CHAPITRE III
LES MALADIES DE l'apPARKIL DIGESTIF
Les maladies de l'appareil digestif sont fréquentes dans l'armée, où elles sont traitées, suivant leur gravité, à l'infirmerie ou à l'hôpital.
On distingue habituellement ces maladies en maladies de la bouche, maladies du pharynx et de l'estomac^ maladies de l'intestin, maladies du péritoine, maladies du foie et de la rate.
Elles ont occasionné, en 1890, 46069 entrées à l'infirmerie, représentées par les affections suivantes :
AfTections des dents et complications. 649
Stomatites 390
Âmgydalites, angines 18662
Embarras gastrique sans fièvre .... 13908
Diarrhée 9190
Ictère catarrhal 606
Puis figurent, sous la dénomination vague Vautres maladies de l'appareil digestif, 26oo entrées, ce qui fournit un total de 46069 cas de maladies de l'appareil digestif traités annuellement dans les infirmeries.
Pendant cette même année 1890, ces affections ont occasionné dans l'armée 12829 entrées aux hôpitaux, représentés surtout
par les suivantes :
Diarrhée et dysenterie 3451
Congestion, hypertrophie du foie, hépatite. 168
Ictère catarrhal . ' 542
Comme pour les entrées à l'infirmerie, la statistique médicale de l'armée comprend parmi les entrées aux hôpitaux, sous la rubrique : autres maladies de l'appareil digestif, un grand nombre de ces affections (8668 en 1890), sans en préciser la nature et le siège.
La morbidité générale causée par ces affections a donc été représentée pendant l'année 1890 par 108 malades pour 1000 hommes, dont 86 traités à l'infirmerie et 22 à l'hôpital.
Le tableau qui figure dans la statistique médicale de l'armée, et dans lequel sont indiquées les maladies de l'appareil digestif qui ont été causes de décès pendant l'année, permet de se rendre compte de la nature des principales affections comprises dans ce groupe sous la dénomination ^'autres maladies de rappareil digestif et qui ont été représentées en 1890 par plus de 8000 cas parmi les malades traités dans les hôpitaux.
Les décès que l'on peut rapporter à ce groupe ont été attribuées
aux maladies suivantes :
Angine aiguë 2 décès.
Dyspepsie 1 —
Gastrite 1 —
Ulcère rond de l'estomac 2 —
Hématémèse. . . .■ . . 2 —
Diarrhée aiguë . 3 —
— chronique 5 —
' Dysenterie aiguë , . 44 —
— chronique 27
Étranglement interne, occlusion intestinale 14 —
Hernie étranglée 2 —
Typhlite, pérityphlite 9 —
Péritonite aiguë 36 —
— ~ chronique 1 —
Congestion, hypertrophie du foie. . 1 —
Hépatite aiguë (abcès du foie) ... 16 —
— chronique (cirrhose du foie) S —
Ictère catarrhal 1 —
Ictère grave S —
Total 177 décès.
La mortahté causée par l'ensemble de ces affections a donc été représentée en 1890 par 0,3 pour 1000 hommes présents et
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par 3 pour 1000 malades. En ne comprenant pas dans ce tableau les maladies qui doivent être rattachées au groupe des maladies infectieuses, comme les angines, la diarrhée et la dysenterie, les ictères et certaines lésions hépatiques ; cette mortalité est réduite à 0.1 pour 1000 hommes présents et à moins de 1 pour 1000 malades.
Nous nous sommes occupé, dans la partie de cet ouvrage consacrée aux maladies infectieuses, de la plupart des états morbides qui figurent dans ce groupe de la statistique et qui dépendent certainement d'une influence spécifique. Quant aux autres affections qui trouvent naturellement leur place parmi les maladies localisées à l'appareil digestif, beaucoup n'offrent, au point de vue de leurs caractères étiologiques et symptomatiques, rien de spécial à l'armée ; voilà pourquoi nous en négligerons l'étude. Nous consacrerons seulement c[uelques pages à certaines formes de stomatites et d'angines d'apparence non spécifique, et nous terminerons ce chapitre par quelques considérations sur le t;pnia observé parmi les soldats.
A. — Les stomatites.
Les stomatites ne sont pas rarés dans l'armée ; elles comprennent différentes formes, dont les unes paraissent de nature catarrhale [stomaiites érijthémateuse piiltacée), les autres de nature infectieuse {diphtérite, muguet) ou toxique (stomatite mercurielle).
