ÔS7 2.S*,8 28", 7 23", 8 20", A
Les causes d’infection tellurique sont tellement communes aux environs de tous nos postes, que les effets de la malaria sembleraient devoir atteindre partout le maximum possible. On voit que cependant, le rôle de la température est tellement prépondérant, que l’on peut accepter comme une lègle générale la formule suivante :
L’ordre dans lequel se rangent les divers postes, relativement à leur insalubrité, est celui dans lequel se rangent les températures moyennes annuelles de ces postes.
La pro|)Osition est encore vraie, si nous considérons les postes du Bas de la côte. La température va en augmentant,
I comme l’insalubrité, à mesure que l’on descend vers le sud. Il faut ajouter que la durée plus longue de l’iiivernage, à me- :sure que l’on se rapproche de l’Equateur, rend également I compte du nombre des fiévreux croissant lorsque l’on descend 'vers le sud.
L’iiiflutnce météorique, tout en masquant, par son éner- .gie, les influences telluriques locales, n’empêche pas ces derinicres d’exister. La lecture des rapports des médecins des (différents postes permet de constater que, malgré l’insuffisance ( des ressources dont peuvent disposer ces postes, l’assainissciment de leur voisinage immédiat, par les moyens hygiéniques (Convenables, a souvent eu des résultats très satisfaisants- C’est ainsi que les fièvres diminuent à mesure que les troupes sont Iplus confortablement logées, quittent les barraquements pour ■ des maisons en pierres, et le rez-de-chaussée de ces maisons : pour le premier étage. Lorsqu’un poste est abandonné, puis longtemps après réoccupé, comme l’a été Richard-Toll , par exemple, on constate une progression inverse, et l’on voit le désavantage qu’il y a à loger des troupes dans des bâtiments longtemps déserts, incomplètement restaurés, et entourés de cultures ou de jardins abandonnés.
Les chiffres donnés plus haut, comme expiimant les proportions des entrées aux hô[)itaux ou infirmeries pour fièvre
A. liaUIDS,
iiileimitlonle, n’expnmciit pas parfaitement, il faut le faire remarc|uer, la valeur sanitaire des diverses localités. Nous avons déjà dit la valeur toute relative de ceux fournis par les hôpitaux de Saint-Louis et de Goréc, sur lesquels s’évacuent en dernier lieu, les malades de toute la colonie. Les postes du haut du fleuve voient aussi augmenter les chiffres de leurs malades par suite de l’impossibilité des évacuations sur le chef-lieu pendant six mois do l’année, tandis que les postes de Dagana et de Podor se débarassent facilement des fiévreux les
plus graves, précisément de ceux dont les entrées successives | à l’infirmerie grossissent les chiffres de la morbidité. En interprétant ainsi les chiffres de la statistique que nous empruntons à M. Bérenger-Féraud, on arrive à constater des faits dont par eux-mêmes ils ne pourraient donner une idée parlaitement , exacte. ç
Les statistiques relatives aux Européens que donne le savant ouvrage du docteur Horton à propos des fièvres de la Gambie et de Sierra-Leone, s’appuient sur des effectifs beaucoup trop faibles pour pouvoir être utilisées dans une comparaison sous le rapport des fièvres intermittentes entre les possessions anglaises et les nôtres.
11 est une influence notée par tous les auteurs, et qui s’ac- ^ cuse au Sénégal d’une façon extrêmement nette, c’est celle ■ du changement de localité sur la réapparition des accès et sur ■ j l’augmentation de leur gravité. Les mutatipns fréquentes auxquelles sont soumises les troupes mettent cette iniluence en i j. évidence. On peut la formuler avec M. Bérengcr-Léraud de lai façon suivante : ' i,
Les hommes qui passent d'un milieu dans un autre sont sous l'imminence de la fièvre, même alors qu'ils vont d un milieu malsain dans un endroit plus favorable. Cette loi est peut-être encore plus vraie relativement aux indigènes que relativement aux Européens. Les voyages sont donc une occasion de fièvre, indépendamment du danger que présente par elle-même la navigation sur un fleuve entouré do marécages, sur des navires ordinairement tellement encombrés, que les passagers se tiennent, la plus grande partie de la nuit, sur le pont. Les navires qui montent à Bakel et en redescendent au milieu de l’hivernage, au moment de l’inondation, voient tou les hoinmes de leurs équipages atteints de fièvres souvent de
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DH SÉNÉGAL
KuMiies les plus graves. L^s équipages tics navires de la slaliou de Gorce jouissent d’une bonne santé tant que les navires restent en rade ou prennent le large. Dès qu’ils pénètrent dans les rivières de la Casamauce et du Rio-Nunez pour ravitailler les postes, ils sont, à leur retour, forcés d’envoyer la plus grande partie de leurs hommes à l’iièpital de Gorée ; aussi verrons-nous bientôt que les matelots fournissent un plus grand contingent à la fièvre que les soldats.
