‹ Les maladies du SénégalChapitre 31 sur 56 · SI · texte numérisé non relu

SI

Année . .

Nous avons résume dans le tableau précédent, les principales données du journal de M, Bohéas. Pour les extrêmes de la température, le poste manquant d’instruments à indicateurs, les minima sont pris dans les températures de 6 heures du matin et les maxiina dans celles de 2 heures ou de 5 heures du soir. Nous avons conservé l’ordre habituel des mois. Il suffit de se rappeler que janvier, février et mars appartiennent à l’année 1879, les neuf autres mois à l’année 1878.

L’observation n’a été faite à deux heures du soir que dans les quatre mois d’avril à juillet.

Température. — La lecture du résumé ci-dessus montre que le climat du Rio-Nunez est extrêmement chaud. La moyenne annuelle 27®, 4 est prohahlemont un peu trop élevée. Elle est déterminée par cinq observations quotidiennes parmi lesquelles entrent deux heures très cliaudes, 10 heures et 5 heures. Do plus, le bâtiment où se faisait l’observation était exposé au midi et non au nord, et le rayonnement des murailles devait produire une élévation factice des thermomètres. Le changement

TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL. 171

trois fois par jour de la situation des instruments est peu favorable à la détermination parfaitement exacte d’une moyenne, Enfin le poste est dominé au nord par un monticule d’une vingtaine de mètres ce qui doit augmenter la tomjiéralure du plateau sur lequel est bâti le logement des Européens. Ces considérations permettent de penser qu’en réalité la moyenne annuelle ne doit pas dépasser 27 degrés. Ces réserves étant posées sur la valeur absolue du résultat obtenu, nous sommes renseignés d'une manière complète et fort exacte sur la marche de la température dans cette partie de la côte d’Afrique.

La constance de ce climat maritime est fort remarquable. L’oscillation d’une moyenne mensuelle à l’autre est si faible que le mois le plus froid, janvier, possède une température de 26", 2, tandis que le plus chaud a pour température moyenne 50", 5. Les extrêmes absolus (observés) ont été 15", 8, le 4 janvier 1879 à 6 heures du matin et 39", 3 le 29 avril de l’année précédente.

Ces deux températures exceptionnelles ne peuvent donner une idée du climat. En général, les minima ne s’éloignent guère de 22 degrés, dans la saison sèche, et de 24 degrés dans l’hivernage ; tandis que les maxima sont dans le voisinage de 50 degrés pendant la saison des pluies, atteignent, dans le trimestre qui correspond à notre printemps, ordinairement 55 degrés sous l’influence des vents de terre.

Comme sous le climat de Saint-Louis, la saison sèche, la moins insalubre, est celle pendant laquelle les Européns trouvent dans le climat quelques-unes de ces alternatives de chaleurs et de fraîcheurs qui rapprochent un peu le milieu dans lequel ils se trouvent de celui des climats auxquels ils sont habitués. La saison mal saine, Lhivernage se fait au contraire remarquer par la constance plus grande d’une température élevée.

Ce qui caractérise le climat de Boké, c’est surtout la marche annuelle de la température. Elle diffère essentiellement de celle de la température dans les climats maritimes du nord de la Sénégambie. A Boké, la température présente annuellement deux minima et deux maxima. Les moyennes des quatre saisons météorologiques sont ;

Hiver 2G”,-i

l’rinlemps 30°, 0

Eté 20°, 8

Aulninne 20°, 6

A. DORIUS.

Ainsi l’hiver est la saison la plus froide où pour parler plus exactement, la moins cliaude. A l’Iiivcr, succède brusquement un printemps très chaud. Avec l’été, la température s’abaisse tout en restant supérieure à celle de l’Iiiver. La température de l’automne est intermédiaire à celles de l’hiver et de l’été, tout en différant très peu des températures de ces deux saisons. Si nous examinions plus attentivement la marclie des moyennes mensuelles ; nous voyons la température, peu considérable au centre de l’hiver, en janvier, s’élever peu en février, puis monter brusquement au mois de mars et se maintenir très haute en avril et mai. Elle s’abaisse alors que la mousson, bien établie, apporte ses pluies abondantes. La température des six mois suivants est assez régulièrement élevée ; cependant elle s’infléchit vers le centre de la saison des pluies, en août, de la même manière qu’à la côte de Guinée mais d’une façon moins prononcée. La situation géographique du Rio-Nunez, entre le Sénégal proprement dit et la Guinée, explique le climat de Boké, intermédiaire à celui du Sénégal età celui de la Guinée. Le climat de Boké diffère de ce dernier en ce que, si le printemps est bien l’époque la plus brûlante de l’année (comme aussi dans le haut Sénégal), l’hiver reste plus froid que l’été, tandis que le contraire a lieu à la côte de Guinée située au sud de l’équateur thermique. Cet équateur doit passer très près du Rio-Nunez.

ÉLat hijgromëlrique. — N’ayant pas de tables à sa disposition, l’observateur s’est borné à inscrire la température du thermomètre mouillé à côté de celle du thermomètre sec. Nous n’avons pu entreprendre le long travail du calcul de chacune de ces nombreuses observations. Mais le journal contient pour chaque jour la différence moyenne des températures des thermomètres sec et humide. De ces différences moyennes ou n’est pas en droit de déduire la quantité de vapeur d’eau contenue dans l’air ni son état hygrométrique. Cependant ces différences indiquent qu’elle est, de mois en mois, la marche du psychromètre ; elles ont été les suivantes :

Décembre . . 5”, 6 Janvier . . . A”, 9

Février . . . 6°,1

Mars 7M

Avril 6”, 6

Mai 5M

Juin 3°,1

Juillet .... 2M Août 1°,7

Septembre. . . 2*,1 Octobre .... 2”, 3 Novembre . . . 3",0

» Voy. A. Borius, Recherches sur le climat de la côte septentrionale du golfe de Guinée. Paris, 1880.

TOPOCnAPIIIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL.

Ainsi, la séclieresse de l’air étant en raison directe de la dilîérence entre les températures des deux thermomètres, c’est en mars que la séclieresse est la plus grande. C’est au milieu de riiivernage, en août, que l’iiumidité est la plus considérable. L’état hygrométrique ne varie donc pas, à Boké, comme la température ; mais comme les vents, ainsi que cela a été signalé pour le climat du Sénégal C

Vents. — L’examen des roses des vents, tracées à l’aide des cinq observations quotidiennes, montre que le régime des venis à Boké est assez simple et régulier. En décembre, janvier, février et mars les vents ne soufllent que de l’est ou de l’ouest. La fréquence des vents de terre est un peu plus grande pendant les premiers mois que celles des vents du large, puis ce sont ces derniers qui l’emportent en nombre. Vers la lin de la saison sèche, les vents sont plus énergiques et les calmes plus rares que pendant l’hivernage.

D’avril à la fin de septembre, les vents soufflent de l’ouest, du sud-onest et du sud et les vents de terre sont rares. En octobre les vents de terre reparaissent mais moins nombreux que ceux du large. En novembre, ces derniers commencent à devenir moins fréquents. Octobre et novembre sont des mois de transition. Les vents du sud, si rares au Sénégal, soufflent, à Boké, de juin à septembre surtout en juillet et août.

Les vents du nord sont très rares, peut-être cela provient-il de la situation du poste que des collines abritent du côté du nord. Le nord-ouest s’observe, mais assez rarement, dans les huit mois de l’hivernage ; il disparaît pendant la saison suivante.

Le nord-est est rare, en tout temps, même en décembre et janvier. 11 y a dans la fréquence et la direction des vents selon les différentes heures du jour, des oscillations dues à l’influence de ce que l’on appelle les brises solaires diurnes. La loi selon laquelle les vents varient, dans une même journée, n’est pas la même dans toutes les saisons. De décembre à la fin de mars le vent souille dans la matinée d’une manière presque constante de l’est, en oscillant un pou vers le nord-est ; tandis que dans l’après-midi lèvent d’est fait souvent place à la brise de l’ouest. De telle sorte que le vent vient presque aussi souvent, dans

’ Voy. fiecherches sur le climat du Sénftjal.

l’après-midi, de la mer que de l’intérieur des terres. C’est ordinairement un peu après midi que survient la brise du large, elle devient fraîche et forte entre deux et quatre heures, se maintient encore une heure ou deux, puis tombe avec le jour.

En avril et mai, les vents de l’est deviennent rares, et, s’ils soufllent, ce n’est que dans la matinée. La direction des vents dominants est tout le jour du sud à l’ouest ; les vents de nordouest sont eux-mêmes très rares.

Dans les mois de juin à septembre, c’est du quart de cercle sud-ouest que vient la brise, le matin comme le soir. Il n’y a plus de brises de terre, elles sont remplacées par des calmes. En octobre et novembre, l’alternative quotidienne des brises de terre et de mer reparaît, mais moins régulière et beaucoup moins bien marquée que dans la saison sèche qui suit ces mois de transition.

La fréquence relative des vents peut, d’après les résumés que nous avons faits du journal météorologique de M. Dobéas, se chiîfrer exactement de la manière suivante ; dans les quatre mois de la saison sèche, de décembre à mars, sur iOO vents alternatifs de terre et de mer, on compte 54 vents de terre contre 46 vents du large.

Dans les huit mois qui constituent le long hivernage de celte partie de l’Afrique, la mousson du sud-ouest qui domine au large, donne, à Boké, sur lUO vents des deux directions opposées, 81 vents du large contre seulement 19 vents de terre.

Les propriétés des vents ne sont pas les mêmes qu’au Sénégal. Ainsi les vents de l’est et du iiord-est, quoique très secs, sont loin d’être brûlants comme à Saint-Louis et même à Sainte- Marie de Gambie. L’état de la végétation à l’époque où soufflent ces vents ne rappelle en rien l’élat de sécheresse et de mort apparente dans lequel l’harmattan plonge la végétation sur les rives du Sénégal. Les brouillards et les rosées abondantes de celte saison suftisent pour entretenir la végétation, elle perd à peine un peu de l’aspect luxuriant qu’elle offre dans le reste de l’année, sous l’influence des pluies si abondantes que nous allons signaler.

Les calmes s’observent surtout le matin, leur fréquence va en diminuant à mesure que la journée s’avance. Ils reparaissent avec la nuit. Sur 100 calmes il y en a 47 le matin à 6 heures, 15 à 10 heures, 8 à 5 heures du soir, 8 à 6 heures du soir et

TOrOGRAI'lIlE MÉDICALE DU SÉNÉGAL.

24 à 10 heures tlu soir. Telle est la rcpartilioii horaire des calmes dans Tannée entière ; mais dans les quatre mois de la saison sèche les calmes disparaissent presque complètement dans le milieu de la journée ; très rares le soir ils sont fréquents à G heures du matin et accompagnés de brouillards.

