‹ Les maladies du SénégalChapitre 52 sur 56 · FHÉQUEXCE DES MALADIES ET DES CAUSES DE DÉCÈS · texte numérisé non relu

FHÉQUEXCE DES MALADIES ET DES CAUSES DE DÉCÈS

L’énumération que nous venons de faire des maladies les plus intéressantes du Sénégal a besoin d’être complétée par un coup d’œil d’ensemble qui permette de constater leur fréquence relative. Nous avons, dans le tableau suivant, classé les maladies observées dans les deux hôpitaux de Saint-Louis et de Corée, selon la morbidité et la mortalité qu’elles ont offertes dans la période des vingt années comprises entre 1852 et 1875.

Ce classement ne pourrait être considéré comme définitif que si, dans tout autre groupe de vingt années, la morbidité et la mortalité devaient être les mêmes. Si l’on peut penser que ces expressions de la fréquence et de la gravité morbide resteraient probablement représentées par des chiffres très voisins de ceux indiqués pour les maladies endémiques et les maladies spora-

* llorton.

Contribuliciii h la pnthotogie de la race al‘gre{\rch. demdd. nav., 1805)

TOl'OCHAI'llIK

MK

ItlCALE DU SKiNECAL.

iliques, on peut ariinner que les maladies épidémiques se comporteraieut auliemeuf .

Nous avons grou[)é sous le même litre, toutes les affections chirurgicales dont la fréquence n’a pas été indiquée spécialement; nous avons agi de même pour les maladies vénériennes. Enfin, sous le titie de maladies non classées, nous avons compris les maladies internes qui méritaient moins d’allii’cr l’attenlion.

ClnsNcnient «les nialatlics par ordre décroissant de :

Morbidité ou fréquence des ciUrées Mortalilé ou fréquence des décès

sur 1000 hommes sur 1000 hommes

des corps dont l'effeclif est coimu. des corps dont l’effectif est connu.

!• Fièvre interniillenle

1” Dysenterie et diarrhée. . .

2* Dysenterie et diarrhée.. . .

2" Fièvre jaune

, . Ils'

4“ .Anémie

4* Maladies non classées ici. .

5* Mr-ladies chirurgicales. . . .

5” Fièvre bilieuse mélanurique. . . 5

"• Bronchite

7“ Hépatite

8“ Hépatite.

8“ Anémie

9' Fièvre jaune

9° Phthisie pulmonaire. , . .

10* Fièvre pernicieuse

10* Insolation

Il* Embarras gastrique

11“ Colique sèche

12* Fièvre bilieuse mélanurique.

12“ Pneumonie et pleurésie. .

15* Colique sèche

15“ Maladies chirurgicales. .>.

14* Rhumatisme

15* Ténia

Mortalité générale. . .

16* Pneumonie et plnurésie. . .

n* F'htbisie pulmonaire

18" Dengue

19* Choléra

20* Insolation

21* Vaiiole

22* Ver de Guinée

Morbidité générale

L’influence de la malaria est fortement accusée,

puisque

le chiffre des entrées

pour

fièvres inlermitlenles

, grossi

de celui des entrées pour fièvres pernicieuses et pour fièvres bilieuses mélanuriques, atteint 905 hommes sur 1000. Comme il ne s’agit que des entrées à l’hôpital, et non des exemptions de service, un certain nombre d’individus restant traités chez eux ou dans les infirmeries, on peut dire qu’il y a plus de 9 entrées par an, pour fièvres, sur 10 hommes. Les individus qui échappent à la fièvre sont l’exception.

Le caractère souvent épidémique de la dysenterie fait varier <runc manière trè.s sensible les chiffres afférents à cette mala-

A. EORIUS.

die; c’est l’affection la plus commune après la fièvre intci'inittente; elle est la plus grande cause de mort au Sénégal.

De la morbidité et de la mortalité on pourrait déduire la gravité relative de chaque affection. Cependant, le classement précédent ne portant que sur les hommes dont l’effectif est connu, il est préférable de prendre comme expression de la gravité des maladies les rapports des décès aux entrées totales dans les hôpitaux, sans tenir compte du nombre des hommes ayant fourni ces entrées et ces décès. Voici ces lappoi ts :

classement des ninlatlies par ordre déeroissant de granité

on rrc‘f|iiencc dos décès iiinladie.

sur

lOOO ciitréos pour

la iiièiue

1” Fièvre pernicieufe

4sn

8° Variole

2' Phlhisie pulmonaire

9“ Maladies non classées ici.

3" Insolation

10“ Dysenterie el diarrhée .

4° Choléra

Il" Hépalile;

5” Fièvre jaune.. . •

12“ Maladies chirurgicales. .

6" Fièvre bilieuse mclanurique. . .