Influences individuelles. — Cette influence est très nettement accusée au Sénégal sous le rapport des races. Les noirs sonG il est vrai, sujets à la lièvre intermittente, mais d’une façon tellement différente de celle des Européens, que l’observateur superficiel peut affirmer que les noirs n’ont guère à
• craindre la malaria. Cela est loin d’étre vrai. Les enfants indigènes sont très sujets aux fièvres intermittentes, c’est même probablement à la fièvre que l’on doit, en grande partie, attribuer la mortalité considérable des enfants du pays. En étudiant
Iles lois de la mortalité selon les âges dans la colonie anglaise
• de la Gambie, nous aurons à signaler l’influence considérable
• de la malaria sur la mortalité des premiers âges.
Les nègres adultes sont souvent atteints de fièvres tierces. iCe\ix qui vivent dans l’intimité de nos maisons savent fort Ibien venir nous demander des doses de sulfate de quinine. A IDagana, un grand nombre d’indigènes venaient à notre con- :sultation publique pour fièvres intermittentes. C’est surtout lorsque l’indigène change de localité qu’il est atteint de fièvre. ILes noirs de Saint-Louis redoutent beaucoup, pour ce motif, les 'Voyages du fleuve, et, s’ils veulent bien s’y exposer, ils se gar-
• dent d’emmener avec eux leurs femmes et leurs enfants.
Les mulâtres de Saint-Louis craignent également de quitter
• celte localité ; en effet dans les dilïérents comptéirs du fleuve,
• et plus encore dans ceux du Bas de la côte, on peut constater
• combien les traitants midàtres de Saint-Louis et de Gorée sont : atteints par les fièvres intermittentes.
Les Maures, qui viennent apporter la gomme à Podor et à I Dagana, sont souvent pris d’accès de fièvre; nous en avons ■ VU.S grelottant de fièvre chez les traitants auxquels ils appor- I taient leur marchandise. Les Maures redoutent, autant pour eux ' que pour leurs animaux domestiques, les séjours prolongés sur I les rives du Sénégal.
A. DÜIUUS.
11 serait fort intéressant d’cludicrrinnucnce des diverses races qui peuplent le Sénégal sur les chances individuelles de fièvre intcriuitlente. Il y a, par exemple, de si |)rofondes dissemblances de races et de mœurs entre les Ouolofs sédentaires et agriculteurs et les peuples |)asteurs, comme les f’euls (|ui vivent dans la meme région, qu’il serait curieux de connaitre exactement les effets de la malaria sur ces différents individus. Cette observation est encore acluellenienl 1res difficile au médecin européen.
D'après M. Chassaniol, les femmes jouissent d’une certaine immunité en ce qui concernent la plupart des alfections colotiiales. Nous croyons qu’il y a là bien plus une inlluencc de mœurs et de manière de vivre qu’une inlîuence sexuelle.
