COLIQUES SÈCHES
Un certain nombre des coliques sèches, observées au Sénégal, ont pour origine un empoisonnement saturnin. Ces coliques, ict les graves complications qui en sont la suite, s’observent 'Chez les individus exposés à cet empoisonnement par leur’ profession ou par quelques conditions spéciales de leur mainière de vivre.
Un nombre assez considérable de coliques sèches, fournis- •.‘^ant des entrées dans les hôpitaux du Sénégal, ne sont pas des ‘empoisonnements saturnins. Ces coliques ne doivent pas non rplus être rattachées à une origine paludéenne. Elles ne subissent fpa.s la moindre influence avantageuse de la part de la quinine IL appareil symptomatique qui les accompagne est limité aux organes abdominaux: il peut succéder a des troubles nerveux •divers mais n’en est généralement pas suivi et ces troubles •sont peu graves. Ces coliques régnent surtout à la fin de l’hiver-
nage et au commencement de la saison sèche.
Nous avions, en 1864, soutenu, dans notre thèse, l’idée de la non-identité de toutes les coliques sèches observées au
A. BOlilUS.
Sénégal et de la colique de plomb. Depuis lors, des nouveaux séjours dans les colonies n’ont apporté aucune modification à notre nianière de voir, notre opinion s’appuyait sur deux observations.
La première peut se résumer ainsi : A la suite d’une angine diphthéritique grave, au début de la convalescence, survint une névralgie frontale opiniâtre continue. A celte névralgie succèdent des troubles amaurotiques de la vision qui durent cinq jours. Ces pliénonèmes nerveux disparaissent, et, dix jours après, sous l’influence d’une température très élevée, en rade de Tunis, survient, chez ce malade, une attaque de colique sèche qui dura sept jours et se termina par des selles abondantes succédant à une constipation de neuf jours. Puis tous les accidents cessèrent. Cette observation, dont nous fûmes le sujet, eut lieu à bord de V Arcole^ vaisseau de l’escadre de la Méditerranée, en 1857. Aucun autre cas de coliques sèches ne fut observé à bord de V Arcole où l’on ne vit ni coliques de plomb ni fièvres intermittentes.
La seconde observation est également rapportée dans notre thèse; elle fut faite en 1862, au poste do Dagana, sur un sergent nommé Cler. C’est une observation de fièvre pernicieuse à forme délirante. Vers la fin de la maladie nous observâmes sur CO sujet, de curieux phénomènes nerveux. Ce fut d’abord une hyperesthésie cutanée qui dura 4 jours. A cette hyperesthésie succéda, pendant 24 heures, une névralgie douloureuse des muscles antérieurs de l’abdomen. Puis survinrent des douleurs suivant les trajets des nerfs principaux des membres, , ces douleurs arrachaient des cris au malade, elles cessèrent et » firent place à une sciatique double qui persista pendant cinq jours et disparut. Le malade fut alors pris de violentes coliques; à l’hôpital de Saint-Louis, sur lequel nous avions évacué ce sergent, le diagnostic porté fut : coliques sèches. Le malade finit par guérir sans autres complications.
Dans ce cas, comme dans la première observation, la colique sèche n’a été qu’une forme particulière des troubles nerveux multiples qui avaient accompagné la maladie, puis l’avaient suivie. Peut-on attribuer à un empoisonnement saturnin les>>^ troubles divers qui constituaient l’hyperesthésie cutanée, laL sciatique double, la névralgie des muscles antérieurs de l’abdomen, pendant et à la suite de cet accès pernicieux, ou, dans le
TOrOGtlArUIlî MÉDICALE DU SÉNÉGAL.
premier cas, les troubles ainanrotiques, la névralgie faciale? La colique sèche n’est-elle pas, dans ces cas, une des formes de ces névralgies multiples?
Depuis lors, des études ont été faites sur les accidents de paralysies et de névralgies diverses succédant aux atteintes profondes de l’organisme par la diphthérie, et par d’autres maladies aiguës graves. Ces observations sont venues fortifier notre conviction. La colique sèche, non saturnine, ne s’observe que sur des individus très anémiés, soit à la suite de maladies aiguës, soit après un séjour prolongé dans les pays chauds. Ces individus sont tout à fait d ins les conditions où se trouvent les malades ayant ..«ubi de graves atteintes aiguës ayant modifié profondément leur organisme. Le paludisme place souvent les Européens de nos colonies dans cette situation; il n’est pas étonnant que ce soit ordinairement à la suite de l’infection malarienne que s’observent les cas de coliques sèches, mais cette infection n’est pas nécessaire.
Quelles qu’en soient les causes, la morbidité par coliques sèches, est représentée, dans les statistiques de M. Dérenger- Féraud, par le chiffre de 1,4 entrées sur 100 hommes de la garnison. La gravité est exprimée par 1 décès sur 100 entrées à l’hôpilal. Enfin, la mortalité, par 0,1 décès sur 100 hommes de la garnison.
Ce sont, le plus souvent, des Européens qu’atteignent les coliques sèches. Cependant M. Hébert a observé cette malailie sur un mulâtre à Dagana E M. Jubelin l’a constatée, à la côte de Guinée, sur un noir Sénagalais^ Nous ignorons si, dans ces deux cas, il y avait eu ou non empoisonnement saturnin.
En résumé, à côté de l’empoisonnement parle plomb, qui se I montre, à la côte d’Afrique comme partout ailleurs, nous admet- Itons, avecM. Chassaniol père, avec M. Chassaniol fils'. Defaut, IBérenger-Féraud, qu’il existe des coliques sèches d’origine non ;saturnine; mais nous ne croyons pas à l’origine paludéenne de cette affection, La symptomatologie est beaucoup moins grave que celle de l’empoisonnement saturnin, et ses suites ont des conséquences beaucoup moins sérieuses.
' Une année médicale à Dagana (TIicîc de Paris, 1880).
* Topographie médicale du pays d' Aouenii (Côte-d’Or), Thèse de Montpellier, 1866.
De la coUgue sèche dans les pays chauds (Thèse de Paris, 1872).
A. liORIUS.
MALADIES Sl’OKADIQDES.
Les hôpitaux du Sénégal sont tellement encombrés par les maladies endémiques que nous venons d’énumérer, que l’attention s’est peu portée sur les maladies sporadiques régnant, le plus habiluellemeut dans la population indigène. Le petit nombre d’Européens perdus dans cette grande population a toujours attiré l’attention du médecin. La classilication adoptée par l’usage, en maladies endémiques et sporadiques, est, pour le Sénégal, beaucoup plus applicable aux Européens qu’aux indigènes.
