‹ Les maladies du SénégalChapitre 34 sur 56 · LATITUDES · texte numérisé non relu

LATITUDES

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TÜPOORAI'lllE MÉDICALE . DU SENECAI..

III. — Le premier rnaxiinnin eorrespond aux mois du printemps avril ou mai; le second, à l’im des mois du début de l’automne.

IV. — Les climats de Saint-Louis et de Gorce font une exception remarquable à cette règle. La marche de la température, de mois en mois, est en liaison simple avec la marche apparente du soleil, par rapport à l’horizon du heu. Il n’y a qu’un seul minimum, en hiver, et un seul maximum en été.

V. — Dagana présente, mais d’une manière moins accentuée, la même marche de la température. C’est un climat de transition entre celui exceptionnel de Saint-Louis et celui de l’intérieur et de la plus grande partie do la côte d’Afrique.

VI. — Les climats ne sont pas placés symétriquement au nord et au sud de l’équateur géographique.

Vil. — Le climat de Saint-Paul de Loanda, sur le huitième parallèle sud, est symétrique de celui de Corée, sur le quatorzième parallèle nord.

VIII. — L’équateur thermique et climatérique doit atteindre la côte d’Afrique vers le dixième parallèle nord, au voisinage de Boké.

IX. — Toutes les localités situées au-dessus du onzième parallèle nord possèdent un hiver plus froid que l’été, comme dans tout l’hémisphère nord.

X. — Toutes les localités situées au-dessous du dixième parallèle nord possèdent un hiver plus chaud que l’été. Les saisons météorologiques y sont inverses de celles de l’hémisphère nord et analogues à celles de l’hémisphère sud.

XI. — Tous les rivages du golfe de Guinée sont ainsi soumis au climat de l’hémisphère sud. Le trimestre correspondant à notre hiver y est plus chaud que celui correspondant à notre été.

La planche, par sa disposition, met surtout en relief l’influence de la latitude ; cependant, elle permet encore de reconnaître l’inûuence non pas de la longitude, mais de l’éloignement plus ou moins grand des rives de l’Océan.

— A latitude égale, la température est plus basse dans les îles que sur la côte, et plus basse sur la côte que dans l’in léricur du [)ays.

Xill. — Les oscillations de la température sont moins fortes sur le bord de l’Océan que dans l’intérieur des terres.

A. BÜÜIUS.

XIV. — La marche annuelle de la température est la même pour les localités situées au nord do la Sénégambie et dans l’intérieur que pour les localités plus méridionales situées au bord de la mer.

XV. — La division en climats tropicaux (climats à deux saisons, un seul bivernage) et climats équatoriaux (climats à quatre saisons, deux hivernages) parfaitement exacte, si l’on considère le phénomène des pluies seulement, ne l’est, par .rapport à la marche de la température, que si l’on ne s’éloigne pas des côtes. — La marche de la température à Médine, climat tropical, est la même qu’à la Côte-d’Or, climat équatorial, tandis qu’elle diffère essentiellement do celle de Corée, climat ropical situé sur le même parallèle.

XVI. — En rapprochant ces courbes de température de celles représentant la fréquence mensuelle des pluies dans chaque localité, on constate que l’hivernage est, selon le lieu, la taison chaude ou la saison fraîche.

XVII. — En les rapprochant de celles de la fréquence des vents de terre et des vents de l’Océan, on constate que la double oscillation annuelle de la température est sous l’inlluence des vents et de la marche apparente du soleil. Le premier maximum est sous l’influence des vents chauds de terre, soufflant pendant les mois d’avril et de mai surtout, dans la direction du nord-est.

Nous arrêterons là nos remarques, nous bornant à signaler des faits climatéri(jues dont l’explication est du domaine de la météorologie générale, explication clans laquelle nous ne devons pas entrer ici. Elles suffisent, avec les descriptions que nous avons données des climats des diverses localités, pour nous permettre de rechercher quelle peut être l’influence du climat sur la constitution médicale des divers points de la côte d’Afrique.

