CHAPITRE XI
Cette maladie se manifeste dans rarmée, soit sous forme de cas sporadiques, soit sous forme de petites épidémies. Elle est à peu près exclusive aux soldats, car elle n'apparaît à l'état d'épidémies accidentelles dans la population civile que parmi les enfants, dans les orphelinats, les collèges et les pensionnats.
A. — Historique.
L'apparition de la méningite cérébro-spinale dans l'armée française est assez récente, puisque ce n'est qu'à partir de 1837 que cette affection a été signalée dans quelques garnisons de l'intérieur (Ij.
Sa première manifestation a eulieuàBayonne, où elle a continué à régner pendant les hivers des années suivantes (1838-39- 40). De Bayonne, la maladie se propagea rapidement aux garnisons du midi (Auch, Foix, Narbonne, Perpignan) et du sud-esl de la France (Montpellier, Toulon, Marseille), et fut importée peu de temps après en Algérie, dans la province de Constantine, par des troupes provenant de Perpignan et de Montpellier. En 1840, elle sévit dans le IT léger, campé à Douéra, et y détermina 16 décès (Guyon) (2).
La méningite cérébro-spinale envahit les garnisons de Nîmes,
(1) Cepeudaut des épidémies de cette affectiou avaient été signalées à Geuève, eu 1803, par Vieusseux; à Grenoble, en 1814, par Combes; à Metz, en 1816, par Rampent; au Havre, en 1823, par Pingrenon ; à Dousten (Westphalie), eu 1823, par Sibergundt. La maladie avait été observée également en Amérique de 1806 à 1829, sous forme épidémique. (Léoa Colin, Traité des maladies épide'miqiies, p. 685.)
(2) Guyon, Note sur la méningite cérétrro-spinale qui s'est manifestée ù Doué ni ' ■ à Batna {Rec.de mém. de méd. miUL, 1840, 1" série, t. LIX, p. 177).
d'Avignon, de Grenoble (1840), de Marseille (1841), puis gagna Aigues-Mortes (1841) (1).
En môme temps, l'épidémie de Bayonne s'étendit au Nord, atteignit Bordeaux, la Roclielle, Rochefort (1837), Chartres, Versailles (1839) (2), puis Saint-Cload, Rambouillet, Le Mans, Caen (1840), Cherbourg, Tours, Blois, Périgueux, Tulle, Ancenis (1841); enfin, la plupart des garnisons de la Lorraine et de l'Alsace, Metz (1839-40), Strasbourg (3) et Nancy (1840 et 1845) (4).
La méningite cérébro-spinale cessa presque complètement en 1843 et 1844 ; mais, à partir de 1845, elle fit une nouvelle apparition en Algérie (dans les provinces de Constantine et d'Alger) (S), ainsi que dans quelques garnisons de l'intérieur. On l'observa à Avignon (1845), à Lyon (1843), à Orléans et à Metz (1847), àParis(6) ' cà Saint-Etienne et à Nîmes (1848), à Bourges (1849), àToulon (1851).
De 1851 à 1854, la maladie disparut en France, mais elle se manifesta bientôt subitement dans les provinces méridionales de la Suède, en poursuivant sa marche ascendante vers le Nord; en 1834-66, elle sévit dans diverses localités de l'Allemagne (Berlin, Stettin, Bastadt, Stromberg, etc.), puis gagna (1867) la Russie par Saint-Pétersbourg et l'Autriche par Pola, enfin la Grèce (1868-69) et l'Angleterre (1869).
B. — Fréquence et gravité parmi les soldats.
Depuis 1870 jusqu'à nos jours, la méningite cérébro-spinale a présenté chaque année dans quelques-unes de nos garnisons un
(1) Fûra:et, Relation d'une épidémie de méningite cérébro-spinale qui a régné à Aigues-Mortes MonfpelliiT, 1842).
(2i Faure-Villars, Méningite cérébro-spinale observée à l'hôpital milit. de Versailles iRec. demém. deméd. milit., 1840, 1" série, t. XLVIII, p. l).
(3i lourdes, Histoire de l'épidémie de méningite cérébro-spinale qui a régné à Strasbourg en 1840-41, Paris, 1842.
(4! Broussais (C. , Histoire des épidémies de méningite cérébro-spinale qui ont régné dans les différentes garnisons de France depuis 18'il Jusqu'en 1842 {Rec. de mém. deméd. mil., lr« série, t. LIV, pp. 1 à 208). — Broussais et Boudin, Résumé des documents de la méningite cérébro-spinale épidémique, envoyés au Conseil de Santé des armées (même recueil, 2' série, t. IX, pp. 1 à 126). — Boudin, Du typhus cérébro spinal, ou étude sur la maladie décrite sous le nom de méningite cérébro-spinale épidémique, Paris, 1849.
(5) Ma^ail, Rapport sur quelques cas de méningite cérébro-spinale à Doiiéra en 184.5 (Rec. de mém. de méd. mil., i'^ série, t LIX, p. 113).
(6) Micliel Lévy, Histoire de la méningite cérébro-spinale observée au Val-de- Grdce en 1848-49, Paris, 1849.
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certain nombre de cas sporadiques ; à différentes époques, elle a môme manifesté sa présence dans divers centres par l'explosion de petites épidémies, dont quelques-unes ont été, de la part de nos confrères de l'armée et de la jiiarine, l'objet de travaux intéressants (1).
Malheureusement, pendant longtemps, la plupart des cas de cette maladie, qui ont eu lieu dans nos garnisons, ont été englobés dans le groupe des méningites aiguës de la statistique médicale. Voilà pourquoi il est impossible de déterminer la fréquence et la gravité de cette affection parmi nos soldats.
Mais les rapports annexés depuis quelques années à ces statistiques signalent la présence de cette maladie dans un certain nombre de villes de garnison de France et d'Algérie, ainsi que la gravité qu'offrent la plupart des cas.
Pendant les trois dernières années 1888-89-90, le n'ombre des cas de méningite cérébro-spinale, observés dans l'armée, a été de 53 pendant la première, de 30 pendant la seconde et de"36 pendant la troisième ; 83 décès ont été occasionnés par cette maladie, 27 en 1888, 10 en 1889 et 27 en 1890.