Sans discuter sur la valeur d’une classification dans laquelle l’arbitraire entrera toujours pour une grande part, nous allons énumérer les maladies autres que celles dont nous avons parlé, plus haut, et qui méritent d’être signalées par leur fréquence ou par quelques particularités intéressantes.
Disons d’abord noire opinion sur la pathologie des nègres. 11 n’y a pas, en réalité, de [latbologie spéciale à cette race d’hommes. Au Sénégal, les maladies sont, en général, les mêmes que partout ailleurs, seule l’intensité du paludisme imprime un caractère particulier à la pathologie du pays Si l’on sort de l’hôpitul, si l’on ouvre un cabinet de consultations où les noirs viennent gratuitement et librement; si l’on entre dans leurs villages, et pénètre dans l’intérieur de leurs maisons, on ne tarde pas à reconnaUrc que la physionomie particulière que l’on croyait trouver à la pathologie du Sénégal, et qui paraissait si essentiellement différente de ce que l’on voit en Europe, n’est autre que celle de nos pays marécageux. En s’éloignant de cette population blanche anormalement transportée loin de sesbabitudesetdu climat qui lui convient, le médecin voit s’élargir le cadre de la [latbologie. 11 retrouve toutes les maladies qu il observait en Europe. Nous n’avons donc qu’à passer en revue quelques-uns des groupes les plus intéressanls de la pathologie.
Les bronchites légères sont très fréquentes chez l’indigène comme chez l’Européen. Elles régnent surtout pendant la saison sèche, ce qui s’explique par les refroidissements faciles sous l’inlluence des grands vents de cette saison. ADagana, en 1862, nous avons vu, pendant la saison sèche, un grand nombre de coryzas tt de bronchites légères dans la population indigène et
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL
sur les Européens. Ces affections bénignes ne laissent ])asde traces dans les statistiques des hôpitaux dans lesquels elles ne nécessitent pas d’entrées. A Dakar, en décembre et janvier, nous avons vu presque tous les soldats disciplinaires atteints de bronchites, ayant pour cause les refroidissements auxquels un casernement défectueux, sur un plateau balayé par des vents énergiques, exposait ces hommes, pendant la nuit. Les indigènes du village de Dakar, les enfants surtout, étaient à ce moment sujets à des rhumes.
Bien que la bronchite nous ait paru avoir, au Sénégal, une durée moindre qu’en France, elle nécessite assez souvent l’entrée à l’hôpital des malades de nos garnisons indigènes ou blanches. Dans la statistique de vingt années, la bronchite a fourni 5,5 pour 100 des entrées à l’hôpital. La morbidité bronchite est de 5,1 pour 100 hommes de la garnison.
l.a pneumonie et la pleurésie s’observent assez rarement ichez l’Européen; mais nous avons pu compter dans une salle d’indigènes, à l’hôpital de Saint-Louis, jusqu’à 19 pneumoinies dans le même moment. C’était pendant la saison sèche de 1865. Les salles des noirs étaient encombrées précisément à I l’époque où les salles réservées aux blancs étaient à peu près 'vides. Dans le village de Dagana, nous avions observé un grand inombre de pneumonies et quelques pleurésies pendant la saison ■sèche précédente. Il y a, à cette'épôqué de l’année, un con- Itrasle remarquable entre la santé des indigènes et celle des lEuropéens composant nos troupes. Il ne faut pas oublier qu’il me s’agit que de la garnison, c’est-à-dire des adultes encore I jeunes. Nous verrons qu’on aurait tort de conclure de ce qui ‘s’observe dans l’hôpital à ce qui se passe dans toute la popu- 'lation. Si la mortalité des adultes noirs est alors à sou maxirmum, cette loi n’est plus applicable à la mortalité des enfants ni à la mortalité générale.
\ La morbidité par pneumonie et pleurésie a été, en vingt ans,
S de 0,8 pour 100 hommes de la garnison. — La gravité de ces maladies est représentée par 18,0 décès sur 100 maladies. (La mortalité a été de 0,1 pour lOÔ hommes de la garnison.
. A Sierra-Leone, la morbidité pour le groupe des affections • thoraciques réunies est de 0,7 pour 100 hommes de la garh nison. La graviié est accusée par 7,5 décès |iour 100 malades, k La mortalité est de 0,5 pour 100 hommes de la garnison. Ces
A. ItüIUUS.
nombres sont plus considérables que ceux fournis par les statistiques de Sénégal. Les différences proviennent de la composition des troupes, dans lesquelles les Européens dominent au Sénégal, tandis qu’à Sierra-Leonc les troupes ne sont composées que d’indigènes. Les différences sont donc dues non à des inlluences locales mais à des influences de race.
Phthisie pulmonaire. — Ccs Condition de fréquence de la phthisie pulmonaire au Sénégal |>réscntent un intérêt qui s’étend au delà d’une étude locale. Résumons les documents relatifs à cette maladie dans notre colonie.
Voici d’ahord les chiffres réels des entrées, des décès et des convalescences, c’est-à-dire des évacuations sur la France, pour phthisie pulmonaire, dans les deux grands hôpitaux duSénégal. Nous les rapprochons des nombres correspondants s’appliquant à toutes les maladies observées dans ces hôpitaux.
Nombres alMolues des entrées, des déeès et des convalcscenees pendant une période de 20 ans [185%-i893) dans les hôpitaux de 8aint-l.ouis et de Gorée.
rODU PHTHISIE PCLMONAinE. PODR TODTES SORTES DE MALADIES
Saint-Louis
Gorée
Entrées.
Décès.
Convales-
cences.
Entrées.
Décès.
Convales-
cences.
Deux hôpitaux. . .
De ces nombres absolus, on peut tirer les rap[)orts suivants, qui permettent d’apprécier : la fréquence de la phthisie dans l’intérieur des hôpitaux, relativement aux autres maladies, sa gravité sous le rapport de la mortalité immédiate et sous le rapport des renvois en France, c’est-à dire des pei tes pour la colonie.
NOMURE DE PHTIIISIES SUR î SUR lOCÜ E^TRÉES rOLR PHTHISIE
Saint-Louis Corée. . .
Deux hôpitaux. ... 7.0 55.6 40. A 381 370 751
. On remarque, en premier lieu, les divergences assez considérables entre les résultats fournis par les deux hôpitaux. Ces
entrées.
décès.
1000 convalescences.
Décès.
Convales-
ceiièes.
Totaux.
TOrOGHAIMllK MÉDICALE DU SÉNÉGAL.
divt'i'gences proviennent des différences entre les clientèles des doux hôpitaux. A Saint-Louis, les entrées des indigènes sont plus jiombreuses qu’à Corée ce qui est dû à la présence à Saint-Louis, d’un bataillon de tirailleurs noirs. Sur 207 entrées pour phthisie, 105 ont été fournies par dos Euro|)éens, 102 par les indigènes. A Corée sur 260 entrées pour phthisie, on a compté 229 Européens et seulement 51 indigènes.