En terminant ce chapitre, relatif à la climatologie de notre colonie, qu’il nous soit permis d’adresser nos remerciements aux nombreux collègues et amis qui, en nous communiquant leurs observations et les notes recueillies sur les lieux mêmes, nous ont servi de collaborateurs. L’exposition que nous aurons à faire des desiderata scientifiques de la topographie médicale du Sénégal sera la meilleure critique de la nouvelle ébauche

TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL

line nous venons de tenter, en essayant de reconstituer, à l’aide de documents encore incomplets, la climatologie de cette partie de la côte d’Afrique. Nous faisons de nouveau appel à ceux de nos collègues qui séjourneront à la côte d’Afrique; seuls ils peuvent nous fournir les documents nécessaires à une nouvelle édition de nos premières Recherches sur le climat du Sénégal. Nous les prions de nous adresser directement leurs importantes observations ou de les déposer à la Société météorologique de France. Ils contribueront, par là, à une œuvre utile : leur travail et leur peine ne resteront pas stériles.

La végétation et la faune.

Dans les chapitres précédents, nous avons successivement donné la de.«cription de la terre, des eaux et de l’atmosphère du Sénégal; avant de commencer l’exposition des maladies observées dans celte contrée, il nous resterait à dire quelques mots sur la manière dont le sol est recouvert par la végétation et cà parler des animaux qui vivent à côté de l’homme. La topographie médicale d’une contrée comprend forcément une partie des diverses sciences naturelles ; entreprendre cette topographie, c’est, en même temps, payer une contribution à la géographie, à la topographie proprement dite, à la géologie, à la météorologie, à la botanique, à la zoologie, enfin à l’anthropologie et à la médecine. Cependant, quelques-unes de ces sciences sont trop spéciales pour que nous ayons la prétention de traiter tout ce qui les intéresse au Sénégal. Nous laisserons donc des lacunes dans notre travail. Nous ne nous occuperons ni de botanique ni de zoologie.

La flore du Sénégal a été étudiée dans un livre* resté malheureusement inachevé, par Guillemin, Perrotet, Le Prieur et Richard. Ce serait rendre un service à la botanique, que de résumer, en langue vulgaire et sous un petit format, cet important ouvrage, que l’on ne peut trouver que dans les bibliothèques. Les jeunes médecins qui sont dirigés sur les postes de

* Floræ Senegambiœ tentanien seu historia plantarum in divertis Senegambiœ regionibus a peregrinatoribus l’crrotel et Le Prieur. 1 vol. in-4° de 316 pages et 72 planches. Paris, ISiîô.

TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL

riotérieur du Sénégal n’ont souvent que des notions encore incomplètes sur la botanique des régions tropicales ; herboriser, faire de la botanique occuperait les nombreux loisirs que leur laisse la vie des postes. Si un résume de cette lïore était répandu dans notre colonie, il donnerait à beaucoup de ceux dans les mains desquelles il tomberait le désir de connaître les noms des plantes qu’ils ont sous les yeux. La botanique ferait de nouvelles recrues, et ne tarderait pas à en tirer grand profit. Adanson n’avait que vingt et un an lorsque, le premier, il explora les richesses naturelles du Sénégal.

En répandant dans nos postes de cette colonie la traduction du livre de Kæmtz par Ch. Martins, l'inspection du service de santé de la marine a rendu un grand service à la météorologie. Il est juste de citer ici les noms de MM. Sénard, inspecteur adjoint du service de santé, et Ch. Sainte-Claire Deville; c’est à eux surtout qu’a été due celte diffusion du Traité de Kæmtz dans nos possessions coloniales. Il serait sans doute facile de faire, pour la botanique, au Sénégal, ce qui a été fait pour la météorologie.

Nous devons citer encore la brochure de Lécard intitulée : Notice sur les productions de la Casamance, des Sérères et du Oualo^. Enfin, les observations d’Adanson, dispersées dans les diverses œuvres de ce savant voyageur.

