DEGRÉS
En 1874.
Dans la saison sèche
Dans l’hivernage
7 fois
5 fois
22 fois
14 fois
26 fois
La température n’a atteint ou dépassé 40 degrés que 9 fois, dans les cinq années ; une Ibis dans chacune des années 1874, 1875 et 1877, 6 fois en 1878. C’est donc la saison sèche qui, malgré sa température moyenne plus basse, présente le plus souvent des maxima considérables. Ces hautes températures
A. IIÜIUUS.
durent peu et n ont qu’une faible influence sur les movennes réelles du jour; elles accompagnent toujours les vents du désert. Dans l’intérieur du pays, la durée plus longue de ces vents brûlants élève au contraire fortement les moyennes diurnes dans les mois du printemps. Comme les minima les plus bas se présentent aussi lorsque régnent ces vents de terre, la saison sèche est celle des fortes oscillations diurnes. Nous verrons qu’elle est aussi le plus favorable à la sauté des Européens.
État hygrométrique. — Dans la saison sèche, lorsque souffle l’harmattan (vent du nord-est à l’est), la sécheresse de l’air peut être extrême, la te/ision de la vapeur arriverait même à être nulle, s’il fallait en croire le résultat brut des observations. Nous avons mis un point d’interrogation dans notre tableau près du résultat fourni par l’examen du psycliromètre d’August à la date du 2 février 1875, à 10 heures du malin. Un fort vent de nord-est soufflait en ce moment. Le thermomètre sec indiquait 50“,2el le thermomètre mouillé 12”,0. La formule dcM. Renou ‘ ne peut s’appliquer à ce cas, la formule complète de Régnault est encore plus éloignée de la |)ossibilité, ainsi que nous l’avons démontré®, cette observation no prouve que deux choses : la sécheresse produite par le vent du désert peut être telle que l’air no contient plus qu’une quantité extrêmement minime d’eau, le procédé d’observation ne peut suffire alors à déterminer cette quantité. Le psycbromètre d’August se trou e en défaut. 11 ne faut pas oublier (jue « le psychromètre d’August n’est, comme tous les hygromètres, qu’un moyen empirique de déterminer l’humidité de l’air » (Régnault). R est fort probable (pie, dans les cas où la formule cl les tables donnent au Sénégal, des tensions de la vapeur s’abaissant à 1 ou 2 millimètres seulement, les résultats enregistrés manquent d’exactitude. Il serait donc fort intéressant de faire, dans notre colonie, ([uelques expériences directes [lour déterminer la quantité absolue de vapeur d’eau que peut contenir l’air au moment où le vent du désert souffle avec force. On pourrait alors construire des tables psyehrométriques applicables à ce climat particulier.
* Renou, Instructions météorologiques et tables usuelles, avec supplément.
* A. Boi'ius, Note sur une sécheresse extrême à Saint-Louis {Sénégal). Insuffisance de la formule de Régnault, in Nouvelles météorologiques, 1S7G, p. 74.
TOPOGUAPIIIE MKUiCALE DU SKNÉUAL. 143
Süiis rinllucnce clos vents du deisert, les vai ialioiis de l'état ( liygrüiuélricjue sont considérables, a Saint-Louis. Dans une , même année, l’oscillation de la tension de la vapeur peut dé- I] passer 50 millimètres, plus du double de roscillation qu’on ,i observe en France. Ft, ce qui caractérise le climat du Sénégal, jj tandis qu’une variation hygrométrique annuelle de 14 milli- I mètres, observée en France, correspond à une oscillation de I la température de plus de 55 degrés; la différence entre les I températures des moments des deux observations extrêmes donnant, à Saint-Louis, une oscillation hygrométrique de 50 millimètres, n’a pas atteint 4 degrés.
En France, la tension de la vapeur ne varie généralement, dans une même journée, que de 2 à 5 millimètres. A Saint- Louis, on décembre, lorsciue le vent souffle du nord, la tension de la vapeur peut correspondre à 15 millimètres de mercure, tandis que, à la même heure, le vent soufflant du nord-est à l’est la (juantité absolue de vapeur d’eau peut ne donner qu’une presdon de 5 millimètres, c’est-à-dire êtic cini| fois moins I abondante. Un changement de vent du nord au nord-est peut l faire baisser l’humiclité relative de 70 à 25 pour 100 de la 1 saturation complète. Ce sont ces changements auxquels noji tre économie est beaucoup plus sensible qu’à ceux de la I température, qui donnent au climat de Saint-Louis, ces va-
iiiations brusques qu’une appréciation physiologique fausse fait attribuer à des mouvements de la température ellemême.
