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SUCCÈS POUR

VACCINATIONS

REVACCINATIONS

Voilà pourquoi, depuis plusieurs années, en présence de la dégénérescence manifeste du vaccin jennérien par ses cultures successives dans l'organisme humain, et surtout de quelques faits de transmission de la syphilis par la vaccination de bras à bras, un certain nombre de médecins ont appelé l'attention sur les avantages offerts par la vaccination animale.

(1) Voy. Didiot, Code des Officiers de santé de l'armée de terre, 1863, p. 236.

(2) Voy. Goinard, Des reuaccinations dans l'armée (Rec. de mém. de inéd. milit., 1870, t. XXIV, p. 381).

Dès 1864, au Congrès médical de Lyon, Viennois, ayant proposé de renoncer au vaccin humain et de ne plus pratiquer que des inoculations avec le vaccin de génisse, Palasciano avait annoncé que ce procédé était en usage à Naples depuis près de cinquante ans. Ce fut Lanoix qui, après avoir fait à Naples une étude complète de ce procédé, chercha à rintroduire en France (1).

En 1865, grâce à l'initiative de Warlomont, fut créé, à Bruxelles, un institut vaccinal ayant pour ohjet la culture du vaccin sur les génisses et la distrihution gratuite de ce vaccin.

En 1866, la question de la vaccine animale fut portée devant l'Académie de médecine de Paris et, en 1867, Depaul proposa l'organisation en France de la vaccination animale. Mais la proportion des succès consécutifs aux revaccinations, qui était de 32 pour 100 dans l'armée avec le vaccin humain, descendit à 16 pour 100 chez les militaires revaccinés à l'Académie de médecine avec du vaccin animal. Au moment de l'épidémie de 1870-71, les insuccès constatés à la suite de l'emploi de ce dernier vaccin furent si fréquents que presque tous les médecins de Paris se prononcèrent en faveur de la vaccination jennérienne (2).

Cependant on remarqua qu'en Hollande, où les insuccès des vaccinations s'étaient élevés en 1868 à 246 pour 1000 et en 1869 à 185 pour 1000, ils avaient été réduits, de 1872 à 1879, en moyenne à 10 pour 1000 et en 1880 seulement à 3 pour 1000, depuis que dans ce pays avait été introduit l'usage presque exclusif du vaccin animal

Ce fut E. Longet (3) qui, le premier parmi les médecins militaires français, eut recours au vaccin de génisse pour vacciner les hommes de son régiment ; dans plusieurs rapports, dont le premier fut publié en 1882, cet auteur appela l'attention sur les résultats satisfaisants, obtenus par lui, de la pratique de la vac-

(1) Voy. E. Longet, art. Vaccine du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. II, 5» série, p. 143.

(2) Voy. Vauthier, Résultats comparatifs des revaccinations opérées selon la méthode suivie dans ces opérations (Rec.de mém. de niéd. mili t., 19:11,1. XXVI, p. 322).

(3) Voy. E. Longet, Résultats comparatifs des vaccinations pratiquées au moyen de vaccin de génisse et de vaccin humain, déc. 1882; Note sur les résultats des revaccinations pratiquées en décembre 1883 au moyen du vaccin animal [Arch. deméd. mil., 1884, t. IV, p. 82).

cination animale (fiS succès sur 100 hommes vaccinés ou revaccinés en 1883).

Frappé des résultats obtenus par Longot dans l'armée à la suite des inoculations praticjuées avec le vaccin de génisse, Maurice Perrin, alors Directeur de l'Ecole du Val-de-Grâce, proposa le 20 juillet 1883 au Ministre de la guerre la création, dans cet établissement, d'un centre de vaccination animale.

Cette tentative ne fut pas d'abord très satisfaisante, puisque, sur 25i2 vaccinations et revaccinations pratiquées en 1883, au Val-de-Grâce, il y eut 1093 succès et li49 insuccès, soit 43 succès pour 100 hommes vaccinés ou revaccinés ; chiffre inférieur à ceux obtenus par Antony et Weill avec du vaccin d'enfant et par Longet avec du vaccin de génisse, mais pourtant supérieur à cekd qui avait été noté antérieurement à l'hôpital du Val-de- Grâce, comme l'indiquent les chiflres suivants (1) : 1877, 56.7 pour 100 1880, 33 pour 100 1878,24.0 — 1881,22.2 —

Ces résultats parurent suffisamment encourageants pour décider l'introduction officielle de la vaccination animale dans l'armée, concurremment avec la vaccination jennérienne.

