‹ Les maladies du soldatChapitre 175 sur 224 · D. — L'ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

D. — L'ÉPILEPSIE

L'épilepsie est incompatible avec le service militaire. Chaque année, au conseil de révision, un certain nombre de jeunes gens sont exemptés pour cette atï'ection; il résulte des recherches faites par Burlureaux (2), à l'aide de documents puisés au Ministère de la Guerre, que la proportion des épileptiques ainsi éhminés de l'armée au moment de l'incorporation, a été représentée annuellement, pendant la période décennale 1873-1882, par 1,0 pour iOOO conscrits; proportion qui, du l'este, est la même que celle qui avait été obtenue par Moraclie pour la période 1831-1853 ; ce qui prouve que le nombi'e des épileptiques n'a pas varié dans notre pays depuis de nombreuses années.

Ce chiffre se rapproche également de celui qui a été donné par Legrand du SauUe (3), pour la population civile. Il résulte, en efi'et, des documents statistiques consultés par cet auteur que le nombre des épileptiques en France est d'environ 40000, dont 4000 sont enfermés dans les asiles d'aliénés et 36000 sont en liberté; ce qui donne uneproportion de 1 épileptique par 1000 individus.

Malgré les précautions qui sont prises au moment du recrutement pour ne pas incorporer dans l'armée les jeunes gens atteints

(1) Voy. Fritsch dit Laiig. lu Sûslalgie du soldat, Paris 1876.

(2) Burlureaux, art. Epilepsie du Diclionnalre encycl. des sciences méd.. 1887, 1« série, t. XXXV, p. 213.

(li) Legrand du Saulle, Gazelle des liôpitaur, 1877.

Marvauu. 46

72â LES MALADIES DU SOLDAT

d'épilepsie, un certain nombre de militaires sont élin)inés chaque année après leur incorporation pour cette affection ; ce nombre a varié, pendant ces dernières années, entre 0,32 et 0,59 pour 1000 hommes, connne l'indiquent les chiffres suivants, empruntés à Burlureaux :

1875 0.34 1880 O.bO

En revanche, la moj'talité occasionnée par l'épilepsie dans notre armée est à peu près nulle (2 décès en 1889, 1 en 1890) ; ce qu'on comprend facilement, puisque, dès que la maladie est constatée, elle constitue un motif suffisant de réforme.

Nous n'avons pas à présenter ici l'étude clinique defépilepsie. Nous rappellerons seulement les principaux caractères offerts par la crise épileptique, et qui consistent dans les suivants : cri unique, perte immédiate et complète de connaissance ; pâleur, puis lividité de la face, raideur générale, convulsions cloniques, morsure de la langue, écume à la bouche, coma et stertor consécutifs.

Gomme l'épilepsie est encore aujourd'hui assez fréquemment simulée par les jeunes gens, dans le but de se soustraire au service militaire, nous insisterons plus particulièrement sur son diagnostic.

Ce diagnostic ne peut pas se faire généralement au moment du conseil de revision ; on n'est guidé alors que par les résultats de l'enquête qui a pu avoir lieu au point de vue de la notoriété et de la réalité de cette infirmité, ainsi qu'au point de vue des antécédents présentés par la famille, l'épilepsie, comme on sait, étant très souvent héréditaire.

En l'absence de preuves suffisantes pour établir la réaUté de la maladie, le médecin mihtaire doit demander au conseil de revision un supplément d'enquête, et, dans le doute, accepter provisoirement tout militaire prétendu épileptique.

Si, au moment de la revue de départ et à plus forte raison de l'incorporation, la réalité de l'infiri^ité alléguée ne paraît pas

suffisamment démontrée, l'homme doit être envoyé en observation à riiôpital, où on l'examinera pendant une période plus ou moins prolongée, de façon à pouvoir constater de visu la simulation de l'épilepsie.

Les signes de l'épilepsie réelle sont les suivants (1): Chute en avant et dans n'importe quel endroit; convulsions prédominantes ou môme localisées à un seul côté du corps, pupilles dilatées et insensibles à la lumière, abolition de la sensibilité.

Certains signes, présentés par le tracé sphygmographique et indiqués par A. Voisin (2) comme caractérisant l'épilepsie réelle, ne nous semJjlent pas avoir la valeur qui leur a été attribuée, à cause des variations souvent très grandes que fournit le sphygmographe entre les mains des différents observateurs.

« Deux ou trois secondes avant que l'attaque commence, dit A. Voisin, les courbes sphygmographiques sont moins hautes, plus arrondies, plus rapprochées. L'attaque survenue, on voit cinq ou six petites ondulations successives et disposées suivant une ligne ascendante, puis une série de courbes très peu élevées ; ces courbes se prononcent davantage, présentent une convexité supérieure très accusée, donnant presque l'idée d'une moitié de sphère; puis, au bout de quelques minutes, les lignes s'élèvent presque perpendiculairement à une hauteur trois ou quatre fois plus grande qu'avant l'attaque; elles présentent au sounnet un angle plus ou moins aigu, puis redescendent, en offrant les caractères les plus accusés du dicrotisme. La durée de cette forme de pouls varie d'une demi-heure à une heure et demie; elle a même été quelquefois de six heures après l'attaque. »

C'est pourquoi, le diagnostic de la maladie est quelquefois très difficile; et, comme le dit Burlureaux (3), les épileptiques constituent souvent dans les hôpitaux militaires des sujets bien embarrassants. Le médecin militaire n'assiste presque jamais aux crises, et il a toujours le soupçon d'une simulation possible. Quand le médecin de garde est appelé pour chaque crise, il

(1) Voy. Hiller, Sliii/ilalionen iind ihre Bchandlunr/, 1882.

(2) A. Voisin, De l'Épilepsie simulée el de son diagnostic par les cavacleres sphygmographiques du pouls {Annales d'hygiène, 1868, t. XXIX).

(3) Lac. cit., p. 216.

arrive presque toujours trop tard, et c'est quelquefois de guerre lasse que le malade est proposé pour la réforme.

Notre distingué confrère a proposé la création d'un asile spécial, dans lequel seraient concentrés tous les épileptiques ou les soi-disant épileptiques de l'armée, et où ces malades pourraient séjourner jusqu'au jour de leur libération. On ne renverrait dans leurs familles que ceux qui le désireraient et qui seraient pourvus des moyens d'existence.

E. — L'ilYSTÉRIE.

Dans ces dernières années, les nombreux travaux publiés sur l'hystérie chez l'homme ont appelé l'attention des médecins militaires sur cette question, et l'on n'est pas surpris, après les observations publiées par plusieurs de nos collègues (Aron, 1875; Lanoaille de Lachèze, 1883; Duponchel, 1886; Coustan [1], 1887), de voir cette maladie figurer dans la statistique médicale de l'armée comme une cause d'éliminations (38 réformes en 1889 et 41 en 1890j, assez fréquente, puisqu'il y aurait presque 1 hystérique pour lOOUO hommes présents au corps.

J'avoue que mes observations personnelles me mettent en garde contre toute ioterprétation qui, en présence de ces résultats statistiques, tendrait à faire considérer l'hystérie comme n'étant pas rare parmi les soldats. J'ai observé assez souvent dans les hôpitaux militaires des épileptiques dont les crises offraient certaines analogies avec celles de l'hystérie; mais il ne m'est pas encore arrivé de proposer pour la réforme un seul malade atteint réellement de cette dernière maladie.

(1) Coustan, Arch. de méd. mil., 1887, t. X, p. 375.

Page 1