Pluies. — Les observations dos pluies, pendant les cinq I dernières années, no permettent de rien ajouter de nouveau à l ce que nous avons dit antérieurement sur le régime des pluies i à Saint-Louis. Le nombre moyen des jours pluvieux a été I de 55, chiffre à peu près identique à la moyenne que nous 1 avions trouvée pour sept des années antérieures. La quantité I annuelle d’eau recueillie a été de 425 millimètres. La moyenne
! de sept années avait fourni le chiffre de 408 millimètres. I^a
moyenne des 12 années est donc de 415 millimètres.
Les quantités totales des pluies do chaque année ont varié à peu près du simple au double : 286 millimètres en 1878 et 6U9 en 18/6.
Comme le montre le tableau ci-dessus c’est presqu’exclusivcment dans les quatre mois du centre de riiivernagc que tombe
' A. liOUlUS.
la pluie. Elle ne commence à être récllomenl abondante que dans la première quinzaine de juillet. A peine, du commencement de novembre à la lin dejuin, si^nale-t-on quelques pluies légères et de courte duree. 11 y a au plus trois jours légèrement pluvieux répartis sur les mois pendant lesquels souillent les brises régulières.
Les pluies de l’hivernage tombent par fortes et courtes averses accompagnant les orages. 11 est fort rare que la pluie dure une journée entière ; ordinairement, ce que nous appelons un jour de pluie ne consiste qu’en une journée, dans la soirée de laquelle il y a eu un fort orage suivi de pluie pendant une heure ou deux. La force de la pluie est alors considérable, et la couche d’eau versée pendant un certain temps peut être de plus de 1 millimètre par minute. Le tableau donné dans le chapitre précédent, indique, en même temps que les analyses des eaux pluviales de l’année 1875, les dates et heures de toutes les averses de l’hivernage de cette année. On voit que, excepté deux jours de pluie line ayant persisté toute la journée, les averses ont été abondantes et d’une durée variant d’un quart d’heure à 2, 3 ou 4 heures au plus. A ces averses succède ordinairement, dans la journée, un soleil d’autant plus ardent que la chute de la pluie a debarrassé l’air des vapeurs et des poussières qui en altéraient la limpidité.
Nous ne nous arrêterions pas plus longtemps sur ce sujet, si l’année 1878, remarquable par la faible quantité d’eau qu’a reçue le sol de Saint-Louis, n’avait été marquée par une terrible épidémie de fièvre j.iune qui enleva 56 pour 100 des Européens présents. Or, un assez grand nombre de médecins ont prétendu qu’une très faible quantité de pluie était une condition favorable à l’apparition de la fièvre jaune. Cette opinion, à laquelle paraît favorable Dutrouleau*, est soutenue par Horton^. (Pendant les épidémies de 1859 et de 1866 en Gambie, il y eut peu d’orages et très peu de pluies.) Elle est aussi adoptée par M. Colin®. L’opinion diamétralement opposée a pour elle un grand nombre d’observateurs.
Les années pendant lesquelles la fièvrejaune a sévi, au Sénégal,
* Dulroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, p. 506.
llorton, Physical and medical Climat of the west coast of Africa, p. 235.
5 L. Colin, Traité des maladies épidémiques, p. 2S0.
TOI'OGUAPIIIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL
ont été des années très’ pluvieuses d’après Catel, Menu-Desable, Del. Cedont, Méry‘.
Ces opinions contradictoires, sur les circonstances dans lesquelles apparaissent les épidémies de lièvre jaune, sont le résultat de généralisations trop facilement faites de cas particuliers.