La Notice 3, contenue dans l'ancien Règlement sur le service de santé de V armée à l'intérieur du 27 décembre 18 83 et relative aux vaccinations et revaccinations dans l'armée, prescrivit aux médecins des corps de troupes de créer et d'entretenir une source abondante de vaccin, en utiUsant, par ordre de préférence : 1° les enfants âgés au moins de quatre mois et d'une bonne santé ; 2° les adultes sains non vaccinés ; 3" les adultes sains vaccinés ; 4° les animaux. Pour faciliter l'acquisition du vaccin d'enfant, une indemnité de 13 francs fut allouée aux mères des enfants vaccinifères.

En même temps, Longet (2) continuait ses observations si inté-

(1) Vaillard, Rapport sur le service de la vacciiiation animale au Valde-Grâce (Arch. de inéd. milil., 1884, t. V, pp. 229 et 173).

(2) Longet, Etudes comparatives sur les revaccinations pratiquées en janvier et février 1885, au moyen de vaccin animal obtenu par la culture du liorsepox spontané sur une génisse, au moyen de vaccin des revaccinés et de virus vaccinal recueilli sur une génisse inoculée avec du vaccin des revaccinés, ou de rétro-vaccin (Gaz. hebd. de méd., oct. 1885).

ressantes et publiait un nouveau mémoire, dans lequel il mettait en évidence les nombreux avantages de la vaccination animale.

Quelques années après, une Note ministérielle (29 novembre 1886) prescrivait que l'indemnité de 15 francs allouée aux mères des enfants vaccinifères serait payée également aux cultivateurs ou aux bouchers, poiu- chaque génisse prêtée aux corps de troupes et aux hôpitaux et destinée à la vaccination des militaires.

Actuellement, les vaccinations et revaccinations dans l'armée sont réglementées par la Notice n° 3, annexée au Règlement sur le service de santé de l'armée du 23 novembre 1 889, et qui a été légèrement modifiée le 9 janvier 1891.

Cette notice comprend les prescriptions suivantes :

Les médecins militaires sont tenus : 1° de vacciner ou de revacciner tous les jeunes soldats, dès leur arrivée, ainsi que les hommes des contingents antérieurs chez lesquels l'inoculation est restée stérile ; 2° de renouveler l'opération chez les sujets réfractaires, pendant les quatre mois qui suivent le premier essai; 30 de vacciner ou de revacciner, dès leur arrivée, tous les hommes de la réserve, de l'armée territoriale, à la disposition, etc., à l'occasion des périodes d'exercices pendant lesquelles ils sont convoqués, à l'exception de ceux sur lesquels aura été opérée, depuis moins de huit ans, une vaccination ou une revaccination avec succès certain ; 4° de soumettre à la vaccination, en temps d'épidémie variolique, tous les hommes chez lesquels les inoculations antérieures seraient restées stériles et ceux dont la revaccination, suivie de succès, remonterait à plus de cinq ans.

Le vaccin généralement employé est le vaccin animal.

Il y a cinq centres vaccinogènes :

1° A l'École d'application du Val-de-Grâce, pour le Gouvernement mihtaire de Paris, pour les 111% IV% IX% X% X[% XIP et XIIP corps d'armée ;

2" A l'hôpital militaire du camp de Chàlons, pour les P'", IP, V% VP, VIP et VHP corps d'armée ;

3" A l'hôpital militaire de Bordeaux, pour les XV% XVP, \yih et XVIIP corps d'armée ;

4° A l'hôpital militaire d'Alger, pour les divisions d'Alger et Oran ;

S" A l'hôpital militaire de Constantine, pour la division de Constantine et la Tunisie.

En outre, un sixième centre vaccinogène, bien qu'il ne figure pas sur Ja notice, fonctionne depuis 1889 à l'hôpital militaire de Villemanzy, à Lyon, et fournit le vaccin animal nécessaire au Gouvernement militaire de Lyon et au XIV" corps d'armée.

Les directeurs des cen tres vaccinogènes ont la mission d'entretenir une source constante de vaccin, pour faire face à tous les besoins. Avant la période des vaccinations annuelles et pendant toute la durée de celles-ci, ils prennent les mesures convenables pour assurer en temps opportun l'approvisionnement des corps d'armée. Ils reçoivent avis, au moins un mois à l'avance, des demandes formulées par les diverses parties prenantes, ainsi que delà date à laquelle les expéditions du vaccin devront parvenir aux destinataires.

En dehors de ces circonstances, ils entretiennent une source vaccinale par des cultures convenablement espacées, afin de satisfaire à première réquisition aux besoins imprévus qui peuvent se manifester.

