QUANTITÉ
NOMRRE DE JOURS
millim.
degrés
millim.
centièmes.
millim.
Décembre. . .
Janvier. . . .
li,9
Février. . . .
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet. . .
Août
Septembre . .
Octobre. . . .
Novembre . .
Saison sèche.
Hivernage . .
Année ....
Pression atmosphérique. — Gorée étant très proche de Saint-Louis, les observations barométriques doivent donner, dans cette île, les mêmes résultats ()u’à Saint-Louis; c’est ce qui a été mis en évidence par le.s trois mois d’observations faites dans les deux villes au début de l’année 1874. 11 y avait identité presque parfaite entre les deux courbes barométriques. La dillérence de entre les pressions moyennes détermi-
• \oy. Corée, Obnervations niéléoi'ologiques faites pendant dix ans (1S5Cpar MM, les pharmaciens de la marine, et résumées par A. Borius, in Annuaire de la Société météorologique de France, t. XVll, p. 59.
A. BORIUS.
nées pour les deux localités provient certainement d’une erreur instrumentale, les deux baromètres n’ayant pas été comparés à un étalon. La double oscillation annuelle est la même dans les deux localités. La double oscillation diurne y est très évidente. 11 est cependant douteux que les savants qui composaient la Commission envoyée, en 1(582, à Corée aient pu constater la véritable oscillation de la pression; à cette époque, on ignorait les corrections relatives à la température du mercure, correction que l’on fait actuellement subir à toute détermination do hauteur barométrique.
Température. — La température de Corée, déduite do quatre observations quotidiennes, faite pendant 10 ans, est de 25", 8, centigrades. C’est, à la latitude égale, la plus basse température moyenne annuelle observée sous les tropiques (Cb. Sainte- Claire Deville).
A Corée, la température du printemps est sensiblement égale à celle de l’hiver ; ces deux saisons se confondent en une seule, et constituent la saison sèche, qui, est en même temps la saison fraîche, la bonne, au point de vue do l’état sanitaire des Européens (moyenne 20",6).
La température de l’été diffère peu de celle de l’automne i les caractères de ces deux saisons sont les mêmes, et constituent riiivernage ou saison des pluies, dont la moyenne est de 27 degrés. La marche de la température offre, dans toute l’année, une grande régularité, et il y a peu de dilférence entre deux années consécutives. A partir du mois de mars, la température croît régulièrement pendant cinq mois, se maintenant élevée et à peu près constante pendant trois mois, puis descend rapidement pendant le reste de l’année.
Le mouvement des moyennes thermomètriques est complètement sous la dépendance du mouvement apparent du soleil. 11 n’y a qu’un seul minimum, toujours en février (18®, 9) et un seul maximum (27", 9) tantôt en .septembre, tantôt en octobre.
Les températures extrêmes observées en 10 ans ont été l 4 et 53 degrés. Ces nombres montrent la fixité remarquable du climat du littoral de la Sénégambie. On voit qu’il y a loin delà à la graduation du 50" degré du thermomètre sur lequel les opticiens gravent le mot Sénégal. Cette température, dont aucune des nombreuses observations météorologiques, aucun des
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DH SÉNÉGAL
rapports médicaux que nous avons étudiés, n’ont pu nous donner d'exemple, meme dans le haut du fleuve, est retenue par 1 esprit comme un fait normal et ordinaire. Aussi rien n’égale l’étonnement d’un grand nombre d’Européens lorsque, débarquant sur les côtes de notre colonie, ils reconnaissent qu’ils ont été transpoi'tés dans un milieu dont leur imagination avait fait une sorte de fournaise, et qui ne leur donne, s'ils débaiquent dans la saison sèche, que des sensations de fraîcheur souvent fort accusées, et, s’ils arrivent, au milieu de l’hiver nage, que des sensations de chaleur très supportables.