Le rapport des entrées pour phthisie, dans les deux hôpitaux réunis, au total des entrées pour loutis sortes de maladies, montre que 7 malades sur 1000 étaient atteints de phthisie. Ce chiffre, très faible, est très significatif. On comprend combien un hôpital dans le(]uel 7 millièmes seulement des malades sont atteints de phthisie, dilfère d’aspect de nos hôpitaux d’Europe. La phthisie qui encombre nos hôpitaux de France, est une exception dans ceux du Sénégal.
Le tableau ci-dessus, nous donne 56 décès (55,6)pour phthisies sur 1000 décès pour toutes causes. Mettons ce chiffre de 56 millièmes des décès en regard de ceux recueillis de la même manière, dans diverses localités.
Sur 1000 décès dans les hôpitaux, le nombre des décès ])Our phthisie* est : à Rochefort, 96;-; à Edimbourg, 1 09 ; à Rome, 114; à Londres, 121 ; à la Martinique, 125’’; à Paris, 144; à Christiania, 172; à Bruxelles, 176; à Vienne, 208; à Brest, 291
On voit combien les décès pour phthisie sont rares dans h s hôpitaux du Sénégal. 11 est vrai que les très nombreuses évacuations des phthisiques sur la France diminuent le nombre des décès par phthisie ; mais les évacuations pour les autres maladies diminuent aussi le nombre des décès pour les autres causes. Les évacuations des hôpitaux du Sénégal sur l’Europe correspondent, d’autre part, aux sorties que font, dans les hôpitaux de France, les phthisiques renvoyés dans leur famille. Ainsi, à Brest, où les décès par phthisie montent à un chiffre si considérable, un grand nombre de congés, dits de conva-
’ Malicr, Slalislique de Hocheforl.
* Bérenger-FéraïuJ, Traité des maladies des Européens à la Martinique. t. !•', p. 158.
Lombard, Climatologie médicale. — Les autres nombres, moins ceux de Brest et Rochefort, sont empruntés au livre de M. Lomb.nrd, dans lequel on Iruuvera d autres pointa de comparaisons que nous ne pouvons donner ici.
* BoriiH, Le Climat de Brest, p. 351.
A. liOHiUS.
lesccnce, permellcnt aux phlliisifiues d’aller lerminor leurs jours dans leurs familles. La comparaison avec l’hôpital maritime de Brest est instructive. La population militaire et maritime du Sénégal se recrute en grande partie à Brest. Ce sont les mêmes hommes qui vont continuer leur service au Sénégal. Il est vrai qu’avant le départ des soldats pour nos colonies, un choix est fait parmi eux. Si un soldat paraît menacé de tubercules, il reste <à Brest, y grossit la mortalité, et est remplacé par un homme sain, qui part pour le Sénégal. D’un autre côté, Brest, recevant une partie des convalescents revenant du Sénégal, voit sa mortalité nosocomiale augmentée d'une partie de celle qui incombrait aux hôpitaux coloniaux.
Il est donc évident que le chiffre de 56 décès sur 1000 pour les hôpitaux du Sénégal est trop faible pour représenter la mortalité réelle. Grossissons-le artificiellement en supposant que tous les malades évacués de la colonie pour phthisie (54 pour 1000 des évacués) auraient succombé s’ils étaient restés à termiiier leur temps réglementaire de séjour dans la colonie.
Supposons d’un autre côté que un quart seulement des convalescents, pour les autres causes, aurait succombé en restant au Sénégal. Le nombre total des convalescences ayant été de 4275 dont 173 pour phthisie, on peut, en faisant cette supposition, grossir de 1000, c’est-à-dire d’un peu plus du quart des convalescents, le nombre des décès pour toutes causes. Le nombre total des décès eût été alors, y compris ceux par phthisie, de 4.569 et celui par phihisie de 551. Ceci donne 81 décès pour phthisie sur 1000 décès pour toutes causes. En admettant ce dernier nombre, on voit que, malgré son ^ exagération, il place le Sénégal au-dessous de toutes les loca- I lités citées plus haut pour la fréquence des décès par phthi- jv' sic. Les mêmes troupes qui, à Brest, sur 1000 décès, en four- l'j nissent 291 pour phthisie et, à Rochefort96, en fonrnissenl ^ beaucoup moins que 81, au Sénégal. Ii
Voilà un premier fait acquis démontrant que la phthisie est I"" beaucoup moins fréquente au Sénégal qu’en Europe. I
Poursuivons l’examen des documents statistiques que nous Wy fournit le livre de M. Bérengor-Féraud. Ne nous occupant plus de la mortalité comparée des décès les uns avec les autres. II! cherebons quelle est la morbidité et la moitalité réelles pai I phthisie dans les troupes dont 1 efleclil est exactement connu. I
TOror.UAIMlIK MEmCAI.K nu SKMICAI,.
Les U)7 eiiLrécs peur phthisie puhnoiiaire dans les deux liôpitaux du Sénégal ont été Iburni par deux gioupes d’honiincs. L’ellcctir de l’un des groupes est inconnu ; il comprend les noirs, les marins du commerce, les olliciers civils ou militaires et assimilés, les /
agents divers, et employés, les commerçants qui, en assez grand nombre, sont admis dans les hôpitaux. L’autre groupe nous donne exactement, pour 105 des entrées pour phthisie à l’hôpital, leur provenance et l’el'feclif des corps auxquels ils appartenaient, et, réciproquement pour ces corps, le nombre total des entrées par. phthisie. Voici, dans le tableau suivant, les chiffres absolus relatifs à la question.
Entrées
Effectif. pour phthisie. ' Décès.
Saint-Louis 1(5.366 93 ■ 32
Corée 7.012 70 27
Total 25.378 165 59
Ce dont on peut déduire :
Morbidité des entrées .Mortalité ou décès pour phthisie pour phthisie
sur 1000 hommes. sur 1000 hommes.
.Saint-Louis 3.6 1.9
Corée 9.9 3.8
Deux hôpitaux . 7.0 2.5
D’après ce tableau qui ne porte que sur les Européens, puisque l’effectif des noirs n’a pu être connu, la morbidité par phthisie est au Sénégal, des 7 millièmes de l’effectif, et la mortalité des 2,5 millièmes de cet effectif.
Dans le sud de la Sénégambie, à Sierra-Leone , les troupes noires anglaises ont pour morbidité 16 millièmes de l’effectif,
■ et pour mortalité, 7,7 millièmes, d’après M. Horton. D’autres : statL'tiquas citées par M. Lombard^ donnent, pour les troupes nègres à Sierra-Leone, une mortalité de 5,9 décès sur 1000 hommes.
