîtres au Sénégal ; mais la civilisation y est arabe. A Sierra-Leone, le noir est devenu un anglais. Dans notre colonie française, il y a acluellement trois écoles de garçons et deux écoles de filles, toutes tenues par des congrégations catholiques, mais où les indigènes musulmans ne peuvent guère envoyer leurs enfants. Dans la •colonie anglaise, on comptait, en 1827, 22 écoles de garçons et de filles, fréquentées par 2111 élèves. Les résultats obtenus ne permettent pas de penser rpie, la population ayant doublé, l’instruction n’ait pas suivi une progression analogue.

La colonie, ou plutôt l’état indépendant de Liberia, fondé par les Américains, est, avec l’établissement anglais, le seul f]ui, à la côte occidentale d’Afrique, mérUe le nom de colonie. 11 a fallu, pour que ces colonies puissenf prospérer, que leur population fût d’origine africaine.

Au cap Sierra-Leone s’arrête la partie de la côte occidentale d’Afrique en rapports habiiuels et fréquents avec notre colonie du Sénégal. De Saint-Louis à Sierra-Leone notre commerce trouve un uliment considérable h son activité ; c’est lui qui domine complètement. Au delà, les comptoirs des nations européennes .sont dispersés sur toute la côte du golfe de Guinée, et le rôle de la P’rance est beaucoup moindi-e, tandis que prédomine celui de l’Angleterre.

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