A Gorée, les oscillations thermou étriqués diurnes sont très faibles. Il est nécessaire de signaler ce fait dans le but . de renverser le préjugé médical (|ui a fait attribuer en . grande partie l’insalubrité du Sénégal à des variations exagérées ide la température. En réalité ces variations sont très faibles :sur le littoral, et n’ont rien d’extraordinaire dans l’intérieur,
: si nous les comparons à celles que les Européens sont habitués à : supporter dans leur patrie. C’est précisément au moment de : la saison d’hivernage, alors que la constitution médicale est I toujours très mauvaise, que les variations thermométriques :Sont les plus faibles. Les variations assez étendues considératbles même, si l’on songe qu’il s’agit d’une région tropicale) (que nous signalerons dans d’autres parties de la Sénégambie, m’ont lieu que pendant la saison la plus favorable aux Euro- [péens.
L’oscillation nycthémérale de la température est extrêmerraent faible dans l’hivernage, puisque la plus forte, observée (=en dix années, n’a pas dépa.ssé 6 degrés, et que dans la saison 'sèche, on n’a jamais observé, du jour à la nuit, une oscillation I dépassant 12 degrés.
Vents. — Les vents présentent deux périodes annuelles bien distinctes. Celle des alizés commençant vers le 15 octobre se 'terminant à la fin de mai. Ces vents soufflent dans des directions variant entre Test et le nord. La moyenne de ces directions est le nord ,55 degrés est. Pendant les quatre autres mois de l’année, c’est-à-dire de juin au milieu d’octobre, les vents i soufflent en mousson de l’ouest au sud-ouest. Us sont variables t et faibles, et les calmes sont fréquents, surtout pendant les 'nuits.
Les vents sont de force différente, selon leur direction :
A Boruus.
les vents du nord au norrl-est sont les jiliis énergiques ; ceux du large, les plus laihles. A mesure que la chaleur diurne augmente, la force du vent va croissant d’une façon hf-auconp plus prononcée lorsque le vent vient du large que lorsqu’il souflle de terre ; do sorte que, sans q i’il y ail, à Corée, d’alternance entre les brises de terre et de mer, il existe, cependant, une certaine influence tendant à augmenter dans l'aprèsmidi plutôt la force des brises du large que celle des vents de terre.
Au point de vue hygiénique, par rapport aux villes de Corée et (le Dakar, les propriétés des vents dépendent de la situation géographique de ces deux villes. Les vents dominants, ceux de nord-est, n’arrivent, à Corée et à la presqu’île du Cap-Vert, qu’apres avoir perdu une grande jtarlie de leur sécheresse en passant sur les nombreux marécages du Cayor et du Diander. De plus, ils ne peuvent arriver à Dakar et à Corée qu’en traversant la rade et en passant sur la surface de la mer dans une longueur de 4 milles. Si ce passage sur mer diminue encore leur sécheresse, les miasmes qu’ils ont recueillis dans leur trajet doivent aussi y perdre une partie de leurs propriétés malfaisantes. Pour Dakar, c’est un vent frappant perpendiculairement à la rive sur laquelle est bâtie cette ville, il ne fait pas sentir la mauvaise influence des marécages du voisinage.
Jamais les vents de nord-est n’ont, à Dakar et à Corée, une sécheresse comparable h celle (pi’ils ont à Saiut-I.ouis ; rarement ils sont chargés de poussière et de sable. Leur sécheresse est cependant suflisante pour qu’à l’époque où ils soufflent avec énergie, ils occasionnent la chute des feuilles d’un grand nombre d’arbres qui, dans les régions plus méridionales de la Sénégambie, conservent toujours leur verdure. Ce sont bien ces venis qui nuisent à la végétation, car une simple muraille suffit pour abriter contre eux les jardins des environs de Dakar. On peut même voir, dans cos jardins, des arbrisseaux dont les branches inférieures, abritées conservent leur feuillage, tandis que les branches supérieures se dcssècbeut et voient leur croissance paralysée pendant toute la saison de ces vents. Le même phénomène ne se présente pas pour les vents soufflant dans les autres directions.
A la sécheresse de ces vents est lié un pouvoir réfrigérant assez considérable. Leur fréquence, leur force et leur fraîcheur
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL
clans la soirée font courir, à ceux cjni s’exposent à leur influence, le danger de refroidissements brust|iies. Ces refioidissemenls ont |)oiir résultat, chez les indigènes, des alfcctions foi t coininunes des voies respiratoires, et, chez les Européens, des maladies des organes abdominaux. Les bronchites légères sont très communes dans la garnison de Dakar lorsque le nordest souffle avec énergie. Les dysenteries et les hépatites trouvent des causes délcrminanles dans l’exposition à ces vents.