Pluies. — De toutes nos possessions françaises, à la côte d’Afrique, celles du Rio-Nunez reçoivent chaque année la plus grande quantité de pluie. Le nombre de jours pluvieux y est quatre fois plus considérable que dans nos possessions situées sur les rives du Sénégal. Oiiant à la (juantité d’eau versée par ces pluies elle est, selon toute probabilité, environ huit fois plus considérable que celle que reçoit le nord de la Sénégambie. Ce que nous appelons un jour de pluie consiste le plus souvent, à Saint-Louis et à Corée, en un jour pendant lequel la pluie est tombée pendant une heure ou deux seulement ; tandis que, à Boké, la durée des averses est beaucoup plus grande et la pluie persiste même pendant des journées entières. Il est fort regrettable que des observations pluviométriques n’aient point été faites à Boké. C’est le lieu de la côte qui reçoit peut-être le plus d’eau et il serait important de pouvoir établir une comparaison avec les pluies de Sierra-Leone. Nous signalons celle lacune à ceux de nos collègues qui séjourneront dans le Rio-Nunez.

La construction d’un pluviomètre ne présente aucune difficulté. Pour évaluer la hauteur de la couched’eau verséesur le sol, il suffit de connaitre exactement la surface de l’ouverture du vase dans lequel on reçoit la pluie, de mesurer le volume d’eau reçue à l’aide d’une éprouvette graduée ou de peser Teau recueillie chaque jour. Chacun peut construire un bon pluviomètre, car il est presque partout possible de faire un entonnoir en zinc ou en fer-blanc d’environ 20 centimètres de diamètre. La surface n’a nullement besoin d’être circulaire, elle pourrait être carrée, il suffit d’en déterminer Taire avec beaucoup de soin en recommençant plusieurs fois et en prenant des moyennes.

L’entonnoir verse Teau dans un récipient clos que Ton vide à chaque observation. On construit une fois pour toutes une petite table exprimant le volume ou le poids de Teau qui, versée dans le récipient, correspond à 1, 2 ou 5 millimètres ou plus d épaisseur de la couche d’eau qui tomberait dans Tinslrumenl. Il faut inscrire les résultats en prenant le millimètre pour unité de hauteur, de manière à éviter la virgule

A. BORIUS.

qui donne souvent lieu à des erreurs de lecture et de copies.

Si l’on n’a pas d’ouvrier capable de faire un efttonnoir, ou donne au pluviomètre une forme carrée et des dimeusious plus considérables (4ü ou 50 centimètres de côté), l’entonnoir est fait alors en une étoffe imperméable. Le pluviomètre doit être placé sur le sol à bautcur d’homme.

Il est probable que les quantités d’eau versées annuellement sur le sol de Boké doivent correspondre à une couche supérieure à 3 ou 4 mètres.

Les pluies sont très rares de décembre à la fin de mars. Elles commencent vers le milieu d’avril. Elles sont d’abord versées par les orages, on en compte 15 jours en mai, 17 en juin. De juillet à la fin d’octobre, il pleut presque tous les jours avec ou sans orage. Les dernières pluies sont, comme les premières, des pluies d’orage.

Orages et tornades. — Les orages sont très fréquents, à Roké, et souvent d’une force considérable. Le 12 mai 1878, la foudre est tombée sur sept points différents autournlu poste. Sous l’intluence combinée de la pluie diluvienne, d’un orage et du vent d’une tornade, des bâtiments nouvellement construits en pierre se sont complètement écroulés, au mois de juillet de la même année. Le nombre total des journées pendant lesquelles des manifestations orageuses ont passé sur le poste a été de 02, dont deux seulement en dehors de l’iiivernage, mais les éclairs brillent à l’horizon |)resque tous les soirs.

Les véritables tornades, présentant tous les caractères de la description que nous avons donnée précédemment, s'observent à Boké, elles viennent toujours du sud-est ou de l’est. On en a compté 45 dans l’année 1879. Comme les orages, les tornades se montrent au début de l’bivernagc, deviennent' rares au milieu de cette saison, enjuilletct août, pour reparaître àla fin. Elles ne s’observent pas dans la saison sèche.

Saisons. —D’après cette description, on voitqu’ilya, àBoké, deux saisons inégales, l’une de quatre mois, de décembre à la fin de mars, c’est la saison sèche qui est loin d’avoir la fraîcheur de la même saison à Gorée et à Saint Louis ; mais que la force des vents, les oscillations j)lus étendues de la température, l’état sanitaire favorable rendent assez agréable aux Européens. Leshuitautres mois de l’année forment un long et malsain hiver nage dont le début et la fin sont surtout extrêmement pénible.

TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL. \11

Les chaleurs sont considérables au commencement de l’hivernage, en avril et mai, mois de transition. Ordinairement, les pluies sont bien établies cà la fin de mai. L’hivernage est le moment de la crue des eaux du Rio-Nunez, qui non seulement recouvrent continuellement scs rives,, mais encore se répandent au loin sur les plaines de bas niveau. Les marées cessent de se faire alors sentir en deçà de Vaccaria et ne sont guère prononcées qu’eà partir de Victoria. La vitesse du courant est telle que les meilleures embarcations le remontent avec peine, les détritus des rives, les vases du lit sont entraînées vers l’estuaire ; aussi pendant cette période, les eaux du fleuve, jusque-là très limoneuses, deviennent-elles limpides, en meme temps qu’elles perdent leur salure. Les huîtres de palétuvier recueillies vers l’embouchure sont complètement douces. Les petites rivières qui se jettent dans le fleuve le Batafond, le Bonto, etc., sont converties en véritables torrents, elles cessent d’être guéables en nombreux endroits ; leurs eaux assez hautes pour recouvrir ' entièrement les rives, assez rapides pour les nettoyer,

: acquièrent, comme celles du fleuve, une grande limpidité.