Les pays qui bordent le cours du Sénégal présentent, au point de vue de la végétation, un aspect particulier, essentiellement différent de celui des régions situées plus au sud, ainsi ' que de la plupart des régions tropicales. La végétation est pauvre • et misérable, sur cette frontière méridionale du Sahara. Pendant les six mois de la saison sèche, l’aspect des rives du fleuve est désolé<»* Les arbres perdent leur Kaillage en novembre : pour ne le recouvrer qu’à la fin de juin. Le pays est nu, le sol découvert. Les forêts, ou du moins ce qu’on appelle de ce nom, n’offrent pas d’ombrage au voyageur. Les acacias, aux épines fortes, courtes, crochues, y jettent leurs brandies sans feuilles au milieu des étroits sentiers. La gomme, la richesse du pays, est un produit morbide qui se trouve avec d’autant plus d’abondance que le vent du désert dessèche et fait plus souffrir la végétation. Aux acacias vereks , sene(ialensis , et ferru-

' Imprimerie de Süint-Louis (s.in.^ date). A. liomu?, SéiKÜgal.

A. iiomus.

(jinea, se joignent, clans ces forêts, des .ScVZomms, des caclus et quelques baobabs {Adansonia digilala) . Les énormes troncs de ces derniers supportent un branchage dépourvus de feuilles pendant la moitié de l’année.

Pendant la saison sèche, les plaines sont arides et ne présentent que des herbages desséchés; dès que surviennent les pluies, les herbes poussent rapidement, aticignent une hauteur qui dépasse celle d’un homme et changent, en quelques jours, totalement l’aspect du pays. Cependant, à chaque pas, l’attention du voyageur est frappée par la pauvr. té des ressources de la végétation appliquée à la nourriture de l’homme; aussi les famines sont-elles fréquenles, au Sénégal, tandis que dans l’Afrique équatoriale ce lléau est inconnu.

Lorsque l’on s’éloigne du cours du fleuve en descendant vers le sud, on voit la flore changer d’aspect. Le contraste entre les rives de la Gambie et celles du Sénégal est surtout marqué par l’apparition des palmiers et des bambous. La richesse végétale va en augmentant du nord au sud, comme l’abondance et la fréquence des pluies. Tandis qu’au sud, dans le Rio Nunez, à Sierra-Leone, on trouve les meilleurs fruits des régions tropicales, soit qu’ils viennent spontanément dans le pays, soit que la culture en ait été introduite par les Européens; on ne trouve guère, dans les jardins de nos postes sénégalais proprement dit, que le Corosol et le Goyavier. Les fruits de ces arbres sont même assez rares sur la table des Européens pour qu’on ne puisse les accuser de jouer un rôle dans les causes des diarrhées et de la dysenterie. Les caravanes apportent à Bakel les oranges et les citrons qui poussent dans les montagnes du Fouta-Djalon. Les jardins de nos postes du fleuve sont misérables ; à grand’peine peut-on y faire pousser quelques légumes; une journée de vént du désert suflit pour tout détruire complètement. Une banane, un ananas parvenus à maturité, sur les rives du Sénégal, se montrent comme des phénomènes dignes d’attirer l’admiration.

Au Cap-Vert, le bananier commence à pousser avec assez do vigueur. En Gambie, ses fruits mûrissent avec abondance. Au sud de la Gambie, les forêts deviennent fort belles, mais sont encore bien loin d’atteindre la magnificence des forêts de la cote de Guinée. Les productions végétales les plus importantes parmi celles qui servent à l’alimentation des popu-

TOrOÜllAl'lllK MKDICALE DU SÉNÉCAL.

hiliüiis sont le pelil mil, le gros mil, le riz. Les productions eommorcialcs Urées du règne végétal sont, outre les précédentes, le bérel", graine oléagineuse du cUridus, et l’arachide. Le Sétiégal ne l'ournit pas assez de coton pour que cette denrée soit livréc-à l’exportation.

La laune présente aussi de grands contrastes entre le nord et le sud de nos possessions sénégainbiennes. La girafe, l’autruche, le chameau ne s’éloignent guère dans le sud du Sénégal. Le bœuf porteur et le bœuf commun deviennent rares, loisque l’on descend vers l’équateur. Il en est de même du lion.

Les accidenis par suite de l’attaque des animaux féroces soni peu fréquents, au Sénégal, et l’homme est loin de payer, dans cette contrée, un tribut pouvant êire comparé à celui qu’il paye aux carnassiers dans les provinces méi idionalcs de l’Asie. Les morsures de scr| ciits sont elles-mêmes assez peu communes, bien qu’il existe, au Sénégal, plusieurs représentants des familles les plus redoutables des Ophidiens.