Dans l’hivernage, les vents de nord-eat et ceux d’est ont perdu, en grande partie, de leur sécheresse, de leur force, et en même temps une grande partie de leur propriété desséchante favorable à l’assainissement du pays, au point de vue des fièvres. Les pro|iriétés des vents de nord-est et d’est ne sont plus les mêmes dans l'hivernage, alors tiu’ils soufflent comme brises irrégulières. De même que les vents du Sabara, connus sous le nom de siroco, sont secs sur les côtes de l’Andalousie et du royaume de Murcie, mais perdent, en se chargeant d’humidité, leurs propriétés physiologiques, jiour devenir, en Italie et en Corse, le siroco humide et débilitant de ces pays ; le vent du désert, VharmaUan, perd, pendant riiivcrnage, une grande partie de sa sécheresse. 11 ne produit plus alors, d’une manière aussi prononcée, les sensations de fraîcheur ou de chaleur qui accompagnent sa présence dans la saison sèche. Son intensité et sa durée sont d’ailleurs diminuées. Les vents de sud-est sont tout à fait exceptionnels. Les vents du nordouest au sud en passant par l’ouest, viennent de l’Océan, et n’ont, à Corée, que des propriétés favorables à la santé. Seuls les vents de nord-ouest placent Dakar sous l’influence défavorable des marécages du voisinaire.
Pluies. — Le nombre annuel des jours de pluie est, en moyenne, de 53. Ce nombre a pu varier, en huit ans, de 20 à 48. La couche d’eau annuellement versée par les pluies sur le sol de Corée est, en moyenne, de 552 millimètres, à peu près la même que celle tombant à l’Observatoire de Paris. .Mais la quantité d'eau pluviale peut varier, selon les années, du simple au double, de 513 à 694 millimètres. Les pluies sont propres à la saison d’hivernage. Le mois d’août est celui qui présente le plus grand nombre de jours pluvieux. C’est du 27 juin au 15 juillet que surviennent les pluies. De novembre à la lin de mai, on ne compte, eu moyenne,
A. nORIüS.
que trois jours de pluie versant des quantités d’eau appréciables.
ÉlciL hygrométrique. — Quatre années de bonnes observations psychromélriqucs ont démontré que la quantité absolue de vapeur d’eau contenue dans l’air de Corée était en movenne d’environ 20 grammes par mètre cube d’air (tension moyenne 19'", 71). Cette quantité s’élève ou s’abaisse régulièrement de mois en mois, comme la température ; elle varie considérablement dans la saison sèche où elle a pu descendre à 8 grammes et monlcr à 25 grammes par mètre cube. Dans l’hivernage, les oscillations sont faibles, les extrêmes ont été, en quatre années, 17 et 29 grammes par mètre cube.
L’humidité relative varie, à Corée, de 85 centièmes à la saturation complète. Cette dernière s’observe souvent, dans les nuits de la saison sèche, les rosées sont alors extrêmement fortes. La plus grande siccité de l’air, observée à Corée, a été de 58 centièmes de la saturation.
En rapprochant ces faits qui témoignent d’une assez grande irrégularité climatérique de ceux que nous avons signalés comme preuve de la faiblesse des variations de la température, on sera frappé de la discordance. Ce ne sont pas les variations de la température qui devraient être si vivement accusées dans les ouvrages médicaux parlant du Sénégal, mais les variations des hydrométéores. On trouve, dans ces oscillations de l’état hygrométrique, un3 explication suffisante des variations si sensibles de chaud et de froid éprouvées par le corps humain sous ce climat, alors que le thermomètre n’indique que de faibles oscillations.