Les stomatites catarrhales sont celles qui sont observées le plus fréquemment dans les garnisons; chez les soldats, elles sont habituellement occasionnées parle mauvais entretien de la bouche, l'accumulation de tartre dentaire, la présence de dents cariées, l'abus du tabac, conditions qui s'observent chez un grand nombre de militaires.
Il faut joindre à ces causes antihygiéniques l'influence qu'exerce sur le développement de certaines stomatites la dernière étape de l'évolution dentah-e (éruption de la dent de sagesse), qui apparaît habituellement de dix-huit à vingt-deux ans, et à laquelle quelques auteurs ont cru devoir môme faire jouer
un certain rôle, au point de vue de la fréquence de la stomatite ulcéreuse parmi les soldats (1).
Les stomatites catarrhales sont habituellement traitées dans les infirmeries régimentaires, où elles sont représentées dans la statistique médicale de l'armée par une moyenne de 3S0 à •400 cas par an, mais dont plusieurs sont certainement comprises dans les 500 ou 600 cas relevés également dans cette statistique sous la rubrique : Affections des dents et complications.
La statistique ne nous indique malheureusement pas la proportion des nombreuses formes de stomatites traitées dans les hôpitaux; les entrées causées par ces affections étant comprises dans le groupe des maladies du système digestif, dont il est impossible de les isoler.
Les stomatites constituent quelquefois chez les soldats une cause d'engorgement des ganglions cervicaux ; c'est avec raison qu'on tend aujourd'hui à rattacher certains cas d'adénites sousmaxillaires, qui s'observent dans les garnisons, à différentes affections ou lésions de l'intérieur de la bouche, communes parmi les militaires ; mais, comme nous l'avons vu (voy. p. 261), la plupart d'entre elles sont certainement de nature tuberculeuse.
Indépendamment des nombreuses formes de stomatites de nature catarrhale ou infectieuse que l'on remarque dans les corps de troupes, il en est une qui, comme on sait, offre un grand intérêt pour le médecin militaire, car elle ne s'observe que parmi les soldats et les enfants, et dont la nature est très probablement spécifique ; nous voulons parler de la stomatite %dcéreuse ou ulcéro-memhraneuse , à laquelle nous avons consacré une étude spéciale dans ce travail (voy. p. 376).
B. — Les angines.
L Fréquence dans l'armée. — Les angines sont très fréquentes dans l'armée, où ces afl'ections sont traitées, suivant leur forme et leur degré, dans les infirmeries ou dans les hôpitaux.
(1) Heidenreich, 'Eruption de la dent de sagesse. Thèse de concours, 1878.
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La statistique médicale indique le nombre d'entrées causées chaque année par les maux de gorge {angines et amygdalites) dans les infirmeries régimentaires ; ce nombre est assez élevé, puisqu'en 1888 il a été de 32, et en 1889 et en 1890 de 35 pour 1000 hommes d'effectif.
Malheureusement, cette statistique ne fournit pas la môme indication pour les cas d'angines, pourtant assez nombreux, traités annuellement dans les hôpitaux, car ces cas sont englobés et confondus avec d'autres états morbides sous le titre de : Maladies diverses de l'appareil digestifs et il est impossible de pouvoir en déterminer la fréquence.
Force nous est de recourir, pour avoir cette indication, aux statistiques des hôpitaux militaires ; ainsi, à l'hôpital Villemanzy, nous avons pu nous convaincre que les angines sont nombreuses, puisque, durant une période de trois années (1889, 1890, 1891), les entrées occasionnées par ces afTections dans nos salles ne constituent pas moins des quatre cinquièmes des cas compris dans le groupe des maladies diverses de l'appareil digestif.
En appliquant ces résultats à la totalité des hôpitaux militaires, et pour lesquels on peut évaluer à 15 entrées pour 1000 hommes d'effectif la proportion des affections comprises sous le titre de maladies diverses de l'appareil digestifs on voit que la proportion des angines traitées annuellement dans les hôpitaux est de 12 pour 1000 hommes. Et, en tenant compte des doubles entrées à l'infirmerie et à l'hôpital, pour la même maladie, on peut évaluer approximativement la morbidité (entrées à l'infirmerie et à l'hôpital) causée chaque année par les angines dans notre armée, à 40 pour 1000 hommes d'effectif.