Le cheval prospère dans le nord du pays et vit difficilement au bas de la cote. Au point de vue médical, nous n’avons guère à signaler que la présence de la sangsue de petite taille dans les marais de la colonie et la fréquence des parasites tels que le Uenia et la filaire, dont nous parlerons à |)ropos des maladies. A'’oublions pas de signaler la présence d’innombrables légions de moustiques. Ces insectes jouent leur rôle dans les souffrances multiples qu’ont à supporter les Européens dans ce I pays. Notons aussi le passage assez fréquent de nuées de saute- I rcdlcs qui ravagent tout sur leur passage, et sont, avec les gueri res, les principales causes des famines.

Nous avons vu, en 1862, le fléau des .auterellcs tomber sur I D'jgana et y détruire en deux jours la plus belle récolte. M. Hébert observa le môme fait, dans la même localité, en 1872. Ces passages de sauterelles ont souvent été cités par les auteurs, mais nous ne connaissons, pour le Sénégal, aucun travail analogue aux intéressantes recherches faites en Algérie sur le même sujet. Il serait pourtant utile d’étudier les conditions •lans lesquelles le pays peut être exposé à renvahissement de CCS terribles précurseurs de famines aussi meurtrières que les plus dangereuses é[»idémies.

Les habitants.

La population de nos possessions françaises de la Sénégam- I bie a été évaluée, en d880, à 197 000 habitants, celle delà I partie anglaise est de 14 000 habitants pour la Gambie et I de 59 000 habitants pour le pays de Sierra Leone. La Séné- I gambie portugaise ne compte que 6000 habitants. Ces chif- I fres donnés par M L. Pcyramont‘ sont loin d’avoir une grande I exactitude. Les difficultés des recensements dans les villes com- I plètement soumises à notre autorité, comme Saint-Louis et I Corée, ne laissent aucun doute sur la valeur des chiffres qui I ont la |)iétention de dénombrer des populations aussi mobiles I et aussi peu soumises que celles des diverses peuplades de la I Sénégambie. I

Si l’on considère l’étendue du terrain qu’occupe cette con- I tréc sur la carte, on voit quelle est la faible densité de sa population. 11 est vrai (]u’il faut tenir compte des vastes régions I i|ui, privées d’eau, ne sont parcourues que par de rares cara- K vanes. Le schéma suivant, emprunté à la Géographie de M. Le- ■ vasseur, permet de comparer notre colonie à la France, sous le double rapport de la superficie et de la densité des popula- ^ tions. F

. Les peuplades sédentaires vivent toutes sur les bords des ■ cours d’eau. Elles cultivent les terres que les fleuves arrosent et fertilisent de leurs inondations périodiques. Les peuples pasteurs se rapprochent des rives des fleuves au moment de la

* Statistique universelle. Paris, 1881

TOroGUAl'lIlE MÉDlC.VliE DU SÉNÉGAL.

saison sèche, alors que l’eau manque dans la plus grande partie du pays. Ils s’enlbncent dans T intérieur, dès que les pluies font reverdir le sol et permettent aux troupeaux de trouver leur subsistance hors des régions malsaines où se lont sentir les inondations.

Coinparaisun entre la France et ses possessions en Sénégainhie.

Faisant, pour l’ethnographie et l’anthropologie du Sénégal, la même réflexion que pour la flore et la îaunede cette contrée, nous renverrons le lecteur aux études spéciales sur ces intéressants sujets. L’étude la plus complète que* nous connaissions sur ces questions est celle de M. Bérenger-Féraud intitulée : Les peuplades de la SénéçjambieK On trouvera aussi des notes importantes sur l’anthropologie du Sénégal dans les Mémoires de la Société d' anthropologie^ eX dans les Archives de médecine navale.

‘ Un vol. in-8**. Pari.?, 1879.1 * Broca, Bcrclion. Bérenger-Féraucl, Thaly.

