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II. Étiologie. — L'étiologie de cette affection paraît assez

(1) Morisson, Du Traitement de la gale par l'huile de pétrole (même recueil, 30 série, 1871, t. XXV, p. 338).

(2) Dauvé, Essai sur l'eclhyma dans l'armée et spécialement dans la cavalerie {Recueil de mém. de méd. mil., 1861, 'i'^ série, l. V, p. 192),

obscure. Daiivé et Czernicki (1) ont invoqué, pour expliquer sa production parmi les cavaliers, certaines conditions professionnelles (stase du sang dans l'équitation, port du pantalon basané, malpropreté), auxquelles pourrait s'ajouter, suivant le premier de ces auteurs, l'influence d'un tempérament lymphatique ou scrofuleux, ou même, dans certains cas, de la syphilis.

De son côté, Arnould (2) ne serait pas éloigné de considérer cette affection comme de nature spécifique et dépendant, sans préjudice des causes occasionnelles énumérées précédemment, d'une influence infectieuse résultant de la vie en commun.

Quelques médecins ont môme admis que cette maladie était contagieuse et pouvait se transmettre du cheval à l'homme. Vidal a signalé la possibilité de son inoculation, et, en 1881, Hanot et Ducastel ont découvert différents microbes dans le pus de certains ecthymas de nature cachectique.

Enfln, il y a quelques années, Boinet et Depéret (3), ayant cherché à déterminer la nature et les causes de la forme d'ecthyma survenu chez plusieurs cavaliers appartenant à un escadron de hussards détaché au camp de Sathonay, ont découvert dans la sérosité et dans le pus, mais surtout dans le sang recueilli dans le voisinage des pustules, des micro-organismes particuliers (microcoques), qu'ils ont cultivés dans un bouillon approprié et dont l'inoculation par injection intra-veineuse à certains animaux (lapins) a occasionné chez ces derniers des poussées ecthymateuses, offrant d'une manière très nette les caractères de l'ecthyma observé chez les cavaliers. Mais toutes les tentatives qui ont été faites par ces observateurs pour reconnaître la cause de la transmission de la maladie du cheval à l'homme ont été stériles, et les Injections sous-cutanées et intraveineuses de la sueur du cheval, comme des poussières provenant du balayage des écuries, ou des matières prises sous une

(1) Czernicki, l'Année médicale d'un régiment de cavalerie {Rec. de méin. deméd. mil., 1876, 3- série, t. XXXII).

(2) KrnouiA, Remarques sur l'éliologie des furoncles el de l'ecthyma dans la cavalerie (même recueil, 1877, t. XXXIII, p. 51).

(3) Voy. BoiDet et Depéret, Recherches expérimentales sur la nature el l'éliologie de l'ecthyma des cavaliers {Arch. de méd. mil,, 1886, t. VII, p. 120).

étrille OU sur les bottes des cavaliers atteints d'ecthyma, n'ont fourni que des résultats négatifs.

III. Étude clinique. — Nous emprunterons au travail de Dauvé les lignes suivantes, dans lesquelles cet auteur a décrit très exactement et très complètement cette maladie :

L'ecthyma apparaît habituellement sous deux formes : aiguë et chronique.

La première forme est moins fréquente que la seconde ; elle est caractérisée par une pustule arrondie, d'un rouge vif, à la surface de laquelle, dès le troisième jour de son apparition, se forme une croûte, qui tombe ordinairement vers le quinzième jour, sans strppuration, et fait place à une tache rosée, qui met plusieurs semaines à disparaître. Elle s'accompagne ordinairement de furoncles.

Dans la forme chronique, il se produit des éruptions successives donna lieu à la production non seulement de vésicopustules, mais encore d'ulcérations, qui peuvent se prolonger pendant plusieurs semaines et môme plusieurs mois et qui sont suivies de cicatrices plus ou moins étendues et profondes.

