‹ Les maladies du soldatChapitre 148 sur 224 · CIVILE · texte numérisé non relu

CIVILE

pour 1000 hab.

ARMÉE pour 1000 hom.

Dans l'épidémie de Toulon de 1854, la mortaUté cholérique fut un peu plus élevée dans la population civile (47,0 p. 1000) que dans l'armée (43,3 p. 1000).

Pendant l'épidémie qui eut lieu à Paris en 1884, alors que dans la population civile, sur 10000 célibataires du sexe mascuHn, âgés de vingt à trente-cinq ans, et comme tels plus particulièrement comparables auxsoldats, il en est mort 13, la léthalité dans l'armée de Paris, n'a été que de 10 sur 10000 hommes (L. Colin).

Le choléra a présenté dans certaines épidémies une tendance à sévir particuUèrement parmi les militaires détachés de leurs corps et appelés par leurs fonctions à être en rapport avec la population civile. Ainsi,pendant l'épidémie qui eut lieu à Paris en 1884, le régiment de sapeurs-pompiers, qui desservait de nombreux petits postes disséminés dans la capitale, a fourni, proportion-

nellement à son effectif, un nombre d'atteintes (21 cas de choléra confirmé et 27 cas de diarrhée) beaucoup supérieur à celui qui a été présenté parles autres troupes de la garnison (L. Colin).

Les épidémies de choléra qui ont été signalées en France et en Europe sont loin d'avoir offert la même gravité que celles ciui ont été observées pendant la première moitié du xix'' siècle.

L. Colin a appelé l'attention sur la diminution qu'a présentée le nombre des décès cholériques dans la garnison de Paris, depuis la première épidémie de choléra qui a atteint la France, lait qui ressort des chiffres suivants :

1832 837 décès

il est probable que les mesures actuellement prises pour combattre l'activité des germes cholériques n'ont point été étrangères à cet heureux résultat.

B. — ÉïIOLOGIE.

On sait que le choléra constitue une maladie infectieuse, transmissible, et importable de l'Inde, son foyer originel, et où il règne à l'état endémique, principalement dans les localités humides et marécageuses.

L'importation se fait habituellement par les malades ; les matières fécales paraissent constituer le principal agent de transmission; il en est de môme de l'eau de boisson, qui peut être infectée par les selles et par le linge provenant des malades (Koch, Brouardel). C'est sur les grandes voies de communication que l'on peut suivre la marche progressive du mal ; les villes qui y sont le plus exposées sont précisément celles qui sont situées sur ces voies de communication.

On trouve un grand noml)re d'exemples, dans lesquels l'importation du choléra dans des pays ou dans des localités jusquelà indemnes'a lété faite par des troupes.

« Dès le début de l'épidémie de 1847, Jameron signala l'influence des mouvements militaires sur la propagation du choléra. L'armée du marquis de Hastings, frappée cruellement à Bunderland, répandit la maladie sur sa route.

« En 1853, le choléra sévit avec tant d'intensité en Mésopotamie sur les armées persane et turque, qu'elles furent contraintes de mettre fm aux opérations de la guerre. Pendant que les Persans victorieux introduisaient la maladie en Perse, les Turcs l'importaient dans la Turquie d'Europe. En 1831, ils la transportèrent en Pologne.

« Les recrues de l'armée de don Pedro transmirent le choléra en Portugal, en 1833; en 1849, les troiqjes autrichiennes, venues des régions infectées, importèrent le choléra dans le Tyrol et la haute Italie, tandis que les troupes françaises, qui s'é taient embarquées à Marseille, alors épargnée par l'épidémie, jouirent à Rome d'une imriiunité complète.

« En 1837, le 12" régiment de ligne, parti de France en proie au choléra, répandit la maladie tout le long de sa route, de Bône à Medjez-ximar et à Constantine.

« Enfin, dans la dernière épidémie de choléra en Amérique, c'est par les recrues, parties de New-York, qu'on a pu suivre la propagation successive de l'épidémie, de cette localité jusqu'à douze milles du Pacifique (1). »

Le choléra peut être transporté à de longues distances par les vaisseaux. En 1834, l'arrivée à Toulon de la frégate la Melpomèiie, qui était partie de Lisbonne avec un certain nombre de militaires atteints de cette maladie, fut le point de départ d'une épidémie cholérique. L'équipage fut isolé dans un lazaret, mais cinq personnes, qui furent envoyées dans l'établissement pour soigner les malades, succombèrent, la première au bout de vingt-quatre heures, les autres les jours suivants (Guyon) La môme année, des militaires, arrivés de France et atteints de choléra, furent dirigés sur l'hôpital du Dey, à Alger; ce fut cet établissement qui fut le premier atteint (Vincent et Collardot); il

(1) Voy. L. Laverai!, loc. cit., p. 791.

(2) Guyon, Sur la Transmission du choléra à bord de la frégate « la Melpoméne « et dans le lazaret de Toulon en 1833.

en fut de môme à Oran, parmi les détenus qui furent employés à décharger les navires venus de France.

