C. — LE T^NIA
Parmi les entozoaires observés en France et qui, comme on sait, appartiennent aux types nèmatoïde (ascarides lombri-
(1) Burlureaux, la Pratique de l'antisepUe dans les maladies contagieuses, V. 39.
coïdes, oxyures vermiculaires , trichines) et cestoïde (lœnia solium, taenia inerme, hydatiques, cysticerques), le ta?nia offre une grande fréquence parmi les soldats (1).
I. Fréquence dans l'armée. — Avant 1850, ce ver était très rare dans nos garnisons, car sur un effectif de 230.000 hommes, pendant la période 1840 à 1848, on n'en avait observé que 7 cas.
Aussi, en 1860, quand Davaine publia son Traité des Entozoaires, cet auteur, s"appuyant sur des documents empruntés à Boudin et fournis par l'armée, estimait que dans notre pays, il n'y avait annuellement qu'un cas de taenia sur 8300 habitants, évaluation qui parut à Arnould au-dessous de la vérité, puisque l'armée à l'intérieur est moins exposée que la population civile aux atteintes de ce parasite.
Depuis 1830, le taenia semble avoir augmenté considérablement parmi nos soldats ; pendant la période quinquennale 1881-83, la proportion des cas observés dans l'armée française à l'intérieur, s'est élevée à 3,33, et de 1886 à 1890 elle a été de 3,51 pour 1000 hommes présents.
Mais, c'est surtout en Algérie que le tœnia est commun parmi les soldats. Voilà pourquoi, dans ce pays, depuis les premières années de l'occupation française jusqu'à nos jours, il a été l'objet de nombreuses publications de la part des médecins militaires (2).
Le tœnia a été observé fréquemment dans nos corps expédi-
(1) Les ascarides lombricoïdes sont communs dans l'armée; Davaine a noté que certaines épidémies de fièvres vermineuses, observées notamment en l'an X en Italie (Marie), en 1803 en Pouille et en Abruzze (Savarési) et en 1807 en Pologne (Bourges) (*) pouvaient être rapportées ii ces parasites.
La fréquence des ascarides dans les armées en campagne tient fans doute, comme Tadmet L. Colin, à l'usage en boisson d'une eau moins pure que celle que consomme habituellement le soldat en garnison.
En revanche, la trichinose, assez commune en Allemagne, est à peu près inconnue en France, où l'armée, comme la population civile, reste indemne de cette maladie.
(2) Voyez : Noie sur la fréquence du tœnia en Afrique (liée, de mém. de méd. mil. 2« série, t. I, p. 239); — Boudin, Note sur l'endémicité du Isenia en Algérie (même recueil, t. IV, p. 204); — Judas, même recueil, t. IV, p. 208; — Mialhe, même recueil, t. IV, p. 212 ; — Potier-Duplessy, Documents pour servir à l'histoire du tsenia en Algérie (même recueil, t. XVIII, p. 219) ; — Henné, Etude critique sur le Tsenia mediocannellata (même recueil, 3<= série, 1876, t. XXXU, p. 238>. — Vital, les Entozoaires à l'hôpital militaire de Constantine [Gaz. méd., 6 juin 1874).
(*) Voy. Journal de me'decine de Se'dillot et Journal de Corvisart, Paris, 1806.
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Lionnaires de Chine et surtout de Syrie (1) ; dans ce dernierpays, le chiffre des atteintes a été si considérable qu'on peut l'évaluer au vingtième au moins de Feifectif (L. Colin) (5).
Actuellement, tandis que la totalité de nos garnisons de l'intérieur lournit à peine annuellement deux ou trois cas de tœnia' ce parasite est relativement très commun dans notre armée d'Afrique.
Cette augmentation du tfenia a été également signalée dans l'armée navale ; il résulte, en effet, des recherches de Bérenger- Féraud, qu'alors qu'on n'en avait constaté en 1860 que 3 cas, soit 0,13 pour 1000 malades, dans les hôpitaux de la marine, en 1884 il y en a eu 281, soit 10 pour 1000 admissions ; et, pendant a période 1886-1890, 2433, soit 14,8 pour 1000 malades.
II. Différentes espèces de taenia. — Pendant longtemps, on a confondu sous le nom de Tœnia solium deux espèces de tœnia essentiellement différentes , l'une à laquelle est restée l'ancienne dénomination de Tœnia solium, l'autre que Kucheinmeister a distinguée en 18oo de la précédente sous le nom de Tœnia medioeanellata, et qui est désignée en France sous le nom de Tœnia inermis, ce ver étant privé de crochets, alors que le tœnia solium en est pourvu.
Le tœnia solium ou armé aurait pour larve le cysticerque du porc. L'emhryon du tœnia inerme existerait dans la viande de hœuf et de mouton (3).