Ces pustules se développent sur toutes les parties du corps, mais elles siègent de préférence sur les membres inférieurs, les épaules, le cou ; sur cinquante-cinq cas d'ecthyma chronique observés par Dauvé dans des régiments de cavalerie et à l'hôpital de Vei'sailles, cet auteur n'a trouvé que cinq fois des pustules ailleurs que sm- les jambes^ deux fois sur les cuisses, trois fois sur les fesses. La région antérieure et externe des jambes est le plus souvent atteinte.

La durée de l'ecthyma aigu ne dépasse pas généralement trois semaines ; dans l'ecthyma chronique, elle est subordonnée au nombre des éruptions successives et à l'état de la constitution des malades ; elle peut se prolonger des mois entiers (Dauvé).

IV. Traitement. — Le traitement de cette affection consiste, pour l'ecthyma aigu, dans l'emploi des topiques émolUents; Dauvé a eu recours avec succès à la teinture d'iode, d'abord mélangée de la moitié d'eau, puis pure, dans la forme chronique. Cet auteur préconise également l'application, sur les ulcérations, de bandelettes de diachylonlmbriquées.

F. — Le bouton d'alep, de biskra, de laghouat, de gafsa, etc.

Parmi les maladies cutanées comprises dans la statistique médicale de l'armée figure le bouton de Biskra.

Cette affection, observée dans certaines garnisons du sud de l'Algérie, est caractérisée par l'apparition sur un point des téguments, mais particulièrement aux membres et surtout à la face, d'une ou de plusieurs élevures d'apparence tuberculeuse, qui forment des ulcérations et se cicatrisent en laissant après elles des marques souvent indélébiles.

On lui a appliquée diverses dénominations, suivant le pays où elle a été constatée [bouton d'Alep, de Biskra, de Gafsa) ; mais on sait aujourd'hui qu'elle est une et semblable à elle-même, en Algérie comme en Syrie et en Tunisie, à Alep comme à Biskra et à Gafsa.

I. Historique. — On trouve les premières notions sur le bouton d'Alep dans les récits des voyages de Roussel (1756), d'Hasselquitz (1762) et de Volney (1787). Guilhou (1), qui avait accompagné Pariset en Orient, présenta comme tlièse à la Faculté de médecine de Montpellier (1833) une monographie sur le bouton d'Alep, dans laquelle il publia des observations recueillies sur lui-même.

Les expéditions militaires dirigées dans le sud de l'Algérie depuis l'occupation française ont fourni l'occasion aux médecins militaires d'étudier cette maladie dans les environs de Biskra et de publier un grand nombre de travaux sur cette affection. Nous citerons, parmi ces travaux, ceux de Cabasse (2), Bédié (3), Beylot (4), Massip (3), Quesnoy (6), Verdalle (7), Guyon (8),

(1) Guilhou, le Bouton d'Alep (Thèse de Monlpelliei-, n° 16i3).

(2) Cabasse, Relation de la captivité des Français chez les Arabes, Montpellier, 1848.

(3) Bédié, Essai de topographie médicale de Biskra, 1849.

(4) Beylot, Rec. demém. de méd. mil. 2" série, t. XI, p. 210.

(5) Massip, Etude sur le boulon de Biskra (même recueil, 2« série, t. XI).

' (6) Quesnoy, Relation médico-chirurgicale de l'hôpital de la Zaalcha {Rec. de mém. de méd. mil., 2« série, t. VI.

(7) Verdalle, Quelques Notes sur le climat des Zibans, Montpellier, 18S1.

(8) Guyon, Voyage d'Algérie aux Zibans, 1832, p. 199.

Armand (1), Bertherand (2), Netter (3), Sonner (4), Masnou (3), Hamel (6), Manolia et Arnould (7), Alix (8) et Weber (9).