On trouvera, dans la Climalolocjie médicale de M. Lombard, d’e.xcellents points de comparaisons qui permettent de constater que, relativement à la fréquence des décès, le Sénégal, qui : fournit 2,5 millièmes de l’effectif des troupes comme décès par
' Tome II, p. 404
A. ÜoBUîs, Sénégal.
A. bOIUUS.
j)liiliisic cl sans leiiii compte des cvaciialions sur la France, est l)lus lavorisé que les pays tempérés et que beaucoup deréf'ions. C’est ainsi que les troupes anglaises, à Malte, ne perdent, par décès de plitbisi(|ues, que 1 millième de leur elTcctil, taudis qu’à Hong-Kong, elles perdent 15 millièmes de leur elTeclir.
En Fiance, l’année perd, par décès de plitliisiques, 15 millièmes de son effectif. Le rapprochement des résultats de la statistique du Sénégal de celle des autres contrées mérite une longue discussion, elle ne pourrait trouver ici sa place qu’en nous faisant sortir des limites que nous nous sommes tracées.
La marche de la phthisie est, dit-on, plus rapide au Sénégal qu'en Europe. Nous avons vu, en effet, plusieurs cas de jihthisies galopantes, au Sénégal, raaisnousy avons vu aussi la phthisie subir une évolution.lente, et nous observons, tous les jours, dans les campagnes des environs de Nantes des cas de phthisie galopante aussi rapides que ceux que nous avons observés au Sénégal. Dans cette colonie, les phthisiques sont des non-valeurs et l’on s’empresse de les renvoyer en France. Cette pratique ne laisse guère le temps d’ohsorver la maladie sur les Européens L Chez les indigènes, la tuberculose évolue, comme en Europe, tantôt rapidement, tantôt lentement. Il est cependant évident que, si les médecins avaient cru observer une inlluence favorable du climat du Sénégal sur la phthisie confirmée, ils céderaient moins au vif désir que manifestent ces malades de quitter le Sénégal, comme tous les autres malades d’ailleurs, et, l’on peut dire, comme toutes les personnes qui ont un prétexte quelconque pour quitter le pays.
Nous ne possédons pas de statistique indii|uant la fréquence de la |)htliisie chez les indigènes. Nous avons vu quelques phlhisiques, dans nos consultations aux gens des villages de Dagana et de Dakar. La phthisie nous a paru moins rare à Corée et à Saint-Louis. C’est peut-être le résultat d’une impression que des statistiques pourraient venir démentir.
* Les 178 décès par phlliisic, ob.-ervés en 20 ans dans les deux liôpilaiix de la colonie, donnent une moyenne de moins de 5 décès par phthisie, par année, dans chacun de ces hôpitaux, et ne laissent que peu d’autorilé à l’expérience que peut ac(|uérir, sous ce rapport, un médecin passant dans ces hôpitaux une année ou deux.
TOI'OGU.VriIIE MÉDICAEE DU SÉNÉGAL. ‘2!)1
Une seule chose nous paraît certaine ; si les j)litliisios confirmées évoluent, au Sénégal comme en France, et parfois plus rapidetnent, on voit, parmi les Européens transportés dans ce pays, soldats ou marins, se révéler moins de cas de phthisie pulmonaire qn’il ne s’en serait révélé, dans le même temps, sur le même groupe d’hommes, en France. Cependant, la misère physiologique est grande au Sénégal sur tous les Européens. Et nous croyons que ce n’est pas bien interpréter les faits que de dire ; on ne meurt pas phthisique au Sénégal parce qu’on meurt d’autres maladies.
Si le séjour au Sénégal ne nous a pas paru avoir une influence nettement accusée sur la marche de la phthisie dans un sens défavorable, nous devons dire aussi que nous n’y avons pas observé de faits analogues à ceux cités par M. Quétand, au Gabon* sur l’influence favorable de ce climat sur la phthisie pulmonaire. Le plus petit nombre d’éclosions de cas de phthisie, au Sénégal et en Europe, est le seul fait qui nous paraît démontré par la clinique et par la statistique.
Influences météoriques. — Nous avons étudié, dans un autre ouvrage*, l’influence de la température sur les décès par phthisie pulmonaire dans l’hôpital maritime de la ville de Brest. Nos conclusions ont été les suivantes :
Quand la température moyenne est à son minimum, les décès par phthisie pulmonaire sont très nombreux, et ils ne tardent pas à atteindre leur maximum dans les mois qui suivent immédiatement. Quand la température s’élève, les décès par phthisie diminuent. Au moment du maximum de la température, les décès deviennent très rares. Ils ne tardent pas à atteindre leur minimum dans le mois suivant. — En résumé, à Brest, les décès par phthisie pulmonaire sont en nombre complètement subordonnés aux moyennes mensuelles de la température. Les décès mensuels sont en raison inverse de la température moyenne du mois précédant immédiatement. Relativement aux oscillations de la température atmosphérique : ces oscillations n’ont sur la marche de la phthisie vers sa terminaison fatale que des influences sans rapport avec leur amplitude.
* Topographie médicale de quelques contrées de la côte occidentale d’Afrique ''Thèse de Montpellier, 1871).
* Ia Climat de Brest, ses rapports avec l'état sanitaire.
A. BÜHIUS.
Dans scs EüUnenls de palhnlnqie exnlûjue, M. le prolesseur Niclly, généralisant les conclusions que nous avions formulées [)our la ville de Brest, dit : « Le facteur le plus général des climats, la -température, joue un rôle important, mais secondaire, relativement à celui de la misère constitutionnelle dans l’étiologie de la phthisie.» Il n’est pas sans intérêt de rechercher quel rôle le facteur température joue au Sénégal dans les causes des décès par phthisie.
Voici le tableau des entrées et des décès par phthisie selon les mois ;
Entrée.s et docès pour plitliisic pulmonaire, en 20 ans, dans les hôpitiiiix de Saint-Louis et de Gorée.
Dec. Janv. Fév. Mars. Avr. Mai. Juin. Juill. Août. Sept. Oct. Nov. 20 ans.
Entrées. . . 49 2-i 40 43 23 36 23 60 57 4S 20 4t 467
Décès. ... 12 10 24 16 14 18 9 8 12 13 19 21 178
D’après cette répartition, le contraste considérable qui existe
entre le climat de la saison sèche et celui de rhivernajie n’est accusé aucunement par les chiffres des entrées ou par ceux des décès dans les mois correspondanls. Il y a, dans la saison sèche, 525 entrées et 97 décès; dans l’hivernage, 244 entrées et 87 décès. On pourrait, d’après cela, penser que riiivernage est moins funeste que la saison sèche à la terminaison fatale de la phthisie pulmonaire. En se reportant à la distribution des phthisies par saisons météorologiques et par mois, on s’aperçoit que si le premier trimestre de r hivernage (l’été) donne une proportion plus faible des décès, la lin de l’iiivernage (l’automne) présente un nombre plus grand de décès que les autres trimestres.