On observe, du reste, quand on envisage une série d'années consécutives, des différences assez sensibles au point de vue de la fréquence des maux de gorge dans les garnisons, où ces affections se manifestent môme, à certains moments, sous forme de véritables épidémies.
En France, il existe de très grandes inégalités entre les différents corps d'armée, au point de vue de la répartition des angines; d'une façon générale, c'est la région du Nord-Est qui est la plus affectée (ViP corps : 75,6 pour 1000 hommes en 1890),
celles du Centre et du Midi qui le sont le moins (XVP corps : 26,7 pour 1000 en 1890).
Les troupes de l'Algérie et de la Tunisie paraissent moins exposées à ces maladies que les troupes de l'intérieur : en 1890, la proportion des angines traitées à l'infirmerie a été de 14,2 pour 1000 hommes pour les premières, et de 44,9 pour 1000 hommes pour les secondes.
Les angines constiluent des maladies hivernales ; elles offrent leur maximum de fréquence dans le mois de février; elles diminuent pendant le printemps et l'été ; elles sont réduites à leur minimum en automne et pendant le mois de septembre ; à partir de cette époque, elles augmentent progressivement avec les rigueurs de l'hiver (voy. tracé XXXI).
Tracé XXXI. — Morbidité par amygdalite et angiine en 1890.
Elles paraissent beaucoup plus fréquentes dans l'armée que dans la population civile, ce qui s'explique en partie par l'âge des soldats, puisque ces affections s'observent surtout parmi les jeunes gens de 20 à 25 ans (Lasègue) (1).
(1) Lasègue, TraiLé des anrjines, p. 154.
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Elles occasionnent parfois un très grand nombre d'indisponibilités chez les soldats.
II. Evolution épidémique. — L'étude épidémiologique des angines se lie étroitement à celle de la diplitérie, avec laquelle ces affections présentent, comme nous l'avons vu (voy. p. 4-15), de nombreux rapports étiologiques et cliniques.
Il est reconim dans l'armée que toute manifestation épidémique d'angines catarriiales ou pultacées s'accompagne fréquemment de l'apparition de quelques cas d'angines diphtéritiques, qui constituent, pour ainsi dire, le degré le plus élevé de la maladie.
Voilà pourquoi, dans la plupart des rapports joints à la statistique médicale de l'armée, les différentes formes d'angines [simples^ pultacées, ulcéreuses), sont confondues, au point de vue épidémiologique, avec la diplitérite, dont elles signalent presque toujours l'apparition.
Le plus souvent, les épidémies d'angines offrent une bénignité remarquable, comme on l'a observé, en 1889, à Cosne, au 8S° de ligne, qui présenta, d'octobre en décembre, 93 cas d'angine simple et 97 cas d'angine herpétique, sans apparition d'un seul cas de diphtérie ; au 3M)ataillon d'artillerie de forteresse, à Reims où, bien que les malades eussent été atteints d'angines pultacées avec formation de dépôts couenneux surles amygdales, la luette et les piliers et apparition de phénomènes généraux graves (fièvre intense, adynamie, douleurs musculaires), aucnn de ces cas ne présenta l'évolution et la gravité de la diphtérie.
Il en a été de môme en 1890 pour l'épidémie d'angine observée au 13^ bataillon d'artillerie de forteresse, à Villefranche, et dans laquelle la maladie revêtit la forme catarrhale et herpétique, avec température à 38° et 39", céphalée, affaiblissement, apparition de vésicules d'herpès sur les lèvres et le nez.
Les angines constituent donc souvent dans l'armée des manifestations de la diphtérite ; il en est de môme pour la scarlatine. Parmi les cas qui figurent dans la statistique médicale sous la dénomination d'angines aiguës, un certain nombre, qu'il nous est malheureusement impossible de déterminer, doivent être rapportés à ces deux maladies infectieuses ; et nous croyons,
avec Kelscli (l),que la plupart des angines doivent être considérées comme des maladies spécifiques et microbiennes.
in. Étiologie. — La prédominance si marquée des angines pendant la saison froide nous explique le rôle attribué pendant longtemps au refroidissement dans l'étiologie de ces affections, Actuellement, ce rôle paraît plus restreint. La découverte dans la salive, chez certains sujets sains, de plusieurs microbes pyogènes, notamment de staphylocoques et de streptocoques, a permis de faire entrevoir, sinon de démontrer d'une façon certaine, le rôle exercé par ces microbes dans les nombreuses formes d'angines superficielles, catarrhales, parenchijmateuses ou suppuratives, considérées autrefois comme occasionnées par les influences météoriques et particulièrement par le froid humide (2).