L'état du ciel ne se modifie d’une manière sensible d’un mois à l’autre qu’aux époques de transition entre les saisons. Dans la saison sèche on ne compte que 16 jours de ciel entièrement couvert, le ciel est parfaitement pur 100 fois et plus ou moins parcouru par de légers nuages pendant 68 jours. C’est surtout en mars, avril et mai que le soleil darde impitoyablement, pendant 12 à 15 heures, ses rayons sur le sol desséché et dépouillé de toute verdure. Malgré l’absence de tout nuage, le ciel de la Sénégambie est loin d’avoir la belle teinte bleue du ciel de la plupart des mers tropicales. Ceci est le contraire des autres régions équatoriales où, selon llumboldt, le ciel est ordinairement d’un bleu plus pâle en n er que dans l’intérieur
TOPOGIIAPIIIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL
du pays. Lorsipie l’on quille le Sénégal il csl facile de conslalerque razur du ciel se prononce de plus en plus à mesure que l’on s’éloigne de l’Afrique. A terre, le ciel csl, dans la saison sèche, d’un bleu pâle, plutôt gris (|uc bleu et presque toujours d’un beau fixe d’une désespérante monolomie.
Uien ne distrait les yeux de runiforrnité de ce ciel sans nuage, rien, si ce n’est quelques bandes de brumes grisâtres à l’horizon. Dans l’est, on remarque en effet presque constamment une couche de brume épaisse presque noire à l’borizon, diminuant d’épaisseur et de teinte à mesure qu’on se rapproche des couches moins profondes en allant de bas en haut. Celte teinte est causée par la présence dans l’air d’une quantité considérable de poussière très fine, de sable extrêmement divisé, qui délaie la teinte bleue ordinaire du firmament, et est parfois en si grande quantité qu’il forme un véritable brouillard sec.
Dans l’hivernage, le ciel est , au contraire, chargé de nuages, il n’y a eu, dans l’hivernage 1860, que 34 jours de ciel parfaitement serein contre 112 jours de ciel incomplètement couvert et 57 de ciel complètement couvert. Dans les trois mois de juillet, août et septembre, il n’y a jamais eu un jour complètement serein du matin au soir.
Ce que nous venons de dire du climat de Gorée est applicable à toute la région voisine et à toute la presqu'île du Cap-Vert.
CLIMAT DE MBIDJEM.
La situation de Mbidjem, à 6 kilomètres du bord de la mer et à 60 kilomètres de Gorée, donne à ce point de la côte les propriétés du climat de la presqu’île du Cap-Vert et de Gorée. Les observations que nous possédons sur Mbidjem sont peu nombreuses. Les meilleures, relatives à la température, ont ' été faites par M. le docteur L’Helgouach, du mois d’avril 1862 à mars 1863. Elles se résument dans les moyennes suivantes :
1 Décembre. . 21*, .5 Mars 21%4 Juin 23”, 5 Septembre . . 28”, 0
. Janvier. . . 2i”,8 Avril .... 22”, 3 Juillet. . . . 27”, 5 Octobre. . . . 28” ,5
I Février. . . 18”, 3 Mai, .... 22”, t Août 27”, 3 Novembre. . . 22", 5
Moyenne annuelle 23”,9
Nous n’avons pas de détails sur la manière dont ces observations ont été recueillies ; il est probable que les instruments
A. nORlUS.
étaient bons et bien exposes, car ces résultats coïncident avec ceux obtenus cà Corée pendant la même année. Les didérences entre les moyennes des doux localités sont très légères. Février est le mois le plus l'roid, octobre le plus chaud.
Les températures extrêmes, prises aux heures d’observations, sur le thermomètre sans index, ont été : 14 degrés le 20 décembre 1862 et 54 degrés à la date du 22 avril de la même année.
Les oscillations de la température sont faibles pendant riiivernage ; l’oscillation diurne n’a dépassé 4 degrés que sept fois dans les quatre mois de juillet à octobre. Dans la saison sèche, les oscillations sont beaucoup plus prononcées à Mbidjem qu’à Corée; ce qui paraît provenir de ce que les vents d’est, malgré leur passage sur le lac de la Tamna, ont un caractère de sécheresse plus prononcé que dans l’ilc de Corée.
D’après les renseignements qui nous ont été fournis par les employés du télégraphe ; pendant l’iiivernage de 1875, le nombre des jours pluvieux a été le même à Mbidjem que dans la presqu’île voisine. Il y eut dans cet hivernage trente-cinq jours de ])luie dont vingt-huit à la suite d’orages. Ces chifi'res diffèrent très j)eu de ceux notés pour Dakar à la même époque.
