NATUHE DES EAUX
L’eau joue, clans l’éliologie des maladies, un rôle dont l'importance a été souvent exagérée. Ce rôle, douteux pour certaines maladies, est incontestable pour quelcjues autres. C'est ainsi que plusieurs affections parasitaires sont propagé(!S par l’ingestion des eaux qui renferment les germes morbides. Entraîné, par ses études, à combattre la doctrine de la pénétration des germes spéciliques par la muqueuse digestive, M. Léon Colin ‘admetquea ses recherches concourent toutes, néanmoins, à prouver combien est considérable, en épidémiologie, le rôle des eaux altérées, notamment par la putréfaction des matières organiques. »
Pour le savant professeur du Val-de-Gràce, les eaux sont la cause principale de la diarrhée et de la dysenterie. Il admet qu’elles déteiniinent une réceptivité spéciale à la fièvre typhoïde, au choléra et même aux fièvres palustre^. Cependant, pour ces dernières, il conclut, après discussion des faits, à 1 action négative des eaux ingérées comme boisson. Nous partageons volontiers ces idées ainsi formulées.
L’eau ne sert pas seulement à l’alimentation, elle entre pour une part con-idérable dans l’air que nous respirons. La vapeur d’caii est le véhicule nécessaire des miasmes lébrigènes comme elle est aussi l’indispensable dissolvant ou diluant des principes nuisibles que la terre et l’atmosphère peuvent échanger entre elles Nous aurons, plus loin, à nous occuper du rôle important que l’eau joue dans la distribution des causes des maladies au Sénégal, selon les diverses époques de l’année, qu’elle se répande sur le sol sous forme d’inondation ou sous forme de pluie.
La nature des eaux qui s’écoulent à la surface du sol dans b;s possessions européennes de la côte d’Afrique n’a fait l’objet que de recherches isolées, rares et peu continues ; de sorte que les modifications qu’apportent dans les propriétés des eaux les changements de localité ou les changements de tenjps sont à peine eFitrevues.
’ L. Colin, Trailé des maladies éindémiqucs. [*aris, 1879.
A. IJoBti's, Sf'né^al. 7
A. BORIUS.
Nous avons dil (jm; l’caii du Séiicgal sert à l’aliuienlalion des populations de scs rives. Scs (jualités suspectes, l’insuffisaiice des quantités d'eau potable, ont forcé les Européens à faire un usage habituel des cau.x de i)luie recueillies dans des citernes.
L’eau du fleuve, puisée au milieu de son cours, à une distance suflisanlc de 1a mer, est bonne au goût, cuit bien les aliments. Ses qualités chimiques sont satisfaisantes; mais personne n’a encore étudié méthodiqiiemeni, et pendant un teinjis sufllsant, les nombreux corps organisés qu’elle tient en suspension.
r,es eaux du fleuve coulant devant- Saint-Louis ont été analysées par MM. .4udibert, Clialmé et Pape, pharmaciens de la marine. Le table, u suivant, emprunté au livre de .M. Bércnger- Féraud *, résume ces analyses.
D’après ce tableau, selon l’époque de l’année, la quantité de chlorure contenue dans l’eau du fleuve, devant Saint-Louis, peut descendre, à la fin d’octobre, c’est-à-dire au moment des inondations et des plus forls courants, à être à peine appréciable, malgré le voisinage de l’emboucliure du fleuve. Elle peut monter à 32 grammes par litre, au moment de la sécheresse la plus grande et des plus bas cours des eaux. Cette salure considérable montre que l’eau de la mer a com- ])lètement envahi le has du fleuve. La densité île l’eau varie, dans l’année, de 1001 à 1028, en raison inverse de sa richesse en chlorures. Les matières organiques, évaluées en centimètres cubes par litre, auraient varié selon les époques des analyses de 1/2 à 5 centimètres. C’est dans la bonne saison, au moment de la sécheresse, alors que les eaux sont tout à fait potables et qu’elles servent à l’alimentation, que les matières organiques sont eu plus grande abondance. C’est aussi l’époque où les dysenteries s’observent en plus grand nombre. Ajoutons (lue ces observations, dounées par M. Bérenger-Féraud, et recueillies sous sa direction, sont encore trop peu nombivuses pour qu’il soitpermisd’en considérer les résultats comme autre chose qu’un appel à des recherches analogues plus complètes et surtout multipliées pendant une longue série d’années.
Nous ne connaissons aucune analyse des eaux du fleuve
* Trailé clinique des maladies des Européens au Sénégal. Paris, 1875, t I*'.
TOrOuRAPlIlE MÉDICALE DU SÉNÉGAL. Di)
dans les localités où la marée ne se fait jias sentir, où ces eaux servent d’une manière continue à ralimcnlation et où l’on va
Analyse de l eau du Sénégal devant Saint-Louis