‹ Les maladies du soldatChapitre 129 sur 224 · IC · texte numérisé non relu

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Les différentes formes de cette affection sont liahiluellement traitées à l'infirmerie et à l'iiôpital.

La plupart des cas de paludisme observés dans l'armée proviennent de nos troupes d'Afrique, cette maladie élaiU devenue assez rare dans nos garnisons de l'intériour. Ainsi, pendant

Tannée 1890, 1704 cas, fournis par ces dernières garnisons, ont été traités à rinfirmerie et à l'hôpital, ce qui donne une morbidité d'environ 4 pour 1000 hommes d'effectif ; alors que dans le courant de cette même année, le nombre des cas observés dans les infirmeries et dans les hôpitaux de l'Algérie et de la Tunisie a atteint 10000, soit une morbidité de 146 pour 1000 hommes d'efî'ectif, en tenant compte des doubles emplois causés chez le même malade par les récidives.

Alors que 9 décès seulement par paludisme ont été signalés en 1890 parmi les troupes françaises à l'intérieur, il y en a eu 112 causés par cette maladie et pendant la môme année parmi les troupes de l'Algérie et de la Tunisie. La mortalité a donc été de 1,5 pour lOOOhommes dans notre armée d'Afrique, tandis qu'elle a été presque nulle dans notre armée en France.

I. Le paludisme dans l'armée à l'intérieur.— Il n'existe plus actuellement dans les garnisons de l'intérieur que de rares foyers de cette maladie.

Nous signalerons, comme sièges de ces foyers, certaines garnisons du XV corps d'armée, situées sur le littoral et à l'embouchure du Var et plusieurs localités de la Corse ; quelques garnisons du littoral ouest : Dunkerque, Vannes, Nantes, Saintes, Rochefort; enfin, dans l'iutérieur du territoire, certaines localités, dont la plupart sont voisines de grands cours d'eau: Beauvais, Le Mans, Angers, La Flèche, Nogent-le-Rotrou, Auxonne, Perpignan, Péronne, Ghâteauroux, Mâcon, Lunel, Rayonne.

Et, même dans ces localités où les garnisons offrent encore, à certaines époques, des cas de fièvres intermittentes, on n'observe plus ces formes si nombreuses de paludisme qui s'y manifestaient jadis avec les allures de véritables épidémies, dont plusieurs ont été décrites par nos prédécesseurs. Telle est cette épidémie qui sévit en août et septembre 1826 sur un bataillon d'infanterie, en garnison àMontbrison, et qui, sur 300 hommes, en frappa 164 (Royère) (1).

Il y a trente ans, les fièvres intermittentes formaient presque les quatre cinquièmes des maladies traitées à l'hôpital militaire de

(1) Royère, Topographie de la ville de MonLbrison [Recueil de mém. de méd. mil., 1831, t. XXX, p. 3i;.

Strasbourg, et, dans certaines années, le quart ou le cinquième de la garnison entrait dans cet établissement pour ce seul motif (Rennes) (1).

Du mois de juillet 1831 au mois de septembre 1832, la presque totalité du 18° de ligne, désignée pour occuper les marais de la Vendée et l'arrondissement des Sables d'Olonne, fut atteinte de fièvres d'accès. Il y eut 3941 admissions à l'hôpital et 230 décès. (Manceau) (2).

Godélier (3) a noté la proportion considérable de ces fièvres fournies par les garnisons de Rochefort, La Rochelle et Brouage en août et septembre 1838, proportion qui s'élevait seulement pour Rochefort à 71,73 pour 100 hommes d'effectif.

Enfin, en 1863, (h'ouigneau (4) a relevé, du 1" juillet au 8 septembre, à La Rochelle, 212 cas de fièvres d'accès sur une garnison de 603 hommes.

Comme le remarquent avec raison Kelsch et Kiener, auxquels nous empruntons ces citations, de pareils faits, qui rappellent les périodes les plus néfastes de l'endémie algérienne, ne s'observent plus guère aujourd'hui.

Dans les localités exposées à la malaria, la morbidité occasionnée par le paludisme parmiles soldats est toujours assez forte et dépasse celle de la population civile. Cela tient à ce que les militaires nouveaux venus dans ces localités sont plus impressionnables que les résidents à la malaria ; il faut tenir compte également de la fréquentation par les soldats des champs de manœuvre, situés habituellement en dehors des villes et à proximité de foyers fébrigènes, et de la situation de certaines casernes construites dans les quartiers excentriques des villes.