Ils ne négligent aucune occasion de renouveler leur source vaccinale à l'aide de cow-pox ou de horse-pox spontanés, si des cas s'en présentent.

Les médecins vaccinateurs suivent attentivement les effets des inoculations ; ils exemptent de tout ou partie du service les hommes, généralement en petit nombre, que l'éruption vaccinale rend assez souffrants pour exiger du repos.

Ils consignent sur le registre des vaccinations et sur le registre d'incorporation les résultats des inoculations, qui sont reportés sur le livret individuel des hommes.

Lorsque les inoculations ont été opérées avec du vaccin fourni par un centre vaccinogène, le Directeur du service de santé fait parvenir au directeur de ce centre tous les renseignements propres à l'éclairer sur la valeur du vaccin envoyé par ses soins.

Les médecins-chefs, à l'exception de ceux des écoles, établissent chaque année un rapport embrassant toutes les opérations pratiquées du 1" avril de l'année précédente au 31 mars de l'année

courante, qui est adressé par la voie hiérarchique au Directeur du service de santé avant le 15 avril suivant.

A l'aide de ces rapports particuliers, les directeurs du service de santé établissent un rapport d'ensemble du même modèle, dans lequel ils réunissent toutes les opérations exécutées dans les corps d'armée. Ce rapport est adressé auMinistre, en même temps que la statistique médicale annuelle {Note ministér telle du 9 janvier 1 89 1 ^ modifiant la notice 3 du règlement du 25 novembre 18 89).

B. — Pratique de la vaccination dans l'armée.

Les vaccinations sont faites dans l'armée soit par des piqûres, soit par des scarifications, au moyen d'aiguilles à coudre ordinaires, d'épingles en acier du commerce (1), d'aiguilles cannelées, d'aiguilles plates, ou bien de lancettes de formes diverses (lancettes à dard, lancettes ordinaires, lancettes cannelées), etc.. (2). , Dans le but de se mettre à l'abri de toute cause d'infection produite par l'instrument inoculateur, Maréchal (3) a eu l'idée de recourir à un objet susceptible de produire, aussi bien que la lancette ou l'aiguille, l'inoculation vaccinale, mais qu'en raison de son prix très modique, on pourrait n'utiliser que pour une seule personne ; il a donné la préférence à la plume mé tallique, non fendue (que l'on se procure facilement chez les fabricants à raison de 0 fr. 35 le cent) et qui peut être affûtée sur une meule.

Les expériences, instituées par ce médecin sur de jeunes soldats nouvellement incorporés en novembre 1889, ont démontré que les succès obtenus au moyen de petites scarifications faites avec la plume étaient supérieurs à ceux obtenus par la piqûre

(1) Dans le IV» corps d'armée, au 201^ chasseurs, ou s'est servi en 1890, pour hi vaccination des hommes, de l'épingle en acier du commerce, qui offre Tavantage de consommer très peu de vaccin, de pénélrer très facilement dans les tubes contenant de la pulpe glycérinée et de produire des boutons plus petits que les autres instruments, d'où diminution sensible des phénomènes hiDammatoires.

(2) Longet, Art. Vaccine et Vaccin'ation du Dictionnaire encyclopédique des sciences, 5« série, t. II, p. 173.

(3) Maréchal, Emploi de la plume métallique individuelle clans l'opération de la vaccination (Arch. de méd. milit., 1890, t. XV, p. 269).

d'épingie (63 % de succès avec la première, au lieu de 45 7o de succès avec la seconde).

Il est pratiqué trois piqûres ou scarifications à chaque bras, sous la saillie du deltoïde et à la face externe et moyenne du bras.

Les hommes, avant d'ôtre inoculés, doivent avoir nettoyé soigneusement leurs bras. En outre, avant de pratiquer l'opération, on doit laver la région à inoculer au môyen d'un tampon de ouate trempé dans de l'eau chaude ayant bouilli et l'on essuie avec un Unge propre. Une lancette, fortement chargée de vaccin, sert à effectuer au maximum trois piqûres ou scarifications sur le même sujet; elle doit ensuite être flambée ou trempée dans de l'eau bouillante et épongée avec soin avant d'ôtre rechargée de vaccin.

Nous examinerons séparément la vaccination jennérienne et la vaccination animale.

I. "Vaccination jennérienne. — Le meilleur vaccinifère est un enfant vigoureux, en bonne santé, et qui a été vacciné pom' la première fois; les boutons de la revaccine étant, en général, moins sûrs dans leur action et plus enflammés que les boutons de la première vaccine.

