‹ Les maladies du SénégalChapitre 16 sur 56 · JO · texte numérisé non relu

JO

A. OÛHIüS.

dépassent pas 14 mètres. Elles n’ont donc en rien les hauteurs extraordinaires indiquées par quelques descriptions.

L’origine volcanique de l’île de Corée et des dilîérents ca|)s de la côte ne peut cire l’objet d’aucun doute. Une portion de la côte qui présente des traces réelles d’éruption est celle où SC trouvent les huttes des Mamelles. Dans cette partie de la presqu’île du Cap-Vert, les roches ne sont plus constituées par la pierre ferrugineuse de Corée et de Dakar. On y trouve de véritables laves de densité très variable, et des pierres ressemblant à des éponges, et ayant la légèreté de la pierreponce.

Dans les (iivirons de Saint-Louis, jusqu’à Dagana, il est impossible de trouver une pierre; le sol est sablonneux ou argileux. 11 n’est constitué que par des alluvions. Le forage artésien fait à la pointe du nord de l’île Saint-Louis a montré que le soussol y est formé d’une couche de sable de 60 mètres de profondeur. Au-dessous de cette couche sont des superpositions de filons d’un sable argileux et de nappes d’argiles ou de grès oolitbique auquel on s’est arrêté.

Ainsi, l’uniformité est la caractéristique de la basse Sénégambie et, nous pouvons ajouter, du voisinage des embouchures de la [ilupart des Ileuves de la côte occidentale d’Afrique. Les détritus animaux et végétaux y sont abondants, et les cours d’eau y déposent leur limon fécondant.

Le bassin supérieur de la Sénégambie appartient aux montagnes du f’üuta-Djalou. La description géologique de ces régions, à peine explorées, est tout entière à faire. Des rochers basaltiques, des granits de divers grains et de diverses couleurs, du strapp et des grès, .semblent, d’après les voyageurs, former la base du système de ces montagnes.

Les roches des cataractes de Eelou sont des grès (Mage). On y trouve des cailloux de quartz agate. Quintin a trouvé, dans son voyage, des roches métamorphiques dans lesquelles il a pu reconnaître quelques feuilles fossiles. On rencontre, suivant les régions, quelques veines calcaires et schisteuses, quelques filons de quartz, mais en petit nombre. Le sol du Kaarta est schisteux; on y trouve des ardoises très belles, quelques calcaires marneux noirâtres et gris. Le quartz est très commun dans le Fouta-Djalon, dans le Fouta-Danga et le Bambouk; il est, en ccrlains endroits, très aurifère. De Bakel à la Gambie,

TOrOGllAl'llIK MÉDICALE DU SÉNÉGAL. 91

lînirenel Irouva [.artüiit un sol composé (rime (eiro rouge 1errugiiieuse el argileuse, semblable à celle (jui af'lleure, par place, à la surrace du sol de Dagana cl à celle qui conslilue le sol de la presqu’île du Cap-Yert. Les Maures oui apporté à Saint-Louis -des éclinnlillons de cbarbon de terre.

Le district de Kéniéba, où s’est lait une ex|)loilation auril'ère, a été étudié par BergL On y voit des collines de 80 à 100 mètres de haut, dont la masse fondamentale se compose de grès ferrugineux ou de quarzite; leurs flancs sont recouverts d’uue couche d'aigile solide ou scbisleiise fortement colorée })ar le ) eroxyde de fer. Le terrain des mines présente les caractères suivants : La première couche se compose d’argiles quartzeincs sableuses et fedspathiques, à grains très tenus; on y voit les dilférents quartz, même le hyalin. Le sable est composé; le fer y entre en notable quantité. Celle couche de la surface est peu productive en or; on en trouve en si petite quantité, qu’on no pourrait l’exploiter avec hénéfice.

La seconde couche est formée par des strates de schiste argileux : ce sont des roches feuilletées (jui contiennent une petite quantité de rognons de quartz el de matières arcnacées.

La troisième couche est composée de schiste micacé; le mica y est disséminé en lamelles nacrées, blanches, à environ 10 mètres de profondeur du sol. Chaque couche schisteuse qui se sépare, d’ailleurs facilement, est elle-même composée de trois lames superposées : la supérieure est feriugineuse; celle du milieu contient beaucoup de matières sableuses où gît le mica (jui y est dispo.«é à plat. La couche inférieure est colorée en r.oir; c’est dans la seconde lame qu’on trouve des paillettes d’or. Après avoir dépassé ces premiers dépôts, on arrive aux hyalomiles, qui sont des roches très communes à cette profondeur.