D’après les rapports médicaux concernant ce poste, le régime des vents doit y être sensiblement le même que sur la côte.
CLIMAT DE TIllÈS.
Ce petit poste français est à environ 25 kilomètres du bord de la mer, il a été construit dans une partie déclive du terrain. Celtesituationdéfavorableexplique en partie, mais d'une manière insuffisante, les différences considérables signalées par les observateurs entre la température de Thièset celle de Mbidjem distants seulement de 20 kilomètres.
Du mois d’août 1864 au mois de juillet de l’année suivante, des observations thermométriques ont été faites, à Thiès, par M. Pillerault. Nous ignorons le mode d’exposition des instru-' ments. Voici les moyennes mensuelles :
Décembre. . 23°, 1 Mars. . Janvier. . • 25°, 1 Avril .
Février. . • 25°,7 Mai . .
. . 24°,5 Juin
. . 24°,3 Juillet. . . .
. . 24°, 7 Août
Moyenne annuelle, 23° ,6
28°, l Septembre . . 27°,8
27°,ô Octobre. . . . 27°,3
26°,9 Novembre. . . 26°,8
TOPOGRAPHIE MEDICALE DU SENEGAL
Cette moyenne annuelle serait, d’après ces observations, plus élevée de 1“,7 que celle de Mbidjem, ce qui est considérable si l'on songe à la proximité des deux localités. Cependant la moyenne de la température, à six heures du matin, a été trouvée plus basse tà Tbiès que dans la localité voisine, on ne peut donc guère incriminer la valeur de l’instrument. Il est probable que son exposition dans la journée était mauvaise. Peut-être est-ce le résultat d’une situation défavorable du poste luimême. D’après tous les rapports médicaux, cette situation y rend lescbaleurs très pénibles et fort différentes de ce qu’elles sont à quelques kilomètres seulement du poste.
Les extrêmes observés ont été : 15 degrés le 2 février 1865 et 40“,5 le 5 mai de la même année. Il est à désirer que de bonnes observations soient faites dans ce poste. Si la différence considérable avec le climat de Corée accusée par les observations que nous avons sous les yeux est réelle, elle démontre une modification climatérique prol'onde à mesure que l’on s’éloigne, même fort peu, du bord de la mer et du grand courant réfrigérant dont elle lèche la côte de l’Afrique sous cette latitude.
CLIMAT DE SAINTE-MARIE-BATHURST (Gambie).
Nous n’avons trouvé, relativement au climat de cette colonie anglaise que quelques observations incomplètes citées ipar le docteur A. Ilorton^ et portant sur neuf mois de l’année 1866. Pendant cette année, une terrible épidémie de fièvre jjaune détruisit la moitié de la population blanche de Sainte- ’Marie et éprouva rudement la population indigène.
.Autant qu’on peut en juger par les observations incomplètes Ifaites à l’hôpital de Sainte-Marie, la température moyenne du littoral de la Gambie est plus élevée que celle de Corée.
La plus basse température observée en 1866 a été de 115 degrés centigrades le 20 janvier, la plus haute de 42“,2 le 50 avril. Le climat de Sainte-Marie présente plus d’analogie' avec celui de Saint-Louis qu avec celui de Corée. Le premier trimestre de la saison sèche est frais, sain et agréable. En mars la sécheresse persiste c. les vents chauds du désert soufllent
Phy^ical and medical Climale and Meleorology of lhe West coasl of ^Africa, p. 87 et 308.
A. Borios, Sénégal.
A. DORIUS.
comme à Sainl-Louis. Ils sont parfois brûlants et secs surtout en avril et en mai. Juin est un mois de transition, l’humidité y succède à la sécheresse. L’iiivernage est j)lus long qu’à Saint- Louis ; les mois de juillet, août, septembre et octobre qui forment le centre de l’iiivernage sont en tout semblables aux mêmes mois dans nos possessions du littoral du Sénégal.