11 ne faut jamais choisir un enfant nouveau-né, qui peut être atteint de syphilis héréditaire latente, ni un adulte, qui peut avoir une syphilis acquise sans manifestations actuelles. L'enfant doit avoir plus de trois mois, époque à laquelle la syphilis héréditaire est exceptionnelle.

On ne doit pas employer de vaccin au delà du septième jour, pas plus que la lymphe de pustules enflammées, écorchées ou qui ont percé spontanément. Le vaccin doit être tout à fait transparent, sans mélange de sang, s'écoulant spontanément de la piqûre sans pression ni raclage de la pustule.

Il faut laver avec précaution les pustules avec un tampon de ouate purifiée et trempée dans de l'eau bouillie ou dans une solution faible antiseptique de thymol (1 pour 1000) ou d'acide salicyhque (13 pour 1000) ou d'acide borique (1 pour 100).

On ouvre les boutons par de petites piqûres superficielles, I marginales, faites parallèlement à leur surface avec une lan- I cette ou une aiguille. Le vaccin doit sourdre lentement, en petites gouttelettes transparentes, un peu visqueuses ; une piqûre faite

perpendiculairement à la pustule amènerait du sang, ce qn\\ faut éviter.

La lancette doit être préalablement flambée à la flamme d'une lampe à alcool; puis on recueille sur chaque face une gouttelette de vaccin, une pour chaque bras, de façon à n'avoir pas à recharger pour le même sujet.

On tend la peau du bras un peu au-dessus de l'insertion du deltoïde, et l'on fait soit des piqûres, soit des scarifications de 2 à 3 millimètres de longueur, suffisamment distantes pour ne pas donner des aréoles confluentes. Il faut, autant que possible, ne pas provoquer d'écoulement sanguin. On essuie les deuxfaces de la lancette sur chacune des piqûres , puis on attend que le vaccin ait eu le temps de sécher à la suite des vaccinations. Il faut flamber la lancette après chaque sujet inoculé.

La vaccination terminée, on lave le bras du vaccinifère avec une solution antiseptique ; on recouvre les pustules de ouate salicylée et d'une bande de gaze.

Au 43° de ligne, dans le 1" corps d'armée, on a recouvert d'une couche de collodion la surface inoculée du bras des hommes aussitôt après les piqûres ; les résultats ont été satisfaisants, puisqu'ils se sont traduits par 62,56 pour 100 de succès aux premières revaccinations (Isambert) ; de plus, ce procédé paraît efficace contre les lymphangites et les inflammations ganglionnaires ; mais, pour éviter quel'éther ne stérilise le vaccin, il est bon de n'appliquer le collodion que dix minutes après la vaccination.

Le vaccin jennérien peut être conservé à l'état liquide (dans une plaque de cristal creusée d'une cupule, dans des tubes de verre capillaires, etc.), ou à l'état sec (sur des plaques de verre, des hnges, des fils). Actuellement, grâce à l'introduction et à la généralisation dans l'armée de la vaccination animale, il n'y a aucune utilité à préparer ce genre de vaccin pour les corps de troupes.

II. Vaccination animale. — La vaccination animale, aujourd'hui beaucoup plus répandue dans notre armée que la vaccination jennérienne, offre sur cette dernière les avantages suivants :

Elle est d"un procédé simple, facile, aisément réalisable dans toutes les conditions.

Elle procure la possibilité d'avoir à toutes les époques de Fannée, à tout moment, au jour voulu, mie quantité de vaccin presque illimitée, proportionnée aux besoins les plus étendus et susceptible de faire face aux éventualités les plus pressantes.

Le vaccin de génisse écarte avec une certitude absolue la transmission possible de la sypMlis, considération importanle quand il s'agit des revaccinatious obligatoires dans l'armée ; car il y a alors obligation morale à fournir aux intéressés un vaccin qui soit à l'abri de tout soupçon.

Par les résultats obtenus, le vaccin de génisse est loin de se montrer inférieur au vaccin jennérien. Enfin son emploi réalise de notables écoQomies (Vaillard) (1).

1" Organisation des centres vaccinogènes. — Les centres vaccinogènes dans l'armée offrent une organisation à peu près semblable et qui se rapproche beaucoup de celle de l'Institut vaccinal créé au Val-de-Gràce en 1888.

« Dans cet établissement, les génisses sont logées dans un petit bâtiment, forme cbalet, à proximité de la salle de vaccination. Ce bâtiment, bien aéré, recevant directement le soleil, est abrité contre les vents du Nord par de vastes constructions. Il se compose de deux pièces de 3 mètres de longueur sur 3"', 90 de largeur et 3 mètres de hauteur.

