‹ Les maladies du soldatChapitre 130 sur 224 · MORTALITÉ POUR 1000 HOMMES · texte numérisé non relu

MORTALITÉ POUR 1000 HOMMES

MOYENNE

annuelle

MOYENNE annuelle

Division d'Alger . . . .

— de Constantine

loi

C'est la Tunisie qui paraît la moins éprouvée par [la maladie, avec 83 atteintes et 0,7 décès pour 1000 hommes présents. Après

elle viennent la province d'Oran, la province d'Alger et enfin la province de Constantine.

Dans la province d'Alger, les localités ou les postes les plus exposés à la malaria sont: Coléah,Aunîale,Djell'a, Fort-National, Oaargla, Bou-Sâada, Orléansville, Laghouat; dans la province d'Oran : El-Ariclia, Saïda, Marghnia, Sebdou, Bedeau ; dans la province de Constantine : Biskra, Tébessa, Batna, Bône, Souk- Arhas, Philippeville, Négrine, Constantine ; enfin, en Tunisie : Sfax, Zagliouan, Tabarka, Béja, Aïn-Draham, Kairouan, Gabès, Souk-el-Arba, Gafsa, Tunis, La Goulette.

Le paludisme en Algérie et en Tunisie augmente de fréquence à partir de juin, devient plus sensible en juillet, puis atteint son maximum en août, septembre et octobre, pour décroître brusquement en novembre, ensuite graduellement jusqu'en février et mars.

La mortalité subit une évolution parallèle à la précédente; le maximum des décès survient en septembre et en août, le minimum en mai.

Indépendamment de l'endémie palustre, on observe accidentellement dans certains postes ou dans certaines garnisons du Nord de l'Afrique de véritables épidémies, qui ont été jadis très meurtrières.

Gomme l'ont parfaitement établi Kelsch et Kiener, ces épidémies ont été en rapport avec les grands travaux nécessités par foccupation de FAlgérie par les Français (construction de fortifications et de casernes, percement de routes, création de camps fortifiés, défrichement du sol), et ont presque toujours suivi la fondation de divers centres européens (Orléansville, Tiaret, Lalla-Maglirnia, Sebdou).

Finot (1) rapporte que 4000 hommes, qui prirent part successivement aux travaux de la route de la CliitTa, furent tous atteints de fièvre .

Sur 150 hommes des compagnies de discipline, qui, en 1843-44, prirent part à la fondation de Saïda, 36 environ présentèrent des fièvres pernicieuses ; tous furent éprouvés par la malaria.

(1) Fiuot, Comptes vendus du service méd. de l'Iiupilal de Bl'idah {Recueil de mém. de médecine mil., 1884, t. LVl).

Vers la fin de 185:2, de grands travaux de terrassement ayant été entrepris autour de la ville de Bône, les fièvres d'accès prirent une extension considérable et furent très tenaces parmi les hommes employés à ces travaux.

Actuellement encore, la création de villages n'a guère lieu en Algérie sans que les premiers habitants ne payent un lourd tribut à la malaria.

Chaque année, du reste, les rapports de la statistique médicale de l'armée signalent l'apparition d'épidémies de fièvres intermittentes et rémittentes parmi les troupes algériennes. Ainsi, nous citerons : en 1888,les épidémies observées sur les hommes du pénitencier de Bône, campés dans le voisinage des usines du Mokta, sur les hommes des ateliers de travaux publics employés à des terrassements, sur le bataillon d'Afrique et la compagnie de discipline employés à des travaux de sondage dans l'Oued-Rliir; celle qui sévit en 1889 dans la garnison de Bedeau (province d'Oran), et qui, sur un effectif de 560 hommes, en frappa 397, dont 171 furent hospitalisés et 6 succombèrent; enfin, en 1890, l'épidémie qui atteignit tous les hommes d'un détachement du 1" régiment étranger à Lamtar, dans la province d'Oran.

Quelques villes, qui jouissaient jadis d'une certaine réputation de salubrité, ont présenté, dans ces dernières années, un grand nombre d'atteintes de paludisme, tant parmi les troupes que parmi les habitants ; nous citerons, par exemple, Mostaganem, où la malaria a causé dans la garnison, en 1889, le sixième des entrées et le septième des journées de traitement) et, en 1890, le tiers des entrées et le tiers des journées de traitement à l'hôpital. Les causes de cette marche ascendante du paludisme dans cette localité seraient les suivantes : terrassements nécessités par l'ouverture du chemin de fer de Tiaret, création du port, défoncement profond du sol nécessité par des plantations de vignes (1).