1 D’après M. Corre, à une note manuscrite duquel nous empruniltons ces derniers détails, au début de l’hivernage, alors que il les terres sont simplement détrempées par les pluies, les llaques f d’eau sont superficielles et boueuses; le pays présente un haut ■ degré d’insalubrité. Les mois de mai et d’octobre sont, en j . général, les plus funestes aux Européens. Le mois d’octobre j - surtout est redoutable. Les mois intermédiaires sont pénibles, i en raison de la chaleur humide et constante qui les caractérise; mais ils sont moins insalubres parce que les eaux sont alors suffisamment élevées pour recouvrir les vases [et noyer toutes des terres d’alluvions. Cependant il est des hivernages, comme celui de 1876, pendant lesquels les pluies s’établissent mal, tombent en médiocre abondance ou s’interrompent fréquemment.

Ces hivernages avec intermittences de temps découvert et ensoleillé et de temps pluvieux sont extrêmement insalubres. Le sol demeure presque continuellement dans les conditions les plus favorables au dégagement palustre, à peine les flasques ont-elles acquis une certaine profondeur ou gagné des pentes d écoulement qu’une période de chaleur venant prendre la place des pluies, une rapide évaporation convertit les flasques

A. Borics, Sénégal. 12

A. BORIUS.

en bourbiers l'étides et rend à la stagnation celles qui formaient des ruisseaux.

CLIMAT DE FREETOWN (Siorra-Lcone) .

Par sa situation, la colonie anglaise de Sierra-Leone jouit d’un climat peu différent de celui de Boké, mais possédant, cependant, quelques-unes des propriétés climalériipies de la côte de Guinée, dont elle se rapproche géographiquement. Le pays de Sierra-Leone étant très montagneux, présente de grandes variétés climatériques, selon l’altitude et l’exposition des localités. C’est ainsi que, le Régent atteignant une hauteur de 900 mètres, la température, au sommet de cette montagne, doit être de 5 à 6 degrés plus basse que celle du littoral. Nous ne connaissons pas d’observations méthodiques faites dans la colonie anglaise autres que celles recueillies au chef-lieu, à Freetown, à une altitude de 56 mètres. Tout ce que nous avons à dire s’applique donc, non à Sierra-Leone, mais à la ville meme de Freetown, sur la situation particulière de laquelle nous avons précédemment attiré l’attention.

Tornpêralure. — Les moyennes mensuelles de la température déterminées pour Freetown, et citées par tous les auteurs, sont empruntées aux travaux de Th. Wiiiterhottom, médecin en chef de la colonie, qui, le premier, en étudia le climat et les maladies L Cet excellent auteur, dont l’ouvrage conlient, au point de vue médical, des notions encore pleines d'intérêt, malgré les nombreux travaux (|ui ont été faits depuis sur les régions tropicales, donne, pour moyennes mensuelles de la température à Freetown, les nombres suivants :

Dcccinbrc. .

Mars. . . .

Juin. . .

Septembre .

Janvier. . .

Avril . . .

Juillet. .

Octobre. . .

Février. . .

Mai ....

Août. . . ,

Novembre. .

Iliver. . . .

Prinleinps.

Été. . .

Automne. .

La moyenne annuelle est de 27°, 5. Par suite des considérations que nous avons développées précédemment, nous croyons! pouvoir aflirmer que cette moyenne annuelle ne doit pas, eni

1 Th. WinlcrboUom, On account of native Africain! in lhe ncighbourhoodi of Sicrra-heonc lo ivick is added on account of tlie présent State of medicine I among Ihcni^ 2 vol. in-8°. Londre;:, 1705.

TOPOGR.VriIIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL.

réalité, dépasser ‘26 degrés. Les observations laites en 1820 ‘ donnent une température moins élevée que celle de 1795, mais encore certainement supérieure à la moyenne vraie.

Les valeurs relatives des températures indiquées dans le tableau ci-dessus nous sont plus utiles que leurs valeurs absolues; elles permettent d’abord de constater une uniformité remarquable de ce climat : il est constamment chaud; il n’y a qu’une différence de 5", 6 entre la température du mois le ])lus frais (septembre) et celle du mois le plus chaud (mars ou avril). Quoique peu étendu, le mouvement annuel de la température n’en présente pas moins une valeur significative.

A partir de décembre, la température croît, lentement d’abord, puis brusquement aux mois de mars et d’avril ; elle descend régulièrement jusqu’au mois de septembre, remonte une seconde fois, pour s’abaisser de novembre à décembre. U y a donc ainsi un double mouvement annuel de la température analogue à celui qui s’observe dans le Haut Sénégal, et semblable à celui que nous avons constaté à Boké. Ce mouvement n’offre aucun rapport avec la marche apparente du soleil. Le trimestre correspondant à notre printemps est le plus chaud ; celui d’été est] le plus froid ; le trimestre de l’hiver est plus chaud que ce dernier, qui diffère lui-même très ’peu de celui de l’automne. On voit que, bien que Sierra-Leone soit placé entre le huitième et le neuvième parallèle de l’hémisphère nord, les saisons y ressemblent beaucoup plus à celles de l’hémisphère opposée qu’à celles de nos saisons d’Europe. Le même fait s’observe à la cote septentrionale du golfe de Guinée.