Les statistiques de Thévenot, celles de M. Dérenger-Féraud montrent que les Européens des différents corps de troupes sont inégalement atteints par la fièvre intermittente. La morbidité (rapport des malades à l’effectif) est pour fièvre, à Saint- Louis, selon les différents corps de troupes' : lufanlerie 71,1) pour 100; cavalerie 75,0, artilleiic (S0,7, marine de l’État 105,5, compagnie de discipline 146,4. La morbidité générale étant, avons-nous dit, de 80,8 à Saint-Louis Ces différences, selon les professions, s’expliquent surtout par les différences d’utilisation de ces diverses troupes. Nous avons dit combien les marins étaient exposés par les voyages périodiques des avisos de l'État dans les lleuves. La morbidité des soldats disciplinaires, double de celle de l’infanterie de marine, s’explique par la vio que mènent ces hommes, travaillant en plein air, souvent exposés au soleil, soumis à des punitions parfois rigoureuses, enfin d’une inconduite habituelle, expliquant la situation dans laquelle se trouvent ces soldats désarmés, j)lutôt prisonniers que soldats. Les disciplinaires devant terminer, au Sénégal, le temps du service (ju’ils avaient commencé en France, ne sont pas rapatriés au bout de la troisième année, comme l’était autrefois les autres militaires, et encore moins au bout de la seconde année, comme le sont j actuellement les autres troupes de la colonie. I
La durée du séjour individuel dans le pays a, en effet, une ||i
inlluencc marquée sur la fréquence des accès de fièvre. Dès |U
‘ Bércnger-Féraïul, Ouvrage, nid, 1" vol., p. 242, labtc.iu 01.
TOI'OGUM'IIIE MÉDICALE DU SÉNÊCAL.
le premier mois de séjour, les accès de lièvre sont déjà fréquents. Ils deviennent j)lus rares les mois suivants, sans doute parce que les hommes, prévenus par les j)remiers accès, se soumettent à la médication antipériodique. Dès la seconde année, les lièvres intermiltentes deviennent plus nombreuses et surtout plus graves. Celle augmentation du danger • est fort bien accusée par rinlcnsilé des accès, ainsi que mous le verrons en parlant des formes gr.ives de l’infection I palustre. 11 n’y a pas d’acclimatement contre la malaria pour Iles Européens au Sénégal. « On a vu des Européens attaqués ide lièvre pour la première fois après di.x et douze ans de séjour, *dit M. Gestin, et, pour avoir subi trois ou quatre hivernages : sans accident, on n’est pas sùr de ne pas périr l’année sui- ' vante. » Plus un Européen reste de temps dans le pays, plus lit est exposé à l’infection, et c’est précisément la présence du I poison nialarien qui rend le véritable acclimatement des Européens impossible à la côte d’Afrique.
Influences météoriques. — Les agents météoriques généiraux, la chaleur surtout, j juent un rôle si considérable dans l’étiologie de la fièvre, que cette affeclion paraît dépendre iplus des météores que du sol. L’insuffisance de la chaleur à [produire à elle seule la fièvre n’est plus à démontrer. La ! malaria dépend essentiellement du sol. Mais son action est si [puissamment soumise aux agents météoriques qu’il est néces- «saire d’étudier avec soin le rôle de ces derniers; et qu’il est indispensable, dans ces régions insalubres, d’étudier la météorrologie avec toute la précision que comporte aujourd’hui celte i 'Science. Il est nécessaire de remplacer les assertions vagues -résultant d’appréciations superficielles, par des données posij' iives, aussi a-t-on pu constater le soin tout particulier que ' mous avons donné à cette partie importante de la topographie ! médicale du Sénégal.,
La relation entre la chaleur et les fièvres intermittentes se présente, au Sénégal, sous une forme très simple, et peut être formulée en quelques mots. Pour chercher celte relation, nous prendrons, d’une part, les statistiques du livre de M. Bérenger-Féraud , d’aut-'-e part, les résultats de nos recherches personnelles sur la climatologie des diverses parties du pays. Du rapprochement de ces documents provenant de deux sources diflérenles et ne pouvant jiar conséquent cire accusés d’avoir
A. DORIUS.
été recueillis avec une idée préconçue, nous tirerons nos conclusions en nous rappelant que la statistique, selon l’expression de M. Bertillon, doit servir à trouver bien plus qu’à prouver.
Avant de mettre en regard des nombres exprimant la morbidité par lièvre intermittente, selon les époques et selon les lieux, ceux exprimant la manière d’être de l’élément chaleur dans les mêmes conditions, il faut bien définir les expressions dont nous nous servons.