Quant au hotliriocéphale ou tœnia à anneaux courts, dont l'embryon existe dans la chair de certains poissons (brochets, lotes), sa présence n'a guère été signalée dans notre pays.
Autrefois, c'était presque uniquement le tœnia armé, provenant du porc, qu'on rencontrait en France ; aujourd'hui, c'est presque exclusivement le tœnia inerme provenant du bœuf. Quant au bothriocépliale, il reste à peu près étranger à nos contrées, et n'a pas augmenté d'une manière sensible jusqu'à ce jour.
On a cru pendant longtemps que le tœnia solium constituait
(i; Observations recueillies en Syrie par Chadourne, Denoyer, Manche, Chevassu et Chartier [Recueil deyném. de méd. mil., .3' série, t. VIL, pp. 24, 298, 407).
(2) Art. Morbidité MILITAIRE, p. 446.
(3) L. Colin, Du Tœnia dans Varmée [Gazette des hôpitaux, 26 nov. 1872).
l'espèce la plus fréquente en Algérie el en France parmi les soldats. De 1840 à 1851, 184 cas de ce parasite avaient été observés en Algérie et signalés au Conseil de santé des armées, et Judas (1) avait écrit à ce sujet : « L'endémie (et les documents établissent qu'il s'agit du tœnia solium) semble donc incontestablement démontrée; elle s'étend à toute la surface de nos possessions, qui se trouvent, sous ce rapport, dans des conditions semblables à celles de notre colonie africaine. »
Mais il résulte des observations d'Arnould (2) et des recherches de Cauvet (3), dont les résultats ont été confirmés par Vallin, L. Colin et Masse, que le taenia inerme est beaucoup plus commun dans l'armée que le tœnia solium.
Il en est, du reste, de môme pour la population civile, ce qui s'explique par l'usage de plus en plus répandu de la viande de bœuf ou grillée à l'anglaise, par l'introduction dans les prescriptions médicales de la viande crue et par la difficulté de reconnaître, à l'inspection des viandes, les cysticerques du bœuf et du mouton.
Il y a quelques années, Redon (4) a observé en Algérie et décrit une nouvelle espèce de taenia qui, suivant lui, serait assez commune parmi les soldats et qu'il attribue à l'habitude qu'on a, dans notre colonie africaine, de consommer du mouton peu cuit et rôti à la mode arabe, c'est-à-dire en plein air. Il a donné à cette nouvelle espèce le nom de tœaia algérien.
Suivant Mégnin (5), il n'y aurait qu'une seule espèce de tœnia, et les taenias inerines et les tœnias armés seraient deux formes adultes et parallèles du même ver; les différences qu'ils présenteraient dépendraient exclusivement des terrains ou des milieux vivants dans lesquels ils auraient accompli leurs dernières métamorphoses. Cet auteur admet que la transformation des larves en vers adultes pourrait se produire même chez l'animal qui en aurait ingéré les œufs. Les herbivores (mou ton, bœuf,
(1) Judas, Nouveaux Documents sur la fréquence du taenia en Algérie [Rec. de mérn. de méd. mil., 18o4).
(2) Arnould, Sur le Tasma d'Afrique (même recueil, 1874, p. 425).
(3) Cauvet, Note sur le tœnia d'Algérie, [Gaz. médic. de Paris, 1874, p. 412).
(4) Redon, Une Nouvelle Espèce de tœnia en Algérie [Arch. de méd. mil. 1883, t. U, p. 181).
(5) Mégnin, Polymorphisme des tsenias (Gazette hebd., 1879, p. 393).
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lapin) absorberaient, avec l'eau de boisson ou avec les aliments herbacés, des larves qui, dans ce cas, perdraient leurs crochets et deviendraient des taenias inermes, tandis que, si les mêmes larves étaient ingurgitées par un carnassier ou un omnivore, elles conserveraient les crochets du scolex dont elles proviennent.
Davaine (1) et Laboulbène (2) ont démontré, contrairement à l'opinion de Mégnin, que la ladrerie du bœuf existe comme celle du porc dans beaucoup de pays, principalement dans les pays orientaux, que le cysticerque du bœuf est bien distinct de celui du porc, que c'est certainement lui (et non point des œufs ou des embryons microscopiques ingérés avec les boissons ou les légumes frais) qui donne naissance au taenia inerme, tandis que le cysticerque du porc a pour forme adulte le tamia solium.
Les nombres suivants, relevés par Bérenger-Féraud (3), représentent la proportion des entrées pour taîiiia comparées aux entrées totales, dans les hôpitaux militaires de France et d'Algérie (moyenne annuelle), pendant la période décennale 1881-1890; ils indiquent, en môme temps, la répartition de ce parasite entre les différentes régions de corps d'armée :
Gouvernem' W de Paris .
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