Il résulte, en effet, d'observations assez récentes, que les microbes, qui vivent dans la cavité buccale, peuvent devenir éventuellement pathogènes, s'ils pénètrent dans l'économie. C'est ce qui a lieu quand, sous l'influence d'une cause quelconque (refroidissement, érosion de la muqueuse pharyngée, etc.), ils pénètrent dans le système lymphatique et sanguin ; les amygdales et les follicules du fond de la gorge, chargés, si l'on en croit Metschnikof (3), de s'opposer à l'invasion continuelle des microbes de la bouche, en les dévorant incessamment, étant intéressés dans leur vitalité et dans leur structure et ne pouvant plus remplir leurs importantes fonctions d'organes protecteurs.
IV. Etude clinique des différentes formes d angines. — Les angines sont représentées dans l'armée par des amygdalites comprenant deux formes (angines tonsillaires et angines puUacées), beaucoup plus rarement par des angines herpétiques et par des angines iilcéro-membraneuses, enfin par certaines angines, qui surviennent comme complication de quelques maladies infectieuses (scarlatine, rougeole, variole, fièvre typhoïde, etc.).
(1) Kelsch, les Maladies catarrhales saisonnières, p. 186.
(2) Voy. NeUer, Présence du streptocoque pijog'ene dans la salive des sujets sains (Bulletin niéd., 1888, p.9'77). — Vigaal, Recherches sur l'action des microorganismes de la bouche sur quelques substances alimentaires {Arch. de plvjsiol. 1887, t. X, p. 286).
(3) Metschnikof, Sur la Lutte des cellules de l'organisme contre l'invasion des microbes {Annales de Pasteur, 1887, t. I, p. 332).
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r. Amygdalite. — L'amygdalite aiguë est très commune parmi les jeunes soldats, chez lesquels elle revêt les deux formes énumérées plus haut et que nous décrirons séparément.
a) Angine tonsillaire. — Le plus souvent, l'inflammation atteint les deux tonsilles, simultanément ou successivement. Exceptionnellement, elle se limite à un seul côté. Elle s'accompagne ordinairement d'un état fébrile très marqué, avec élévation de la température à 40°, et symptômes généraux (courhature, frissons, soif vive, céphalalgie, insomnie), au point de faire supposer l'invasion d'une maladie beaucoup plus grave, comme une fièvre typhoïde ou comme une méningite. J'ai signalé antérieurement (voy. p. :200) combien il est fréquent dansleshôpitaux militaires de recevoir des entrants, avec le diagnostic de fièvre typhoïde^ mais qui sont atteints simplement d'une amygdalite aiguë, et chez lesquels l'inspection de la gorge suffit le plus souvent pour mettre sur la voie du diagnostic. C'est pourquoi je ne saurais trop recommander aux médecins des corps de troupes de porter leur attention sur le pharynx de leurs malades, quand ceux-ci sont subitement atteints de symptômes fébriles, avec élévation delà température à 40° et beaucoup trop brusque pour qu'on puisse songer à l'apparition d'une fièvre typhoïde. L'erreur est d'autant plus facile à commettre que souvent, comme je l'ai constaté quelquefois, les malades ne se plaignent nullement de douleur dans la gorge ni de difficulté dans la déglutition.
L'angine se révèle ordinairement par des symptthues locaux, qui mettent facilement sur la voie du diagnostic. Aux ])hénomènes fébriles se joignent de la douleur locale, des picotements, de la chaleur, de la sécheresse de la gorge, avec besoin continuel d'avaler, déglutition douloureuse, nasonnement de la voix, toux gutturale, expulsion de mucosités filantes, etc.
L'inspection du pharynx fait constater les altérations suivantes :
Les amygdales sont hypertrophiées, luisantes et rouges ; leurs anfractuosités et leurs orifices sont élargis et contiennent parfois une matière jaunâtre qui répand une odeur infecte. Au bout de quelques jours, ces symptômes disparaissent et le malade guérit.