Le mot chaleur donne lieu à des confusions qui ont souvent été la cause d’appréciations erronées. Il représente en même temps, pour beaucoup de personnes, et la sensation produite sur le corps humain par les agents atmosphériques et l’intensité du calorique atmosphérique mesurée à l’aide du thermornèti e. H y a cependant une dilférence considérable entre ces deux choses. C’est ainsi que la température atmosphérique restant la même, l’appréciation physiologique de l’intensité de la chaleur peut être très variable. Par exemple, dans une chambre close où Pair est dans un calme parfait, il suffit d'agiter eet air au moyen d’un éventail pour remjilacer la sensation de chaleur par celle d’une agréable fraîcheur. Cependant, la température, mesurée à l’aide du thermomètre, n’a pas varié. La chaleur accusée par l’organisme peut donc varier alors que la température reste la même. C’est que la sensation de chaleur n’esl pas seulement une appréciation de la dilatation des solides cl des liquides, c’est un phénomène beaucoup plus complexe. Si l’on veut comparer le corps humain au thermomètre (le seul instrume/it servant à mesurer l’intensité du calorique atmosphérique), ce n’est pas un thermomètre sec qu’il faut choisir mais un thermomètre mouillé comme celui de l’hygromètre. Sans être encore exacte, la comparaison serait plus juste. Celai revient à dire que la chaleur, telle que nous l’apprécion.*, est autant le résultat de l’état hgyroméliique de l’air et de .son agitation plus ou moins grande que de la température. Nous! éviterons donc, autant que possible, l’emploi du mol chaleur,! cl nous nous servirons de l’expression lenqiéralure, expression) bien définie. La température de l’air n’a pu, avons-nous ditl déjà, être étudiée jusqu’ici exactement qu’à l’ombre, et aucunf moyen n’existe de mesurer la température au soleil. L’effet pro-| duit par l’accumulation du calorique solaire dans un corpsj
TÜl'Or.llAI'lllb: MÉDICALE DU SÉNÉGAL.
varie avec une Ibule de conditions, de sorte qu’il est impossible d’obtenir dos observations comparables les unes aux autres dès qu’il s’agit de l’exposition au soleil. Quand nous parlerons de la température, il ne sera donc (juestion que de la température do l’air libre, à l’ombre, dans les conlitious où se placent ordinairement les météorologistes pour en déterminer la valeur.
Dans ses rapports avec les maladies, la température peut être examinée sous (|uatre points de vue différents : les températures moyennes, les températures extrêmes, minirna et rnaxima, les oscillations de la température. ‘
La température moyenne est le rapport de la somme des 1 températures observées un certain nombre de fois à ce même I nombre. Les moyennes sont donc proportionnelles aux quantités I totales de calorique contenu dans l’air du lieu des observa- Itions. Elles représentent donc parfaitement l’influence continue du calorique libre de l’atmosphère.
Les températures extrêmes sont seulement des accidents, des (phénomènes tout momentanés ; elles ont, par suite, beaucoup moins d’importance que les moyennes. Lorsque les rnaxima exagérés se maintiennent pendant de longues heures, la persisi tance de ces hantes températures se traduit par une élévation : des moyennes diurnes; aussi voyons-nous, dans les localités à ; rnaxima considérables et persistants, comme Baltel, l’effet de ces rnaxima accusé par l’élévation des moyennes du printemps, lalors qu’à Saint-Louis des rnaxima aussi considérables, mais ( tout momentanés, élèvent fort peu les moyennes diurnes de : la même saison.
Les oscillations nycthérnéralei.s de la température, comme les ' températures extrêmes sous l’inlluence desquelles elles se trou- ' h vent, jouent plutôt un rôle dans les cas particuliers de maladies.
’ f Elles agissent comme causes occasionnelles, mais n’ont pas ' I d’influences générales. Les oscillations de la température atmos- ■ ' phérique sont d’ailleurs tiès inférieures à celles qu’éprouvent ' le cfjrps humain par suite des changements de milieu auquel il est à chaque insiant exposé par le passage du soleil à ' l’ombre, de l’air confiné à l’air libre, de l’extrême séche- ' resse à l’extrême humidité, du voisinage à l’éloignement des foyers de chaleur que l’homme crée artificiellement, du calme > l’agitation de l’air, comme dans le cas de courants d’air.