« Dans le compartiment sud, trois salles ont été organisées. Les cloisons de séparation, de même que les revêtements des murs correspondant à ces séparations, sont en cliéne ciré, qu'il est facile de laver et partant de désinfecter. Les génisses sont attachées, par une chaîne courte et mobile, à une barre de fer verticale ; mode d'attache qui permet à l'animal de se lever et de se coucher à son aise, tout en le mettant dans l'impossibilité de tourner assez la tête pour lécher les inoculations pratiquées sur ses flancs.

« Chaque stalle a une largeur de 0™,90 sur 2 mètres de longueur ; trois petites mangeoires en fonte émaillée sont noyées

il) Vailhu-cl, loc. cit.

dans un massit de maçonneiie, et les paiements de ces massifs sont recoaverts d'un enduit en ciment métallique les mettant complètement à l'abri de toute détérioration.

« Chaque pièce est éclairée par une croisée. La ventilation se fait par une imposte mobile, créée au-dessus des portes d'entrée, et par quatre ventouses ménagées sous le plafond dans les angles, et qui sont en communication avec l'extérieur au moyen d'une petite cheminée avec tuyau en zinc.

« Le sol est en carreaux céramiques inattaquables aux urines et môme aux acides. Les pentes sont établies d'une manière convenable, et une rigole existe au pied des stalles, avec filet d'eau permanent pour la conduite dans un siphon des eaux et des matières liquides des animaux.

« En hiver, un poêle système Besson est établi pour assurer le chauffage des écuries.

« La pièce attenant à l'écurie est utilisée pour l inoculation de la génisse et au besoin pour la récolte du vaccin. » (Antony) (1),

Les centres vaccinogènes sont munis des appareils et instruments suivants :

1° Une table à bascule.

2° Liens en cuir pour rimmobilisation des génisses et muselières.

3" Pinces expressives de Chambon.

i" Lancettes à )nanche pour l'inoculation des génisses.

5" Curettes tranchantes pour la récolte de la pulpe.

G" Lancettes à vacciner.

7" Rasoirs, bistouris, ciseaux.

8° Tubes pour la récolte de la lymphe vaccinale.

9° Tubes pour la pulpe desséchée et pulvérisée.

10" Tubes pour la pulpe glycérinée.

• 11° Verres de montre-cristallisoirs, cloches en verre, baguettes de verre.

12° Trompe à faire le vide pour la dessiccation du vaccin, étuve (2).

(1) Autouy, Rapport sur le fonctionnement du centre vaccinogène du Valde-Grâce. [Arch. de méd. milit., 1891, t. XVII, p. 211.)

(2) Voy. Règlement sur le service de santé de l'armée à l'intérieur- Notice ?i

2" Mode cl approvisionnement des génisses vaccinifères. — Oansles principaux centres vaccinifères, les génisses sontfournies par le boucher de l'hôpital. Primitivement, dans quelques garnisons, comme je l'ai vu à Tours, en 1883, le fournisseur de la troupe mettait; gi-acieusement i\ la disposition des médecins militaires le nombre des génisses nécessaire aux vaccinations et aux revaccinations. C'est ce qui a lieu également à Alger, comme le signale Liron (1), et dans certaines villes de garnison.

Mais, depuis quelques années, beaucoup de fournisseurs se montrent plus exigeants et ne consentent à livrer aux centres vaccinogènes les génisses nécessaires qu'à la condition de recevoir, à titre d'indemnité, une somme qui varie pour chaque animal entre 15 et 23 francs.

Jusqu'en 1890, l'indemnité a été de 20 francs au Vat-de-Grâce, bien que la viande des génisses inoculées fût consommée en totalité parles malades de l'hôpital.

A l'hôpital militaire de Villemanzy, à Lyon, l'indemnité demandée par le boucher fournisseur de l'hôpital s'est élevée successivement de 13 à 23 francs en 1891 ; c'est à grand'peine que j'ai obtenu l'année suivante d'un nouveau fournisseur que cette allocation fût réduite à 20 francs.

Ces exigences s'expliquent par l'atténuation réelle de la valeur nutritive de la viande des génisses, qui se produit sous l'influence de l'inoculation vaccinale et sur laquelle Antony a appelé l'attention.

Eu effet, bien que cette viande ne soit pas de mauvaise qualité et bien qu'elle n'ait jamais produit d'effets nocifs chez les personnes qui en font usage, cependant elle offre certains caractères qui indiquent une atténuation de sa valeur qualitative.

