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C. — Étude clinique

La morve et le farcin étant deux expressions de la même maladie, nous étudierons ensemble ces deux formes morbides, qui peuvent chacune se manifester à l'état aigu et à l'état chronique.

Vincubation des afTeetions morvo-farcineuses paraît beaucoup moins longue quand la contagion a lieu par inoculation ; dans ce cas, elle varie de trois à quatre jours et ne dépasse jamais une semaine. Mais, quand la contagion est médiate, les symptômes morbides apparaissent beaucoup plus tardivement (quinze jours à un, deux et môme trois mois pour le farcin; plusieurs années pour la morve).

Plus la contagion a lieu facilement, moins ses effets sont graves ; à la suite de l'inoculation, on ne voit guère se produire qu'une angioleucite farcineuse ; la morve, au contraire, survient presque toujours à la suite de contagion médiate.

Les affections morvo-farcineuses sont représentées dans l'armée par le farcin chromque^ la morve chronique^ le farcin aigu et la morve aiguë.

1° Farcin chronique. — Les caractères du farcin chronique sont les suivants : Le malade présente de la lassitude, de l'abattement, avec inappétence, accès fébriles, parfois céphalalgie, nausées, délire, douleurs vagues, siégeant principalement dans les membres inférieurs et simulant un rhumatisme chronique, symptômes qui durent un mois ou six semaines. Ensuite apparaissent des tumeurs indolentes, suppurantes, survenant successivement ou en môme temps sur les points les plus éloignés ; elles se résorbent parfois, ou bien elles s'ouvrent et fournissent du sang pur, une sanie purulente ou un pus visqueux et de mauvaise nature, en formant de véritables ulcères sanieux; le malade tombe dans le marasme, avec teint jaune

livide, pouls misérable, frissons, sueurs profuses, insomnie, rêvasseries, diarrhée, fièvre hectique ; alors il succombe, ou bien on voit chez lui éclater la morve aiguë; d'autres fois s'ajoutent des symptômes nouveaux, qui caractérisent la mone chronique.

2° Morve chronique. — La morve chronique est caractérisée par des ulcérations particulières des fosses nasales et des voies aériennes, accompagnées de douleurs articulaires et musculaires, de symptômes généraux et de .cachexie; elle se termine par la morve aiguë ou par la mort.

Cette forme morbide succède presque toujours au farcin chronique {morve chronique farcineuse)^ beaucoup plus rarement à la morve aiguë [morve chronique non farcineuse) ; elle ne s'observe presque jamais d'emblée.

Quand la morve chronique est primitive, elle s'accuse chez les malades, exposés depuis longtemps à la contagion médiate, par du malaise, delà fatigue, de l'affaibUssement, des douleurs vives dans les membres, de la toux, de l'angine^ un enchifrènement très pénible.

Si cette maladie succède au farcin (après deux, quatre, six ou même dix mois), elle se manifeste par du mal de gorge, de la toux, de la géne dans les fosses nasales, de la dyspnée, de l'enchifrènement, et s'accompagne d'expulsion par les narines de caillots de sang, de croûtes, de mucus puriforme, grisâtre, quelquefois d'un véiitable jetage.

On constate des ulcérations dans les fosses nasales, à la voûte palatine, au fond du pharynx, dans le larynx, la trachée. En môme temps apparaît un ensemble de phénomènes généraux, comme dans le farcin (douleurs articulaires et musculaires, nausées, fièvre).

Cette maladie est excessivement longue; sa marche est très lente et est souvent interrompue par des intervalles de repos.

3» Farcin aigu. — Les cas de farcin aigu sont assez rares. Le début de la maladie diffère, suivant que la contagion est immédiate (par inoculation) ou médiate (par infection générale).

Dans le premier cas, la plaie par laquelle a eu lieu l'inoculation ne se cicatrise pas et fournit un pus de mauvaise nature;

autour d'elle se développent des pustules ; ensuite, au niveau de la plaie, apparaît un ulcère blafard, avec induration des vaisseaux lymphatiques qui naissent de la partie lésée, et engorgement des ganglions. Trois ou quatre jours après surviennent des phénomènes généraux.

Quand le farcin résulte d'une infection générale, on voit apparaître d'emblée un ensemble de symptômes (nausées, vomissements, céphalalgie, douleurs articulaires). Au bout de trois à sept jours, on constate la formation de nombreux abcès, qui se transforment en ulcères de mauvais caractère. Au bout de la deuxième semaine ou dans le courant de la troisième, survient une éruption analogue à celle de la morve aiguë.

La mort a lieu vers la fm de la troisième ou de la quatrième semaine. La durée de la maladie est toujours plus longue que celle de la morve aiguë.

A° Morve aiguë. — Cette forme morbide succède au farcin chronique ou au farcin aigu. Cependant elle peut également être primitive et résulter d'une inoculation ou d'une infection.

Dans le premier cas, on voit le point inoculé présenter de la douleur, avec chaleur et tuméfaction, et des symptômes d'angioleucite aiguë ; les symptômes généraux n'apparaissent que secondairement. Dans les cas d'infection, ces symptômes surviennent les premiers.