Dans certains cas, l'inflammation aboutit à la suppuration ; alors survient une aggravation progressive dans les symptômes
Marvadd. 43
inentioniiés plus haut : augmentation de la fièvre, face vultueuse, congestionnée, céphalalgie, insomnie, délire, gêne notable dans la déglutition, respiration difficile et bruyante; voix rauque, écoulement par la bouche de viscosités filantes ; besoin fréquent de déglutition, douleur intolérable dans la gorge ; impossibilité d'écarter les mâchoires, qui restent serrées ; engorgement des ganglions sous-maxillaires, douleurs vives dans l'intérieur de l'oreille, surdité, tintements, bourdonnements. Il se produit alors dans les amygdales un véritable phlegmon, qui le plus souvent est unilatéral. Une fois la collection purulente ouverte naturellement ou artificiellement, survient un soulagement immédiat. La maladie ne dure guère que huit à dix jours.
Bussard (1) a vu chez un malade survenir de la perte de la parole et de la vue au début d'une amygdalite phlegmoneuse.
L'amygdalite chronique est assez commune dans l'armée, mais généralement cette affection ne nécessite pas l'intervention médicale, et les hommes ne s'en plaignent guère que lorsque, sous l'influence d'un refroidissement, survient une poussée aiguë.
b) Angine pidtacée . — L'angine pultacée n'est qu'une forme de l'amygdalite aiguë, dans laquelle l'inflammation paraît superficielle et s'accompagne de rougeur de la muqueuse avec exsudation pultacée (L. Colin) (2). C'est une angine inflammatoire avec desquamation épithéliale.
Cette affection ofi're les mêmes symptômes que l'amygdalite aiguë ; ce qui la caractérise, c'est l'apparition sur les amygdales, les piliers du voile du palais, le voile lui-môme et quelquefois la luette, de plaques épithéliales, sous forme de petites taches pâles et qui bientôt blanchissent. Ces plaques ont une apparence crémeuse ; leurs contours sont irréguUers ; elles sont très peu épaisses ;, leurs bords se détachent souvent de la muqueuse sous-jacente et sont légèrement repliés sur eux-mêmes. Au dessous d'elles^ la muqueuse est intacte, mais plus lisse et plus rouge que les parties voisines.
l^es symptômes de l'angine pultacée sont les mômes que ceux
(1) Bussard, Recueil de mém. de médecine militaire, 1876, t.XXXlI, p. 193.
(2) L. Colin, Etudes cliniques de médecine mililairei, p. 166.
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de rangine tonsillaire : frissons, lièvre, courbature, souvent nausées et gêne de la déglutition.
Le traitement de ces deux formes d'angine se réduit habituellement à remploi de gargarismes émollients et antiseptiques au début, puis astringents pendant la période de déclin.
Quand l'amygdalite, comme cela a lieu assez souvent chez les soldats, menace de devenir phlegmoneuse, j'ai employé avec succès les badigeonnages avec la teinture d'iode, qui suffisent habituellement pour prévenir la suppuration. Lorsque l'abcès est formé et que le pus tarde à se faire jour au dehors, on obtient son évacuation soit par l'administration d'un vomitif, soit par l'incision de l'amygdale au moyen du bistouri.
Nous avons vu que les angines constituaient fréquemment dans l'armée de véritables épidémies, qui surviennent principalement en hiver et au printemps ; bien qu'étant généralement très bénignes, elles occasionnent à certains moments, surtout à l'arrivée des recrues, de nombreuses indisponibilités, qui peuvent compromettre l'instruction des jeunes soldats. Comme nous l'avons dit, ces petites épidémies oifrent parfois quelques cas beaucoup plus graves et même mortels, au développement desquels une maladie infectieuse, la diphtérite, n'est certainement pas étrangère.
Aussi, il est indispensable de surveiller attentivement la gorge de tous les malades atteints d'angine, et d'empêcher, par les procédés d'antisepsie les plus rigoureux, l'introduction dans l'appareil lymphatique et dans le sang des microbes infectieux qui ont déterminé l'affection locale.
