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II. — NATURK DU SOL

Il est bien démontré que la climatologie médicale d’une localité ne dépend pas seulement des agents météorologiques qui en modifient l’atmosphère, mais aussi de la nature du sol.

A. BÜIUUS.

« Les méléorcs, dit M. L. Colin jouent un rôle considérable dans le développement des causes spécifiques ; ils [)euvent en centupler ou en annuler la |n’oduction, mais ils n’en sont pas la cause originelle. » Sans vouloir admettre l’opinion de certains auteurs qui, lassés de voir l’impuissance de la météorologie à expliquer les dilîérences considérables existant, au point de vue sanitaire, entre les diverses régions tropicales, ne voient les causes des maladies (jue dans le sol, nous ferons remarquer que, si dans ces régions c’est ratmos()bère qui tue, c’est le plus souvent parce qu’elle a puisé dans le sol les émanations dont s’empoisonne l’économie humaine. La météorologie, ce premier des facteurs nombreux qui constituent le climat, n’a été jusqu’ici qu’incomplètement, superficiellement et trop légèrement étudiée, surtout au point de vue médical. On est encore plus en droit d’accuser l’indifférenee des observateurs relativement aux autres facteurs de cette entité complexe (ju’on appelle le climat.

La meilleure définition qui ait été donnée jusqu’ici du mot climat est celle de Malte-Brun. Ce géographe fait entrer comme éléments du climat d’une contrée :

1° Sa position géographique;

2“ Son voisinage ou son éloignement de la mer;

3® Son altitude;

4“ La nature géologique du sol ;

5“ La pente du terrain et les expositions locales;

6“ Le degré de culture et de population ;

7“ Les agents météorologiques généraux : vents , chaleur, pression atmosphérique, humidité, pluie, état du ciel, etc.

La topographie des diverses localités dont nous venons de faire la description succinte, nous donne, on le voit, un certain nombre des éléments qui constituent leurs climats, ceux surtout relatifs à la position géographique, à l’altitude, à la distance de la mer, à la population, aux expositions locales. Nous allons nous occuper de la nature du sol.

Le sol doit être étudié dans ses profondeurs el dans sa couche superficielle. Malheureusement, si la géologie de la côte occidentale d’Afrique a été à peine explorée, la nature de la couche la plus superficielle de sa surface l’a été encore moins. Si la

* L. Colin, Traité des maladies épidémiques. Taris, -187'J, J. -B. Baillière.

I TOrüGlUlMIIü] MÈDIC.AI.I': DU SKNÈGAG.

I couches profüiules du sol ont une action sur le climat médical des localités par suite du passage plus ou moins facile (|u’elles , laissent à l’écoulement des eaux, la couche de la superficie pa-

' raît jouer un rôle d’une bien plus grande importance. C’est sur > elle que se développe la vie, sur elle aussi, et dans les parties ' en contact immédiat avec ratmosi)hère, se développent les or-

I' ganisnifcs inférieurs dont l’induence pathogénique est l’iin des plus intéressants et des plus pressants [mohlèmes de la science moderne.

Pour arriver à la solution de ce problème, il faut d’abord t faire l’étude de ces organismes inférieurs, étude à laquelle ne I (wuvent suffire ni le marteau du géologue ni l’analyse du chi- I niiste, et pour laquelle le microscope, qui a permis d’en soup- I çonner l’importance, est lui-même encore insuffisant. Ces cor-

Ipuscules infimes, que nous ne voyons pas habituellement parce que leur surface, extrêmement petite, ne réfléchit qu’une quantité de lumière tout à fait insuffisante pour impressionner larétine, couvrent la surface du sol et abondent dans les couches inférieures de l’atmosphère. Un faisceau de lumière, traversant un milieu obscur, permet cependant de voir les plus gros I d’entre eux comme la nuit on voit les étoiles; ils remplissent l’air, et, entraînés par les gouttes de pluie, ils se retrouvent en I quantité considérable dans les eaux recueillies au commenceiment des averses. La difficulté de ces recherches semble être ' en raison de leur importance extrême, elle n’a pas arrêté cer- ' tains investigateurs qui ont ouvert, dans les contrées même -dont nous nous occupons, la voie à des recherches futures, et ' dont nous aurons bientôt à indiquer les travaux.

Nous résumerons d’abord le peu de connaissances positives actuellement acquises sur la structure géologique de la colonie du Sénégal et des pays voisins. Un éminent géologue, A. Gei- I kie, professeur à l’Université d’Edimbourg, dans son introduction aux Notions de géologie^, suppose deux étrangers traversant l’un, l’Angleterre, de Liverpool à Harwich, l’autre, l’Ecosse, de Elle de Skie à Montrose, et compare les notions géologiques que donnerait chacun de ces étrangers après avoir fait [)Our la première fois son trajet. Geikie fait remarquer combien les deux récits seraient différents et quelles notions fausses chacun

* Traduction de II. Gravez, l’aris, 1880.

