‹ Les maladies du SénégalChapitre 51 sur 56 · CHOLÉRA · texte numérisé non relu

CHOLÉRA

Le choléra épidémique j)araît n'avoir jamais atteint le Sénégal avant l’année 1868. A la fin de l’hivernage 1808, les Mau res Trarzas fuyant le Sahara, où le choléra ravageait leurs trihus, cherchèrent un refuge sur le horJ du Sénégal et à Saint-Louis. Cette dernière ville ne tarda pas à être envahie par la maladie. Sa présence fut constatée le 25 novembre par le décès d’un indigène qui vint mourir à rhô()ital militaire, en quelques heures.

L’épidémie ne tarda pas à se montrer sous sa forme la plus redoutable. Dans le même moment, le village de Dagana fut envahi. Pendant les mois frais de janvier et février, le fléau

TOl’ÜCUAl'llIE MÉDICALE DU

SENEGAL.

sembla disparaître; mais répidé'iiiie se ralluma au mois d’avril. Elle atteignit de nouveau Dagana, tous les points du Cayor, puis la Gambie. Au mois de juin, le choléra se montra dans les environs de Sedbiou, en Casamance. Bakel fut atteint à la même époque, ainsi que la presqu’île du Cap-Vert, Corée, Dakar et Rufisque.

La morbidité par le choléra n’a pu être exprimée exactement par un chiffre.

Mortalité. — Les décès, plus faciles à compter que les malades, ont fourni des chiffres assez exacts de la mortalité dans cette épidémie. A Saint-Louis, il y eut 1212 décès sur 8000 âmes : soit une mortalité de 14 pour 100. Les Européens perdirent 15,2 pour 100 des hommes de leur effectif; les marins, 6 pour 100; les soldats noirs, 14 pour 100. Deux médecins de la marine et le gouverneur Pinet-Laprade furent parmi les victimes. A Sainte-Marie-Bathurst, sur 4000 noirs, 1322 succombèrent; soit une mortalité de 53 pour 100.

Gravité. — La gravité des atteintes du choléra, dans cette I épidémie, peut s’exprimer par le rapport du nombre des décès .à celui des malades. A l’hôpital militaire, et dans les quatre : ambulances provisoires créées autour de Saint-Louis, la gra- ’vité de la maladie a varié, pour les Européens, de 42 à 90 (décès pour 100 malades, et, pour les indigènes, de 66 à 81 (décès pour 100 malades. On estima qu’à Saint-Louis et dans lies environs, la gravité de la maladie avait été telle sur les iindigènes, qu’il y eut près de 95 décès sur 100 malades.

Ces chiffres montrent que la gravité fut à peu près la même [pour les noirs et les Européens faisant partie des troupes; '.cependant, l’opinion générale fut que les noirs étaient plus (exposés à l’épidémie que les blancs.

En dehors des hôpitaux, la gravité du choléra, frappant les indigènes, fut, en effet, hors de proportion avec la manière dont les Européens étaient atteints. Pour les noirs, le choléra ])résenta une morbidité excessive, et le chiffre de 95 décès sur ;100 malades montre que le choléra est plus à redouter, au 'Sénégal, pour les indigènes que pour les Européens.

DEXGL'E.

Celte maladie épidémi(juc, connue

A. lioRirs, Séni'gal.

aussi sous le nom de

A. BOIUUS.

fièvre rowje, csL nnssi remarquable, par ses propriéb'-s éminemment, contagieuse, que par sa bénignité. Kilo a été ol)servée, au Sénégal, dans les années 1845, 1848, 1850, 1803, 1805. 1871 cl 1878; quelques cas furent signalés en 1872 et en 1875, mais sans que la maladie ait pris l’extension épidémujue (|iii lui est 'labiluellc.

I a symptomatologie de la dengue n’a présenté, dans notre colonie, aucune particularité; elle a été celle décrite parlons les auteurs. La dengue est toujours la meme dans toutes les ))arties du globe qu’elle parcourt, n’épargnant, jusqu’ici, que l’Europe, moins Cadix et Séville.

On a prétendu qu’il existait une relation entre les épidémies de dengue et celles de fièvre jaune. Pour démontrer la fausseté de cette assertion, il suffit de rapprocher les dates des épidémies de ces deux maladies, si complètement dissemblables. Au Si^négal, il n’y a que des rapports fortuits entre les apparitions de ces deux maladies dans certaines années. On sait, d’ailleurs, que, dans des parties du globe souvent visitées par la dengue, la fièvre jaune est complètement inconnue.