Les tornades sont frequentes, les pluies abondantes. Le mois d’oclobre est tout entier fort pénible par ses chaleurs humides qui persistent pendant les premiers jours de novembre. L’arrivée des vents réguliers signale, à la fin de ce dernier mois, la lin de l’bivernage.
Les vents de l’est et du nord-est occasionnent, pendant la saison, sèche des variations de température aussi étendues qu’à Saint-Louis. Ce sont ces mêmes vents qui, frais dans le trimestre corresjiondant à noire hiver, occasionnent les fortes maxima du trimestre du printemps.
Les pluies de l’hivernage sont plus abondantes que dans la colonie française. Pendant l’année 1860, citée par Horion comme remarquablement sèche, les observations pluviométriques faites à l’hôpital de Sainte-Marie pendant cinq des mois de riiivernage, donnèrent les résultats suivants :
Quanlilûs Nombre
en raillimèlres. de jours.
Mai 26 2
Juin 2 1
Juillet 1^1 13
Août 50t 20
Septembre 551 H
Total des cinq mois. . 1 037 50
Ainsi, dans une année de sécheresse exceptionnelle, la quantité d’eau recueillie à Sainte-Marie, en cinq mois, a dépassé un mètre, c’est-à-dire a été à peu près double de ce qu elle est en temps ordinaire à Corée. Le nombre des jours de pluie a été ])lus élevé d’environ un tiers. Ceci rend compte de la différence considérable que nous aurons l’occasion de signaler entre la puissance de la végétation des rives de la Gambie et de celles du Sénégal.
Le début de l’iiivernage est signalé par des tornades et des orages. C’est ordinairement vers le 10 juin que l’hivernage débute à Sainte-Marie, parfois un peu plus tard. Exception-
TOPOGRAPllIK MÉDICALE DU SÉNÉGAL.
lOÔ
nellement les orages et les tornades peuvent être très rares. Ainsi, en 1866, au moment où la fièvre jaune sévissait avec tant de l'orce, ou remarqua l’absence de tornades et d’orages. On n’entendit pas de tonnerre, l’atmosplière resta dans un calme parfait. « Les anciens habitants, dit llorton, annoncèrent que cette absence d’orage serait 'suivie d’un état sanitaire très fâcheux et ce pronostic fut malheureusement vrai. » D’après ce que nous a rapporté iM. le docteur Danguillecourt, un pronostic du même genre avait été porté à Dagana, en 1878, par des indigènes a\ant l’apparition de la fièvre jaune. Mais nous ferons observer que ces prédictions se font très souvent en Sénégambie, et très souvent aussi tombent à faux.
Ce qu’il y eut de plus remarquable, à Sainte-Marie, ce fut la cessation de l’épidémie lorsque, dans la nuit du 12 septembre, le tonnerre, qui n’avait pas été entendu depuis neuf mois, se mit à gronder avec force ; il y eut un orage terrible. Dès ce jour, tout cas de fièvre jaune disparut. Quinze personnes dont deux médecins .sur trente Européens présents avaient succombé. Le docteur Horton attribue un rôle prédominant à cet orage sur la cessation du fléau. Nous ne nous ferons pas juge de cette opinion. Nous rappellerons seulement la tendance qu’ont tous les auteurs de récits des épidémies à donner des explications de ce genre. Il est si dur et si difficile d’avouer notre ignorance Sur les causes de ces terribles manifestations morbides. On cherche toujours et le plus souvent on trouve, au moment de l’apparition ou de la fin d’une épidémie, quelque coïncidence avec des phénomènes météorologiques qui, ordinairement, passent inapperçus. C’est tantôt une sécheresse, tantôt une grande humidité, souvent une direction particulière i du vent, d’autre fois un orage, un brouillard, un calme ou bien I encore l’ozone qui est le phénomène dans lequel on veut
I trouver l’explication cherchée. L’examen attentif d’un grand
II nombre de récits d’épidémie montre qu’à chaque instant il y a < contradiction entre ces affirmations. Certes nous ne nions pas
le rôle des météores sur les épidémies ; mais, il faut le reconnaître, rien de positif n’a encore été trouvé relativement à ce j: rôle. Le découvrir est l’un des buts poursuivis par le médecin 1 météorologiste. Il ne faut pas se faire d’illusion, le but n’est i: pas encore atteint. Une connaissance approfondie de la météorologie d’une part, de l’épidémiologie d’autre part, est avant
A. BORIUS.
loul nécessaire dans ce genre de recherches dans lesquelles il faut surtout se inélier des coïncidences fortuites.
