‹ Les maladies du soldatChapitre 128 sur 224 · NON TRAITÉS · texte numérisé non relu

NON TRAITÉS

Les heureux effets de ce nouveau mode de traitement de la rage ont engagé le Ministre de la guerre à faire profiter les soldats de la grande découverte de Pasteur. Une circulaire du 4 février 1886 prescrit les mesures qui doivent être prises par les médecins militaires, pour tout cas de morsure par un animal enragé ou suspect signalé dans l'armée.

Aux termes de cette circulaire, les mihtaires mordus doivent être évacués sur l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, où toutes les facilités leur sont données pour suivre le traitement spécial de Pasteur ; en môme temps est adressé sans retard au médecin chef de cet hôpital un certificat émanant d'un médecin ou d'un

(1) Voy. Annales de l'Institut Pasteur, 1892, p. 4S4.

LA RAGE ÂHl

vétérinaire, établissant que l'animal était réellement enragé, et, autant que possible, donnant les résultats de l'autopsie. Dans les cas douteux, si l'animal a été immédiatement abattu et enfoui, il y a lieu de rechercher le corps et d'adresser à l'hôpital du Val-de-Gràce, pom- être remises au laboratoire de Pasteur, la tête et la partie supérieure du cou de l'animal. Cet envoi est destiné à des inoculations de contrôle ; mais il n'a d'utilité qu'autant que l'enfouissement ne remonte pas à plus d'un mois.

Il est presque impossible de reconnaître, du vivant de l'animal, si un chien est atteint de la rage ; on éprouve les mêmes difficultés de diagnostic, quand on a à examiner le cadavre d'un chien errant. S'il est vrai que l'examen de l'estomac et de son contenu peut fournir certains indices qui ne manquent pas de valeur (corps étrangers coïncidant avec l'absence de toute lésion caractérisée), avec l'aide de renseignements précis sur les symptômes (le la maladie, il ne faudrait pas attribuer à ces résultats une signification exagérée. Comme l'ont remarqué Kelsch et Vaillard (1), il n'y a qu'un moyen d'établir l'existence ou la nonexistence de la rage chez un chien suspect. Ce moyen, indiqué par nos savants confrères et basé sur la découverte de Pasteur, est le suivant : On sait que chez un animal atteint de rage, les centres nerveux et particulièrement le bulbe, contiennent toujours le virus rabique à l'état de pureté, qui y persiste jusqu'à ce que ces organes soient envahis parla putréfaction. L'inoculation d'un fragment du bulbe à un animal d'expérience détermine fatalement chez ce dernier, en un temps relativement court, l'apparition de la rage, si l'inoculation est faite dans les centres nerveux eux-mêmes ou dans leur voisinage immédiat. De là, pour établir un diagnostic rigoureux, l indication de recueillir le bulbe du chien soupçonné et d'en inoculer une parcelle à un autre animal, soit dans l'arachnoïde même, après trépanation, soit dans la chambre antérieure de l'œil.

L'animal à inoculer peut être le chien ou le lapin. Des deux procédés d'inoculation, celui qui consiste à faire pénétrer le

(1) Kelsch et Vaillard, Quelques Réflexions sur la proplnjlaxie de la vagi: (Arch. de méd. mil., m2, t. XIX, p. 161).

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virus dans rarachnoïde après trépanation est de beaucoup le plus rigoureux; il détermine SLlrement la rage, après une période d'incubation presque fixe. L'inoculation dans la chambre antérieure de l'œil offre une exécution rapide et n'exige d'autre instrument qu'une seringue de Pravaz, tandis que l'autre procédé nécessite une véritable opération et un outillage instrumental que l'on n'a pas toujours à sa disposition.

Certaines précautions sont de rigueur absolue dans le manuel opératoire, pour que l'inoculation soit faite avec la plus grande pureté. Le bulbe ayant été sectionné et enlevé avec des instruments préalablement flambés, un fragment en sera prélevé et trituré dans une certaine quantité d'eau bouillie ; pour cela, on devra se servir d'un verre et d'une baguette de verre stérilisés, soit par le flambage, soit par, une ébuUition prolongée. L'émulsion obtenue est ensuite filtrée sur un linge fin soumis également à l'ébullition; on en injecte alors quatre ou cinq gouttes dans la chambre an térieure de l'œil, au moyen d'une seringue de Pravaz purifiéepar l'ébullition. L'inoculation estrendue plus facile par l'instillation préalable dans la cornée de quelques gouttes de solution de chlorhydrate de cocaïne au 1/20*. Dans le cas où l'inoculation ne pourrait être pratiquée sur place, le bulbe des animaux suspectés de rage doit être envoyé à l'Institut Pasteur, dans de la glycérine qui n'altère pas sensiblement la virulence de l'organe, du moins pendant un certain temps.

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