A. [!okiu5, Sénc-^'al, 10
A. lîoiiirs.
Ce sont ces variations accidentelles .pii jouent le princijjal rôle comme causes déterminantes des affections sporadiques. Elles ont aussi une action très marquée sur la production des accès de fièvre, elles ti3 causent pas l'infection, mais elles liàtent souvent l’apparition des accès chez les hommes atteints d’infection palustre et parfois augmentent la gravité de cette manifestation symptomatique momentanée d’un état pathologique [)ersistant.
Pour rapprocher les nombres exprimant la frécpience des fièvres intermittentes selon les époques, des influences météoriques régnant aux mêmes moments, nous diviserons successivement l’année en fractions de plus en plus faibles, de manière à descendre des faits les plus généraux aux faits particuliers.
Prenons d’abotd la division en deux semestres correspondant aux deux grandes saisons tropicales. Voici coinment, dans chaque localité, se répartissent ‘20 fièvres, sur ces deux saisons :
S:iison sèclie (déc. à mai).
Hivernage (juin à nov.). .
Sailli- Corée lias- Haut- Cayor Bas Sénégal
Louis Sénégal Sénégal de la côte en généra)
Il 11 15 U 15 12 15
On voit que l’bivcrnage est l’époque des fièvres intermittentes. Les accès y sont, selon les localités, de deux à trois fois plus fréquents que pendant la saison sèche. Le Haut Sénégal fait seul exception à cette règle.
Les conditions cliinatériques de rbivernnge sont ; une température moyenne élevée, presque constante, un état hygrométrique tiès pi'ononcé, des pluies abondantes, des orages, des inondations, des vents humides jieu éncrgi(|ues alternant avec des calmes prolongés.
Reportons-nous aux ternpéralures moyennes indiquées pour.i les deux saisons, dans chacune des localités des diverses par ties de la Sénégambie. On constate d’abord que les région où la difféi'ence entre les deux saisons est moindre, les rivières du bas de la côte, sont celles où la différence entre le nombi’e des fièvres de chaque saison est la plus faible.
Dans le Haut Sénégal, à Bakel et à Médine, la températui'e moyenne de riiivernage est plus faible que celle de la saison sèche, tout en en différant ti’ès peu, et nous trouvons une plus grande (|nanlil.c de fièvres dans le semesli’C de la saison sèche
TOl'ÜCUAl'lllK MHDICALlù DU SKiNUCAL ‘>47.
que dans celui de riiiveniage. La dil'férence, sous ce rapport, entre les nombres des fièvres, d’une saison à l’autre, est moins marquée que partout ailleurs.
.-Vu contraste que nous avons signalé entre le climat de l’intérieur du pays et celui du littoral, correspond donc un contraste dans la répartition des lièvres intermittentes et, comme la température joue le principal rôle dans cette divergence, nous devons penser que le rôle de la chaleur sur les fièvres est prépondérant, puisque dans le Haut comme dans le Bas Sénégal, comme sur le littaral, les pluies et les inondations ont lieu dans le même moment. La conclusion de ce premier aperçu est l’induence prépondérante des températures moyennes élevées sur la production des accès de fièvres.
Poursuivant l’analyse, divisons l’année en quatre trimestres correspondant au.v saisons météorologiques et comparons la répartition des fièvres au.v propriétés climatériques de ces trimestres.
Répartition, tlun.s chaque localité, de 4i> lièvres sur 4 saisons
Saint-
Corée
Bas-
Haut-
Cayor Bas
Sénégal
Louis
Sénégal
Sénégal
de la côte
en général
Hiver (déc.,janv., fév.). .
Hrinterapi(niars,avr. mai).
Été (juin, juillet, aoûl). .
.Automne (sept. oct. nov.j.
lô
Nous avons, dans ce tableau, partagé le nombre 40 en parties proportionnelles aux nombres réels des fièvres observées dans chacune des quatre saisons. La moyenne du nombre des fièvres étant, de la sorte, toujours 10, dans n’importe quelle saison, on peut rapidement constater si le nombre des fièvres d’une saison est au-dessus ou au-dessous de la moyenne. Les données de ce tableau sont ainsi facilement comparables à celles du précédent et à celles des tableaux que nous donnerons plus loin, sous In même forme, en conservant toujours le nombre 10 comme moyenne de la fréquence des lièvres dans une périoile quelconque.
iJ’api-ès ce tableau, dans la colonie considérée dans sa totalité, les fièvres sont légèrement au-dessous de la moyenne pendant l’hiver, diminuent au printemps de manière à tomber à près de la moitié île cette moyenne. Dans l’été, elles sont aussi
A. ÜORIÜS.
Iréqucntos (|u’cn hiver; à l’iiuloinne, elles dcvicmienl deux fois plus nombreuses que dans l’clé. Au Sénégal, comme en Europe, l’automne est donc la saison pendant laquelle la malaria manifeste sa présence par le plus grand nombre de fièvres intermittentes.