Le thymus, que le public appelle riz de veau, est en grande partie atrophié, ce qui constitue une perte dans certains grands cen tres. La viande est plus molle et plus rouge, les muscles sont gorgés de sang légèrement poisseux, et des inflltrations sanguines se remarquent entre les fibres musculaires, surtout du côté gauche, sur lequel la bête est restée couchée pendant la

(1; Liroii, le Fonctionnenieitl du centre vaeclnogène d'Alger depuis sa créalion (Arch.de méd. milit., 1890, t. XVI, p. 426),

récolte ; les ganglions mésentériques sont tuméfiés, bleuâtres, congestionnés, et, à l'examen microscopique, on les trouve infiltrés de microcoques, ressemblant au staphylocoque blanc.

A la cuisson, la viande a perdu de sa fermeté, elles personnes habituées à une nourriture délicate, comme les officiers, remarquent ce défaut de consistance et l'ont maintes fois relevé.

Dans quelques cas où ces caractères étaient plus prononcés, la commission de l'hôpital du Val-de-Grâce a dû refuser la viande qu'on lui présentait. Voilà pourquoi, en 1890, dans cet établissement, on a dû passer avec le fournisseur un nouveau marché, d'après lequel les génisses vaccinifères ne sont plus consommées par les malades (Antony).

Quoi Cfu'il en soit,la vaccination animale offre, par rapport à la vaccination jennérienne dans notre armée, une économie réelle. Pour l'ensemble de l'armée, les prix moyens d'une vaccination ont été de 0 fr. 060 en 1888 et de 0 fr. 038 en 1889, les prix extrêmes par corps d'armée ayant varié, en 1888, de 0 fr. 021 à 0 fr. 101, et, en 1889, de 0 fr. OOo à 0 fr. 07.

3° Choix de la génisse. — La génisse n'est reçue et utihsée qu'autant qu'elle est saine et présente les qualités requises énumérées dans la Notice n" 3 du Règlement sur le service de santé.

On pèse l'animal le jour de la vaccination, et on prend sa température rectale, matin et soir, pendant toute la durée de révolution vaccinale. Cette température doit varier autour de 39o; si elle s'élève à 40" et à 11% l'animal peut être considéré comme suspect. Quelquefois, luic fois sur six, survient cbez celui-ci un peu de diarrhée, mais qui cède à l'absorption de quelques grammes de bismuth et de 10 à 30 gouttes de laudanum de Sydenham.

Quand la génisse présente, dans le cours de l'évolution vaccinale, de la fièvre, de l'inappétence, de la diarrhée, une perturbation sérieuse de la santé, on doit renoncer au vaccin sans hésitation.

Chez les génisses de robe claire, le vaccin est généralement plus abondant et d'un meilleur aspect, les pustules semblent plus pleines ; mais il ne parait pas y avoir de différence avec les

génisses de robe fauve, au point de vue de la virulence du vaccin (Liron).

4° Alimentation de Vanimal. — Si la génisse est sevrée, on la nourrit avec du foin. Lorsque l'animal n'est pas sevj'é, on lui donne par jour dix litres de lait et de deux à quatre œufs, le tout partagé en trois repas. Le lait est donné tiède ; les œufs sont écrasés dans la bouche de l'animal, qui avale simultanément la coquille et son contenu.

S'il survient de la diarrhée, on réduit la quan tité de lait à cinq ou quatre litres, auxquels on ajoute quatre à six échaudés finement broyés, ou bien on ne donne d'autre aliment que trois ou quatre œufs. Si le dévoiement persiste, on administre de la magnésie calcinée ou quelques gouttes de laudanum (1).

Au centre vaccinogène d'Alger, l'alimentation des génisses se compose de fourrage et de son. Jamais on n'a recours au lait et aux œufs. Souvent môme on laisse paître les animaux au dehors ; ce mode d'ahmentation économique paraît excellent à Liron. Il faut dire que les animaux qu'on se procure en Algérie sont loin d'être aussi jeunes qu'en France (2).

'îi" Inoculation vaccinale des génisses. — Il ne faut pas inoculer les animaux avant de les avoir observés pendant un ou deux jours.

On doit se mettre à l'abri des accidents septiques par une désinfection, aussi rigoureuse que possible, des instruments et de la peau de l'animal (flambage a la flamme d'une lampe à alcool).

L'inoculation s'efî'ectue sur un des flancs de l'animal, de la région inguinale à la région axillaire, à partir d'une ligne passant par l'ombilic jusqu'à une autre correspondant à l'échiné.