I L’équateur est loin de servir de limite exacte entre les saisons ’ des deux hémisphères. Les climats de l’hémisphère sud dépassent, en Afrique, l’équateur de plus de 10 degrés; comme nous l’avons dit plus haut, l’équateur thermique passe dans le voisinage de Boké.

Les différences entre les températures des différents mois sont peu appréciables par l’économie, et l’on peut dire qu’à I Freetown la chaleur paraît uniformément élevée. On n’y observe ni les minirna très bas, ni les maxima considérables

* \oy. lioylo, Account of Ihe western coasl of Africa, in-S”. Londres, 1851. Nous .ivons donne ces moyennes dans notre article Sénégambie du Diclioiiencijclopc'digue des sciences médicales ; mais les observations de AVinlerbottom nous paraissent préférables malgré leur ancienneté.

ISO

A. ÜORIUS.

que l’on constate dans l’intérieur ou même sur le littoral du Sénégal. Le llicrmomètre descend rarement au-dessous do 20 degrés et ne s’élève qu’exceptionnellement au-dessus de 52.

L’unilbrmité de la température est liée, sur la côte de Sierra Leone, à un état hygrométrique presque toujours voisin de la saturation. Jamais on n’y observe les grandes sécheresses du Sénégal, et l’état de la végétation, toujours verte, en est le plus évident témoignage.

Les conditions nécessaires à la bonne santé des Européens diffèrent essentiellement sous les tropiques et sous nos climats tempérés. La constance d’une température chaude et humide est nuisible à la santé. C’est au moment où les variations thermométriques et hygrométriques sont moindres, que l’Européen souffre le plus. Les variations un peu étendues de la température semblent, au contraire, nécessaires au bon fonctionnement de son organisme. Sous l’inlluenco des mouvements atmosphériques, l’économie éprouve des alternatives dans ses mouvements fonctionnels, qui l’exposent, il est vrai, aux maladies sporadiques, mais lui permettent de résister aux endémies. C’est ainsi qu’à Saint-Louis, où le contraste entre les saisons permet d’étudier nettement ces effets, la saison des fortes oscillations thermiques est l’époque de la santé pour les Européens, tandis que la chaleur uniforme de l’hivernage ramène le cortège des maladies endémiques.

Les oscillations un peu étendues de la température sont, nous le répétons, une des bonnes conditions de la santé sous les tropiques. Ce fait, que démontre l’expérience, on a trop souvent négligé de le constater, préférant même chercher les causes des maladies tropicales dans de prétendues grandes oscillations climatériques que l’observation n’a jamais permis de vérifier. Les maladies tropicales sont surtout d’origine tellurique et non climatérique.

L’uniformité du climat de Sierra-Leone rend la différence cnlre ce que l’on peut appeler la bonne et la mauvaise saison, bien moindre qu’au Sénégal, et malheureusement la mauvaise saison est de beaucoup la plus longue; de sorte que le pays est, en tout temps, extrêmement malsain.

Des vents. — Dans l’aperçu général sur le climat de la Sénégambie, dont nous avons fait précéder la description des cli-

TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL

nuits des diverses localités nous avons expose comment, à mesure que l’on descend vers le sud, les alizés perdent leur force et leur fréquence au dépens de la mousson du sud-ouest qui règne dans cette région du globe pendant une partie de l’année. X la côte de Sierra-Leone, située vers la limite septentrionale de ce que Maury appelait la zone des calmes, les alizés ont perdu leur énergie; ils n’atteignent celte région que pendant les quatre mois de l’année pendant lesquels le soleil se trouve à son maximum d’éloignement au sud de l’équateur. Les brises locales conservent cependant encore une certaine force sur les bords de la mer; de sorte qu’il y a alternance entre les alizés, qui soufflent avec force et prédominent, et les vents solaires, qui soufflent du large dans l’après midi ; mais ces dernières brises manquent souvent, sont faibles, ou remplacées par des calmes, et n’ont ni la durée ni l’énergie qu’elles présentent dans la saison suivante. Dans cette saison, qui constitue riiivernage, les vents dominants soufflent de l’Océan dans la direction du sud-ouest. Le passage du régime des vents de la partie nord de la Sénégambie à celui des vents de la côte de Sierra-Leone se fait par transition lente. Cette transition produit, à mesure que l’on descend vers l’équateur, une diminution de durée de la saison sèche, coïncidant avec les vents réguliers qui viennent do terre, et nn .allongement de la saison des pluies qu’apportent les vents de la mousson maritime. Les beaux travaux de M. Brault, sur les vents de l’Atlantique, ont démontré qu’il n’existait pas, comme le croyait Maury, une véritable zone de calmes, se déplaçant avec le soleil, et le suivant, dans son passage, d’une hémisphère dans l’autre. Dans cette partie du globe, les calmes sont seulement plus fréquents que partout ailleurs, et la région où ils son^ maxima se transporte non seulement dans le sens des méridiens, mais aussi de l’ouest à l’ost. Ce mouvement diminue l’énergie de la mousson pendant laquelle les calmes tendent à s’établir, sans jamais régner, sur la cô!e d’Afrique, d’une manière absolue, ainsi que quelques ouvrages tendent à le faire croire.