2". Les autres angines. — Indépendamment de Vamygdalite aiguë^ qui, comme nous l'avons vu, constitue forme la plus fréquente parmi les soldats, on observe dans l'armée d'autres variétés d'angine ; les unes se rattachent à certaines affections de la bouche, parasitaires {muguet) ou infectieuses [stomatite ulcéro-membraneuse) ; les autres paraissent se rattacher encore plus intimement que la forme précédente à une influence diphtéritique.
h' angine du muguet est caractérisée par des touffes blanches, crémeuses, qui s'étendent non seulement sur le pharynx, mais
encore sur toute la surface de la muqueuse buccale. L'examen microscopique peut au besoin confirmer le diagnostic, en décelant la présence de nombreuses spores de Voïdium albkans dans un feutrage de filaments tubuleux articulés.
Le muguet n'est pas rare parmi les soldats, chez lesquels on l'observe quelquefois comme complication des maladies infectieuses (fièvre typhoïde, érysipèle de la face, rougeole, grippe). Il cède facilement à l'emploi de gargarismes alcalins.
L'angine ulcéro-membraneuse constitue simplement, comme Bergeron l'a parfaitement démontré, une extension à la gorge de la stomatite ulcèro-memhraneuse . Cette forme d'angine est caractérisée par une ou plusieurs ulcérations, siégeant sur une seule amygdale, le voile du palais et le pharynx, s'accompagnant de salivation abondante et de fétidité de l'haleine, et offrant à leur surface une couche grisâtre, pulpeuse, sans cohérence, et se désagrégeant facilement à la pression. Elle est justiciable du chlorate de potasse (Bergeron).
Quant à X angine herpétique^ elle débute par des vésicules qui se rompent et se recouvrent de lymphe plastique; celle-ci forme de petits disques très adhérents à la membrane muqueuse ; lorsque on réussit à les en détachei-, on constate, au-dessous, des pertes de substance, plus ou moins rapprochées les unes des autres, suivant que les vésicules auxquels elles succèdent étaient discrètes ou conûuentes.
Quelquefois, ces ulcérations se recouvrent de fausses membranes qui forment une plaque couenneuse, blanchâtre, mince, festonnée, et que l'on confond souvent avec la plaque de l'angine diphtéri tique.
Les symptômes de l'angine herpétique sont les mêmes que ceux de l'angine inflammatoire ; la première se distingue de la seconde par la constatation, sur les amygdales, de fausses membranes, petites, isolées, à contours très irrégulièj'ement circulaires, assez adhérentes, qui, une fois détachées (cequine se fait pas facilement), offrent au-dessous d'elles soit une ulcération, soit la muqueuse rouge et entièrement cicatrisée. Avec l'angine coïncide généralement l'apparition de vésicules d'herpès sur la langue, sur la paroi interne des joues et sur les lèvres.
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Mais c'est surtout avec l'angine diphtéritique que Ton peut confondre cette forme d'angine herpétique, qualifiée par Gubler à'angine couennense commune^ particulièrement lorsque, comme nous l'avons vu et comme il arrive le plus souvent dans les épidémies diphtéritiques, ces différentes affections apparaissent juxtaposées les unes aux autres.
Les caractères suivants ont été indiqués par Peter, pour faciliter le diagnostic différentiel entre les deux affections.
« Si, en môme temps que les plaques couenneuses, il existe des vésicules intactes, on pourra affirmer que l'angine est herpétique et que la fausse membrane n'est pas la diphtérie ; si, en môme temps que les plaques couenneuses, on trouve de petites ulcérations récentes, comme on supposera naturellement qu'elles sont consécutives à la rupture de vésicules, on pourra crowT à la nature herpétique de l'angine ; si, en môme temps que les plaques couenneuses, il existe de petites fausses membranes, isolées, dont la transparence indique la récente formation, dont la petitesse et la forme régulièrement circulaire font songer à l'existence antérieure d'une vésicule, on pourra soupçonner l'herpès guttural; si, enfin, il n'y a, en môme temps que les plaques couenneuses, ni vésicules, ni petites ulcérations, ni petites fausses membranes, on devra nier l'herpès de la gorge et affirmer la diphtérie. »
V. Traitement. — Le traitement des angines simples doit se rapprocher beaucoup de celui des angines diphtéritiques. Il se réduit principalement à empêcher l'infection de devenir générale, à s'opposer à la formation de nouveaux microbes sur les parties atteintes et à l'introduction de ces agents infectieux dans le système lymphatique et dans le sang. On parvient souvent à ce résultat par l'emploi de gargarismes au perchlorure de fer et d'irrigations antiseptiques (Burlureaux) (1).