‹ Les maladies du soldatChapitre 174 sur 224 · C. — ■ La nostalgie · texte numérisé non relu

C. — ■ La nostalgie

Taudis que la paralysie générale constitue la forme la plus fréquente d'aliénation mentale parmi les officiers, c'est la nostalgie qui s'observe surtout parmi les soldats (Arnould) (4).

Nous considérons, avec Haspel (5), cet état comme le regret exagéré que cause l'éloigneinent des milieux dans lesquels on a vécu un certain temps, avec le désir irrésistible d'y retourner.

.Jadis la nostalgie était commune parmi les soldats. Larrey l'a observée fréquemment dans l'armée d'Egypte, principalement

(1) Donirehcaie, Hec/iercJies sur la paralysie //énérale proqressive (thèse de Paris, 1870).

(2) Voy. Aulin, les Militaires aliénés à l'asile de Marseille, thèse de Montpellier, 1886.

(3) Grilli, la Folie dans Vannée ilalienne [G'iornale di medicina inililare, 1883, p. 577).

(4) Arnould, Noies pour servir à l'Idsloire de la folie dans l'armée (Gaz . inéd. de Paris, 1863).

(3) Haspel, De la Noslah/ie, Paris, 1873.

après la prise de Saint-Jean d'Acre, dans l'armée des Alpes en l'an VIII et dans l'armée de Pologne en 1812. Michel Lévy en a constaté plusieurs cas dans un régiment de jeunes Corses ; quelques mobiles bretons, enfermés dans Paris après la guerre de 1870, ont ofî'ert des symptômes bien marqués de cette affection (Benoît de la Grandière) (1).

Actuellement, comme l'a remarqué Widal (2), la nostalgie a disparu a peu près complètement de notre armée. Pourtant elle y figure encore comme cause de réforme (10 fois en 1888, 6 fois en 1889, 6 fois en 1890). Il est probable que dans ces cas on avait observé certaines complications, comme celles qui ont été notées jadis par quelques auteurs (3), et qui sont représentées par des convulsions, da coma, du délire, différents troubles intellectuels, des palpitations de cœur.

Léon Colin (4) considère les nostalgiques dans l'armée comme facilement accessibles à la fièvre typhoïde et à la phtisie pulmonaire, ce qui expliquerait en partie, suivant lui, l'énorme fréquence de ces deux maladies chez les militaires récemment arrivés à leur corps.

Il est un fait certain, c'est que les soldats en proie à la nostalgie oll'rent un terrain tout préparé à l'éclosion des épidémies et que les plus atteints par le mal du pays fournissent toujours à celles-ci un tribut plus lourd que les autres.

La diminution de la nostalgie dans notre armée s'explique par la courte durée du service militaire, aujourd'hui réduit à trois ans, et surtout par les mesures actuellement prises dans les corps de troupes pour éviter, après des exercices fatigants et monotones, l'oisiveté et l'ennui ; pour ménager aux hommes des distractions dans l'intérieur même des casernes (création de bibliothèques, enseignement de la gymnastique, de l'escrime, de la danse); enfin, pour développer parmi les recrues l'énergie morale et physique, le sentiment du devoir, l'amour de la patrie.

(1) Benoit de la Grandière, De la Nostalgie, Paris 187.3.

(2) Widal, art. Nostalgie du Dict. e?icycl. des sciences mécL, 1879, 2^ série, t. Xm, p. S62.

(3) Voy. Maury, De la Nostalgie dans l'armée, Strasbourg, 1826. — Mutel, De la Nostalgie (thèse de Montpellier, 1849).

(4) L. Colin, De la Mélancolie, Paris, 1863.

liG médecin militaire a un double devoir à remplir au point de vue de la prophylaxie de la nostalgie parmi les soldats : relever le moral des hommes découragés ou attristés, leur faire comprendre leur devoir vis-à-vis du pays; enfin, dans les cas exceptionnels où tous ces moyens sont inutiles et inefficaces, la promesse et la concession d'un congé de convalescence suffisent le plus souvent pour faire disparaître le mal (1).

Aucun des cas d'hystérie dans l'armée qui se sont présentés à nôtre observation n'a nécessité la réforme. Une simple promesse d'un congé de convalescence nous a toujours paru suftisan te pour obtenir la guérison de cette maladie.

Page 1