Bien que la Tunisie paraisse, comme nous l'avons vu, beaucoup moins exposée que l'Algérie aux fièvres palustres, cependant quelques épidémies se sont manifestées également dans

(1) Voy. Stalisliqtie médicale de l'armée en 1890, p, 110.

quelques garnisons de ce pays ; il n'a pas été difficile de les rattacber à des causes d'infection locale. Nous citerons, par exemple, l'épidémie qui eut lieu en 1888 dans le poste de Tabarka et qui fut attribuée à l'accumulation de varechs et d'algues, empêchant l'écoulement des petits cours d'eau dans la mer et produisant un véritable marais; celle qui sévit en 1889 sur la garnison de Zaghouan ; enfin celle qui éclata en 1890 à Ras-el- Oued sur le 4" bataillon d'Afrique, dont 210 hommes en deux mois (septembre et octobre) entrèrent à l'hôpital ou à l'infirmerie, et qui donna lieu à 18 cas d'accès pernicieux, dont 9 furent mortels.

B. — Étiologie.

De toutes les maladies infectieuses, il n'en est pas une qui ait des relations pathogéniques aussi étroites avec le sol que la malaria (Kelsch et Kiener) (1).

Pendant longtemps, les fièvres d'accès furent rapportées presque exclusivement aux émanations marécageuses. En effet, il n'y avait guère de point de notre territoire, où régnaient ces maladies endémiques, qui ne fût signalé comme présentant quelque marécage, quelque plaine fréquemment inondée, quelque étang peu profond et à fond vaseux, ou bien quelque marais salant, d'où se répandaient dans l'air ambiant des émanations miasmatiques, que l'on considérait comme les agents producteurs de ces maladies. Ainsi s'explique la dénomination

fièvres palustres ovi paludéennes, appliquée généralement à ces états fébriles.

Au début de l'occupation de l'Algérie par les Français, quelques médecins, comme Raymond Faure (2), frappés de la coïncidence des fièvres d'accès avec la saison estivo-automnale, attribuèrent une influence presque exclusive à la chaleur dans la genèse de ces fièvres.

Plus tard, nos prédécesseurs furent frappés de l'inégale réparlition qu'offraient ces affections, suivant la nature du sol et

(1) Loc. cit., p. ll't.

(2) Raymond Faure, Des Fièvres internutlenfes el continues, Paris, 1833.

l'existence ou l'absence de marais ; ainsi, Lacauchie (1) remarqua, pour la garnison d'Alger, que les troupes campées dans la plaine marécageuse de la Mitidja présentaient beaucoup de ces lièvres, alors que celles qui étaient casernées dans l'intérieur de la ville n'en offraient presque pas.

La môme observation fut faite, à la môme époque, pour les troupes qui occupaient Bône et qui furent en proie à des épidémies meurtrières, que les médecins [(Maillot (2), Hutin (3) et Huet) (4)] n'hésitèrent pas à rattacher aux marais du voisinage et principalement aux émanations du lac Fezzara.

En môme temps, on signalait la salubrité relative des troupes de la garnison d'Oran, protégées par des montagnes contre les émanations palustres des deux lacs salés du voisinage (Guerre) (5).

Mais, quand l'armée d'occupation s'avança vers l'intérieur de l'Algérie, on fut très étonné de voir l'épidémie annuelle, que l'on croyait liée à l'existence des marais, apparaître dans les localités les plus salubres, situées sur les hauteurs, comme Médéah (6), Milianah (7), ou bien autour desquelles il n'existait aucun marais, comme Blidah (8), Teniet-el-haad , Hammam- Meskhoutin, Batna, Lambèze, etc. On fut obligé de reconnaître que les fièvres étaient endémiques partout, même dans les endroits les plus secs et les plus élevés, tout en paraissant cependant plus fréquentes et plus graves dans les pays marécageux (9).

C'est ainsi que la plupart des médecins militaires furent con-

(1) Lacauchie, Réflexions sur les maladies d'Alger (Recueil de mém. de me'd. milit., 1833, t. XXXV).

(2) Maillot, Traité des fièvres in lermiltenies, i'iiè.

(3J Hutin, l'Épidémie de Bâtie en J833 ^Gazette médicale de l'Algérie, 1833).

(4) Huet, Histoire médicale du 55« de ligne [Recueil de mém. de méd. mil., 1833, t. XXXV).

(5) Guerre, Rapport sur l'étal sanitaire, etc. {Recueil demém. de méd. mil, 1833, t. XXXV).

(6) Rietscliel, Note sur la topogiriphie méd. de Médéah (même recueil, 1843, t. LV, p. 180).

0) Bruguière, Note sur la lopogr. de Milianah (même recueil, 1844, t. LVl, p. 143).