En septembre 1883, un bataillon da 38° de ligne, partide Gafsa en Tunisie, où il avait séjourné dans les environs de cette localité, et où il avait offert de nombreux cas de la maladie, présenta à son arrivée au camp de Sathonay 23 cas de boutons formant des ulcérations ou des cicatrices (Depéret et Boinet) (10).

Il est fort probable, du reste, que le bouton de Biskra règne dans tous les oasis de la région saliarienne (Weber). Comme l'a noté Le Roy de Méricourt (11), cette maladie s'étend à l'état endémique chez un grand nomlire de populations disséminées dans une zone qui règne du Maroc, à l'ouest, jusqu'aux rives du Gange, à l'est, et qui est comprise entre le dixième et le quarantième degrés de latitude nord.

II. Étiologie. — La cause de cette éruption est restée longtemps obscure. Les auteurs ont invoqué, pour expliquer sa production, l'Irritation des glandes sudoripares parles poussières du désert, l'impaludisme, la syphilis, l'usage habituel des dattes dans l'alimentation, la consommation alimentaire d'eau chargée de sels magnésiens (Biskra) oubourlieuse et fétide (Alep).

D'après Alix, le clou de Biskra serait simplement un echtyma survenant chez les individus débilités par la chaleur tropicale et des sueurs abondantes. A. Laveran (12) s'est demandé si l'on ne pourrait pas incriminer la piqûre de quelques insectes qui pullulent dans les pays chauds.

(1) Armand, Médecine et hygiène des pays chauds, 1859, p. 420.

(2) Bertherand, Du Bouton de Biskra [Gaz. méd. de VAlr/érie, 1837).

(3) INeUer, De V Affeclion connue sous le nom de bouton de Bisicra, Strasbourg,

(41 Sonrier, Gaz. méd. de l'Algérie, 1837.

(5) Masnou, Du Bouton des Zibans [Gazette méd. de l'Algérie, 18o9).

(6) Hamel, Etude comparée du bouton d'Alep et de Biskra [Rec. de mém. de méd. mil., 3^ série, t. IV).

(7; Manoha et Arnould, le Bouton de Biskra à Laghouat [Gazette méd. de l'Algérie, 1860).

(8) Alix, Recueil de mém. de méd. mit., 1870.

(9) Weber, Recueil de mém. de méd. mil., 1876, t. XXII.

(10) Depéret et Boinet, du Bouton de Gafsa au camp de Sathonay [Arch. de méd. rnilit., 1886, t. m, p. 296).

(1 1) Le Roy de Méricourt, art. Bouton d'Alep, du Dictionnaire encycl. des sciences méd., 1« série, t. X, p. 412.

(12) A. Laveran, Maladies et épidémies des armées, p. 96.

En 1875, Vandike Carter, h Bombay, et, en 1876, Weber, en Algérie, n'ont pas hésité à attribuer la maladie à un végétal Ijarasite, qui se développerait dans le réseau lymphatique de la peau, qui vivrait dans le sol ou peut-être sur les dattes parvenues à maturité (Weber) , et que ce dernier observateur aurait retrouvé dans les produits de sécrétion de l'ulcération locale. L'inoculation des croûtes desséchées et réduites en poussière aurait été suivie de deux cas non douteux de cette affection.

Les recherches, faites par A. Laveran (1) et par Depéret et Boinet (2) n'ont pas confirmé l'existence de ce cryptogame. Les expériences instituées par ces derniers etparDuclaux (3) les ont portés à croire que celte affection résultait d'un micro-organisme du genre micrococcus, que les cultures permettent d'isoler, et dont l'inoculation sur l'homme et sur divers animaux reproduit une affection très analogue au clou de Gafsa. Mais Legouest et Larrey se refusent à considérer ce microbe comme étant le parasite producteur de l'éruption.

IIL Symptomatologie. — L'évolution complète du bouton présente quatre périodes, dont les caractères sont les suivants :

1° Période (T induration. — Apparition d'une petite élevure conique, acuminée, rougeâtre, indurée surtout à sa base, d'apparence tuberculeuse, ni vésiculeuse ni pustuleuse, et s'accompagnant d'une légère démangeaison.