La répartition des décès, sur les dilféients mois, ne suit aucune loi régulière ayant quelque rapport ou opposition avec les lois météorologiques, qu’il s’agisse des venls, des pluies ou des températures moyennes. Il n’y a, non plus, aucune relation entre les nombres des décès par phthisie et l’amplitude des oscillations de la température des mois de décès ou des mois précédents.
En l'ésumé, les inlluences météoriques ne semblent agir ni dans un sens ni dans l’autre sur le entrées et les décès par phthisie au Sénégal. La constance de la température de riiivernage n’est ni plus favorable ni plus défavorable (|ue les oscillations étendues de la saison sèche. — Les haules
T01’0ÜR\1'11IE MÉDICALE DU SÉNÈCAL.
lempéraliires moyennes de l’iiivernage ne sont pins (avorables que les basses moyennes de la saison sèche; elles sembleraient plutôt nuisibles qu’utiles puisqu'à la fin de l’iiivernage les décès vont en augnieutant.
Le résultat de ces recherches ne doit pas être considéré comme négatif; il semble indiquer, au contraire, l’indifférence, au Sénégal, des agents météoriques sur la marche de la phthisie. Les lois bien évidentes conclues à Brest, d’une période de dix ans, n’ont pu se montrer au Sénégal dans une période de vingt années. Il est vrai qu’à Brest le nombre des décès répartis sur les douze mois de l’année s’élevait, pour ces dix années, à 1011, tandis qu’au Sénégal, en vingt ans, il n’y a eu que 178 cas de mort par phthisie, chiffre assez faible pour ôter une grandepartie de sa valeur à la répartition selon les différents mois. Nous pouvons donc dire que, si le facteur température joue, suivant l’expression de M. Nielly, un rôle secondaire dans la phthisie en Europe; au Sénégal, ce rôle ne peut même pas être reconnu.
La moindre fréquence de la maladie parmi les hommes de nos troupes européennes est le seul point qui reste établi. La cause de cette moindre morbidité n’est pas accusée par les variations de la morbidité ou de la mortalité .«elon les mois, de manière qu’on puisse affirmer un rôle prépondérant quelconque aux éléments météoriques.
Dans son Traité de la thérapeutique de la phthisie pulmonaire S M. le professeur Fonssagrives dit : « Je réserve complètement la question de l’influence des climats tropicaux sur la production de la phthisie. Elle est possible; mais elle ne m’est en rien démontrée. » Après avoir cherché l’intluence que peut avoir le climat du Sénégal, sur la production de la jihthisic, nous conclurons : tout prouve que le climat du Sénégal n’est pas favorable à la production de la phthisie.
L'inlluence de ce climat est-elle funeste aux malades atteints de phthisie comme le pense M. J. Rochard^ comme l’affirme .M. Bérenger-Féraud? Est-elle favorable à ces malades, comme le pense M. Chassaniol ? Rien dans les statistiques relatives à la phthisie au Sénégal, rien dans les faits cliniques que nous
' I'' (îililion, l’nris, 1800, p. I>I2.
Iii/lurncr fh; In ii/iuif/alioii et det iiaijH chaUflu sur lu iiiarclie de la phthisie pulinonuirc. l’iiris, iSOlî.
A. liOlUUS.
avons observes dans ce pays, ne fournil un point d’appui perincllant d’adopter une de ces deux opinions contradictoires, en nous basant uniquement sur les faits.
i‘]ini»arra!« i;;aKtri(|He. — Lcs entrées pour cclte cause sont nombreuses dans les bopilaux de la colonie, si nombreuses, qne M. Bérenger-Féraud a range l’embarras gastrique dans la catégorie des maladies endémiques, et particulièrement au nombre des alfeclions paludiques. L’embarras gastrique présente, en elfct, dans sa fréquence, des oscillations parallèles à celles des lièvres inlcrmitlenles elles-mêmes, et, le fond de la pathologie du Sénégal étant le paludisme, l’embarras gastrique paraît être la manifestation la plus légère, mais non la moins fréquente de la constitution médicale du pays.
La fièvre typhoïde est assez rare au Sénégal, où les agglomérations urbaines ne sont jamais bien considérables. Le plus souvent ce sont les jeunes soldats nouvellement débarqués, qui pié-entent cette alfection. Dans le deuxième trimestre de 1855, une petite épidémie de fièvre typhoïde fut importée par des troupes arrivant d’Europe, il y eut 20 cas et 3 décès*.
En 1 850, des cas nombreux de fièvre typhoïde furent observés pnr M. Boni® au camp de Podor, sur deux compagnies d’infanterie de marine venues de Rochefort, pour une expédition militaire sur les rives du fieuve.
La fièvre typhoïde peut cependant atteindre des hommes depuis longtemps dans le pays. Nous en avons vu des cas bien nets, et dont le diagnostic a été vérifié plusieurs fois par l’autopsie. Nous n’avons vu aucun cas de fièvre typhoïde vérifié par l’autopsie chez les noirs ; cependant, nous ne croyons pas à un antagonisme entre la fièvre typhoïde et les indigènes du Sénégal. Le masque typhoïde accompagne assez fréquemment la terminaison des maladies graves chez les indigènes.
La diphthérie est assez peu fréquente pour que nous ne l’ayons jamais observée. M. ChassanioPa vu des casdecroupchez les négrillons; il considère, cependant, cette maladie comme rare au Sénégal.
* Dulroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chatuls, paRe 11.
- Beul, Thèse cilée.
^ Coiuribulions à la pathologie de la race nègre {Archives de médecine navale, l. 111, P- 5üo).
TÜl’Or.RAI'HIK MÉDICALE DU SÉNÉGAL.
Les riiumaiismes arliculaircs et musculaires sout très l'réqucnts sur toute la cote d’Afrique, et souvenl com[)liqucs d’eiidocardile.
Dans sa longue pratique, M. Ghassaniol n’a jamais vu de goutte au Sénégal. Le docteur Ilorton '■ parle de l’influence extrêmement favorable et très marquée, en Gambie, des vents d’harmattan sur les attaques de goutte, tandis que les brises de l’ouest provoquent au contraire les attaques; mais il ne dit pas s’il s’agit des indigènes ou des Européens.
