I.E TYPHUS
de Constantine (1), ainsi qu'à Tunis, dont la garnison, qui s'élevait à 3500 hommes, présenta 1200 décès; la mortalité par rapport aux atteintes fut de 12 0/0 (2).
Grâce aux habiles dispositions prises par le commandement et l'administration militaires aux États-Unis pour mettre les troupes américaines le plus possible à l'abri des nombreuses causes de détérioration organique et d'infection qui menacent les armées en campagne, le typhus n'a point été signalé parmi ces troupes pendant la longue durée de la guerre de la Sécession.
Tl en a été à peu près de même pendant la guerre francoallemande de 1870-71. Cependant, si l'on s'en rapporte aux observations faites à Metz par Herpin, Méry et Michaux (3), pendant le blocus de cette localité par les Prussiens, un certain nombre de malades traités dans les hôpitaux et les ambulances et appartenant surtout à la population civile auraient présenté des signes non douteux de typhus pétéchial. Assurément, si le blocus s'était prolongé plus longtemps, si la rigueur de la saison eût obligé à renfermer les malades dans les ambulances et les hôpitaux, on eût vu bientôt éclater une véritable épidémie de cette maladie dans l'armée française (Guillemin) (4).
Dans ces dernières années, quelques épidémies de typhus ont été observées dans la population civile de certaines petites localités delà Bretagne, à Rianiec (Morbihan) par Gillet(1872), etàRouisan, près de Brest, par Gestin (1872-73) (o).
Pendant les hostilités qui eurent lieu en 1877-78 sur les bords du Danube, entre les armées de la Russie et de la Turquie, oOOOO Russes, au moins, sur un effectif de 120000 à 130000 hommes, succombèrent au typhus (6).
Au moment où nous écrivons ces lignes, divers cas de
(1) Vital, h Typhus dans la province de Constantine {Rec. de mém. de méd. mil., 1869).
(2) ûécius, Relation d'une épidémie de typhus qui a régné en 1867-68 en Tunisie {Alger, méd., 1886, t. X, p. 286).
(31 Voy. Gazette hebdomadaire, 1873, n» 2.
(4) Guillemin, les Origines et la propagation du typhus (Rec. de mém. de méd. mil. 1874, 3' série, t. XXX, p. 153).'
(5) Voy. Rochard, Note sur le typhus exanthémafigue en Bretagne {Bulletin de l'Acad. de méd., 1877).
(6) Voy. Recueil de mém. de méd. mil., juin 1881.
o98 LES MALADIES DU SOLDAT
cette maladie sont signalés dons quelques localités en France, principalement à Amiens, à Lille et à Paris.
B. — Évolution épidémique dans les milieux militaires.
Les principales conditions préparatoires à l'apparition des épidémies de typhus dans les armées sont représentées par la détérioration organique, la malpropreté, l'encomlirement auxquels ont été exposées les troupes dans certaines campagnes d'hiver, certains sièges ou bien pendant de longues traversées. Jamais cette maladie n'est survenue parmiles soldats sans l'intervention des calamités publiques (guerres, famine, froids excessifs et prolongés).
Contrairement à l'opinion avancée et soutenue par Chauffard (1) en 1873, les épidémies de typhus n'ont aucun rapport avec les conditions de la race et du sol; elles sont essentiellement et seulement subordonnées aux conditions d'hygiène défectueuses des populations atteintes par la maladie.
Ces épidémies restent habituellement circonscrites au foyer dans lequel elles se sont développées, malgré la persistance et la fréquence des communications entre Iqs personnes qui vivent dans ces foyers et les populations environnantes. Elles n'offrent jamais une marche envahissante etne s'étendentpointdeproche en proche, comme le choléra, les fièvres éruptives, par exemple.
Quand le typhus éclate, sous forme de grande épidémie, sur l'étendue d'un vaste territoire et apparaît en même temps dans des localités éloignées les unes des autres, comme on l'a vu en Irlande et en Algérie, son développement peut s'expliquer par des influences générales (misère, famine, etc.), auxquelles sont exposées les populations.
La maladie se propage difficilement, en dehors des foyers où elle prend naissance, à d'autres localités, par l'arrivée dans ces localités de typhiques isolés. Il faut, pour que l'importation du mal ait lieu dans une autre région, qu'un certain nombre de malades, qu'un groupe assez important de typhiques
(I) Chauffai d, îVfoZof/ /fi du typhu.-i exanlhématiqrie [Bull, de l'Académie de médecine, ISTD).
T,K TYI'HIS o99
y prodiiisoiil, par leur aggloméralion, un véritable loyer secondaire. Et encore les épidémies ainsi importées ne persistentelles généralement point dans les endroits où elles ont ainsi apparu; elles s'y éteignent d'autant plus rapidement que les liabitants de la contrée menacée offrent des conditions hygiéniques satisfaisantes et qu'on a soin de prévenir, par l'application de certaines mesures sanitaires, la formation de foyers secondaires (Guillemin).
C'est pendant l'hivor qu'on voit survenir la plupart des épidémies de typhus ; comme nous le verrons, le froid agit, en effet, sur la maladie d'une façon indirecte, mais certaine, en favorisant la disette, la misère et l'encombrement. Il est rare que le typhus éclate à l'état épidémique sans avoir été précédé d'un certain nombre d'états morbides avant-coureurs et de différents caractères de gravité et de malignité que revêtent la plupart des maladies communes.
Le typhus est une des maladies épidémiques les plus meurtrières. Les conditions dans lesquelles se trouvent placés les malades ont une grande influence sur la mortalité à laquelle il donne lieu.
Pendant l'épidémie qui sévit, en 185.0-18.^6, dans le bagne de Toulon, on n'observa que 698 guérisons sur 1058 malades.
La mortalité moyenne a été de 15 à 20 pour 100 malades dans certaines épidémies. Elle ne fut que de 14 0/0, en 1856, au Valde-Gràce ; mais, dans d'autres hôpitaux, elle atteignit un chiffre beaucoup plus élevé (50 pour 100 malades en Crimée ; 90 0/0 à Londres en 1858).
Comme exemple de mortalité considérable causée par le typhus, L. Colin cite l'ambulance Gout en Crimée, qui fournit 370 décès sur 375 malades.