A. liOlUIJS.

iXous nous bornerons à énumérer les priiicipnies races indigènes, et nous terminerons en parlant de la petite population d’Européens qui vivent dans le pays pendant un tem[)s ordinairement fort court, sans jamais s’y établir d’une manière définitive. Nous dirons aussi quelques mois des métis des Européens.

Los peuplades qui habitent la Senégambie sont nondireuses et présentent les caractères anthropologiques les plus divers. On peut les énumérer en les classant, d’après M. Hérenger- Féraud, de la manière suivante ;

Les peuplades que l’on peut considérer comme habitant primitivement le pays, cl qui sont des races nègres : les Ouolofs et les Saracolais au nord, les Feloupes ou Bagnouris au sud.

Les peuplades envahissantes : les Maures et les Peuls, qui ne sont pas de races nègres; les Bambaras et les Mandingues, qui sont des nègres.

Les peuplades résultant du métissage des peuples primitifs par les peuples envahissants, ce sont : les Torodos, les Kassonkès, les Séi ères, les Djalonkès et les Balantes.

Nous laissons de côté les discussions auxquelles peut donner lieu cette classification, ainsi tpie celle relative à la distribution géographique de ces peuplades, sans cesse en mouvement et souvent confondues sur le même territoire. Nous parlerons des derniers envahisseurs du pays, des Européens ipii le dominent par la force et par l’intelligence, malgré leur nombre infime et l’intolérance d’un climat meurtrier.

LES EUaOPÉENS.

Les Européens habitant la Sénégambie sont Français, Anglais, et Portugais. Le nombre des Anglais dans les [lossessions britanniques de celte partie de la côte d’Afri(|ue est lort restreint depuis surtout que les troupes anglaises ont été remplacées par des régiments noirs recrutés dans les Antilles. Ainsi, en Gambie, d’où les Anglais ont complètement retiré leurs troupes, Horion compte seulement une moyenne annuelle de 35 Européens, en dix ans, et encore plusieurs d’entre eux étaient des Français. A Serra-Leone, les officiers et les sousofficiers sont les seuls blancs de la garnison. Les commerçants

TÜl’OGRAl’IllE MEDICALE DU SENEGAL.

anglais sont en très petit nombre. Dans les possessions portugaises de Dissaos, on trouve peu d’in lividus venus directement du Portugal. La plupart des prétendus Portugais habitant cette colonie sont, à l’exception do l’état-major, des métis, ou même des gens de race noire pure.

L’étendue des possessions françaises dans celte partie de l’Afrique, le caractère belliqueux des populations que nous y dominons, obligent la France à y entretenir une garnison blanche considérable. Celle garnison n’est renforcée que d’un bataillon de tirailleurs sénégalais recrutés dans le pays, mais dont les cadres sont presque complètement remplis par des blancs, et d’un escadron de spahis, recrulés dans des conditions analogues et parmi quelques Algériens.

Les tentatives faites pour introduire au Sénégal des troupes composées d’Arabes de l’Algérie ont fourni des résultats peu favorables, au point de vue sanitaire.

La garnison du Sénégal se compose, en moyenne, de 1500 Européens. Ces hommes, qui constituent des bataillons d’infanterie ou des escadrons d’artillerie de marine, sont fouinis par le recrutement ordinaire de la France, et proviennent, par conséquent, des divers départements de la mère patrie.

Les commerçants dont le nombre oscille entre 650 et 800, provenaient, du temps de Thévenot, en 1840, des divers ports de notre littoral maritime, surtout du midi de la France, de l’Espagne et de l’Italie. Le Midi donnait les trois cinquièmes de tous les commerçants Européens du Sénégal, et Marseille les trois cinquièmes des provenances de France Aujourd’hui, les proportions sont changées, et la ville de Bordeaux, qui s’est enparée de presque tout le commerce du Sénégal, lui fournit aussi le plus grand nombre de ses habitants européens, 60 pour 100.

CONDITIONS d’existence DES EUHODÉENS AU SÉNÉGAL.

Nous devons nous arrêter un moment à considérer les con- I dilions de l’existence des Européens dans notre colonie.