La mortalité causée par le paludisme dans les garnisons a toujours été très faible, même quand le nombre des at- I teintes v était considérable. Ainsi, sur 825 cas de fièvre

I (1) Rennes, Topographie médicale de i^trasboiirr/ (même recueil, 1828 t. XXXIV p. 173).

(2) Jlanceau, Considérations sur les fièvres inlermiltentes qui ont régné dans la Vendée en 1831 [Recueil de mém. de méd. mil., 1835, t. XXXVIU, p. 86).

(3) Godélier, Mémoiresur la salubrité des garnisons de la Charente-Inférieure [Recueil de mém. de méd. mit., t. I, p. 23).

(4) Crouigneau, Recherches sur les épidémies de La Rochelle (même recueil, 1846, 2e série, t. I).

intermittente, ti'aités à Fliôpital militaire de Strasbom'g en 1839, Pascal n'a constaté que 2 décès ; dans l'épidémie de fièvres palustres, qui frappa la garnison de Dunkerque en 1858, on n'observa aucun cas mortel (Kelscli et Kiener) (1).

Cependant on a vu exceptionnellement quelques épidémies de fièvres intermittentes dans lesquelles la mortalité a été assez élevée ; Kelsch et Kiener en citent des exemples: la garnison de Rocbefort présenta en une seule année (l"' mai 1833 au l®' mai 1834) 109 décès par fièvres palustres sur un effectif de 900 hommes, sans compter qu'en octobre 1834, 138 militaires des deux corps qui composaient cette garnison durent être réformés pour engorgement des viscères abdominaux (Godélier).

Dans l'épidémie qui sévit sur les troupes qui occupaient les marais de la Vendée, il y eut 3941 entrées à l'hôpital, 233 décès, S 4 congés de réforme, 130 congés d'un an et 182 congés de convalescence.

Aujourd'hui, les décès par fièvres palustres sont devenus si rares dans nos garnisons de l'intérieur, qu'il ne figurent plus annuellement sur la statistique médicale que par un chiffre excessivement faible (0,01 décès pour 1000 hommes présents, pendant la période 18S8-89-90) ; et, encore, parmi les quelques cas mortels de paludisme qu'indique cette statistique, la plupart, sinon tous, se rapportent à des militaires qui, après avoir contracté leur maladie en Algérie ou dans l'Extrôme-Orient, oui succombé dans les hôpitaux militaires de la métropole.

Le paludisme offre une évolution saisonnière bien déterminée; il augmente habituellement en juillet, atteint son maximum en août et en septembre et diminue pendant l'hiver (voy. tracé XVIII).

Dans certains cas, on a signalé, indépendamment de cette endémo-épidémie estivo-automnale, l'apparition de formes fébriles au printemps et qui sont provoquées vraisemblablement par les premières chaleurs (Kelsch et Kiener). C'est ce qu'on avait constaté jadis à Strasbourg, et ce qui a été noté encore, il y a quelques années, dans la garnison de Saint-Dié.

Indépendamment de ces recrudescences saisonnières, le palu-

(1) Loc. cit., p. 793.

disme acquiert à certains moments une activité plus puissante» qui se traduit par Tapparition de véritables épidémies. Comme le remarquent Kelsch et Kiener, ces expansions épidémiques à long intervalle trouvent souvent leur raison d'être dans des conditions cosmiques exceptionnelles, telles qu'une sécheresse prolongée, surtout dans certaines circonstances favorables au dégagement des émanations palustres ou telluriques (remuements de terrains, travaux de terrassement) (Masnou) (1).

Ce sont presque toujours des conditions d'insalubrité du sol, dans le voisinage de la localité ou môme de la caserne atteinte par le paludisme, qui sont invoquées par nos confrères de l'armée pour expliquer l'apparition de cette affection dans les garnisons. Ces conditions sont représentées, tantôt par des plaines basses et marécageuses (Dunkerque, Perpignan, Rochefort), tantôt par des rivières dont les bords fangeux se découvrent par les chaleurs prolongées ou par l'influence des marais (Gassaud) (2), tantôt par des fossés d'eaux stagnantes, des cours d'eau vaseux mis à sec ou dragués en temps inopportun, tantôt enfin par le mélange d'eau douce et d'eau de mer dans les fossés ou les ruisseaux qui entourent lès fortifications.