Nous avons, dans l’un des chapitres précédents, fait ressortir le contraste existant entre le climat de l’intérieur du pays et celui du bord de la rner. Nous devons nous attendre, si les fièvres sont soumises à des influences météoriques, à trouver ce changement de climat accusé par une modification dans les rapports des nombres de fièvres intermittentes comptées dans chaque saison.
C’est ce que l’on constate, en effeî. Cendant qu'’, sur la côte, à Saint-Louis et à Corée, les fièvres sont au-dessous de la moyenne en hiver, sont plus rares au prinlem|)s, dépassent la moyenne en été, puis deviennent très nombreuses en automne; dans le Haut Sénégal, à Bakel et à Médine, le trimestre d’hiver jirésente un nombre do fièvres au-dessus de la moyenne. Au printemps, les fièvres atteignent la moyenne. En été, elles diminuent encore et sont au-dessous de la moyenne qu’elles atteignent de nouveau en automne. Le contraste est donc très évident, sous le rapport de la fréquence des fièvres, entre le littoral et l’intérieur du pays.
Dans toutes les localités du littoral et aussi dans celles du Bas Sénégal, comme Podor et Dagana, la fréquence relative des fièvres selon les saisons diffère peu de ce qu’elle est à Saint- Louis. On peut dire qu’il y a, dans ces localités, une bonne saison, une époque pendant laquelle les nouveaux arrivants contractent peu la fièvre, et pendant laquelle les individus antérieurement impaludés sont surtout ceux qui entrent dans les infirmeries et les hôpitaux pour accès de fièvre. A Bakel, il n’en e.st pas de même; il n’y a guère de bonne saison, et le nombre des fébricitants diffère peu d’un moment à l’autre. Ceci indique une permanence dans les causes morbides. Les différences peu accentuées, existant d’une saison à l’autre, ne: sont plus dans le même sens que pour les localités du litloral. Ou peut expliquer en partie les résultats fournis par les sta-'^ tistiques, en disant que les fièvres de l’hiver portent sur les malades de l’invernage précédent. Pendant la .saison sèche, les communications .sont, en effet, interroiniiucs et le |)er.sonncl
TOl'OUUAlMIŒ JIKniCALE DU SKNKGAI,.
n’esl renouvelé (lu’au milieu de riiiveniage, au moment de ia crue du tleuve.
Si l’augmentation du chiffre des entrées pour lièvres iiilermitlenles dans le haut du fleuve, i [)endant le trimestre d’hiver, était due à une intensité plus grande de la malaria, et non au séjour prolongé des hommes qui ont subi riiivcrnage; à l’augmenlation dos cas de fièvres devrait correspondre un accroissement dans le nombre des accès pernicieux. üi‘, c’est dans l’hiver et au printemps que ces manifeslations graves de l’impaludation sont les plus rares.
Comme les trimestres d’été et d’aut(mme sont, non seulement les plus chauds, mais aussi ceux des pluies et des inondations; ces deux derniers facteurs doivent jouer un rôle important dans la genèse des fièvres. Pour bien nous rendre compte du rôle de l’immidilé, divisons l’année en périodes trimestrielles dilTérentes de celles des saisons météorologiques et en rapport avec les phénomènes des pluies et des inondations.
Répartition, dantt chaque localité, de 40 flèvrc!^ sur 4 trimestres
Saint- Corée Bas— Haut- Cayor Bas Scné^'al Louis Sénégal Sénégal de la côte en général
11* Aridité du sol (février,
mars, avril) 4 5 6 II 5 8 G
:2* Premières pluies Cl crue (mai, juin, juillet). . . S
’ô* Pluies et inondations (août,septemb., octob.). 25