L’or est en grande quantité dans toute l’Afrique occidentale el dans les sables des cours d’eau de toute la côte. La poudre d’or est un des objets les plus irn[iortants des échanges des indigènes.

Le fer est en assez grande proportion dans certaines roches pour être extrait avec avantage. Dans le voisinage des source

' Berg, Composiliou tjrolofjiquc du pays de K^iiéba [Bambouh), in Montleur du Sf’néfjal, 1S59.

A. noHius.

de la Gambie et de la Falcmé, il existe des villaj^cs dont l’industrie est tout entière occupée à exliairc ce 1er à l’aide de véritables hauts loiirneaux de petites dimensions, mais bien conditionnés (Lambert). Mage et Quintin ont raj)porté de leur voyage dans le Ségon, des échantillons d’un 1er qui égale en valeur les meilleurs fers de Norvège.

On trouve, dit-on, du mercure à l’état natif dans les environs de Médine.

Le se/ ne setrou>e pas seulement sur le bord de la mer; on le trouve, en nature, dans certains terrains. Près de l’embouebure du Sénégal se voietit les vastes étangs salins de Gandiole, qui l'ournissent plus de sel que n’en peuvent consommer la colonie et le commerce de l’intérieur où cette denrée est l’objet d’échanges avantageux. Ces étangs ont environ 4 cà 500 mètres de long sur une largeur de 1 00 à 200 mètres. L’eau de ces étangs est tellement saturée de sel, qu’elle en fournit un tiers de son volume. Cette substance couvre le sol d’une croûte qui a quelquefois plus de 50 centimètres d’épaisseur, et qui se renouvelle chaque année, après avoir été enlevée. Ce sel est blanc et assez pur. Ces salines sont séparées de la mer et du flux par des sables couverts de dunes sur une largeur de près d’un kilomètre. Elles ne sont jamais à sec; la hauteur des eaux n’y varie pas suivant les m'irées, elle n’est augmentée qu’à l’époque des pluies.

A ces notions générales, nous n’avons guère à ajouter que quelques détails sur la nature particulière du sol de certaines localités plus ou moins explorées.

A Saint-Louis, avons-nous dit, on ne voit que du sable.

A Dagana, les alluvions sont de sables et de vases; on aperçoit quelques aflleureinents de loches ferrugineux, mais ces roches sont rares. Aussi, toutes les constructions européennes sur les rives du Sénégal sont-elles en briques. Les villages fortifiés ne sont défendus qu’à l’aide d’une muraille en terre glaise qui reçoit le nom de tata.

L’île de Corée se compose de colonnes de basalte encore debout, mais dont une partie paraît avoir éprouvé l’action de la même cause de destruction et de renversement que les colonnes de même formation du Cap-Yerl; elles sont inclinées ou renversées dans la même direction.

Presque tout le flanc nord du Cap-Vert se compose de falaises

TOPOCR.VIMIIE MÉDICALE DU SÉNÉCAL.

escarpées, cou vertes de grandes masses d’oxyde de fer et de colonnes de basaltes régulières, et conservant encore leur position verticale. Leurs sommités, quelquefois bulleuses et scoriliées, prouvent qu’elles ont été soumises à un liant degré de cbaleur. Les terres qui recouvrent le plateau formé par les sommités des colonnes basaltiques dont les flancs prennent, vers les Mamelles, l’aspect de murailles de Irapp, mais en grande partie changées en tuf, sont arides et couvertes de broussailles épineuses. Le terrain du milieu de la presqu’île reposant sur des laves argileuses en décomposition vaut beaucoup mieux. Nous avons dit qu’il était autrefois couvert d’une épaisse forêt, et que la nudité actuelle de la presqu’île est due tout entière à la main de l’homme.

Une particularité sur laquelle il est nécessaire d’insister, c’est que, dans certaines parties des environs de Dakar, où l’on extrait la pierre ferrugineuse dont nous avons parlé, les scories ont évidemment coulé sur des terrains formés de roches sédiraentaires. On exploite même beaucoup plus facilement ces carrières que toutes les autres. La mine se creuse très facilement dans cette roche argileuse au-dessous de la couche de pierres ferrugineuses que l’on fait sauter pour l’exploitation.