En l'absence de ces conditions, on invoque l'humidité du terrain occupé par les casernes, la nature du sous-sol pénétré d'eaux souterraines (Astié) (3), le mauvais état d'égouts ou de ruisseaux qui coulent à ciel ouvert clans le voisinage, et quelquefois aussi les marais artificiellement créés pour l'édification des chaussées de chemins de fer (Kelsch et Kiener).

II. Le paludisme dans les camps.— Les condi tions favorables aux émanations palustres et telluriques se trouvent réalisées fréquemment dans les camps ; voilà pourquoi le paludisme est, comme nous l'avons vu, une des maladies les plus communes qui régnent parmi les troupes soumises à ce genre d'habitation. Kelsch et Kiener en citent de nombreux exemples :

En août et septembre 1843, sur 10000 hommes réunis dans

(1) Masnou, M éiiK s)iy la conslili/tion médicale de Perpignan {Recueil de mém. deméd. mil., 1826, t. XIX).

(2) Gassaud [Recueil de mém. de méd.mil., 1839, t. XXXIX).

(3) k%\\è. Endémie rémitlenle à Provins (Recueil de mém. de méd. mil.. 186o, 3« série, t. XIII, p. 383).

un camp d'instruction à Décine, dans une plaine du Dauphiné, 860, près du dixième, furent atteints de fièvres palustres (Durand, de Lunel) (1).

Les fièvres intermittentes furent très communes parmi les troupes qui occupèrent les camps créés en 1854-56 dans le voisinage de Boulogne (2).

Il en fut de même au camp de Châlons (Périer et GolTres) en 1861-62-63, au camp de Lannemezan en 1868, enfin dans les différents camps crées en 1871-72 autour de Paris (Marvaud) (3).

Eude a parfaitement fait ressortir l'influence exei^cée par le campement sur le développement des fièvres palustres qui sévirent au 10^ bataillon de chasseurs à pied, dans les environs de Saint-Dié, en 1881-83 ; alors que ces affections étaient très rares dans la vallée de la Meurtlie, elles survinrent sous forme d'épidémies hivernales et automnales dans ce corps de troupes, au point que le nombre des cas atteignit le cinquième de l'effectif. Ces épidémies furent attribuées aux puits perdus qui, en l'absence d'égoût collecteur, laissaient pénétrer dans le sol des eaux chargées de matières organiques, ainsi qu'à l'insuffisance des travaux d'exhaussement du plancher des baraques au-dessus du niveau du terrain.

Souvent, comme l'ont noté Kelsch et Kiener (4), la malaria se montre avec une inégale intensité dans les divers corps de troupes ; ces auteurs rattachent cette répartition irrégulière à l'existence, dans l'enceinte du camp, de flaques d'eau, de surfaces déprimées où s'accumulent les eaux pluviales et les immondices ; ils attribuent également un certain rôle, dans cette répartition de la maladie (camps de Lannemezan et de Satory), à l'aptitude spéciale à subir les atteintes du paludisme, conférée par des atteintes antérieures ; ce sont, en effet, les corps de troupes originaires de garnisons insalubres et antérieurement exposés dans leurs garnisons à l'influence de la malaria, qui payent, une fois qu'ils sont appelés à séjourner dans les camps,

(1) Durand (de Lunel), Traité des fièvres iii/ermi llentes. 1862, p. 240.

(2) Périer, loc. cit.

(3) Marvaud, Etude sur les casernes et les camps permanents [Annales d'hygiène, 2« série, t. XXXVIU, p. 297).

(4) Loc. cit., p. 799.

le plus lourd Lribut à cette influence morbide (camp delà Gironde, camp de Ghâlons).

Quelquefois, les fièvres d'accès ne se manifestent qu'après le retour des troupes dans leurs garnisons ; c'est ce qui a été noté en 1872 pour les régiments d'artillerie de la garnison de Rennes, qui offrirent de nombreux cas de fièvres intermittentes après leur séjour dans un camp situé dans le voisinage d'un étang (Avice).

ni. Le paludisme dans les armées en campagne. —

Le paludisme est, avec la dysenterie et la fièvre typhoïde, le compagnon inséparable des armées en campagne (Kelscliet Kiener.

On sait combien furent fréquentes les fièvres palustres parmi les troupes anglaises pendant les campagnes de 1743-48 dans les Pays-Bas et en 1809 pendant l'expédition de Walclieren. De nos jours, ces affections ont été également observées en grand nombre dans les armées qui prirent part aux guerres de Crimée, d'Italie et de la Sécession américaine.