A la suite de l’orage qui signala la fin de l’épidémie de fièvre jaune, à Sainte-Marie, on vit disparaître, dit le docteur Ilorton, les graves fièvres rémittentes bilieuses (?) qui sévissaient sur la population indigène. Elles firent place à des fièvres intermiton tes bénignes. Nous aurons à revenir, lorsque nous étudierons plus spécialement la jiathologie de ces conirées sur l’opinion que semblent avoir, au sujet de la fièvre jaune, quelques médecins anglais (]ui font jouer à la malaria un rôle important dans la genèse de cette maladie.
Le climat de l’embouchure de la Gambie diffère considérablement de celui de l’intérieur du pays. On le verra lorsque nous parlerons, un jieu plus loin, du climat de Mac-Carihy, en nous occupant des climats continentaux de cette partie de l’Afrique.
CLIMAT DE SEDHiou (CasaiTiance) .
La distance qui sépare l’embouchure de la Casamance de celle de la Gambie est de 48 kilomètres. Elle suffit pour apporter une modification très sensible dans la climatologie de ces deux points de la côte. Nous avons trouvé dans Içs rapports des médecins qui ont séjourné à Sedhiou des observations du thermomètre et des vents faites par séries de trois à huit mois pendant différentes années. Il ne nous a pas été possible de connaître dans quelles conditions ont été faites ces observations. Les notes de MM. llamon et Prévôt, médecins de Sedhiou, nous ont fourni les meilleurs documents. Les observations de » M. Prévôt ‘ faites à l’aide d’instruments comparés par nous à ■ ceux de l’observatoire de Saint-Louis, ont pu, bien qu’incom- < g plètes, nous servir de contrôle pour le choix des observations! antérieures. En confondant entre elles les observations de cinq i n années incomplètes de 1858 à la fin de 1862, voici quelles sont | les températures moyennes mensuelles :
Décembre.
Mars. . .
Juin. . . .
Septembre .
Janvier. .
Avril.. .
Juillet. . .
Octobre. . .
Eévriér. .
Mai . . .
Août. . . .
Novembre. .
Moyenne annuelle, 26°l
* Yoy. Bulletin international de l'Observatoire de Paris, avril 1874.
TOrOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL. 105
Ce dernier chiffre, dont la valeur absolue ne doit être acceptée que sous tonte réserve, est probablement un j)eu trop élevé.
Quelle que soit la valeur absolue des moyennes mensuelles obtenues à l’aide de ces observations, ces moyennes indiquent la marche générale de la température à Sedbiou. Prenant les caractères communs aux climats plus méridionaux d’une part, à ceux de la haute Sénégambie d’autre part, le climat de la Casamance présente une élévation remarquable de la température pendant le trimestre du printemps. De sorte que le printemps étant plus chaud que l’été, il y a dans l’année deux minima, l’un en janvier et l’autre, moins accusé, en août, et deux maxima l’un en avril, l’autre en septembre ou octobre.
Le thermomètre descend jusqu’à 12 degrés au mois de décembre d’après M. Hamon ; il atteignit 57 degrés au mois d’avril 1859.
La saison sèche est, comme partout, la saison des fortes oscillations. Le mouvement diurne a atteint jusqu’à 12 degrés au mois de mai (1858) ; il ne dépasse pas 6 degrés dans la saison des pluies.
Les vents ^ bien observés en 1861 , présentent le même régime que ceux de Gorée.
Les pluies commencent à la lin de mai et se terminent en octobre. Elles sont extrêmement abondantes et très fréquentes. Ainsi, en août 1874, M. Prévôt a compté 29 jours de pluie dont huit pendant lesquels la continuité des averses fut telle qu’il fut impossible de sortir des maisons. En 1861, on a compté 84 jours pluvieux dont 2 seulement n’étaient pas compris dans l’hivernage.