^ L homme trouve, en effet, dans sa manière de vivre, autant que dans les milieux qui l’entourent, les causes de ses mala-

' Thi-vcnol, owrrnijr cite, p.

A. DOlUUS.

dies. La manière de vivre des Euroj)éens au Sénégal varie, d’ailleurs, selon les dil'férentes classes d’individus.

Les Européens libres apparlicnnent au commerce, soit comme propriétaires de maisons, soit comme commis; aucun d’eux ne s’occupe d’agriculture. Ils habitent presque tous les villes de Saint-Louis, Corée, Dakar etllufisque. Il est rare de rencontrer des blancs faisant eux- mêmes la traite dans les comptoirs du Sénégal. Un petit nombre de commerçants négocient les échanges dans les rivières du bas de la côte et s’exposent, par suite, au danger de ces localités hautement insalubres ; la vie isolée que mènent ces hommes, ordinairement jeunes, les entraîne aux excès génésiques et alcooliques.

Dans les grands centres, les commerçants, occupés de leurs intérêts, pressés d’acquérir au plus vite pour retourner dans la mère patrie, mènent une vie active, quoi(|ue sédentaire. Ils quittent peu leurs bureaux ou leurs magasins. Lorsque le déchargement des navires nécessite leur surveillance et les appelle au dehors pendant les chaleurs du jour, ils s’abritent facilement à l’aide d’un parasol, et sont par conséquent peu exposés aux inlluences extérieures. Nous avons cependant vu des commis atteints d’insolations on surveillant le déchargement des navires sur le quai de Corée. En général, la régularité d’une vie laborieuse est pour les commerçants de Saint- Louis et de Corée, une bonne condition qui les met à l’abri des excès qu’entraînent l’isolement ou l’oisiveté. Libres de leurs actions, ils peuvent fuir en France au premier signal de l’arrivée d’une épidémie.

Les femmes européennes appartiennent, pour la plupart, à Iapo|)ulalion civile; elles sont dans des conditions favorables par suite de la vie sédentaire qu’elles mènent dans un pays où les n dations sociales sont fort bornées. Les femmes appartenant aux ordres rclii^icux sont au nombre de 50 à 55 pour les deux villes de Corée et de Saint-Louis. Leur vie retirée les met à l’abri de la plupart des causes des maladies endémiques. Mais, lorsque surviennent les épidémies de fièvre jaune, comme les médecins avec lesquels elles partagent les services hospitaliers, elles payent, les premières, un large tribut à la maladie et à la mort.

Les conditions d’existence de la garnison diffèrent considérablement de celles des commerçants. Un petit nombre d’em-

TOPOGRAI'llIE MÉDICALE DU SÉiNÉÜAL.

|)loyés cl d’orficiers supérieurs ne quitlent guère le chef-lieu, il en est de même des magistrats, des ecclesiastiques et des Frères des Écoles chrétiennes. L’existence régulièrement uniforme imposée à ces derniers explique en grande partie leur résistance au climat, pendant des années prolongées.

Les militaires proprement dits et un certain nombre de médecins constituent la population des petits postes de la colonie. La vie active que mènent en France les militaires, sans cesse aux exercices et aux manœuvres, n’est plus celle du soldat au Sénégal.

Au chef-lieu, sous l’œil de l’autorité, la discipline, quoique moins rigoureuse qu’en France, préserve le soldat des excès trop nombreux. Les postes militaires dans lesquels se dispersent les troupes de la garnison sont loin d être soumis à la même discipline; la preuve en est dans l’empressement avec lequel les soldats acceptent de partir pour les postes les plus malsains. Là, plus d exercices; la vie du soldat est presque complètement inactive; il n’est soumis à aucune gymnastique corporelle, ne peut s’éloigner du poste; par suite, pas de promenades, quelques factions à monter constituent tout le service. Inoccupé, le soldat se distrait en élevant des perruches ou des singes et cultivant mal de petits jardins. Ces inoffensives distractions ne peuvent lui sufhre, il en est une à laquelle il est plus sensible : celle que lui offre le cabaret où le traitant du voisinage lui débite, sous le nom d’eau-de-vie, le mauvais alcool de traite dont il empoisonne les indigènes, puis l’absinlhe et le vermouth, prétendu hygiénique. Tous les prétextes sont bons pour boire, il serait étonnant qu’on n’eùt pas pris celui de l’hygiène.