Dans le Gayor, entre Saint-Louis et Gorée, le sol est sablonneux, légèrement ondulé dans l’intérieur, plus fortement sur le bord de la mer : ce sont des alluvions récents. Le sable est mouvant, ce qui rend très pénibles les marches militaires dans cette contrée ; il n’est, pour ainsi dire, fixé au sol que par quelques herbes ou quelques arbrisseaux qui croissent pendant les pluies de l’hivernage. Toutefois, le sol est dur à une certaine profondeur; les grains de sable s’agrègent, se soudent] entre eux pour constituer un grès qui est déjà en formation à la profondeur de 30 à 40 mètres, ainsi qu’on peut s’en assurer en étudiant le creusement des puits dans ces contrées.

Dans le Baol (à N’Diary), on [a trouvé des pierres calcaires au fond des puits vers 40 mètres. Un échantillon de cette pierre a été déposé au Musée de Saint-Louis (Bourse ‘).

Le calcaire ne manque donc en réalité qu’à la surface du sol de notre colonie. Pour la production delà chaux, on utilise,

• Sole sur le Caijor. in Archives de médecine navale, t. t, p. 4GC.

A. nouius.

au Sénégal, les coquilles cVluiUres, en très granile abondance dans certains marigots, où elles se multiplient sur les branches des palétuviers. On e.xploilc surloulles bancs decoquilles fossiles.

A Joal, au voisinage de la ii;cr, le sol est très riche en coquilles. A une cci laine distance de la mer, on trouve encore beaucoup de coquilles dans le bassin de la Tarnnael aux abords de la Saumoné; puis apparaît l’argile jaunâtre, grise ou noirâtre, tantôt pulvérulente, tantôt en masses compactes et crevassées. La roche argilo-ferrugineusc de Dakar aflleure en maints endroits; elle borde la plage en même temps quMle forme des récifs jusqu’à plus de trois milles au large (Corre').

La structure géologique de rembouebure de la Gambie est toute d’alluvions au-dessous desquels on trouve une couche d’argile durcie. Le mode de formation de ces alluvions''peut s’étudier sur les terres récemment gagnées sur la rivière par les travaux qui endiguent Sainte-Marie. Si l’on creuse, on trouve d’abord une couche de sable, puis, à une certaine profondeur, la couche d’argile.

Dans quelques parties, comme celles du voisinage du cap Bathurst, le sol contient une plus forte proportion d’argile et une petite quantité do fer; mais les dépôts sont généralement silicieux.

Dans l’intérieur de la Gambie, le sol est argileux. Dans l’île de Mac-Carthy, le sol, pendant la saison sèche, est si dur, que les routes semblent recouvertes de macadam (Horton *). Ce terrain contient une faible proportion de magnésie et une petite quantité de fer. Plus dans l’intérieur, aux cataractes de la Gambie, les roches sont composées de pierres rouges et d’un conglomérat de graviers unis par de l’argile et paraissant de formation récente. Ce conglomérat se désagrège facilement sous l’influence de la moindre force. D’après les descriptions du docteur Horton, la pierre ferrugineuse qui se trouve dans l’intérieur du pays doit être la même que celle du Cap-Vert.

Le sol de Sierra-Leonc est constitué par de l’argile rouge contenant une forte quantité de fer. Les échantillons du sol de Sierra-Leone, examinés par le professenr G. Dowman, du Col-

* Corro Recherches sur la maladie du sommeil [Arch de med. nav., t. XXVII, p. 292).

* Physical and medical climale and meleorology of the wcsl coasl of Africa. Londres, 1867.

Tül'OGltAI'Illl': MEDICALE DU SENEGAL.

lègo royal de Londres, ont fourni des (|nanlilés d’oxyde de fer variant de 0,92 à 40,12 pour iOO. Le fer magnétique se trouve en abondance. A Waterloo, à Ilasting et à Wellington, la rivière de Sierra-Leone et les ruisseaux qui s’y jettent ont déposé une argile noirâtre. Aux environs du cap, le sol alluvial est recouvert de sable.

Des granits noirs et bleus forment les sommets coniques des montagnes des environs de Freetown. On trouve aussi dans les montagnes une pierre dure et compacte composée d’augite et de feldspath, unis à une faible proportion de fer. Cette pierre l)asaltique est excellente [pour la construction; elle a servi à bâtir les fortifications qui défendent la colonie anglaise.