11 résulte, de ce régime général des vents de l’Atlantique, que, sur la côte de Sierra-Leone, les alizés, arrivés à la limite extrême de la zone qu’ils parcourent, n’ont que peu de force, et que les

’ Voy. Archives de méd. iiuv., p. 430. '

A. BORIUS.

l)i’ises solaires ])roduiles par l’incgiil échaufiernctit diurne et nocturne de la terre et de la nier a])portent encore pendant les (jualre mois de la saison sèche une certaine humidité. Celte saison est loin d’èire jircsque ahsolument sèche, comme au Sénégal. Les brises de mer, souillant dans l’après-rnidi, ajiportent quelquefois des jiluies; parfois, mais rarement, bien que ce soit moins exceptionnel qu’au Sénégal, on voit des orages dans cette saison.

Pendant le reste de l’année, c’est-à-dire de la fin d’avril à la fin de novembre, ou meme au commencement de décembre, les brises du large soufflent du sud-ouest; mais ces brises sont faibles, accompagnées de calmes; elles sont renforcées, au moment de la plus grande chaleur du jour, par la tendance que présente toujours l’air à se porter des régions les plus fraîches vers les plus chaudes. Le soir, elles tombent, font place aux calmes et aux vents de terre, (|ui ont eux-mêmes encoie moins d’énergie que dans la saison sècbe, sont loin d’atteindre la force du vent de la mousson, et n’ont plus la sécheresse qui les caractérisait pendant la saison précédente.

En résumé, à toutes les époques de l’année, on observe, sur la côte de Sierra-Leone, une alternative (Quotidienne entre les vents du lai'ge et les vents de terre : les premiers prédominent pendant la saison des pluies; les seconds, dans la courte saison sèche. Les calmes prolongés s’observent seulement dans l’bivernage, et surtout la nuit. Dans cette saison, la brise de mer s’établit entre dix heures du matin et midi et demi, règne au milieu du jour, et tombe entre cinq et sept heures du soir. C’est entre sept et neuf heures du soir, que s’élève le vent de terre, qui souffle jusqu’entre huit et dix heures, et fait place à des calmes qui rendent les nuits fort pénibles.

La présence des vents du large, précisément au moment où le soleil est le plus élevé, diminue l’action brûlante de ses rayons, et rend possible l’habitation de ces contrées; lorsque la brise est faible ou fait défaut, au milieu du jour, la chaleur devient extrêmement pénible.

Les propriétés des vents proviennent toutes des régions sur lesquelles ils ont passé. A Sierra-Leone, les vents de nord-est sont loin d’avoir la sécheresse extrême qu’ils possèdent au Sénégal et sur les bords du Haut Niger. Ces vents, dont Mungo- Parck (qui, il ne faut pas l’oublier, était médecin), signalait

TOPOGIUI'IIIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL

rinlluence très favorable sur l’état sanitaire des pays qu’il parcourait le premier, u’ont plus, sur la côte de Sierra-Leoiie, le pouvoir d’assainir et de dessécher les marécages. Ils portent leurs miasmes empestés au.v villes si mal exposées de cette colonie.

La ville de Freetown ne peut être, d’après son exposition, que nous avons signalée déjà comme des plus funestes, balayée que par les vents de terre venant de passer sur les nombreux marécages de la rive droite de la rivière de Sierra-Leone et par les vents assez rares du nord-est, qni ne soufflent de la mer que dans la saison sèche, la moins mauvaise. Les hautes montagnes qui couvrent la ville, au sud et à l’ouest, empêchent les brises du sud-ouest d’y arriver, précisément pendant l’hivernage. L’atmosphère de la ville reste, pendant la pins grande partie de cette saison dans un calme complet. Dans cette atmosphère s’élève lentement une huée épaisse, due à l’évajioration des eaux versées sur le sol par d’abondantes pluies, et de celles des marécages qui entourent cette ville, si malheureusement placée.

Pluies. — On sait que les pays montagneux sont ceux dans lesquels tombent les plus grandes quantités de pluie; aussi devait-on s’attendre à constater, par l’observation, des quantités considérables d’eau tombées annuellement à Sierra-Leone. D’après les documents que nous devons à l’obligeance de M. V.Raulin, le savant professeur delà Faculté des sciences de Bordeaux, voici quelles ont été les quantités d’eau annuelles recueillies à Freetown pendant neuf années différentes :

■Années. . . . 1703 1817 1818 1819 1830 1851 1875 1876 1877

Millimètres.. 2 192 2 255 3 301 5 657' 4 075 2 519 3 078 4 391 4538

D’après ces observations, la couche d’eau versée annuellement par les pluies est, en moyenne, de 5551 millimètres. La répartition mensuelle des quantités de pluie, et celle du nombre des jours pluvieux se, fait de la manière suivante :

mm mm mm inm mm *min jmrn mm mm mm mm mm nantfiurs mensuelles moy. (9 ans). 51 15 6 16 81 200 508 616 713 751 567 128 -Nombre de jours en 1793 3 1 5 2 3 11 25 50 29 26 17 4

Les observations faites errl795 par Winterbotlom, suppléent dans ce tableau, en partie, aux indications (jui nous maïujucnt des nombres de jours de pluie dans les autres années. Le nom-

A. BORIUS.

bre lotal des jours pluvieux (154) doit être considéré comme au-dessous du chiffre que nous aurait donné la moyenne des neuf années.

Des observations faites par Boyle, et citées par llorton, donnent, pour quantité d’eau recueillie à l’hôpital de Freetown pendant les trois mois seuls de juin, de juillet et août 1829. une hauteur d’eau de 7719 millimètres. Ces observations, dont l’exactitude ne paraît pas douteuse à llorton C montrent que, dans des années exceptionnelles, la quantité de pluie peut être quadruplée.