II n’est pas, dit M. L. Colin de maladie dont le principe contagieux se trouve à un pareil degré de diffusion immédiat dans l’atmosphère. De toutes les affections contagieuses, la dengue est susceptible du plus haut degré d’expansion et de densité.

La innrbidüé de la dengue est si considérable, que cette maladie constitue une véritable pandémie. Les inlluenies imlividueU.es, celles des localités paraissent nulles, au Sénégal, devant la dengue. Les personnes de toutes races, de toutes professions et de tout âge sont également atteinles. Cependant, la morbidité, dans les dernières épidémies, a élé moindre que celle signalée par M. Cotholendy dans l’épidémie de la Réunion *. La mortalité est à peu près nulle, en général; elle a toujours été nulle au Sénégal.

\'wfluence météorique s’accuse nettement au Sénégal : de même qu’tà la Réunion, c’est pendant l’hivernage que la dengue apparaît de préférence. Les statistiques de Saint-Louis et de Corée n’indiquent des cas de dengue que de juin à no-

* Trailc des maladies dpidémiijiie'), p. 580.

* Arch. de »:éd. iiav., 1873.

TOPOfiRAPIIIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL. ."2r.

vonihrc; à peine quelques cas {pcul-clre cloulcux) onl-ils été si'malés au mois dt* décembre.

VAIUOLE.

La variole est fréquente sur toute la côte d’Afrique, et souvent les villages indigènes sont presque détruits par les épidémies de variole. Au Sénégal, les épidémies ont élé nombreuses dans la population. Elles n’ont fait l’objet d’aucune étude spéciale. Régnant, le plus souvent, sur la population civile non ])réservée par la vaccine, la variole occasionne de grands ravages, mais les documents conservés dans nos hôpitaux militaires présentent peu d’intérêt relativement à cette maladie. Elle envahit le Sénégal souvent en venant du Nord, apportée par les Maures qui ont même enseigné aux noirs l’inoculation rarement mise en pratique.

Les indigènes n’éprouvent aucune répugnance à se faire vacciner. Nous avons fait, dans ce pays, un nombre considérable de vaccinations et nous avons pu constater l’empressement des indigènes à répondre aux appels faits par les crienrs publics. Cependant, il n’y a aucun service régulier de vaccination, et le vaccin manque souvent. Parfois, l’épidémie est venue de l’Est ou du Sud. Dans certains cas, comme en 1869, la maladie a été importée d’Europe par voie maritime.

Une épidémie de variole a frappé, en 1881, la population indigène pendant que la fièvre jaune frappait les Européens.

La traite des nègres a fréquemment répandu la variole sur toute la côte d'Afrique, et souvent les navires négriers ont été le théâtre d'épidémies. Nous ne savons ce que l’on doit penser de ce que dit lloiton de l'intluence très favorable du vent d’harmattan sur les épidémies de 'variole. Ce qui a été observé une fois ne le sera peut-être pas de nouveau.

Les épidémies de variole ont été fréquentes à Sierra-Leone. Les fièvres éruptives ont fourni une morbidité de ‘25 pour 100 dans la {larnison de cette colonie. Dans riiô|)ital de Kissey, réservé aux esclaves pris sur les négriers, la (jravitd de la variole fut, en 1848, représentée par 71 décès sur 122 entrées ; Suit 57 pour 100. En 1817 et 1819, la colonie de Sierra Loone

A lîORlL’S.

avait cto rudement éprouvée par la variole : plus de lÜOO individus succombèrent.

Les .'«latisticjues relatives à la variole dans les hôpitaux de Saint-Louis et de Corée sont incomplètes, par suite de la création d’hôpitaux spéciaux temporaires lorsque les épidémies éclatent dans le pays.

La rougeole n’a pas, à la côte d’Afrique, la même bénignité qu’en France; elle est souvent une cause de décès. A Sierra- Leone, en 1848 C 71 entrées à l’hôpital de Kissey pour rougeole, donnèrent 47 décès (66 pour 100). La rougeole fut donc plus grave que la variole elle-même. Les quelques cas de rougeole que nous avons observés, à Dagana, sur des enfants indigènes, ne nous ont pas paru avoir un caractère de malignité plus grande qu’en Europe.

Nous n’avons jamais vu de scarlatine au Sénégal. M. Chassaniol l’a observée^, et dit qu'elle se distingue assez facilement de la rougeole chez le nègre.

La coqueluche a Souvent sévi à l’état épidémique au Sénégal. Nous n’avons trouvé aucune mention d’épidémie de grippe dans la colonie.

Page 1