La morve aiguë est caractérisée par un érysipèle de la face, siégeant principalement sur le nez, les paupières, et s'étendant aux muqueuses nasale, palpébrale et oculaire, quelquefois au cuir chevelu ; la peau est rouge, livide, jaunâtre, violacée. En môme temps surviennent des abcès musculaires; puis, vers le sixième jour, une éruption caractéristique de pustules, plus rarement de bulles, sur la face, les membres et toutes les parties du corps. Ensuite apparaissent des escharres gangréneuses à la face, au niveau des grandes articulations et sur la verge; des ulcérations dans les fosses nasales, sur le voile du palais et sur les amygdales ; ces dernières mettent parfois les os à nu et laissent écouler une sanie grisâtre et fétide. Il y a de l'enchifrènement, la voix est enrouée, la respiration difficile ; par l'une ou par les deux narines a lieu un véritable jetage de matière muco-puru-

lente, tachée de stries sanguinolentes, quelquefois brunâtre, visqueuse, gluante.

On constate de la gingivite, des ulcérations dans la bouche, sur les amygdales, dans le pharynx et le larynx; la déglutition est difficile, la voix enrouée; il y a de l'aphonie; survient, en môme temps, un engorgement des ganglions cervicaux, des glandes parotides et sous-maxillaires. Les autres symptômes sont représentés par de la dyspnée, une toux sèche ou provoquant des crachats mousseux, muco-purulents ou même fétides; par des vomissements, de la diarrhée, une fièvre intense, des épistaxis fréquentes, de la céphalalgie, avec insomnie, rêvasseries, affaiblissement intellectuel et corporel; quelquefois délire violent, secousses convulsives, crampes ; puis coma.

L'issue de la maladie est toujours fatale.

D. — Mesures prises dans l'armée pour prévenir et combattre

Un certain nombre de mesures sont prescrites dans notre cavalerie pour prévenir les maladies contagieuses des chevaux, principalement la morve et le farein. Ces mesures sont les suivantes (1) :

« Article 64. Maladies contagieuses. Les vétérinaires doivent porter toute leur attention sur les maladies contagieuses, et prendre toutes les mesures pour en prévenir la propagation. Ils surveillent plus spécialement les chevaux atteints de la morve, du farcin et de la gale.

« Lorsqu'un cheval est reconnu atteint d'une maladie contagieuse, il est immédiatement retiré du rang, isolé dans un local affecté à cet usage, et pansé chaque jour par le môme cavalier, qui laisse dans l'écurie ses effets de pansage. Il n'est pas conduit aux abreuvoirs servant aux chevaux sains, et il n'est promené que dans une cour spéciale ou dans un endroit retiré.

« Le harnachement du cheval atteint de maladie contagieuse et les effets qui ont été employés à le panser sont remis au

(1) Règlement sur le service intérieur des troupes de la cavalerie, du êO octobre 1893,

vétérinaire en premier, qui en délivre reçu au capitaine commandant et les fait déposer dans un local spécial, d'où ils ne sont retirés qu'après désinfection, par les soins du vétérinaire.

« Les deux chevaux voisins du clieval atteint d'une maladie contagieuse sont considérés comme suspects et placés, si le casernement le permet, dans une écurie spéciale; dans le cas où les ressources du casernement ne permettent pas de prendre cette mesure, ils sont placés dans une cour isolée, autant que possible près de l'infirmerie, et attentivement surveillés. Le vétérinaire en premier les visite tous les jours ; les chevaux restent ainsi en observation pendant 15 jours si la suspicion est causée par la morve ou le farcin, et pendant 10 jours si c'est par la gale.

« Les places que ces trois chevaux occupaient dans Fécurie sont aussitôt désinfectées, sous la surveillance et en présence du vétérinaire.

« Article 65. Chevaux morveux et farcineiix. Chevaux douteux. Commission d'abattage. — Aucun cheval affecté de morve ou de farcin ne doit être traité dans les corps de troupe. Aussitôt que les symptômes d'une de ces maladies apparaissent, il en est rendu compte au Colonel ou au chef de détachement, qui convoque immédiatement la Commission d'abattage.

« Si la maladie est évidente, la commission propose l'abattage immédiat; le Colonel ou le chef du détachement prononce.

« Si le cheval est douteux, il est visité de nouveau et à de courts intervalles par la commission, jusqu'à ce que les symptômes aient disparu ou que l'abattage ait été jugé nécessaire. Tout cheval encore suspect de morve après trois mois d'observation doit être abattu.

« Lorsque les symptômes de morve ou de farcin que présentait un cheval ont disparu, cet animal doit subir encore trois semaines d'observation à l'infirmerie et plusieurs épreuves aux allures vives avant d'être remis dans le rang.

« Les gardes d'écurie ne doivent jamais coucher dans les écuries des chevaux atteints de morve ou de farcin, ni môme dans les écuries des chevaux douteux. Le vétérinaire met du savon à la disposition des hommes employés aux écuries de ces chevaux; il exige qu'après chaque pansage ils se lavent les

mains et le visage. Les hommes ayant des plaies aux mains ou au visage ne doivent jamais être désignés pour ce service.

« Article 66. Abattage des chevaux. — Toutes les fois que, pour un motif quelconque, le vétérinaire en premier juge qu'un cheval doit être abattu, il en fait la proposition par la voie du rapport journalier. Le colonel convoque la commission d'abattage.

« Article 68. — L'autopsie des animaux morts de maladies contagieuses doit être faite dans les clos d'équarrissage ou aux lieux désignés par les autorités locales. »

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