D’après le petit tableau ci-dessus, les cinq premiers mois de l’année météorologique commencent en décembre, sont assez secs. Celte sécheresse n’est cependant pas comparable à celle des mois correspondants, sur les rives du Sénégal. A Sierra- Leone, les pluies ne commencent à être abondantes qu’à la fin d’avril; elles se terminent à la fin de novembre, tandis que dans le nord de la Sénégambie il y a près de huit mois secs et seulement quatre mois de grandes pluies. A Sierra-Leone, il y a quatre mois relativement secs et huit mois pluvieux. Ceci, joint à la moindre sécheresse des mois pendant lesquels le soleil est dans l’autre hémisphère, explique l’extrême différence existant entre la richesse de la végétation au nord et au sud de la Sénégambie.

Chacun des mois de la saison sèche peut, selon l’année, être sec d’une manière absolue; mais c’est surtout en février et mars que s’observe le plus souvent l’absence complète de pluie. La grande masse d’eau tombe presque tout entière pendant les huit mois d’hivernage, et surtout pendant les mois de juillet, août et septembre, c’est-à-dire au milieu de celte saison. On voit qu’à Sierra-Leone il n’existe aucune interruption dans les pluies, comparable à l’interruption qui existe au golfe de Guinée et sous l’équateur : dans ces régions, l’hivernage est interrompu par une diminution des orages et des pluies. Cette petite saison, dite sèche, ne se montre pas à Sierra-Leone. C’est tantôt le mois d’août, tantôt le mois de septembre, qui est le plus mouillé; rarement le mois de juillet. Ces pluies sont en liaison, intime avec la direction des vents dominants; elles ne se forment pas sur place, comme on le dit souvent, l’évaporation

* Ouvrage cité, p. 188.

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locale n’y est pour rien. Elles sont formées par les nuages abondants que la mousson du sud-ouest entraîne de l’Océan. Les hautes montagnes de Sierra-Leone arrêtent, en partie, ces nuages et favorisent la chute de la pluie. On sait que les pays de montagnes sont beaucoup plus exposés à la pluie que les plaines, et que les cartes de l’abondance des 'pluies ressemblent fort aux cartes orographiques.

Sierra-Leone est une des régions du globe|les plus arrosées ; il y pleut, en moyenne, huit fois plus qu’à Saint-Louis du Sénégal, et cinq fois plus souvent. En comparant les années correspondantes, on voit que la proportion se maintient entre sept et huit.

Le nombre des jours de pluie est à peu près le même qu’à Sainte-Marie de Madagascar et qu’en Cochinchine ; mais les hautes montagnes rendent l’abondance des pluies plus grande que dans ces colonies. Il faut aller dans les districts montagneux de l’Inde, pour y trouver des pluies plus abondantes que celles qui ont été signalées à Sierra-Leone pendant l’iiivernage de l’année 1829.

On peut rapprocher la quantité annuelle des pluies observées à Freetown de celles que nous avons indiquées pour les localités étudiées précédemment et de celles que nous indiquerons pour les localités de l’intérieur du Sénégal. Nous croyons intéressant de placer ici d’autres éléments de comparaison pris dans des localités de la côte d’Afrique que notre Étude ne doit pas embrasser, et qui sont situées sur la côte de Guinée ou dans les îles du golfe de Guinée :

Hauteurs annuelles moyennes des jHuies en millimètres.

La grêle, phénomène très rare sur le littoral des régions tropicales, extrêmement rare au Sénégal, ç’observe fréquemment dans les montagnes de Sierra-Leone. Les grêlons atteignent souvent un diamètre de 1 à 2 centimètres et demi, llorton dit que, le 12 mai 1803, il est tombé de vérita-

Sierra-Leone (9 'ans) Elmina

551 milliraèlres.

Christianborg (14 ans).

Ile Fernando-I’ô (l ans) Ile San-Tboiné (ü ans).

Gabon (5 ans)

Saint-Paul de Loauda (I an), . .-

A. BOlUUS.

ble neige* dans les montagnes de Sicrra-Leone. Les indigènes en furent aussi vivement étonnes que les oflicicrs européens présents : plusieurs de ces derniers affirmèrent ce fait curieux au docteur Iforton.

Orages et tornades. — Les orages sont très fréquents à Sierra-Lcone. Ils sont, le plus souvent, accompagnés de tornades; ils se forment au-dessus de terre, viennent toujours de l’Orient, jamais de la mer. fis se montrent d’abord vers le mois de mars, c’est-à-dire plus tard que sous l’écjuateur, deviennent graduellement plus fréquents, cessent ou deviennent fort rares pendant deux ou trois mois, alors que les grandes pluies sont bien établies. Ils reparaissent avant que celles-ci aient cessé, augmentent et disparaissent graduellement. Voici quelle a été, d’après Winterbotlom, la distribution des orages dans l’annce 1795 :

Janv. Février. Mars. Avril. Mai. Juin. Juillet. Août. Seplcml). Oclob. Noverab. Décerab 1 1 A 2 12 2-1 0 .1 lo 9 1

On voit qu’il y a, comme à Boké, une interruption, vestige de celle qui s’observe dans l’bivernage près de l’équateur, et qui constitue, pour ces régions, la petite saison sèche.

Saisons. — Les détails que nous venons de donner sur la manière d’être des divers agents météorologiques à Frectovyn se résument dans les caractères des saisons, fl y a, dans cette contrée, deux saisons distinctes d’une durée très inégale. Pendant huit mois, la colonie anglaise est dans un long hivernage. La permanence pendant huit mois des causes délétères qu’entraîne cet état de l’atmosphère aggrave d’autant plus l’état sanitaire. Il n’y a pas d’interruption dans l’iiivernage de Sierra- Leone.

