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CHAPITRE XV

A. — Fréquence dans l'armée.

Quoique le goitre constitue assez souvent dans l'armée une cause d'exemption du service militaire, cependant on en observe encore un certain nombre de cas dans nos garnisons de l'intérieur.

La statistique médicale en a offert en 1889 84 cas, dont 54 ont été traités à l'infirmerie et 30 à l'hôpital, et en 1890 68 cas, dont 46 à l'infirmerie et 22 à l'hôpital, sans compter les cas traités à la chambre.

Les cas isolés de goitre qui s'observent parmi les soldats sont représentés par des thyroïdites, qui sont consécutives à certaines maladies infectieuses (1), et par des formes chroniques^ dont le début remonte généralement avant l'incorporation, et qui, au moment du conseil de révision, n'ont pas semblé suffisantes pour entraîner l'exemption.

Mais, indépendamment de ces goitres chroniques qui se manifestent chez les jeunes gens appelés par la conscription et provenant de diverses régions de la France, et qui, chaque année, nécessitent parmi les soldats un certain nombre de réformes (78 en 1890), il existe une autre forme, le goitre aigu ou épidémique, qui s'observe chez les étrangers nouvellement venus dans les pays goitrigènes, et qui sévit dans les garnisons de ces pays.

Nous nous occuperons plus spécialement de cette iorme de goitre dans ce travail.

(1) Voy. Charvot, Élude clinique sur les t/oilres infectieux sporadiques (Revue de chir., 1890, p. 701) ; — Forgue, Conlvibulion à l'étude de la lliyro'idile typhique [Arch. de méd. mil., 1886. t. VII, p. 113); — Boucher (myme recueil, t. VII, p. 33;i) ; — Romain (luênie recueil, t. YllI, p. 470).

B. — Évolution épidémique.

Malgré es éliminations de goitreux qai sont prononcées chaque année pendant le séjour des soldats sous les drapeaux, il n'est pas rare de voir survenir, à certains momen ts, dans les villes de garnison où le goitre est endémique, un grand nombre de cas de cette affection, qui revêt alors le caractère d'une véritable épidémie. Voilà pourquoi la plupart des médecins considèrent ce goitre comme n'étant qu'une simple manifestation du goitre endémique, dont il ne devrait pas être séparé. Telle est l'opinion formulée par Baillarger (1) et qui a été acceptée par L. Colin (2), Rozan (3), Gérard (4), Halbronn (o).

Quand on parcourt le tableau dans lequel A. Laveran (6) a relevé les épidémies de goitre, au nombre de 33, survenues dans notre armée depuis 1780 jusqu'en 1873, on constate que les noms des mômes localités reviennent sans cesse ; ce sont : Briançon, Clermont-Ferrand, Colmar, Riom, Embrun, Neuf-Brisach, Saint-Etienne, Mont-Daupliin^ Besançon, Annecy.

Parmi ces localités, celles qui ont été le plus souvent visitées par ces épidémies sont : Briançon (12 fois) et Clermont-Ferrand (8 fois).

Sur un effectif de 5635 soldats qui ont résidé à Clermont- Ferrand de 1851 à 1868, Nivet a compté 180 cas de goitre, soit 1 sur 31 soldats. En 1859, le liuitième d'un régiment de cavalerie en garnison à Colmar fut atteint en deux mois (Hansen). A Clermont, en 1860, sur 939 hommes du 8° de ligne, -41 devinrent goitreux en un mois (Halbronn). En 1874, à Saint-Etienne, il y eut 280 cas sur 1400 hommes, soit 1 sur 5 ; à Colmar, en 1861, 107 cas sur 600 hommes (Goujet); à Briançon, en 1863, 30 cas sur 535 hommes (Rozan) ; à Annecy, en 1866, 128 cas sur 682, et à Thonon 23 sur 199 (Worbe) (7).

(1) Bailiarg-er, Recueil des travaux du Comité consultatif [d'hygiène publique de France, 1873, t. II.

(2) L. Colin, Traité des maladies épidéiniques, p. 879.

(3) Rozan, Recueil de 7némoires de méd. mil., 'i'^ série, t. X.

(4) Gérard, Note sur le goitre aigu de Besançon (même l'ecueil, 1834, 2<i série t. XIII, p. 152).

(5) Halljronn, même recueil, 3" série, t. XIII.

(6) A. Laveran, Traité des maladies et épidémies dés armées, 1873, p. 397.

(7) Yoy. L. ColiD, Traité des maladies épidémiques, p. 878.

La môme constatation ressort de l'examen des statistiques médicales correspondant à ces dix dernières années ; ainsi, en 1883, le goitre a été signalé dans les garnisons de Langres, Chaumont, Belfort, Autun, Clermont-Ferrand,Mende, Castelnaudary, Belley ; en 1884, dans celles de Belfort, Clermont, Saint-Étienne, Lyon, Embrun, Albertville, Privas, Lodève ; en 1885, à Belfort, Grenoble, Belley, Clermont, Riom (110 cas) ; en 1886, à Belfort, Belley, Clermont, Saint-Étienne, Montbrison et Mende ; en 1887, à Épinal, Chaumont, Saint-Étienne; en 1888, à Saint-Dié, Belfort, Belley, Riom ; en 1889, à Clermont, Riom, Perpignan, Tarbes, Belfort ; en 1890, à Clermont-Ferrand et Aurillac.