Les affections nerveuses sont nombreuses et fréquentes dans la population indigène, l’épilepsie, l’hystérie, la chorée, s’observent souvent.
L’écianipsie fait, d’après M. Cliassaniol, plus de victimes qu’en France, chez les enfants.
Les névralgies faciales, les migraines, les sciatiques, sont très communes chez 1 s noirs.
L’hydrophohie ii’a jamais été observée au Sénégal.
Le tétanos complique souvent les blessures et les opérations. 11 apparaît parfois spontanément, surtout chez les nouveaunés. D’après M. Ghassaniol, les enfants noirs du village de Guet-Nadr, situé sur le bord de la mer et exposé aux brises fraîches du large et aux refroidissements qui en sont la conséquence, sont plus fréquemment atteints de tétanos que les enfants de l’intérieur du pays*. Nous avons observé, sur une petite fille de dix ans, à Dagana, un cas de tétanos spontané. Sous l’influence de très hautes doses d’opium, l’enfant se rétablit, puis rechuta au vingtième jour et finit par guérir.
Les maladies mentales ne sont pas très rares. Les seules que nous ayons observées étaient des monomanies religieuses. La folie serait plus rare chez la négresse que chez le nègre, d’après •M. Ghassaniol.
Les idiots sont assez nombreux dans l’intérieur du pays ; Les goitres assez fréquents dans les montagnes du Fouta- Djalon.
L’aicnoiismc pèse lourdement sur les poj)ulations indigènes non musulmanes. Ge que nous avons dit de la manière de vivre des Européens dans la colonie indique sulfisarnment quel
* Ouvrage tilc, |>. 219.
.NieDy, É/d'iieiilx rie iitilliolotjic t’.colirine, p. 503.
A. auHlüS.
2!tC)
auxiliaire les Irouvenl dans d’entre eux.
maladies endémi(|ues t|ui atteignent les Européens les liabiliides d’intempérance de (pieltpies-uns
La maladie du «iiOTnmRn, nclavane en langue ouolove, s’ol)serve au Sénégal. Dans les hôpitaux de Saint-Louis et de Corée, on en a vu quelques cas, même chez le mulâtre. C’est surtout dans le sud de la Sénégambie qu’on trouve cette maladie. M. Corre‘ l’a étudiée dans le Sin et le Saloum, M. llarnon dans le Rio-Nunez, Winterhottom* à Sierra-Leone. Ce dernier auteur dit que les négriers avaient remarqué la fréquence |)lus grande de ceUe maladie chez les nègres portant des traces de sciofules.
Le sforbut était, autrefois, commun au Sénégal, chez les Européens, et tellement fréquent, que Schoti^ considérait l’ile de Corée comme beaucoup plus insalubre (pie Saint-Louis, à cause de cette maladie. Le scorbut a disparu avec les progrès de l’hygiène. Cependant M. Defaut a constaté deux cas de scorbut à l’hôpital de Corée en 1871 : c’était probablement sur des prisonniers. Nous avons observé, à la prison civile de Dakar, des stomatites ulcéreuses, mais non le véritable scorbut.
Le choléra sporadique s’obsei’Ve aSSeZ SOUVCIlt cllCZ l’Européen et chez l’indigène; il a reçu le nom de N'diank, en langue ouolove. Il ne nous a paru différer en rien du choléra Sporadique d’Europe. Nous en avons observé un cas isolé mortel, sur un Européen, à Corée. M. Vauvray * en a observé des cas multiples à bord de flsis et du Jean-Bart. Il faut remarquer qu’à l’époque où M. Yauvray faisait cette observation sur rade de Corée (18G4), le choléra indien ne s'était jamais montré au Sénégal, ou le N’diauk était bien connu. Le choléra indien épidémique a fait sa première apparition au Sénégal en 1868.
Les maiatiies parasitaires sont nombreuses et fréquentes en Sénégambie. L’anitjiostomc duodénai, la cachexie aqueuse ou mal-cœur, décrite par M. Le Roy de Méricourt, s’observe dans le sud du pays.
- Recherches sur la maladie du sommeil (Arch. de. me'd. iiav., 1877).
® An account of native Africans in the neighbourhood of Sierra-Leone, 11” vol. Londres, 1793.
Traité de la synoqitc atrahilieuse, 1778.
* Des accidents cholériformes vulgairement appelés ^’'dinnk an Sénégal (Thèse de Jloiiliiellier, 18(56).
TOl’OCÜAl'llŒ MKDICALE DU SENE(;AL.
Le UMiia esl lellemciit comimin, au Sénégal, qu’on [murrait ranger celle alTeclion parmi les endémies. D’après les stalisliqiies des liôpitaurv de Saint-Louis et de Corée, on compte un homme atteint de ténia snr 100 hommes de la garnison européenne ; la morbidité est doublée pour les troupes indigènes. Cependant, le chiffre de 2 pour 100 nous paraît beaucoup trop faible pour exprimer la fréquence de ce parasite dans la population noire du Sénégal. 11 est des xillages ou presque tous les habitants sont atteints de ténia.
Le peu de gravité de cette affection ne laisse pas une grande valeur rà la répartition mensuelle des entrées dans les hôpitaux pour cette cause/ Les malades restent longtemps porteurs du parasite avant de chercher à s’en débarrasser. C’est, le plus ordinairement, aux mois de mai et de juin, c’est-à-dire à la lin de la saison sèche, que les malades viennent à l’hôpital.
La distribution géographique du ténia présente une assez grande importance. Les populations qui vivent sur le bord du fleuve sont le plus fortement envahies par le ténia, tandis que les populations qui, dans l’intérieur du pays, ne boivent que l’eau des puits et ne se nourrissent pas de poissons, sont exemples de ténia. De là à conclure au passage du ténia de l’homme au poisson et de ce dernier à l’homme, il n’y a pas loin, mais l’observation est encore à faire. Musulmans, en grande majorité, les indigènes ne mangent pas de porc, le bœuf peut seul être accusé de servir d’intermédiaire. H esl à noter que les noirs du Sénégal font subir à tous leurs aliments une cuisson bien plus prononcée que celle dont les Européens ont l’habitude. En attendant que la démonstration ait été faite de l’influence de l’alimenlation par le poisson, l’eau du fleuve reste seule accusée de l’introduction de ce parasite. L’usage de l’eau bouillie est, sous ce rapport, des plus avantageuses. On trouve également, au Sénégal, le ténia armé et le ténia inerme. Le parasite est plus rare dans Is sud de la Sénégambie.