La (lèvre jaune n’est pas sous la dépendance directe du régime des pluies. L'année 1878, malgré sa sécheresse relative, a été moins sèche que l’année 1865 dont l’état sanitaire n’a rien présenté de particulier; à peu près aussi sèclie que l’année 1861 qui fut exempte d’épidémie. L’hivernage 1878, annoncé dans la dernière quinzaine de juin par quelques coups de tonnerre et quelques gouttes d’eau dès le 21, présenta sa première journée de pluie abondante dans la nuit du 6 au 7 juillet. Cette première pluie se présenta, par conséquent, dans les limites ordinaires qui ont été assignées comme date de l’apparition de cet important phénomène dans les années antérieures. Si l’on examine les circonstances qui ont précédé l’époque de l’apparition du fléau, la saison sèche de l’année 1878 n’a offert, au point de vue météorologique, aucun caractère particulier qui pût faire soupçonner la terrible épidémie du début de la saison suivante. On a noté, cependant, aux dates des 9, 10 et 19 décembre, des pluies accompagnées de phénomènes électriques, éclairs et tonnerre, phénomènes plus rares encore dans cette saison que les pluies elles-mêmes. Mais cette apparente irrégularité, au rnilieu de la sécheresse de la saison, ne présente rien de bien anormal, elle s’observe au moins une fois, tous les deux ou trois ans. Il n’y a là qu’un de ces phénomènes qui surprennent les habitants par l’époque insolile à laquelle ils apparaissent et qui sont, par suite, fort remarqués et toujours cités comme e.xtraordinaires par les Européens qui, n’ayant fait qu’un court séjour dans le pays, ignorent la possibilité de cet accident. Il s’est présenté aussi en février 1874 et en février 1876, années exemptes d’épidémie.
Malgré notre désir de trouver, dans nos recherches météorologiques, queb|ue explication de l’apparition de la redoutable constitution médicale qui préside aux invasions de la fièvre
‘ Bérenger-Fdraud, De la [ievre jaune au Sénégal,
A. Bubics^ Sénégal.
lu
A. BORIUS.
jaune, nous devons reconnaître que iden-, dans l’examen attentif dos conditions météorologiques de l’année 1878, ne nous permet d’expliquer l’apparition de la fièvre jaune ou seulement de reconnaître un état atmosphérique plus favorable que tout autre à celte apparition.
La température, les vents, la sécheresse et l’humidité, les orages peuvent avoir, dans leurs modifications quotidiennes, une inQuence modificatrice sur la marche des cas particuliers de fièvre jaune, comme sur celle de toutes les maladies; mais il n’existe aucune constitution atmosphérique fixe précédant ou accompagnant celte maladie. Une seule affiririalion peut être f’ailc : la fièvre jaune est, au Sénégal, l’a|)anage exclusif de la saison chaude et humide. Elle ne se développe jamais que pendant la saison des pluies. « L(îs cas qui ont été observés au mois de janvier ou d’avril , sont toujours restés stériles au point de vue de la propagation. » (Bérenger-Féraud.)
Des vents. — Les roses, que permettent de tracer les observations des vents pendant les cinq dernières années, indiquent une régularité très grande dans le régime des vents, avec ceci de particulier que, tandis que, dans la saison sèche, les brises régulières ont, au large, une direction franchement nord-est, direction observée à Corée et dans l’intérieur du Sénégal; à Saint-Louis, par une exception que nous n’avons pas à chercher à expliquer ici, ces vents soufflent du nord et même du nord-ouest plutôt que du nord-est. En résumé, pendantles huit mois que les alizés soufflent sur la Sénégambie, la direction dominante des vents est, à Saint-Louis, celle du nord au sud.
L’influence de l’heure sur la direction du vent est très nettement accusée par les roses construites à 1 aide des données que nous offrent les nouvelles observations. Les vents soufflent d’autant plus du large que la soirée s’avance. Les vents secs et brûlants de l’est au nord-est soufflent presque toujours dans le voisinage de 10 heures du matin; ils sont extrêmement rares le soir.
Dans riiivernage, les brises sont faibles, les calmes nombreux. L’irrégularité des vents laisse reconnaître, cependant, l’influence de la mousson de sud-ouestj qui souffle alors sur toute la colonie ; mais la direction dominante est plutôt, à
^TOPOGRAPHIE MEDICALE DU SENEGAL. U7
Saint-Louis, l’ouest que le sud-ouest, comme au largo et comme à Gorée. Les brises de terre sont rares, et font place à des calmes prolongés.