Le S juillet 18S4, un vapeur venant de Marseille, où régnait le choléra, et qui avait perdu 12 cholériques pendant la traversée, déharqua 40 malades à Gallipoli. Mais, comme Ta démontré Scrive, un premier cas de choléra avait été observé dans cette localité, dès le 3 juillet, sur un homme du 42' d'infanterie, régiment qui avait présenté quelques cas de cholérine avant son départ de France et qui avait été probablement infecté pendant son séjour à Toulon.

L'épidémie cholérique qui sévit parmi les troupes qui prirent part à l'expédition de la Dobrutscha eut certainement l'importation pour origine ; la colonne, partie de Varna le 21 juillet, offrait 5 cas de la maladie dès le lendemain de son départ.

Dans quelques localités, le germe cholérique trouve certaines conditions favorables à son activité; ces localités sont généralement humides et marécageuses, situées au bord des cours d'eau, sur les rivages de la mer et exposées à des conditions hygiéniques défectueuses.

La composition géologique du sol ne paraît pas avoir l'influence qu'on lui a si libéralement accordée. Il faut plutôt tenir compte de l'altitude et de la na ture plus ou moins compacte du terrain.

Le rôle a ttribué par Pettenkofîer à la hauteur de la nappe d'eau souterraine, dont l'abaissement coïnciderait avec une augmentation de la maladie, semble confirmé parles récentes expériences de Hueppe.

L'influence de l'encombrement sur le germe de la maladie paraît certaine, comme tendent à le démontrer les observations de Fodor (1).

Pendant longtemps, le choléra n'a pas été considéré comme une maladie contagieuse. Les auteurs s'appuyaient, pour défendre cette opinion, sur certains faits observés dans quelques épidémies et qui ne paraissaient pas favorables à la transmission de la maladie par contact. On invoquait, par exemple, l'immunité

(1) Fodor, Arch. f. Hyg., t. U, p. 257.

qu'avaient présentée les infirmiers au Caire, à Mansourali et à Damiette en 1831 (Clot-Bey). Mais on laissait de côté d'autres faits contradictoires et qui étaient favorables à la contagiosité de la maladie. Ainsi, beaucoup de médecins avaient été atteints et môme avaient succombé pendant l'épidémie cholérique de Madras en 1818 (Graves); il en avait été de même a Moscou (Janichen) et à Dublin (Graves) en 1830.

A Toulon, en 1832. sur 35 personnes qui donnaient leurs soins aux cholériques, 10 furent frappées et 5 succombèrent. Pendant l'épidémie qui eut lieu en 1829 dans la môme localité, la mortalité des inflrmiers fut représentée par 31 décès sur 179 (près de 1 décès sur 3), alors que la proportion des décès parmi les troupes de la garnison ne fut que de 1 sur lo de l'effectif.

En 1835, 30 médecins et pharmaciens militaires, employés à l'hôpital du Dey, à Alger, furent atteints de choléra et 12 succombèrent. En 1859. à Oran, sur 6000 hommes de la garnison ayant fourni 115 décès cholériques, les inflrmiers militaires comptèrent seuls pour 12 décès.

Parmi les médecins militaires qui ont soutenu jusque dans ces dernières années la non-transmissibilité du choléra, il faut citer Cazalas (1), dont l'opinion a été combattue victorieusement par J. Worms (2).

Les dernières épidémies cholériques ont confirmé, du reste, la justesse des observations accumulées parles auteurs dans les épidémies antérieures, pour démontrer la contagion de la maladie.

Il résulte, en effet, de Texamen de la statistique médicale, qu'en 1865 la mortalité par choléra fut beaucoup plus élevée parmi les infirmiers mihtaires (8 pour 1000 hommes) que parmi les autres corps de troupes (1,66 pour 1000 hommes.)

En 1866, à l'hôpital du Dey, à Alger, sur 63 cas de choléra, 23 furent fournis parle personnel attaché à l'étabhssement, et, parmi ces malades, il y avait 9 sœurs employées dans les salles (3).

Les recherches bactériologiques modernes ont confirmé l'opi-

(11 Cazalas, Examen de la question relative à la contagion et à la non-contagion du choléra {Bulletin de l'Acad. de méd., 1865-66, t. XXXI).

(2) Worms, Contagion et non-contagion du choléra (Gazette des hôpitaux, 6 juin 1867).

(3) Voj. J. Périer, Rapport sur le choléra de 1865, Alger, 1866.

nioli admise parla plupart des médecins de noire époque, relative à la contagion du choléra. Ces recherches, commencées en 1883, ont démontré la présence d'un microbe particulier [bacilc virgule de Koch) dans les selles des malades qui succombent à une attaque de choléra foudroyant (Cornil et Babès, Straus et Roux). Ce bacille vit peu de temps (au maximum A jours), dans les matières fécales (Uffelmann). Il peut persister assez longtemps dans le sol, dansTeaude boisson, surtout dans les eaux stagnantes et chargées de matières organiques (Straus et Diibarry). 11 peut supporter pendant plusieurs jours une température de 40", mais est tué au bout de quelques jours d'exposition à 50°.

Il est probable que certaines substances solubles toxiques sont sécrétées par ce microbe et que ce sont elles qui donnent lieu aux principaux symptômes qui apparaissent dans cette maladie (Gamaléia) ; mais cette question n'est malheureusement pas encore résolue (1).

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