Comme l'a parfaitement montré Baillarger (1), l'endémie goitreuse en France s'étend sur une large surface, offrant la forme d'un fer à cheval, dont une des extrémités aboutit au département de l'Oise et l'autre à celui de la Dordogne, la partie courbe étant formée par le Jura, les Hautes-Alpes et l'Isère, la concavité étant remplie parles départements du Centre et de l'Ouest, où la maladie n'existe presque pas.

C'est parmi les départements, (jui sont placés sur la convexité de ce fer à cheval, qu'on trouve la plus forte proportion de goitreux (Savoie, Hautes-Alpes, Haute-Savoie,' Ariège, Basses- Alpes, Hautes-Pyrénées, Jura, Vosges, Aisne, Alpes-Maritimes), qui varie de 50 à 133 pour 1000 habitants ; dans les départements situés à rOuest de la France et à l'intérieur de cette courbe, la proportion des goitreux est à son minimum (Indre-et-Loire, Vienne, Loire-Inférieure, Charente-Inférieure, Finistère, Deux- Sèvres, Morbihan, Manche, Côtes-du-Nord), où il y a seulement de 0,2 à 1 cas de goitre pour 1000 habitants.

En 1890, le maximum de ces cas a été fourni par le XIIP corps d'armée (Clermont-Ferrand).

Pendant cette année, il y a eu dans l'armée deux épidémies de goitre, toutes les deux survenues en août, l'une dans le 92" de hgne, alors que le régiment manœuvrait dans les régions montagneuses de Clermont-Ferrand, où il consommait des eaux de sources glaciales, Fautre, plus sérieuse, à Aurillac, dans le 139" de

(1) Baillarger, Enquête sur le goitre et le crétinisme {Recueil des travaux du Corn, consul t. d'hygiène publique, 1873, t. II).

ligne, qui présenta 08 cas, principalement parmi les anciens soldats, provenant la plupart de départements à endémie goitreuse (Puy-de-Dôme, Allier, Haute-Loire).

L'Algérie et la Tunisie sont indemnes.

Le goitre constitue une des principales causes d'exemption du service militaire, dans les départements où il est endémique.

Il semble avoir augmenté de nos jours dans la Haute-Savoie, comme le prouvent les exemptions prononcées pour cette infirmité pendant les deux périodes suivantes :

1873-1878, 57 pour 1000 jeunes gens examinés. 1879-1885, 74,2 pour 1000 (1) jeunes gens examinés.

Les soldats sur lesquels la maladie paraît avoir le plus de prise sont généralement les plus jeunes (ceux de vingt à vingtdeux ans), les plus robustes et les mieux constitués (Nivet [2], A. Laveran [3]).

Le plus souvent, les hommes atteints n'habitent la localité goitrigène que depuis quelques mois; les nouveaux venus offrent vis-àvis delà maladie une susceptibilité plus grande que les habitants.

La plupart des épidémies ont lieu en été ou en automne ; quelques-unes sont survenues en hiver ; ainsi, les épidémies observées à Briançon en 1850 et 1863, à Colmar et à Embrun en 1863, débutèrent au milieu d'un froid très rigoureux (L. Colin ([4]). Habituellement, celles qui naissent en été se poursuivent en hiver par une série de poussées successives.

Dans certains cas, ces épidémies offrent une localisation remarquable; ainsi Augiéras, a vu en 1889, à Clermont-Ferrand, ^ 18 cas de goitre apparaître dans l'aile d'un pavillon et princi- 1 paiement au troisième étage d'une caserne occupée en totalité \ par un bataillon du 38^ de ligne.

La proportion des atteintes est souvent très élevée. Ainsi, sur 600 hommes, Goujel (5) a constaté "107 cas de goitre à Colmar, en 1862. '

(1) Voy. Longuet, Elude sur le recrulemenl dans la Haule-Savok, 1873-."* ' {Arch. de méd. milit., 1885, t. VI, p. 417).

(2) Nivet, Etude sur le goitre épidémique, 1873, p. 128.

(3) A. Laveran, loc. cit., p. 599. !

(4) L. Colin, Traité des maladies épidémiques, p. 878.

(5) Goujet, Rapport sur une épidémie de goitre à Colmar (Recueil de méd.\ mil., m'i).

Dans l'épidémie de la garnison d'Annecy, observée par Worbe (1), en 186G, il y eut 18 atteintes pour 100 hommes présents.

A Belfort, en 1877, Viry et Richard (2) traitèrent 900 cas de goitre aigu dans la garnison, dont l'effectif s'élevait à 5300 hommes.

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