(8) Finot, Comptes rendus du service médical de l'hôp. de Blidah (Recueil de mém. de médecine imZ., 1844, t. LVI).

(9) Guyon, Obs. méd. faites à la suite de l'armée (Recueil de mém. de méd. milit., 1844, t. LVI, p. 143).

duits à attribuer deux causes aux fièvres d'Algérie, l'une générale, représentée par le climat, et l'autre locale, représentée par les miasmes marécageux (1).

F. Jacquot (2), pour expliquer le développement de la malaria en dehors des marais, admit l'existence de marais souterrains, qui dégageraient leurs émanations à la faveur du remuement du sol ou des crevasses déterminées par la chaleur.

L. Colin (3), à la suite de nombreuses observations faites en Algérie et en Italie, a démontré avec talent que tout sol, alors même qu'il est exempt de marais superficiels ou souterrains, peut élaborer la malaria, pourvu qu'il ne soit pas suffisamment cultivé et qu'il soit échauffé parla température extérieure, double condition qui s'observe invariablement dans toutes les contrées où régnent les fièvres d'accès.

Enfin, par la découverte du microbe de la malaria, A. Laveran (4) a démontré la nature parasitaire des nombreuses manifestations morbides rapportées jadis aux émanations palustres et telluriques.

Actuellement, on considère le paludisme comme ayant pour cause déterminante l'introduction dans l'économie d'un agent morbide spécifique, dont l'activité pathogène est subordonnée k certaines conditions adjuvantes générales (saisonnières, météoriques) et individuelles et que nous examinerons plus loin.

Le poison malarien peut être transporté à une certaine distance de son foyer générateur par les courants atmosphériques ; comme le démontrent les apparitions accidentelles de fièvres intermittentes dans certaines localitées, au moment où celles-ci subissent l'influence des vents qui soufflent de la direction de certains foyers situés dans le voisinage. Il n"a pas été possible jusqu'à ce jour de déterminer les limites dans lesquelles peut se faire la transmission à distance de la malaria ; mais il est pro-

(1) Broussais, Note sur le climat et les tiialadies de l'Ali/éric ild., 184G, t. LX, p. 119). — ArmaDcl, Climat, et const.. méd. (Rec. demé)ii. de méd. mil., 1851, t. Vit).

(2) F. Jacquot, De l'Origine miasmatique des fièvres endémo-épidémicjues (Annales d'hyg. et de méd. lég., 1887 et 1858).

(3) L. Colin, Traite' des fièvres inteinnit tentes, 1870.

(4) A. Laveran, Traité des fièvres palustres avec la description du microbe du paludisme, Paris, 1884. — Du même, Du Valudisme et de son hématozoaire, Paris, 1891.

.Marvaud. 3â

bable que cette transmission est assez limitée (F. Jacquot, L. Colin).

Le pénétration du germe paludique dans l'organisme a lieu par la voie pulmonaire ; il est fort douteux que l'absorption de ce germe puisse s'efifectuer par la voie digestive et par l'intermédiaire de l'eau de boisson provenant d'un foyer palustre (L. Colin) (1).

I. Influences générales. — Elles sont représentées par les saisons, la chaleur, \ humidité , les vents, les refroidissements.

Saisons. — On sait qu'il n'y a pas de maladie dont l'évolution soit aussi intimement liée à la succession des saisons que le paludisme ; ce fait ressort nettement de l'examen de la répartition saisonnière des lièvres d'accès parmi nos troupes de l'Algérie; comme nous l'avons vu, ces fièvres offrent leur minimum de fréquence pendant le printemps (février, mars et avril), période pendant laquelle il n'y a guère que trois à sept entrées aux hôpitaux sur 1000 hommes d'effectif, et leur maximum dans la saison estivo-automnale, pendant laquelle cette proportion est cinq fois plus élevée (vingt-six entrées pour 1000 hommes d'effectif).

Chaleur. — La chaleur augmente l'activité des microbes malariens, en mettant à nu le fond des marais, les bords des rivières, en favorisant les fermentations, en déterminant dans les régions non marécageuses de nombreuses crevasses qui facilitent le dégagement des miasmes, enfin en débilitant l'organisme et en le rendant plus impressionnable aux agents morbides et en produisant ainsi l'apparition des accès pernicieux.