Fiiaire ou v«t de Guinée. — Ce parasite cst ti’ès communsui’ toute la côte d’Afrique et dans toutes les parties du Sénégal. Il s observe sur les hommes de toutes les races, mais surtout siii’ les noiis : sur 10 entrées dans les hôpitaux pour vers de Cninée, il y a 0 indigènes contre 1 Européen. Ceci parait dû non pa.s a une inniienee île laee, mais au costume. Les parties
A. BORIUS.
(lu corps ordinairement découvertes sont le jdus souvent atteintes. Les indigènes (|ui marchent [)ieds nus présentent pres- <pie toujours la lilaire aux pieds ou aux jarnhes. On l’a cependant observée à la surface de toutes les parties du corps. Elle est parfois multiple.
Elle s’observe également dans le sud et dans le nord de la Sénégambie; elle y est cependant moins frécpiente que sur la côte de Guinée. Cette affection est peu grave, son traitement facile mais souvent assez long. Il est bien rare que la lilaire ait entraîné la mort des hommes qui en ont été porteurs. On peut, cependant, en citer quebpies exern[)les. Une particularité nssez remanjuable du développement du dragonneau : c’est au milieu de riiivernage (en août) que les entrées pour les blaires sont les plus nombreuses à Saint-Louis comme à Corée. Les cas deviennent de plus en plus rares avec l’arrivée de la saison sèche. Enfin, en avril et mai, cette maladie est tout à fait exceptionnelle. Les époques de la plus grande sécheresse sont donc celles où la blaire attaque le moins l’homme. 11 est à peu près certain que c’est de l’eau que la blaire passe directement à l’homme. Ce ver pourrait même vivre et se développer dans le sol humide aussi bien que dans nos tissus'.
Parmi les autres alfections parasitaires, nous avons à citer le ver du Cayor , lai’ve de la mouche Ochronnja anlliropophaifa (Blanchard), qui, introduite dans l’épaisseur du derme, y développe une tumeur d’apparence, furonculeuse. Ce parasite attaque le chien et quelquefois l’homme. Le larhisch est une affection également assez rare, et dont le parasite n’est pas encore connu. Nous renverrons au livre de M. Bérenger- Eéraud, qui a fait connaître ces affections.
Sous le nom de kra-kra ou kraw-kraiv, OU obsorve, a Sierra-Leone, une affection parasitaire qui, en 1854, a lourni, nu mois d’avril, 92 entrées sur 1569 malades, à l’hôpital de Kissey. Le docteur John O’Neill a décrit cette allection, qui simule la gale, et est due à la présence de nombreuses blaires d’un quart de milliiriètre de longueur’.
La vulgaire est commune au Sénégal, ainsi que le
ramc$^iie.y OU gale d’élépliaiit.
* Voy. Joul)crl, Tliwc de llonlpelticr, 1865. '■* Archives de mcdccinc navale, 1875.
TOrüGU.Vl'llIE MÉDICALE DU SÉAÉGAL.
MALADIES CIIIULRGICALES.
L’iiillueiice favorable des climats chauds sur le traumatisme est aussi évidente au Sénégal que dans les autres régions tropicales. Les opérations chirurgicales y rénssissent avec la plus grande facilité. Thévenot, Cliassaiiiol, Bércnger-Féraiid, témoignent également de l’inlluence bienfaisante du climat du Sénégal sur les lésions chirurgicales. Dix-huit jours après une amputation de jambe, une de nos opérées se promenait avec des béquilles; au quarantième jour, (die était com|)lètement guérie, et faisait usage d’un membre artificiel. Nous enlevons un sein cancéreux sur une négresse. Celte femme rentre chez elle après l’opération, vient tous les jours se faire panser, et est complètement guérie au quinzième jour. Il serait facile de multiplier les citations analogues. Le tétanos est la complication la plus redoutable et presque unitjue du traumatisme au Sénégal.
Parmi les affections chirurgicales, nous avons à noter l’extrême fréquence des maladies des yeux chez les indigènes. Dans Ions les villages, on rencontre de longues bandes d’aveugles qui, chaque, jour, s’en vont demander leur subsistance à la charité de leurs compatriotes. M. Chassaniol fait remarquer la rareté relative des maladies des yeux sur les Européens comparés aux indigènes. 11 a vu, à la suite d’expéditions de guerre, les troupes blanches rentrer sans un seul cas d’ophthalmie, alors que les soldats noirs en offraient de nombreux et de très sérieux. <
Le plus grand nombre des cas de cécité sont dus à des ophthalmies purulentes, à des ophtbalmies catarrhales très Iréquentes chez les nouveau-nés. Les cataractes sont assez communes pour que les médecins indigènes aient appris à les opérer. Ils entraînent, à l’aide d’une épine, le cristallin latéralement, tout en le portant en arrière pour le loger dans le corps vitré. L’ophthamie scrofuleuse est assez rare; d’ailleurs, les manileslations de la scrofule se rencontrent moins souvent en Afrique qu en Europe. On constate des traces de scrofule sur un certain nombre de Maures des environs deDagana.
Le rnchitisine est Irès laro au Sénégal.
1- « ici>iiaii(ia*«i>4 est assez commun sur les cotes comme dans
A. HOIUUS.
riiilérit'iir. Nous avons vu enlever un éléplianliasis du scrotum, descendant au-dessous des genoux. Cette opération eut ceci de particulier rpi’il fallut conserver, pour recouvrir run des testicules, des lambeaux de peau lardacée, et qu’à notre grand étonnement, la cicatrisation se fit d’une manière convenable. Il n’est donc pas indispensable, dans ce cas, de faire porter les incisions sur le tissu sain.
La lo-prc est assez fréquente. Les passagers des paquebots sont ordinairement accueillis, à leur débarquement sur le quai de Dakar, par une bande de lépreux mendiants qui donnent aux étrangers une idée triste et làusse de la population. La lèj)re paraît, cependant, plus rare au Sénégal que dans bien des régions tropicales. Il n’existe, dans notre colonie, aucune léproserie.
Le pied de Madura, décrit comme maladie spéciale à l’Inde, existe-t-il au Sénégal? En 1865, nous finies, à Dagana, sur un métis de Maure et de négresse, une amputation de jambe motivée par une alfection que nous qualifiâmes alors d’éléphantiasis tubei'culeux du pied. Nous avons, dans notre Thèse, décrit la pièce pathologique enlevée L
En 1864, les Archives de Médecine navale^ donnèrent la re|)ioduction d’une photographie due à M. Collas et représentant un pied de Madura. Nous fûmes alors frappé de l’identité de cette figure avec celle que nous aiirions pu obtenir en dessinant le pied que nous avions enlevé au Sénégal, et nous demeurcàmes convaincu de l’existence du pied de Madura dans notre colonie. Depuis lors, le docteur Hébert nous dit avoir vu deux cas de la même maladie à Dagana, et qu’il existait, au musée de l’Iiopilal de Saint-Louis, plusieurs pièces anatomiques de cette lésion. Il partagea notre avis sur la présence, au Sénégal, de cette affection, que l’on avait crue, jusque-là, propre à l’Inde. M. Corre, ayant constaté cette maladie à Dagana et à Saint-Louis, nous nous sommes adressé à l’expérience de cet habile observateur. D’après une lettre qu’a bifu voulu nous écrire notre collègue, le premier diagnostic que nous avions porté doit-être maintenu, et le sujet de notre oi)élation était atteint d’élépbantiasis tuberculeux et non de la
‘ Tlièse cilûe, p. Tl.