Les officiers appelés à résider dans les postes quoique mieux logés ordinairement que les soldats, et surtout mieux nourris, sont, comme eux, exposés à tous les dangers de la vie inactive,

' Quiconque n’a pas appris à se suffire à lui-même, est fort à plaindre dans les postes. La société composée de trois ou quatre officiers, ne permet pas de choisir ses amitiés; chacun connaît à fond sou voisin, et, comme malheureusement on fait plus d’attention au mal qu’au bien, il en résulte qu’on trouve très peu de personnes avec qui l’on désire entretenir des liaisons. Il faut donc se relrancber sur les jouissances qui se présentent: «le vin, le jeu, les femmes. Nos premiers bour-

A liomus.

geois sur celte côte, dit Iscrl’, s’y sont adonnés de tout ccnur, et ont expie leurs excè-; en ce genre par une mort prématurée ». Les choses ont peu changé depuis l’année 1780, pendant laquelle Isert écrivait ses impressions à la côte d’Afrique. Les excès de tahle et de femmes sont fréquents pour les Européens inoccupés : « on peut plutôt sacrifier dans ce climat à Bacchus pourvu que Gérés et Vénus ne soient pas de la partie » (Iscrl). llélas ! trop souvent les trois divinités sont également en honneur. A Saint-Louis, à Gorée, ce n’est pas seulement dans les cafés, que I on use largement des alcools. Le meuble indispensable de tout logement, quelque peu confortable qu’il soit, est lonioiirs une talde sur la(|uelle sont des verres, de l’eau fraîche dans un vase poreux, une houleille d’absinthe et une bouleille de vermouth. Il serait impoli de ne pas offrir à boire à celui qui a bravé la chaleur pour venir vous visiter, il serait de mauvaise grâce de refuser l’offre qui vous est faite. Les occasions de boire sont ainsi partout multipliées. La thérapeutique elle-même |)cut-être incriminée et le (]uinquina au madère est devenu à la mode. La pharmacie devient une succursale de l’estaminet. Nous avons connu des alcooliques qui faisaient un usage exclusif du quinquina au vin blanc. L’abus des liqueurs d’absinthe et du veriiiouth est d’aulant plus dangereux que ces liqueurs sont ordinairement de qualités inférieures. Les marques de fabrique que portent les bouteilles sont sans valeur. Ces marques et les bouchons estampillés sont vendus, par des contrefacteurs sans doute, cl les flacons sont remplis dans la colonie même par les débitants. S’il faut en croire les médecins anglais, les excès alcooliques sont encore plus fréquents chez les Européens de leur nation. Ces médecins parlent même de la sobriété fréquente des Français, à la côte d’Afrique. M. Mitchinson^ reconnaît lui aussi, dans un récent ouvrage, la sobriété des Français plus grande que celle des Anglais en Sénégambie. 11 est certain que loin d’augmenter, les habitudes d’intempérance semblent devenir plus rares dans notre colonie.

L’alimentation des Européens est, au Sénégal, la même qu’en Europe ; ils ne changent rien à leur régime. Le vêlement

‘ Voyage en Guinée, traduit de rallcmand. Paris, 1795.

- A navvalive of Ivavel in Senegambia . London, in-8“, 269 pages, \>itli ni.ip-,

TU l’on H AP 111 K Mi;iJlCALI': DU SKNÉGA'L.

est à peu près le même (pic dans les parties mciidionales de la France. Le costume des Euronécns n’est pas du lout, au Sénégal, le costume léger des habitants de l’Indc et des Antilles, Les vêtements de toile ou de coton dont les nouveaux arrivés de France se sont fournis au départ ne peuvent guère servir qu’au milieu de la journée, moment où l’on évite presque toujours de sortir. Le malin et le soir, les vêtements de drap sont nécessaires pour résister aux refroidissements que . causeront l’intensité du vent et l’extrême humidité. L’usage de la flanelle est général et les vêtements les plus portés sont ceux dits en France de demi-saison. Les chapeaux de paille à larges bords ou les feutres recouverts de toile blanche préservent assez mal contre l’ardeur du soleil, les casques semblables à ceux des Anglais dans l’Inde commencent à être assez employés, l'usage du parasol est très répandu.