Bien que, comme dans les foyers endémiques, les fièvres d'accès se manifestent toute l'année dans les armées en campagne, ces maladies y offrent également leur maximum de fréquence pendant la période estivo-automnale.

Leurs relations avec le sol paraissent très intimes ; c'est sur les bords du Pô et du MIncio que l'armée française, pendant la campagne de 18S9, fut atteinte de la fièvre intermittente. En Crimée, tant que les armées alliées restèrent campées sur le plateau sec et sablonneux de la Chersonèse, elles offrirent peu de cas de paludisme. Il en fuit autrement quand une partie des troupes fut appelée à opérer dans la vallée de la Tchernaïa. Dans la guerre d'Amérique, qui a eu pour théâtre de vastes plaines d'alluvion parcourues par de grands cours d'eau, les troupes payèrent un fort tribut aux fièvres d'accès ; celles qui opérèrent dans les vallées fangeuses du Mississipi, de l'Ohio et du Potomac furent surtout éprouvées par ces maladies.

Ces citations, empruntées à l'ouvrage de Kelsch et Kiener (1), prouvent jusqu'à l'évidence l'étroite corrélation qui existe entre

(1) Loc. cit., p. 803.

le développement du paludisme et les condiLions Lelluriques considérées habituellement comme favorables à l'activité de la malaria; môme quand ces conditions ne sont pas réalisées, il y a certaines influences qui se font sentir également dans les camps (installation sous des tentes ou des abris improvisés, exposition à l'humidité et remuements de terrain) et qui peuvent intervenir en môme temps pour déterminer, parmi les armées en campagne, l'apparition de fièvres d'accès.

Le nombre des atteintes de paludisme varie, du reste, suivant les différents corps de troupes; il est plus élevé parmi ceux qui, par suite de leurs fonctions spéciales, sont les plus exposés aux influences telluriques, comme les troupes de siège, par exemple, employées au creusement des tranchées, comme celles qui sont campées au voisinage d'eaux stagnantes.

Dans les armées en campagne, comme parmi les troupes qui séjournent dans les camps, la morbidité malarienne dépend de la provenance des troupes celles qui ont été exposées antérieurement à la malaria fournissant habituellement plus de cas de fièvres palustres que celles qui étaient casernées dans des garnisons salubres ; c'est ce qui a été constaté pendant la gueri'e de 1870-71 dans l'armée allemande, où l'on a vu les corps occupant la frontière orientale (P, IP, V% VP), c'est-à-dire stationnés dans les régions les plus insalubres de l'Allemagne, offrir une proportion de fièvres d'accès beaucoup plus grande que les contingents saxons, wurtembergeois et bavarois, provenant des pays moins exposés que les précédents aux atteintes de la malaria.

Les fatigues et les privations auxquelles sont soumises les armées en campagne paraissent n'avoir qu'une influence secondaire sur l'apparition des fièvres d'accès dans ces armées. « Des trois maladies, si communément réunies dans les guei'res et dont les germes ont pour habitat le sol, la malaria est assurément la plus indépendante vis-à-vis des défectuosités de l'hygiène, créées par la guerre ; elle est bien plus essentiellement tellurique que ses compagnes, la dysenterie et la fièvre typhoïde. » (Kelsch et Kiener.)

IV. Le paludisme en Algérie et en Tunisie. — C'est en Algérie que le médecin militaire a surtout l'occasion d'ob-

server les nombreuses formes morbides sous lesquelles se manifeste la malaria parmi les soldats et dont quelques-unes, spéciales aux pays chauds et prétropicaux [accès pernicieux), m s'obsei'vent guère dans nos garnisons de l'intérieur.

En effet, bien que les atteintes de paludisme soient actuellement, dans notre colonie africaine, beaucoup moins nom])reuses que pendant les années qui suivirent l'occupation française, cette affection constitue encore de nos jours une des principales causes de morbidité et de mortalité dans les garnisons de l'Algérie et de la Tunisie.

C'est ce qu'indiquent les chiffres suivants, représentant la proportion des entrées aux hôpitaux et aux infirmeries, pendant ces dernières années :

MORBIDITÉ pour

MORTALITÉ

pour 1000 HOMMES

ANNÉES

MORBIDITÉ

pour 1000 HOMMES

MORTALITÉ pour

ISSo

La morbidité et la mortalité occasionnées par le paludisme ont offert une différence assez sensible dans les trois divisions de l'Algérie et en Tunisie pendant ces trois dernières années, 1888, 1889 et 1890 :

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