CHAPITRE II
Ces maladies sont assez fréquentes parmi les soldats. Elles déterminent annuellement dans l'armée environ 3000 entrées à l'infirmerie et un nombre presque aussi élevé d'entrées à l'hôpital ; ce qui donne une morbidité générale de 6 pour 1000 hommes présents.
Elles constituent, au moment de l'appel des recrues, une des principales causes d'exemption (3,6 pour 1000 jeunes gens examinés par les conseils de revision) (1).
Les entrées aux hôpitaux occasionnées par ces affections ont offert les variations suivantes, pendant la période 1875-1890 :
Le nombre des décès causés par elles a offert, pendant la môme période, les variations suivantes :
Ce qui donne une mortalité moyenne et annuelle assez faible: 0,1 décès pour 1000 hommes.
Quant aux éliminations occasionnées par ces maladies, elles ont été représentées par les nombres suivants :
(1) Compte rendu du recrutement de l'armée en 1888.
Soit, pour les dernières années, une moyenne annuelle de 3 éliminations sur 1000 hommes présents.
Il faut rapprocher de la diminution de la mortalité causéepar ces maladies pendant les années 1888-90 l'augmentation du nombre des éliminations qu'elles ont nécessitéespendantlamémepériode.
Les pertes totales qu'entraînent ces affections dans l'armée se traduisent annuellement par une proportion de 3,1 pour 1000 hommes présents.
Les maladies des appareils circulatoire et lymphatique sont principalement représentées dans l'armée par les maladies du cœur et par quelques affections des vaisseaux {artérites, anévrysmes, varices {ï), phlébites, lymphangites, etc.). Nous nous occuperons seulement des maladies du caiur, et négligerons l'étude des maladies des artères et des veines, ainsi que du système lymphatique; outre que ces dernières maladies sont rares parmi les soldats, la plupart appartiennent au domaine de la chirurgie.
LES MALADIES DU COEUR A. — Fréquence et gravité dans l'armée
Les maladies du cœur sont représentées, dans l'armée, par des troubles fonctionnels {palpitations) et par des lésions organiques de cet organe {hypertrophies^ endocardites, péricar dites ^ etc.).
En 1889, les entrées à l'hôpital causées par elles se sont réparties en 769 palpitations et hypertrophies et 467 endocardites et péricardites.
On peut se rendre compte de la gravité différente qu'offrent ces affections en jetant un coup d'oeil sur le tableau suivant, où nous avons indiqué, d'après la statistique médicale de 1889,1e nombre des décès et des éliminations attribuables à chacune d'elles :
(1) Les varices constituent une des principales causes d'exemption du service militaire : 13,8 pour 1000 conscrits examinés en 1888 ; après l'incorporation, elles nécessitent annuellement environ 0,6 éliminations pour 1000 hommes présents.
MAT ADTFS
par
RÉFORMES
PERTES
Endocardites et lésions val-
Dilatations et dégénéres-
cences
Péricardites
Hypertrophie
B. — Étiologie.
La fréquence des maladies du cœur dans l'armée peut être attribuée à différentes causes, dont les unes sonl p at ho logiq ne s et les autres hygiéniques Qi professionnelles.
I. Causes pathologiques. — Un certain nombre de maladies exercent sur le cœur une action plus ou moins puissante. Parmi ces maladies, le rhumatisme tient la première place, surtout lorsqu'il est très intense et à l'état aigu, bien qu'il puisse également déterminer des lésions cardiaques dans ses formes les plus légères.
Il est bien difficile de connaître exactement la part qui revient à cette aifection dans la production des maladies cardiaques. Car, tandis que Bouillaud, Fuller, Budd, ainsi que la plupart des médecins anglais et français, admettent la coïncidence du l'iiumatisme dans un tiers, la moitié et môme les deux tiers des cas, en Allemagne, Bamberger, Hamernyck et WunderlicU réduisent cette proportion à un quart.
Les différentes formes de maladies du cœur consécutives au rhumatisme se classent, par ordre de fréquence, de la façon suivante : endocardites., endo péricardites, péricardites.
Dans l'armée, où, comme on sait, le rhumatisme est très fréquent, puisqu'il y détermine une morbidité annuelle de 1-4 pour 1000 hommes présents, il constitue une des principales causes des endocardites et des endo péricardites observées parmi les soldats.
Mais, indépendamment du rhumatisme, il est certains états
morbides qui interviennent presque aussi activement que lui dans la prodiiclion des maladies du cœur et qui sont représentés par les maladies infectieuses, parmi lesquelles nous signalerons la scarlatine, la fièvre typhoïde, Vérysipèle, la diphtérite, les oreillons, la pneumonie. On peut compléter cette énumération par la syphilis et YalcooUsme, quoique leur influence sur les maladies du cœur soit moins commune et ne doive figurer que dans un rang secondaire, relativement aux afl'ections précédentes.
Comme l'a noté notre collègue Blanc (1), un grand nombre de prétendues hypertrophies du cœur, qui ne sont que des scléroses interstitielles du myocarde, surviennent consécutivement aux maladies infectieuses.
II. Causes hygiéniques et professionnelles. — Parmi les influences de cet ordre, qui peuvent déterminer chez les soldats certains troubles fonctionnels du cœur, des palpitations, par exemple, il faut citer l'abus du café, du thé, du tabac (2), les émotions, enfin la fatigue occasionnée par les marches et les exercices militaires, jointe à la gêne de la respiration favorisée par la constriction du thorax par le ceinturon, le baudrier, la charge de l'équipement (Partes).
Quelques auteurs ont môme considéré le surmenage comme pouvant déterminer non seulement certains troubles, mais encore certaines lésions cardiaques, dont l'ensemble constituerait une véritable maladie, décrite sous les noms de cœur surmené, de cœur forcé, et dont nous nous occuperons plus loin.