^ Tome II, [). 08 et 73.
TUl’OCMAl'llIK MÉDICAI.K lll^ SÊ.MÎCAI,. ri(ll
maladie signalée dans l’iiure par Carter et Collas. Voici, d’ailleurs. comment, dans la note manuscrite qu’il nous a adressée, M. Corre établit le diagnostic différentiel des deux affections :
Pied dil de Madura (Sénégal).
Ilyiioiiropliic souvent étemlue au-dessus du pied, vers la jambe.
Pied plat. Le membre repose largement sur le .'ol pai une surlace à la manière du pied d êléphant.
Les os ne sont pas percés de pertuis multiples joignant les parties molles.
Les masses kystoïdes de nature luberculeuse ou formées par des amas de cellules et de lyoïpbe concréiée, et seulement disséminées dans les parties molles.
Pied de Madura (Inde).
Hypertrophie bien limitée au pied, qui forme comme une niasse énorme à l’c.vtrémité rt’une jambe grêle.
Pied formant une masse globuleuse; la plante est convexe, et ne repose sur le sol que par une médiocre surface. — Elle ne peut s’y poser que moraeiitanénient, et par le talon.
Les os et parties molles sont traversés par des perluis multiples.
Les masses trouvées dans les parties molles comme dans les parties dures, constituées par des corps granuleux spéciaux reconnus de natuie végétale [Chionyphe casteri).
Dans le pied que nous avons vu à Dagana, le premier caractère, celui de l’extension de l’hypertrophie au-des.sus du pied existait, en effet, au point de nous forcer à faire la section de la jamhe un peu au-dessus du lieu d’élection. Le système veineux était très développé. Opérant sans aides, médecins ou infirmiers, nous avions posé un garrot. Pendant le temps que nous mîmes à chloroformer le sujet, les veines des jambes s’étaient gonflées, et nous fûmes géné par une grande quantité de sang veineux. Cependant, il n’y avait aucun tubercule au delà du pied. A son diagnostic différentiel, notre collègue ajoute : «Il est nécessaire d’appeler l’attention sur un point : on doit rencontrer dans l’éléphantiasis des cellules étoilées qui, au premier abord, et pour qui n’a pas eu occasion d’observer le parasite de Caster, pourraient être confondues avec ce dernier; mais ces cellules, qui se voient dans le liquide intercellulaire des tumeurs éléphantiasiques, sont des cellules de la variété d’épithélium dite étoilée. Il est impossible de les confondre, après examen comparatif, même sommaire, avec les cellules analogues de forme et d’aspect qui caractérisent le pied de Madura. Je n’oserais nier que le pied de Madura existe au Sénégal. Je veux seulement prévenir une confusion possible et très excusable entre des états probablement différents, et ap()elcr rattention sur la nécessité d’une
A. liOUIUS.
étude comparative plus complète avant d’affirmer l’identité des deux maladies. » Nous acceptons volontiers ces dernières conclusions,
L’aïniiiim cxistc 3U Sénégal. Une bonne observation d’un cas de celte maladie, sur un noir de race ouolove a été publiée par M. de Brediam, et reproduite dans les Archives de Médecine navale ‘. Dans la famille de ce Ouolof, raïnhum était héréditaire Celle famille habitait la presqu’île du Cap- Vert.
L’iiicèrc piiagédéniqiie dcs pays cliauds n’est pas rare au Sénégal et présente tous les caractères delà même affection que nous avons pu observer à la côte de Guinée, à Madagascar et en Cochinchine. Nous avons fait, au Sénégal, deux amputations de jambes pour ce motif: l’une, sur un indigène; l’autre, sur un sous-officier européen provenant du Bas de la côte. Il e.'t cependant assez rare que l’on soit forcé d’en arriver à prendre ce dernier parti.
Les niaiaiiics de la peau sont fréquentes parmi les nègres. Citons, comme les plus souvent observés : l’herpès, l’eczéma, la teigne amiantacée, l’impétigo, l’ecthyma, le psoriasis, le pityriasis, richtbyose, la lèpre vulgaire, le pian. Les Européens sont, pendant l’hivernage, fortement incommodés parles bourbouilles et par des éruptions furonciileuses très douloureuses.
Les maladies vénériennes ne présentent, au Sénégal, aucun caractère particulier, du moins dans les accidents primitifs ; car nous croyons avec M. J. Rochard que la syphilis héréditaire ne doit pas être étrangère à certaines affections cutanées des nègres.
La morbidité par maladie vénérienne a été, à l’hôpital de Saint-Louis, de 11,8 pour 100 hommes de la garnison, et de 12,3 à l’hôpital de Corée. Elle est, en France, de 15,0, et, en Algérie, de 7,1 pour 100 liommes de la garnison, d’après M. Lombard. Sur 100 malades blancs, on compte, au Sénégal, G vénériens, tandis que, sur 100 malades noirs, on en compte 12; ce qui ne veut pas dire que les nègres soient deux fois plus souvent atteints que les blancs, puisque la proportion des vénériens aux autres maladies dépend autant de la fréquence de ces autres maladies que de la fréquence' des maladies vénériennes elles-mêmes.
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* Archives de médecine navale, t. XVI, p. 586, et Étude sur l'aïnhum (Tliè.-e de Bordeaux, 1881).
TOrür.UAl'IlIE MEDICALE DU SENEGAL.
A Siorra-Looiic, les maladies vénériennes Iburnissent, dans les troupes noiies, une morbité de t26 pour lUO liommcs de rtlTeclir (Lombard). Dans une slalislique de quatre années, portant sur les troupes noires de Sierra-Leone, llorton ne l'ait entrer les maladies des organes génito-urinaires que pour 0,G pour 100 des malades admis <à l’hôpital.
Les affections uu^rines soiit assez commuues au Sénégal, mais moins que dans les départements de l'ouest de la France où nous avons pratiqué la médecine. Les aceouchemcnts ne présentent rien de particulier à noter. Les cas de distocie nous ont paru seulement un peu moins fréquents que dans les campagnes de la France.
MALADIES ÉriDÉMIQUES.