Les maisons des Européens, au Sénégal, ressemblent assez à celles des villes du Maroc; elles sont en briques, à toits horizontaux formant des terrasses dites argamasses. Des fenêtres vitrées, comme en Europe, préservent l’intérieur de Fliabitation des vents brûlants du désert et des vents humides et frais du large. 11 serait impossible de vivre, au Sénégal, dans des habitations à fenêtres closes seulement de persiennes et dépourvues de vitres comme le sont la plupart des habitations des Européens aux Antilles.

Dans les établissements anciennement créés, la garnison se trouve ordinairement logée dans de bonnes conditions, ex- < cepté à Corée , où les troupes habitent des casemates dont i les conditions défectueuses ont, depuis longtemps, éveillé I l’attention. 11 est vrai que le mauvais effet de cette habita Il lion antihygiénique est compensé, au delà, parla salubrité i de Corée, relativement si supérieure à celle de tous les points ' de la colonie.

Les postes militaires de l’intérieur du pays peuvent se diviser en deux catégories. Les postes permanents, tels queDagana, Podor, Dakel, dans lesquels de bonnes et spacieuses casernes bâties en pierres, permettent au soldat d’habiter des chambres situées au premier étage ; les postes provisoires ceux que l’on crée accidentellement dans le but d’action militaire, de protection momentanée d’un point ou dans celui de l’agrandissement de nos possessions, tels sont ceux qui se construisent ei>

A. buiuus.

ce moment pour relier par un cliemin de fer la vallée du Sénégal à celle du Niger. Dans cos postes, à la tente de campement, succède ordinairement le Llockaus en bois dans lequel officiers et soldats, vivres et munitions, sont obligés de s’entasser dans un espace trop étroit pour que cette situation puisse durer longtemps.

Des cases eu paille, puis en planches, quelquefois des masures en pierres recouvertes de chaume, ne tardent pas à s’élever sur le sol, à diminuer l’encombrement tout en four- , nissant des abris contre les intempéries atmosphériques : rayonnement ardent du soleil dans le jour, humidité et froid pendant la nuit. Ces constructions provisoires restent en permanence pendant le temps, quelquefois fort long, pendant lequel l’abandon de la localité ou son habitation définitive par nos forces militaires restent en questions. Dendanl tout ce temps, les troupes se trouvent dans des conditions hygiéniques qui seraient considérées comme très désavantageuses, meme en France, précisément au moment où se font les travaux les plus pénibles où les terres du voisinage sont défrichées ou déboisées. Le paludisme étant l’ennemi le plus redoutable, l’habitation au ras du sol est alors des plus dangereuse.

La manière de vivre des Européens ne comporte pas dans leurs habitations les avantages (jue les indigènes, dans leurs misérables huttes, trouvent dans la présence du feu qui toute la nuit brûle dans l’intérieur de la case et modifie favorablement, au moins au point de vue de la malaria, l’air qui les entoure. Aussi les postes en voie de formation sont-ils toujours réputés très malsains. Ce n’est que lorsque de véritables constructions définitives, en pierre avec étage, et protection du soleil jiar des galeries couvertes se sont élevées que les postes deviennent habitables. Ceux dans lesquels la garnison tout entière loge au premier sont dans les conditions les moins.

désavantageuses.

Les marins de la flotille du Sénégal sont plus exposés en-'' core que les soldats. Un an après l’arrivée d’un aviso à vapeur de France au Sénégal, l’équipage a forcément été renouvelé par des indigènes, au grand avantage de l’hygiène et aussi du service. Un seul voyage dans le fleuve suffit pour imprégner fortement de paludisme un écpiipage européen. Si le navire prend la mer, la santé revient à tous; mais les navires de la

les

TOPOGRAriIlE MÉDICALE DU SÉNÉGAL. 22 1

station ne prennent ordinairement le large que pour visiter le? neuves du sud, dont les rives sont plu.s insalubres encore que celles du Sénégal.

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