CHAPITRE XIII
LA DIPHTÉRITE
C'est sous forme d'angine que se manifeste presque toujours la diplitérite dans l'ai-mée. Ce qui s'explique facilement, puisque les soldats sont à l'âge auquel, dans la population civile, cette maladie se localise ordinairement du côté du pharynx.
A. — Fréquence et gravité parmi les soldats.
La diphtérite, loin de diminuer dans l'armée comme la plupart des maladies infectieuses, a semblé, au contraire, y augmenter de fréquence pendant ces dernières années.
Le même fait s'observe, du reste, également dans la population civile.
On sait que, pendant fort longtemps, cette affection est restée confinée dans les départements du centre de la France; elle n'a môme fait son apparition à Paris qu'en 1842-1843 (Boudet et Becquerel). Après avoir cessé pendant une assez longue période, elle a réapparu en 1853 dans la population parisienne, où elle s'est manifestée sous forme de petites épidémies ; actuellement elle y est devenue endémique, comme dans la plupart des grandes villes.
Elle présente des foyers de localisation assez marqués sur le territoire français ; elle est surtout fréquente dans les départements du Midi et du Sud-Est, dans la vallée du Rhône, le long du littoral méditerranéen, puis en Bretagne, sur les côtes de l'Océan, enfin, dans les départements du Nord et du Nord-Ouest, mais principalement en Normandie.
A Paris et dans sa banlieue, la mortalité occasionnée par la diphtérite a varié de 1872 à 1880 entre 0,6 et 0,14 pour 1000 et
s'est élevée pendant la période 1886-90 à 0,7 décès pour 1.000 habitants.
Le nombre des décès diphtéritiques a augmenté considérablement dans l'armée pendant ces dernières années. C'est ce qu'indiquent les chiffres suivants, empruntés à la statistique médicale et correspondant à la période 1862-1890:
. 1 1 décès.
. 17 décès.
. 58 décès
Cette augmentation de la diphtérite depuis 1880 a été également signalée dans la population civile.
La maladie paraît moins commune et moins grave dans l'armée que dans cette population (12 décès sur 1000 décès généraux dans la première ; 26 décès sur 1000 décès généraux dans la seconde). Cette différence de léthalité tient à la fréquence du croup parmi les enfants et les adolescents moins âgés que les soldats.
La diphtérite atteint principalement les troupes des corps d'armée du nord-ouest (IIP et X« corps) et du sud-est (XIV% XV^ etXVP corps) de la France, et surtout le Gouvernement mihtaire de Paris. Sur 503 décès que cette affection a déterminés dans l'armée pendant la période 1880-90, 113 (plus d'un cinquième), ont eu lieu parmi les troupes casernées à Paris ou dans sa banlieue, comme on le voit dans le tableau ci-joint (voy. p. 411).
Les villes de garnison les plus éprouvées par la diphtérite sont précisément celles où cette maladie paraît endémique ; nous citerons, par exemple, après Paris, Rouen, Marseille, Toulon, Grenoble, Tarbes, etc.
En 1889, le corps d'armée de beaucoup le plus atteint a été le XIV% avec le Gouvernement militaire de Lyon, qui a compté à lui seul plus du tiers des cas et près de la moitié des décès (123 cas, 19 décès) ; viennent ensuite le IX" (77 cas, 5 dé-
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cès) ; et le XVIIP (37 cas, 2 décès) ; douze corps d'armée ont présenté moins de 10 cas ; aucun n'a été indemne.
ANNÉES