A. liÜIUUS.

d’eux donnerait sur le système géologique des Iles Brilanni- (jues. Si nous avions la prétenlion de tracer un aperçu géologique complet de la portion de la cote d’Afrique que nous étudions, nous risquerions fort de tomber dans l’erreur de ces voyageurs.

En Sénéganibie, les observalcurs sont rares, les géologues plus rares encore, et les routes suivies sont toujours les mêmes; il n’est guère possible de s’en écarter. Avouons-le, la géologie de la Sénégambie est tout entière à faire. Nous dirons donc simplement ce que l’on voit, au point de vue de la nature du sol, au Sénégal et dans les |iays voisins, sur les routes parcourues ordinairement, c’e.-t-à-dirc le long du bord de la mer et près du cours des fleuves.

La partie de la côte occidentale d’Afrique située entre la mer à l’ouest, et la chaîne des montagnes du Fouta-Djalon à l’est, limitée au nord |)ar le Sénégal, au sud par la rivière de Sierra Leone, peut se diviser en deux régions, deux terrasses distinctes ; l’une, composée de terres basses très peu élevées au-dessus de- l’Océan, est d’une constitution géologique alluviale, presque partout semblable et uniforme ; l’autre est un pays de montagnes comprenant des plateaux s’élevant par étages jusqu’à une élévation encore mal déterminée, mais paraissant pouvoir atteindre une hauteur assez considérable, puisque, selon llecquart, on verrait, dit-on, de la neige sur le sommet de quelques-unes des montagnes du Fouta-Djalon. Les indigènes de Boké (Rio-Nunoz) rapportent que, dans le pâté de montagnes voisines du Timbo, il en est une très élevée dont le sommet ne peut être atteint que par trois marches fatigantes. « Là se trouvent, disent-ils, de l’eau qui est blanche, et que l'on peut prendre avec la main*.»

La région constituée par les terres basses, la basse Sénégamiiic, présente la particularité suivante ; Elle est d’autant plus profonde vers l’est que l’on remonte vers le nord. Au sud de la Gambie, ces terrains deviennent moins larges, et, à Sierra- Leone, leur profondeur est presque nulle. La côte maritime se dirige vers l’est en meme temps que vers le sud, tandis que la

* Guichon de Grandpont, le poste de Doké, dans le Rio-Nunez.

TOPOGUAI’lllK ilLDlCALK DU SÉNÉUAU.

région îles luuits plateaux a pour limite, à l’ouest, nue ligne se dirigeant vers l’ouest eu même temps que vers le sud. Le versant de la chaîne du Fouta-Djalou regarde donc, d’une manière générale, le nord-ouest. Le cap Sierra-Leone Ibrrne la partie la plus occidentale de cette chaîne.

Sans les dépôts considérables d’alluvions (|ue le Sénégal, la Gambie et les autres rivières de la cote accumulent depuis des siècles au pied des montagnes d’où elles tirent leur source, l’Océan viendrait battre les premiers contreforts du Fouta- Djalon. Quelques roches, quelques îles isolées analogues à celle de Corée dépasseraient seules le niveau des eaux. Le Cap- Vert, le cap Bathurst constitueraient les |)lus importantes de ces îles.

Sur le littoral actuel de la côte d’Afrique, le fond de l’Océanmonte en pente douce et régulière. Baremeiit le bord de la côte s’élève brusquement en formant des points de repaire facilement reconnaissables pour le marin. « La sonde est le seul guide sûr de la navigalionL » Le fond de la mer est, en général, sablonneux. Une ligne de sables bas borde le rivage, sur lequel les lames viennent rouler en volutes énormes, empêchant tout débarquement à l’aide d’autres embarcations que les légères pirogues des indigèn s. Quelques points font seuls exception : tels sont la presqu’île du Cap-Vert et les caps de Sainte-Marie et de Sierra-Leone.

Cette disposition des côtes permet à la mer d’obstruer de sables les embouchures des rivières défendues par de redoutables barres et les force à courir parallèlement à la plage avant de se verser dans l’Océan. 11 se forme ainsi des lagunes et de véritables lacs, de sorte que l’on trouve d’abord sur la côte des bancs de sable stérile, puis de l’eau douce ou saumâtre, et enfin la véritable terre d’Afrique. On comprend comment un pareil système d’irrigation créant des marécages où les eaux douces sont mélangées à l’eau salée, doit, sous ces régions tropicales, être la cause d’une haute insalubrité, d’autant plus que la nécessité de se tenir en correspondance continuelle avec la mère patrie, force les Européens à ne faire leurs établissements que sur le bord de la mer ou des fleuves.

* Ph. de Kcrallet, Manuel de la nuvigalion à la côte occidentale d’ Afrique, 3 vol. in-8’. Paris, 1852.