Ozone. — Nous avons commencé en 1873, à Saint-Louis, une série d’observations du papier dit ozonométrique de Jame (de Sedan). Ces observations ont été continuées par nos collaborateurs avec quelques rares et courtes interruptions. En traçant, en regard l’une de l’autre, les courbes représentant les moyennes par décades de l’ozone, d’une part, de l’évaporation mesurée à l’aide de l’instrument de M. Fiche, d’autre part ; en ayant soin, dans ces tracés, de marquer le zéro de la colora tien du papier au haut de l’échelle, tandis que le zéro de l’échelle de l’évaporation en millimètres était au point le plus bas de cette graduation, nous avons trouvé, pour une période de trente mois, identité presque complète entre les deux courbes. La coloration du papier dit ozonométrique est donc, à Saint- Louis, en raison inverse de l’évaporation mesurée à l’aide de l’instrument de M. Fiche. Ainsi, un instrument comme le petit tube de l’évaporomètre, qui ne peut en rien être iniluencé par l’ozone, donne les mêmes résultats que l’exposition du papier ioduro-amidonné. Cette conclusion mit vivement en doute, pour nous, la valeur de ce dernier mode d’exploration de l’atmosphère.
Au congrès international de météorologie tenu à Faris au mois d’août 1878, une des questions posées était celle-ci : Quelle est la valeur des papiers ozonométriques?
De nos observations faites à Saint-Louis, nous crûmes pouvoir tirer les conclusions suivantes ‘ ; la coloration variable du papier dit ozonométrique est la résultante de quatre facteurs ; 1“ la température; 2® l’état hygrométrique de l’air; 5“ la vitesse du vent; 4“ l’ozone. L’un de ces quatre facteurs restant
■ constant, les variations des trois autres suffisent pour faire varier la coloration du papier. Le papier ozonométrique n’indique
< donc rien que de très incertain quant à la quantité d’ozone ' contenue dans l’air puisque, avec la même quantité d’ozone,
1 le degré de coloration du papier peut varier. Nous considérons
’ Complen rendus sidiiographirjucs du Congrès inlernalional de niéléorolo-
■ iidenlilé des résultats fournis au Sénégal par V observalion del'évaporomèlre de l'iche cl du papier ozonométrique de Janic (deSedau)^ par .A. lio-
■ nus, p. 187. Pans, Imprimerie nationale, 1879.
A. DORIÜS.
donc l’usage du papier de Jamc (de Sedan) comme complèLcincnt inulilc. ly’ozone mérite sans doute d'attirer l’atlcntion des météorologistes et des médecins ; mais il faut reconnaître qu’il n’existe actuellement aucun moyen sim[)le et pratique d'en constater la quantité dans l’air, et même, parfois, seulement la présence. Les observations de M. Louvet, à Lorient celles de iM. G. Üaremberg% à Menton, faites à des points de vue différents du nôtre, donnèrent des conclusions analogues.
Nous avons fait, dans les salles de l’hôpital de Gorée, d’assez nondjreu>es expérieiicesà l’aide du papier ozonométrique. Si les fenêtres étaient fermées, le papier ne se colorait pas, ou était très faiblement teinté; si les fenêtres restaient ouvertes, la coloration était la même que sur le balcon de notre maison, située sur le bord de la mer. Pendant une constitution médicale très funeste, qui lit régner à Gorée, au mois d’octobre 1875, une bouflée épidémique de fièvres bilieuses mélanuriques tellement graves, que nous perdîmes 8 malades sur 9, et pendant laquelle nous avons observé un cas de fièvre jaune sporadique mortel', la coloration du papier n’éprouva aucune modification [louvant avoir une signification quelconque, soit à notre domicile, soit dans la cour de 1 hôpital, soit sur les galeries (|ui entourent les salles des malades, soit dans les salles elles-mêmes.
Pendant la dernière épidémie de fièvre jaune à Saint-Louis, en 1878, les observations du papier ioduré furent continuées à l’observatoire de l’école des Frères. La coloration du papier ne différa en rien de ce qu’elle avait été pendant les hivernages précédents.
Notre collègue, le docteur Daniel, a fait, au poste de Podor, des observations ozononiétriques corre-^^pondanl aux nôtres. M. Daniel observait au milieu des marécages, dans un foyer intense de fièvres [taludéenties. Dans ce milieu, il obtenait des colorations tout à fait comparables à celles que nous fournissait le papier de même provenance observé à Saint-Louis, ville
1 Louvet, est la valeur des papiei's ozonoméiriques? {h\èmc publication.)
- G. Darciiibei’ï!:, Sur la valeur des papiers ozonomcLriques ioduro-amidonnés. (Même publication.)
'^Voy. notre Rapport manuscrit, sur le quatrième trimestre de 1874, à l'li6- •pital de Gorée.
TOPOGRAPHIE MEDICALE DU