‹ Les maladies du soldatChapitre 110 sur 224 · C. — Étude clinique · texte numérisé non relu

C. — Étude clinique

La stomatite ulcéreuse est caractérisée par les symptômes suivants, indiqués par Bergeron :

Après une période d'incubation mal déterminée, et que Moussu a fixée à deux ou trois Jours, sentiment de chaleur dans la bouche, injection générale ou partielle de la muqueuse buccale, avec ou sans phénomènes généraux ; apparition sur un point de cette muqueuse ou sur les lèvres d'une tuméfaction plus ou moins accusée, surmontée d'une plaque jaunâtre et d'aspect pseudomembraneux ; au-dessous de cette plaque existe une ulcération très superficielle, très circonscrite, mais qui s'étend rapidement, devient douloureuse, puis tantôt se recouvre d'une bouillie grisâtre et comme plâtreuse, tantôt présente entre ses bords tuméfiés une lame plus ou moins épaisse d'un tissu jaune, résistant, adhérent à son centre et baignant dans un liquide sanieux, formé par un mélange de pus et de sang (1) ; salivation abondante, fétidité de l'haleine, engorgement des ganglions sous-maxillaires, difficulté de la mastication et de la déglutition ; troubles généraux plus ou moins marqués, dont l'intensité est en rapport avec la lésion locale, et consistant dans de l'anorexie, un état fébrile, de la céphalagie, des nausées, de la lassitude, de la prostration.

Au bout d'un certain temps, la maladie marche franchement à la guérison, reste stationnaire ou passe à l'état chronique. Dans le premier cas, la plaque d'apparence pseudo-membra-

(1) Les ulcérations siègent, par oi'drc de fréquence, sur les gencives, puis sur la face interne des .joues, sur le repli intermaxillaire, sur les amygdales, la face postérieure des lèvres, les bords de la langue (Bergeron). La gencive inférieure est plus souvent atteinte que la supérieure. Quand les ulcérations apparaissent à la face interne des joues [ulcérations pariétales de Bergeroul, elles sont presque toujours unilatérales et siègent d'ordinaire au point de jonction des deux arcades dentaires, sur le trajet d'une ligue qui, partant de l'espace interinaxIUaire, irail se terminera la commis.sui'e labiale; elles offrent une étendue variable (15 à 20 millim. sur une hauteur de 6 à 8 millim.). Elles restent parfois isolées, ou bien elles se confondent par leurs bords.

lieuse se détache, le fond de l'ulcère se déterge, ses bords saillants s'effacent, la muqueuse environnante reprend son aspect normal; l'engorgement sous-maxillaire seul se dissipe plus lentement; enfin l'ulcération se cicatrise.

Quand la maladie revêt la forme chronique, l'ulcération, tout en étant débarrassée de la lame pseudo-membraneuse, conserve une teinte grisâtre; le tissu sous-jacent s'indure, ses ])ords sont saillants et prennent parfois un aspect nacré. L'ulcération ne se déterge qu'au bout d'un certain temps; la mastication reste douloureuse et difficile; la cicatrisation s'opère, il est vrai, mais il persiste une saillie dure et mamelonnée sur le point occupé par elle.

La forme que j'ai observée le plus communément dans l'armée, et indépendamment de toute manifestation épidémique de la maladie, s'accompagne de tuméfaction douloureuse des gencives, avec ulcération linéaire de la sertissure des dents, fétidité de l'haleine, salivation et engorgement des ganglions sous-maxillaircs.

La durée de la maladie est très variable et dépend du siège des ulcérations et du mode de traitement employé. Elle est généralement longue, et s'étend de quinze jours à un mois et quelquefois à deux mois (Bergeron).

La terminaison constante est la guérison, qui survient plus ou moins tardivement. La seule trace plus ou moins durable, que la stomatite laisse à sa suite, est l'engorgement sous-maxillaire, qui constitue, chez les jeunes soldats d'un tempérament lymphatique ou scrofuleux, une prédisposition aux adéno-phlegmons, si communs dans les garnisons.

D. — Traitement curatif et prophylactique.

Le chlorate de potasse, employé avec tant de succès par Bergeron (1) avant comme pendant l'épidémie de 1859, constitue le traitement spécifique de la stomatite ulcéreuse.

La préparation la plus simple consiste en une solution de 4^ grammes de ce sel dans 12S grammes d'eau édulcorée et

(1) Bergeron, De l'Emploi du chlorate de potasse dans le traitement de la stomatite ulcéreuse^ 1855.

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aromatisée au goût du malade, à prendre en cinq ou six gorgées dans les vingt-quatre heures.

La stomatite ulcéreuse étant spécifique et contagieuse, tous les moyens prophylactiques, indiqués précédemment dans l'étude générale consacrée aux maladies infectieuses, sont applicables à cette affection.

Les médecins des régiments doivent veiller avec le plus grand soin sur l'état de la bouche de leurs hommes, les examiner fréquemment à ce point de vue, et leur recommander de se nettoyer les dents après les repas.

L'allocation, dans les cantines et dans les réfectoires, de verres ou de timbales a pour effet de diminuer cette affection.

Chaque fois qu'un cas de stomatite ulcéreuse sera constaté dans un coips de troupes, il faudra recourir le plus tôt possible à l'isolement du malade à l'infirmerie ou à l'hôpital, ainsi qu'à la désinfection de tous les objets et ustensiles dont il aura pu faire usage; ou emploiera avec succès, comme traitement préventif, le chlorate de potasse en poudre ou en solution.

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