La physionomie de l’hivernage peut sensiblement varier. Voici un tableau comparatif tracé parM. Prévôt dans les notes qu’il nous a communiquées. Ce tableau montre combien l’aspect du pays peut différer parfois d’une année à l’autre.
Année 1892-1893 Année 1893-1894
Légères tornades séc'";s dans la première quinzaine — fortes tornades dans la seconde — premières pluies le 22.
Chaleurs — pluies assez fréquentes 1 Chaleurs excessives — pluies rares, loin. J — orages et tornades dans les î presque nulles — une seule tor-
( soirées. ) nade.
Légères tornades au début du mois — premières pluies, très fortes le 25.
A. BOIUUS.
Juillet. I Août. I Septembre. /
Octobre.
Novembre,
Décembre. ’
.lanvier.
Grandes cbaleurs — orages et tor- i Pas de tornades — peu d'orages — nades tous les jours — pluies ! pluies fréquentes dans la seconde abondantes. ) quinzaine.
Pluies as.eez fréquentes, mais le soleil se montic cba(|ue Jour — chaleur moindre que le mois précédent — humidité.
Les chaleurs reviennent — les pluies sont nio ns iréquenles — norabreu-\ orages.
Tornades et orages très forts dans les premiers jours — à la fin du mois, tornades sèches — fin de l’hivernage le 17.
Brise du nord le matin — chaleur assez/orlo dans la journée.
Fraîcheur dans la seconde quinzaine — nuits très fraîches — vents du nord nord-est.
Fraîcheurs — vents du nord et du nord-est toute la journée.
Pluies continuelles, 20 jours
temps continuellement couvert
— le soleil reste toujours caché
— pas d'orage ni de tornade.
Les pluies persistent — mais par
. nombreuses averses — pas de tornades — phénomènes électriques presque nuis.
/ La chaleur augmente au commen-
! cernent du mois — les pluies cessent un moment, puis reprennent ahondaïues — quelques petites tornades — peu d'orages — l’hivernage se termiue le 31 par une tornade.
I Calmes complets — la chaleur de- 1 vient excessive.
] Chaleurs encore très grandes — vents du nord et du nord-est.
Fraîcheurs et brouillard le matin — soleil parfois couvert — vents du nord et du nord-est.
L’abondance extrême des pluies dans riiivernage de 1874 a tait manquer l.a récolte du mil (panicum milliaceum). Les orangers qui fleurissent ordinairement en novembre n’ont fleuri qu’en mars, cette année-là. Le dessèchement des marécages lut fort long, et l’état sanitaire s’en ressentit profondément.
CLIMAT DE BISSAO.
Nous devons à un distingué confrère de la marine portugaise, M. le docteur Santa- Clara, médecin du poste de Bissao en 1872, les documents météorologiques manuscrits que nous résumons dans le tableau suivant. Les observations faites au village de Bissao, dans l’île de ce nom, ont été commencées au mois de septembre 1871 et terminées en août 1872. Une excursion faite dans le Rio-Grande, pendant le mois de novembre, par I\l. Santa-Clara a laissé une lacune d’un mois dans sa série d’observations. L’auteur a comblé cette lacune, pour la température, à l’aide d’observations incomplètes faites pendant les années 1867, 1868 et 1869. Les observations du thermomètre sec et du thermomètre mouillé étaient faites trois fois par
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL
La température moyenne annueUe est de 26®, 1. La moyenne des trois mois de l’iiiver (24®, 0) est seule un peu moins élevée que celle des antres mois. Le printemps est légèrement plus chaud que l’été. 11 y a comme dans les localités voisines deux ininima et deux inaxima des moyennes annuelles, janvier est le plus froid, mai le plus chaud. La différence entre ces deux mois n’est que de 5®, 2. La température s’abaisse légèrement en août, au moment des grandes pluies, pour remonter en octobre, cependant jamais aussi haut qu’au mois de mai.
L’îlc do Bissao jouit, on le sait, d'un climat des plus constants. C’est à peine si dans les mois du printemps l’influence des vents chauds du désert s’y fait sentir d’une manière suffisante pour en élever la moyenne au-dessus de celle des saisons voisines.
Bis*«ao 9 année i89fl-t8’7^