Le premier passage du soleil au zénith a lieu, à Freetown, le 12 avril : c'est dans la dernière quinzaine de ce mois que surviennent ordinairement les grands orages qui signalent le début de la mauvaise saison ; à la fin de la première quinzaine de mai, l’hivernage est complètement établi. Le second passage du soleil au zénith a lieu le 1®'' septembre ; il est signalé par la réapparition des orages qui viennent, pendant les deux

* Ilorton, ouvrage cité, p. J 96. Il s’agil bien 'de neige: « A Iicavy fall of snow, real condensed snow, nol like hailstones, but in small icicles. »

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mois suivants, aiigmcnlcr encore les averses de })luie et leur abondance. Les pluies cessent à la (lu de novembre ou vers le milieu de décembre. Il y a, en général, une oscillation d’une quinzaine de jours pour la date, soit du début, soit de la terminaison de riiivernage, de sorte que cette saison peut durer seulement sept mois et quelquefois huit mois complets.

La saison sèche fait son apparition avec la cessation des brises du sud-ouest. Les vents de nord-ouest, qui soufflent alors, assainissent la ville de Freetown, qu’ils peuvent atteindre. L’insalubrité de la saison précédente persiste encore pendant le mois de décembre. Les mois de janvier, février et mars, et une partie ou même la totalité d’avril, sont relativement assez salubres. La saison sèche ne mérite son nom que relativement à la saison précédente : elle est loin d’être comparable à la saison du même nom, si absolument sèche, qui s’observe dans le nord de la Sériégarnbie; jamais les terres n’arrivent à une dessiccation aussi complète. La végétation conserve, toute l’année, le même aspect : lés arbres ne perdent pas leur feuillage, comme dans les régions voisines du grand désert.

L’hivernage est l’époque de la grande mortalité; les mois de juillet, août et septembre sont extrêmement insalubres. C’est alors que régnent dans toute leur force les lièvres pernicieuses et les fièvres bilieuses. Les fièvres intermittentes, qui s’observent toute l’année, sont beaucoup plus fréquentes et plus graves dans le milieu de l’hivernage. C’est pendant ces mois qu’éclatent avec le plus de force les épidémies de fièvre jaune.

Cependant, la modification dans l’état sanitaire que fait subir le changement de saison est bien moins prononcé qu’au Sénégal. Tandis que dans notre colonie 'es épidémies de fièvre jaune disparaissent avec les fraîcheurs du début de la saison sèche, souvent la fièvre jaune persiste à Sierra-Leone dans cette .saison. C’est ainsi qu’en 1861 l’aviso français le Lamolhe-Pi- (jvet lut infecté de la fièvre jaune lors d’une relâche à Sierra- Leone au mois de décembre. A toutes les époques de l’année, les vaisseaux qui naviguent sur la côte occidentale d’Afrique floivent donc mettre en suspicion l’état sanitaire de la colonie anglaise.

‘ A. «ORIUS.

5“ — Climats continentaux de la Sênécjamhie.

Nos possessions de l’intérieur du Sénégal, moins peuplées d’Européens que celle du littoral, ont été beaucoup moins étudiées, malgré l’intérêt plus grand qu’offrent, au point de vue scientifique, des régions dont la connaissance peut nous éclairer sur le vaste continent dans l’intérieur duquel elles donnent accès. Dans nos Recherches sur le climat du Sénégal, les seules localités de l’intérieur du pays dont nous ayons décrit les climats ont été Bakel et Dagana.

Les documents que nous avons recueillis, depuis la publication de ce premier travail, sont assez nombreux pour nous permettre de donner ici des notions plus complètes relativement aux climats de la Haute Sénégambic.

Les nouvelles et importantes positions que nos forces occupent en ce moment dans le Haut Sénégal, dans le but de relier, par un cbemin de fer, le bassin du Sénégal à celui du Niger, apportent déjà à la climatologie africaine des documents précieux L L’occupation de Bafoulabé, au confluent du Bakoy et du Bafing, celle de Kita, sur treizième parallèle à égale distance du Sénégal et du Niger, est encore récente, et nos descriptions ne peuvent comprendre que les climats de nos anciennes possessions.

Nous résumons, dans le tableau suivant, les observations météorologiques relatives à trois localités de la Haute Sénégambie,

Los moyennes mensuelles sont déduites, pour Bakel, des observations de 6 heures et 10 heures du matin, 4 heures et 10 heures du soir, faites de septembre 1860 au mois d’août

Celles de Médine, de trois observations quotidiennes faites à 6 heures du matin, 2 heures et 9 heures du soir, du mois de septembre 1865 au mois d’août 1864; celles de Mac-Carthy, des observations faites par Horton le matin, à midi et le soir, pendant l’année civile 1865.

* Voy. Journal des observations mcte'oroloçjiques de Médine à Kita (Ann. de la Soc. météorologique, \'ô'S\]. — Taulain, Note sur le Guéniékalari (Arch. de tnéd. nav., t. XXXIII, p. 440).

TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL

Los extrêmes sont, pour Bakel, observés sur des instruments cà indicateurs; pour Mcdiiic et Mac-Cartiiy, ils résultent des observations horaires.

Température du haut Sénégal et de la haute Gambie

MOIS

TEMPÉllATL'BES

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