A. BORIUS.

Les terres Lasses de la SénéganiLie forment un pays absolument plat, ne dépassant le niveau de la mer que de quelques mètres seulement. On peut se rendre compte du peu de pente | du fleuve du Sénégal en considérant que le flux et le reflux qui, à Saint-Louis, atteint à peine 2 mètres de différence de ni\eau, se fait sentir en amont jusqu’à Mafou à 267 kilomètres de rernbouchure. Dans la Gambie, la marée se fait sentir, dans la saison sèche, à 250 kilomètres de son embouchure.

D’après Adanson, la pente de Podor à Saint-Louis ne serait que de 6 lignes par lieue, c’est-à dire de par kilomètre.

Raffenel^ prétend que l’altitude de Bakel ne serait que de 40 mètres. Nous ignorons où ce voyageur a pu prendre ce chiffre, il ne résulte pas d’une observation qui lui soit personnelle. Un hardi voyageur qui mourut à Bakel, en 1825, et qui n’a malheureusement laissé que peu de traces écrites de ses explorations, GrouL de Beaufort* détermina avec exactitude la position géographique de Bakel, et nous pouvons penser que la détermination de l’altitude de ce poste n’a pas été faite par ' lui avec moins de précision. Grout de Beaufort donne 68 mè- | très pour l’altitude de Bakel. En admettant même que celte détermination ait eu lieu pour la berge du fleuve devant le poste et non pour le seuil du fort lui-même, et en se rappelant , que la longueur du cours du Sénégal est, de Bakel à la mer, de 769 kilomètres, on voit que la pente générale du fleuve est d’environ 88 millimètres par kilomètre. L’inclinaison va d’ailhurs en diminuant, et la faible pente indiquée par Adaiison comme celle des terrains de Podor à Saint-Louis doit être exacte.

Dans toute l’étendue de la côte occidentale d’Afrique où s’est fait sentir l’action volcanique qui a soulevé les divers groupes i d’îles et de récifs qui bordent cette cote, on trouve une pierre ferrugineuse, toujours la même. Cette pierre consiste en un i conglomérat formé d’argile calcinée et d’un minerai de fer à ' l’état de laitier imbibant la masse argileuse. Une analyse faite à

* Raffenel, Voyage dans l'Afrique occidentale, comprenant l'exploration du Sénégal depuis Saint-Louis jusqu'à la Falemée, a%i delà de Bakel, etc. Paris, 1846.

* Voyage de Grout de Beaufort sur le Sénégal et la Gambie en 18‘i4-25 Collection des voyages de Walekenaer, l. VI, p. 555.

TOI'ÜIÎUAPIIIE MÊDICAI.E DU bÙ.MiUAL.

Corée, en 1874, par M. Venturini, pliarniacieii de la marine, t a permis de constater, dans un échantillon de cette roche, prise

I à Dakar, les substances suivantes : acide sulfuricjue, acide phos-

phorique, acide silicique, sesquioxyde de fer et d’alumine. Ou I u’a trouvé aucune trace du zinc ni de manganèse, aucune trace )i de chaux ni de magnésie.

L’analyse quantitative a donné :j

9‘%20 pour 100 d’alumine.

57«%94 pour 100 de for pur, ou 58 pour 100 de sesquioxyde de fer.

Cette pierre est d’une couleur somhre, terreuse et rougeâtre ; (gj elle durcit rapidement à l’air, devient même fort dure et inatu taquable par les agents atmosphériques. Au moment de son ■ extraction, elle est, au contraire, tendre et presque friable;

I elle est criblée, dans toute sa masse, de trous de forme irrégu-

I Hère; elle constitue une roche qui forme des bancs affleurant la I surface du sol ou à peine recouverts par des alluvions mo- I dernes et des terrains détritiques; ces bancs ont une épaisseur I de 2 à 3 mètres et se trouvent généralement superposés à des I couches très épaisses d’argile compacte et de formation an- I cienne. On peut facilement se rendre compte de cette disposi- I tion dans les carrières de Dakar.

j Dans certaines parties de la côte, la densité de cette roche I est plus considérable; sa structure est moins caverneuse, elle I affecte une apparence cristalline. Ainsi, auprès du cap Manuel, j on trouve des basaltes dont la pierre est tout à fait compacte,

I très dense; elle contient une plus forte proportion de scories I ferrugineuses et de matières vitrifiées.

I Le resle du sous-sol est constitué par une argile compacte, schistoïde, communément appelée terre de Corée, plus ou moins entrecoupée de couches ou de noyaux de cette roche. A la surface, la terre végétale est très légère et ordinairement sablonneuse. Non loin du bord de la mer, souvent à une élévation assez notable, se trouvent des coquilles accumulées par bancs au milieu des couches argileuses et des alluvions modernes. A Iiulisque, on trouve du calcaire argileux; près de Joal, on trouve ce même calcaire argileux.

Les sables soulevés par les vents forment, dans quelques points de la cote, des dunes très mobiles et très euvahissantes: Les plus élevées, situées dans le voisinage du Cap- Vert, ne

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