Humidité. — L'humidité joue également un certain rôle dans l'étiologie des fièvres d'accès, en activant le pouvoir pathogène des microbes malariens ; on peut s'expliquer ainsi l'apparition assez fréquente dans les .pays chauds, particulièrement en Algérie, de nombreux cas de ces fièvres qui surviennent tardivement sous l'influence des pluies succédant à un été sec et chaud ; et ces épidémies hivernales observées à Bone

(1) L. Colin, De l'Ingestion des eaux marécageuses, etc. [Annales d'Iujg. et de méd. lég., 1872, 2" série, t. XXXVm).

en 1832-33 par Huet (1) et à Giielma en 1853 par Cuvellior (2).

Vents. — Les vents ont une action puissante sur l'apparition des fièvres malariennes, en transportant à de longues distances les miasmes telluriques ou marécageux ; le siroco aggrave singulièrement les symptômes morbides chez lesfébricitants et contribue activement à augmenter les rechutes et à faciliter la production d'accès pernicieux.

Refroidissements . — Ils rendent les individus plus impressionnables aux atteintes de la malaria et occasionnent souvent des récidives chez les malades exposés à son action.

II. Influences individuelles. — L'âge des soldats, leur force et leur constitution ne paraissent pas avoir d"influence très appréciable sur la résistance qui peut être opposée aux effets du poison malarien.

L'accoutumance aux foyers palustres est bien douteuse ; plus le séjour est prolongé dans ces foyers, moins les hommes offrent de force de résistance contre leurs atteintes. Cependant, on remarque que les soldats nouvellement arrivés de France en Algérie sont beaucoup plus éprouvés par la malaria que leurs camarades qui ont fait un certain séjour dans la colonie. Ainsi Sorel (3) a noté, au poste de Takitount, que, sur 18 hommes qui venaient d'arriver de France, 16 furent atteints de fièvres d'accès, alors que le détachement qui occupait ce pos te depuis plusieurs mois fut à peine touché. Des exemples analogues avaient été cités par d'autres observateurs.

C'est un fait démontré par la statistique, que les troupes arabes (tirailleurs, spahis) sont moins fréquemment atteintes par la malaria que les contingents français (zouaves, chasseurs d'Afrique). Ainsi, en 1890, la morbidité par paludisme (total des entrées à l'infirmerie et à l'hôpital) a été représentée par les chiffres suivants pour ces différentes armes :

Troupes françaises l Chass. d'Afrique. 113 pour 1000 hommes en Algérie j Zouaves 177 —

(1) Loc. cit., p. 13i.

(2) Cuvellier, Notice top. et méd. sur le cercle de Guelma {Rec. de iném. de méd. mil., L8Sa, 2» série, t. XVI).

(3) Sorel, Action de la malaria sur les troupes non acclimatées [Arch. de méd. mil, 1884, t. III).

soo

Troupes indigènes

l Spaliis. . . .

r Tirailleurs. .

88 pour 1000 hommes

III. Influences hygiéniques. — Ces influences n'ont qu'un rôle secondaii'e ; à ce point de vue, le paludisme diffère considérablement de la dysenterie, comme l'ont remarqué nos confrères de l'armée dès le début de l'occupation française en Algérie ; « alors que la dysenterie s'atténuait promptement au retour d'une expédition ou sous l'influence de sages mesures administratives, l'amélioration dulogement, de la nourriture, l'nsage du vin et du café n'amenaient que peu de changement dans la fréquence du paludisme. Partout, on constatait que les officiers et les colons aisés étaient atteints de fièvres, qui ne le cédaient ni en fréquence ni en gravité à celles du soldat et des pauvres du pays ». (Kelsch et Kiener) (1).

Le paludisme se manifeste sous deux formes qui comprennent :

1° Le paludisme aigu ;

2° Le paludisme chronique.

Au paludisme aigu ou intoxication paludéenne aiguë (Kelscli et Kiener) se rapportent toutes les manifestations fébriles de la malaria [fièvres malariennes^ intermittentes., rémittentes et pernicieuses).

Le paludisme chronicpie ou intoxication paludéenne chronicj[ue (^ahçÀi et Kiener), caractérisé par des hypérémies phlegmasiques (2), aboutit à la cachexie palustre, qui en constitue la phase terminale.

On observe dans l'armée ces différentes formes de paludisme ; seulement les fièvres pernicieuses et la cachexie palustre y sont exceptionnelles dans les garnisons de France et n'y ont guère été signalées que dans les foyers malariens les plus intenses, principalement à Rochefort et dans les marais de la Vendée.

Les fièvres intermittentes, par lesquelles se manifeste le paludisme aigu dans certaines locaUtés de l'intérieur, sont les plus

(1) Kelsch et Kiener, Maladies des pays chauds, p. 826.

(2) Voy. Kelsch et Kiener, Maladies des pays chauds, p. 342. — Catrin, le Paludisme chronique, Paris, 1893.

Page 1