15“ Anémie

7“ Pneumonie el pleurésie

14“ Colique sèche

11 faut noter que cette expression de la gravité n’est qu’une approximation assez vague. Elle n’est vraie que relativement aux maladies aiguës, telles que la fièvre jaune et la lièvre pernicieuse, par exemple, pour lesquelles l’évacuation des malades sur la France ne peut avoir lieu. En donnant à ces chiffres une valeur absolue, on pourrait être conduit à des idées erronées relativement aux'maladies dans lesquelles le décès ne survient qu’après un temps très long pendant lequel le malade peut être soustrait à la mort parla fuite en Europe, au moins à la mort au Sénégal. C’est ainsi que, par sa durée très longue, la dysenterie se trouve placée à un rang qu’elle serait sans doute loin d’occuper, si l’on pouvait savoir exactement ce que deviennent tous les hommes renvoyés en Europe pour celle cause.

État sanitaire <Iu Sénégai.

1“ ÉTAT SANITAIllE EN GÉNÉRAL

La statistique médicale de la colonie du Sénégal, pendant une période de vingt années ( ISo^-lSTS), pendant laquelle 25 545 hommes ont passé dans la garnison de la colonie, peut se résumer de la manière suivante : 1000 hommes ont fourni, chaque année, 1819 entrées aux hôpitaux^, 73 décès et 150 rapatriements pour causes de maladies. Ce résultat peut s’exprimer sous une autre forme ; la garnison du Sénégal fournit, chaque année, aux hôpitaux, un peu moins de 2 maladies par homme, compte 1 décès sur moins de 14 hommes, 1 rapatriement pour raison de santé sur moins de 7 hommes. La garni-

* Traité des maladies des Europc'ens au Sénégal, 1. II, p. 516. — Nous citons ici les cliilTres tels qu'ils sont donnés dans l’ouvrage de M. Bérenger-Féraud. Il faut remarquer, cependant, que les relevés par maladies, insérés plus haut, indiquent 1863 entrées aux hôpitaux sur 1000 hommes de l’effeclir, et 75 décès. Le relevé par corps de troupes donne 1865 entrées sur 1000 hommes de reffoctil' de tous les corps, et 70 décès. D’après ce dernier mode de recensement, le chilTre des rapatriements atteindrait 158 pour 1000 hommes de l’effeclif. Ces différences, peu importantes, proviennent de diflicultcs dans la connaissance des elfeclifs réels. Si l’on considère seulement tes deux hô[iilaux réunis de Saint-Louis et de Corée, on trouve que : sur 60 401 entrées, en 20 ans, dans ces deux hôpitaux, on a pu connaître les effectifs correspondant aux entrées de 42 855 malades et aux décès de 1720 malades. — C<‘s nombres donnent 1851 malades pour 1000 hommes, et 75 décès, .\insi, le chiffre de la morhidité générale est de 1831 millièines de l’eri’cclif, en opérant sur les noudiies généraux de ces deux hô|)ilaux. Il serait de 1810 dans tout le Sénégal, d'après M. Bérenger-Féraud; de 1805 ou 1865 millièmes, d'après les statistiques des maladies prises en parlicidicr, ou d’après colles dcj difféieiits Corps de trou|iC3.

A. IIÜRIUS.

son subit, chaque année, pour causes de maladies, un décliel de l homme sur moins de 5; le déchet comprenant les rapatriements et les décès.

Si on élimine les cliilfrcs des maladies épidémiques, on trouve, sur 1000 hommes, 1 756 malades et 59 décès, ou 5 malades pour 2 hommes environ, et I décès sur 17 hommes.

Les réflexions sur l'importance de ces chiffres, comme expression de l’insalubrité du Sénégal, sont inutiles. Il suflit de les iMpprocher de ceux exprimant la morbidité et la mortalité militaire en France. D’après M. L. Colin*, en France, 1000 hommes de troupes fournissent, par an, de 251 à 556 entrées à l’hôpital. Au Sénégal, le nombre des entrées est de 1819.

En France, la mortalité dos troupes diffère peu de celle du groupe de la population civile, compris entre 20 et 55 ans. Cette mortalité est voisine de 10 décès par an sur 1000 vivants. Au Sénégal, on compte 75 décès sur 1000 vivants. De plus, les maladies pour lesquelles les congés permettant le retour en Europe sont délivrés, laissent à ces prétendus convalescents des chances do mort beaucoup plus considérables que celles courues par les hommes qui, en France, sortent de l’armée en congés de réforme.

Telles sont les conditions générales de l’état sanitaire de la colonie. 11 faut, maintenant, examiner les modifications apportées à ces conditions par les circonstances relatives aux individualités, au temps et aux lieux.

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