Cette région est soigneusement rasée, et, sur son pourtour, une bande de poils est coupée aux ciseaux pour empêcher ces poils ou les débris épidermiques de venir souiller les scarifications extérieures. Toute la région est lavée au savon, rincée à feau chaude, puis désinfectée au moyen d'une solution de sublhné à 1/1000. On fait un dernier lavage à l'eau bouillie, pour

(1) Notice n° 'i sur la pra/iqiie de la vaccination dans l'armée {Règlement sur leservice de santé' à l'intérieur, p. 222j.

(2) Voy. Lirou, lac. cit.

enlever le sublimé ; on attend que la peau soit sèclie, puis on procède aux inoculations.

D'habitude, la région mamillaire donnant de mauvais résultats et les boutons y fournissant peu de lymphe et de pulpe, Il vaut mieux ne pas l'utiliser.

Les boutons de vaccine doivent être réduits à 2 ccutimèires de longueur et être séparés les uns des autres par un intervalk' d'au moins 3 centimètres.

On pratique habituellement de 200 à 300 inoculations, mais nn peut aller jusqu'à 350 et même jusqu'à 400 (pourvu que ranimai soit robuste et placé dans des conditions hygiéniques parfaites). La récolte du vaccin avec 230 à 300 inoculations peut s'élever de 6 à 25 grammes de pulpe et de lymphe réunies, quantité suffisante pour vacciner de 3000 à 5000 hommes.

Liron a reconnu qu'il y avait avantage à pratiquer les inoculations parallèlement à l'axe du corps et horizontales, au lieu do les faire perpendiculairement ; outre que cette disposition facilite la récolte du vaccin, elle rend le développement de la pustule plus uniforme dans tous les points de la scarification.

Au bout de dix minutes, quand les surfaces inoculées sont complètement sèches, on fait recouvrir l'animal d'une toile très propre, qu'on lave après chaque opération. Cette toile, qui fait plusieurs fois le tour du corps de la génisse, est assujettie fortement au moyen d'une bande.

On peut se servir, pour ces inoculations, de lymphe fraîche, qui est très active pour les génisses. En tube, elle peut se conserver très longtemps, sans subir d'altération.

On peut employer également, à défaut de lymphe, la pvdpe, qui offre une virulence toujours très grande, quand elle est fraîche , car elle facilite et hâte la suppuration des pustules.

On a noté, en 1890, au centre vaccinogène de Versailles, qu'on peut facilement hâter l'apparition des vésicules sur la génisse, en lavant le ilanc de l'animal à l'eau tiède deux fois dans le courant du troisième jour. Dans un cas, une génisse inoculée depuis quatre jours et ne présentant encore aucune trace d'éruption, ayant été ainsi lavée à l'eau tiède, offrit une demi-heure après des vésicules qui purent être utilisées au bout de six heures.

6° Récolte du vaccin. — La récolte du vaccin a lieu le cinquième ou le sixième jour après l'inoculation. Il est bon de savonner la région inoculée, puis de la laver avec de l'eau bouillie.

On emploie, pour faire sailli!' les boutons, les pinces de Chambon; il faut rejeter la croûte et l'épiderme qui recouvrent les boutons; on enlève la lyinpbe au moyen d'un tube, puis la pulpe avec une curette. Habituellement, la récolte se fait en deux séances, dont la durée totale est de trois à six heures.

Les tubes de lymphe sont fermés à la lampe ; la pulpe, placée dans une petite capsule en porcelaine stérilisée, est recouverte d'iuie quantité égale de glycérine neutre et aseptique, et le tout est immédiatement exposé dans une glacière, à une température comprise entre 0° et o°.

T Préparation de la pulpe vaccinale. Voici comment on prépare la pulpe vaccinale :

'< Après avoir enlevé la mince croûte qui recouvre l'éruption vaccinale et renferme presque toujours diverses impuretés, on gratte les boutons de la génisse à l'aide d'une curette tranchante, et on dépose la matière obtenue dans un petit mortier rigoui-eusement aseptique. On ajoute au produit du raclage un volume égal de glycérine neutre chimiquement pure , et on mélange par une trituration prolongée, jusqu'à formation d'une substance homogène, melliforme, sans grumeau (l'adjonction d'une petite quantité de sucre en morceaux favorise la trituration). La pulpe est alors introduite dans des tubes de verre préalablement stérilisés par la chaleur; ces tubes sont ensuite hermétiquement obturés.

« L'emploi de cette pulpe ne doit pas dépasser quinze ou vingt jours après sa récolte : il faut, du reste, la maintenir dans un milieu froid, à l'abri de la lumière, dans une cave fraîche, par exemple. »

'^"Préparation de la lymphe. — « Pour recueillir la lymphe vaccinale, on se sert d'un tube cylindrique long de 0"\06 à 0"',08, large de 0"\002 et terminé par des extrémités effilées, mais non capillaires. L'une de ces extrémités est plongée

dans le liquide à recueillir ; il faut comprimer simultanément plusieurs pustules; on met huit à dix minutes pour remplir ce tube. Si des coagulations flbrineuses filiformes viennent obstruer l'extrémité effilée du tube il suffit d"y introduire un crin de tlorence.