Sir Ranald Martin s’est appuyé sur la nature ferrugineuse du sol de Sierra-Leone pour admettre que le fer, entrant dans la composition du sol, est une des causes productives de la malaria. Cette opinion est vivement combattue par le docteur Horton, qui ne peut admettre que la présence du fer soit la cause de l’insalubrité de la colonie. Nojs partageons l’avis de ce dernier observateur. Si les pays tropicaux à sol ferrugineux sont souvent infectés par la malaria (Sainte-Marie de Madagascar S quelques districts de l’Inde-), on peut citer des localités salubres où le fer est en grande abondance, et qui sont précisément les meilleurs sanitaria de la côte d’Afrique. La présence de l’argile compacte qui accompagne le plus ordinairement ces roches rend imperméable le sous-sol ; les eaux sont retenues à la .surface et ne disparaissent que par une évaporation lente, qui est une des conditions favorables au développement du miasme fébrigène : telle est, croyons-nous, la cause de la prétendue insalubrité du fer.

Le sol des hautes régions du Sénégal est peu connu. Dans son beau voyage au Fouta-Djalon, Ilecq ard recueillit un grand nombre d’échantillons géologiques, et les soumit à M. Cordier, professeur au Muséum d’histoire naturelle. Voici comment ces échantillons ont été classés dans une liste qui contient les ren-

* Voy. A. liorius. Élude sur le climat et la constitution médicale de Sainte- Marie de Madagascar (Arch. deméd. nav., 1870, p. 81). — Voy. aussi l'article Madagascar, par Le Koy [de Méricourt, in Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

* Voy. Cil. )Aorél\eîiA, Clinicnl resrarches on discase in India. Londres, 1860,

fl()

A. noitius.

sei<fncmcnls les |)his positifs que nous puissions avoir sur la naluro du sol de celte région ;

Roches de l'intérieur de la Sénégambie.

Montagne de Koli (liant). — Fragment de granit à grains moyens, rougeâtre.

— Fragment degrés qiiartzeiixà petits grains, (jlanchûtre.

— Plitanite d'un noir grisâtre.

Dalaba. — Fragment do granit à grains moyens, rougeâtre.

Sembakoum. — Malachite (carbonate de cuivre) stalactiforme.

Montagne de Soucontouro. — Hydrate de fer brun compacte, employé à la fabrication du fer.

Fond du Bafing (Sénégal;, vis-à-vis Soucoutouro. — .Jaspe jaune tabulaire. Montagne de la source du Sénégal. — Peroxyde de fer compacte, phylladifèrc, tabulaire, d’un rouge brun.

Montagne du Tangué (sommet). — Même peroxyde.

Base du Tangué. — Grès quartzeux à petits grains, blanchâtre.

Montagne de Mouminia. — Sulfate de fer terreux.

Montagne de Mrmminia, près Labbé. — Fer oxydulé compacte, d’un noir brunâtre, ayant le magnétisme polaire (aimant naturel).

T'ourneaux de Tinibo. — Fer brut, sortant des forges, lies Forges de Fouta-Djalon. — Fer forgé.

Environs de Tinibo. — Fragment de quartz blanc amorphe.

Fouta-Djalon. — Quartz roulé, compacte, rougeâtre, un peu aventuriné, employé à polir les poteries.

Montagne de Labbé et montagne de Fouconmba. — Hydrates de fer.

Fond de la rivière de Kakriba (province de Timbi). — Peroxyde de fer compacte, pbylladifère, rougeâtre et tabulaire.

Vallée de Kakriba. — Phyllade décomposé, rosâtre.

Montagnes de Tsaïn. — Beau jaspe d’un rouge vif, zonairc, très ferrugineux, stratiforme, tabulaire.

Tsaïn. — Fragment roulé de jaspe jaunâtre, employé parles potieis du pays. Bourin — .Jaspe d’un rouge-brun, très ferrugineux, caverneux.

Montagne de JLimbala (base). — Jaspe rouge, un peu géodique.

Montagne de Dara. — Jlydrale de fer compacte.

Environs de Pouradaka. — Môme hydrate de fer caverneux.

Rivière de Baïenbat. — Hydrate de fer argilifère à pâle terreuse grossière, de couleur variée, brune, jaunâtre et rougeâtre.

En résumé, la composilioii géologique du haut pays est fort mal comme ; celle des pays bas, où sont situés notre colonie du Sénjîgal et les comptoirs européens voisins, est celle des terrains cl’alluvions. Ces terrains, altcrnalivement secs et inondés, se trouvent dans les conditions les pltis propres, sous tous les climats, au dévelopcpment de la malai'ia. Voyons maintenant quelles sont les eaux qui mouillent on inondent ces terrains.

TOI'Or.UAl'IlIE MÉimiAI.ü; l»i: SliNliCAl,.

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