« Le tube étant rempli, il s'y forme un coagulum fibrineux; après une heure ou deux, le coagulum est achevé et flotte au milieu du liquide ; au moyen d'un trait de lime, on divise ce tube dans sa partie large, et on verse le contenu dans un verre de montre. On sépare et on réserve la partie coagulée pour être jointe à la pulpe, tandis qu'on recueille la lymphe dans des tubes capillaires ou dans un tube semblable à celui qui a servi pour la récolte, en ayant soia de ne pas y faire pénétrer de bulle d'air. Les deux extrémités de ce tube sont fermées, soit à la lampe, soit en les plongeant dans une bougie formée de trois parties de paraffine et d'une de suif, soit encore à l'aide d'une solution de caoutchouc dans l'éther. »

90 Préparation de la pulpe desséchée et réduite enpoudre. — « On gratte les boutons de vaccin à l'aide d'une curette tranchante et on dépose la matière obtenue en couches très peu épaisses dans un verre de montre rigoureusement propre. La pulpe desséchée est immédiatement soumise à la dessiccation, qui doit être rapide, absolue, et s'opérer autant que possible à l'abri de l'air. On obtient ce résultat en plaçant la pulpe sous une cloche dans des verres de montre, a côté d'un petit baquet rempli d'acide sulfurique ou de chlorure de calcium ; dans ce cas, la dessiccation n'est obtenue qu'après deux ou trois jours.

« Lorsque la dessicca tion est achevée, la pulpe forme un amas cohérent, de consistance pierreuse, que l'on pulvérise dans un mortier rigoureusement propre.

« La poudre est tamisée à travers de la moussehne et introduite dans de petits tubes étranglés en leur milieu, bien secs, préalablement stériUsés et que l'on ferme à la lampe.

« Pour employer la poudre vaccinale, on la délaye dans un verre de montre, avec quantité égale d'eau glycérinée ; la poudre s'imbibe, se gonfle et forme, au bout de quatre ou cinq

iniiuites, an mélange lioniogèae, qu'il est facile d'inocLilei' parla méthode des scariflcations. »

Bertelé (1) a recommandé la pratique suivante pour la conservation de la pulpe vaccinale : La pulpe fraîche, telle quelle provient du grattage des boutons, est tassée dans le tube qui doit la contenir jusqu'à la moitié ou les deux tiers de sa capacité, en évitant les bulles d'air ; le tube est ensuite complètement rempli de glycérine pure et bouché. Le tout doit être mis au frais en été. Au moment de l'usage seulement, cette pulpe est broyée avec de la glycérine qui a servi à la préparer, sur une glace dépolie, à l'aide d'une molette en verre, semblable à celle des peintres. Ces objets doivent être préalablement stérilisés, ainsi, du reste, que les tubes.

Les mêmes observations peuvent s'appliquer au vaccin desséché, qui entre dans les approvisionnements de campagne et qui doit être renouvelé tons les six ou huit mois (2). La conservation de ce vaccin est plus certaine s'il est mis en tube à l'état amorphe et non en poudre. Au moment de s'en servir, il suffira de remplir le tube qui contient la pulpe avec de l'eau giycérinée, et, après quelques heures, quand la masse se sera ramollie, de la broyer à la molette sur un verre dépoli, de manière à la réduire en une masse de consistance crémeuse.

C. — Influences qui font varier les résultats des vaccinations

ET des REVAOCINATIONS DANS l' ARMÉE.

J'ai relevé dans le tableau suivant le nombre des vaccinations et des revaccinations pratiquées dans notre armée, avec le chiffre des succès, pendant ces neuf dernières années (y compris, pour les dernières années, les réservistes et les territoriaux) :

(1) Bertelé, Quelques Observations sur la vaccination animale et la conservation du vaccin de génisse [Arch. de méd . mil., 1889, t. XIV, p. 42.3y.

(2) La quantité de vaccin qui doit exister eu temps de pais, dans les approvisiounements pour les formations sanitaires, est la suivante :

Ambulance du quartier général .... 4 tubes.

Forts isolés . .

Places fortes. .

Camps retranchés

3 tubes.

3 tubes.

10 tubes.

LES MALADIES Dl) SOLDAT

ANNÉES

VACCINATIONS et

REVACCINATIONS

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