2° Période de desquamation. — Formation au sommet du bouton de lamelles blanches, sèches, très minces, puis de squames épaisses et humides; suintement, par la pression, de sérosité transparente.

3° Période d'ulcération. — Destruction du derme sous-jacent, formation de larges croûtes, brunes, noirâtres, sous lesquelles se produit une ulcération, qui s'étend rapidement et s'offre bientôt à nu, par suite de la chute des croûtes; cette ulcération est irrégulière, taillée à pic, à bords déchiquetés; elle augmente en largeur et en profondeur et gagne le tissu cellulaire sous-cutané

(1) A. Laveran, Annales de clermatoloyie et de syphilif/raphie, 1880.

(2) Depéret et Boiiiet, loc. cil ., j). 323.

(3) Voy. Bullelin de l'Académie de méd. Séance du 10 juin 1884.

sans qu'on observe le moindre engorgement lymphatique et ganglionnaire.

^"Période de cicatrisation. — Diminution de l'écoulement séropurulent, détachement des croûtes et formation de bourgeons charnus qui, au bout de plusieurs semaines, finisssent par combler la perte de substance (Depéret et Boinet).

Le bouton est quelquefois unique; d'autres fois, il y en a plusieurs : IS à 21 fWillemin) (1), 23 (Hamel), 77 (Guilhou).

Sur 115 cas^ Depéret et Boinet ont noté quinze fois un seul bouton, vingt fois 3 ou 4, dix fois plus, mais jamais plus de 12 chez le même sujet.

Le bouton peut se développer sur tous les points de la surface du corps, mais il atteint particulièrement les mains, les jambes, le cou, la face. Il persiste plus ou moins de temps, six mois à huit mois, quelquefois un an, exceptionnellement plus d'une année. Il guérit spontanément et laisse une cicatrice gaufrée, non adhérente, légèrement déprimée, à couleur brune très persistante. Les deux principales complications observées sont les engorgements gangiionaires et les érysipèles (Weber).

IV. Traitement. — Les moyens employés contre cette affection cutanée ont paru inefficaces et môme nuisibles. Voilà pourquoi la plupart des auteurs conseillent l'abstention.

Cependant Asher (de Bagdad) et plus récemment Depéret et Boinet ont employé avec succès les cautérisations du fond de l'ulcèrO;, le premier au nitrate d'argent, les autres au fer rouge.

Weber recommande de s'abstenir d'excitants, principalement des eaux chaudes sulfureuses qui existent dans les environs de Biskra.

Quand il y a tendance à l'inflammation, il faut appliquer des émollients; quand le clou est situé dans un endroit soumis à des frottements, il faut le protéger par un pansement approprié. Dans ce cas, 'Weber s'est bien trouvé du pansement par occlusion avec l'étoupe goudronnée, laissée en place pendant quinze ou vingt jours.

Mais, dans un nouveau mémoire publié en 1884, il a donné la

(1) Willemin, Mémoire sur le boulon d'Alep, 18.o4.

préférence au pansement au sublimé au suivi de l'occlusion de l'ulcère par une feuille de caoutchouc ou de makintosch et a publié de nombreuses observations qui en démontrent les heureux effets (1).

G. — La gale bédouine ou licuen tropicus.

Il n'est pas rare d'observer sur nos soldats en Algérie une sorte de lichen, connue généralement sous le nom de gale bedoidnc, et qui n'est pas autre chose qu'une éruption produite par l'irritation de la peau causée par la sueur. Cette éruption, qui s'accompagne de démangeaisons souvent insupportables, occupe principalement les parties découvertes, les épaules, les bras, la poitrine ; elle est formée par de petites papules rouges, quelquefois par des vésicules qui apparaissent successivement et peuvent persister pendant plusieurs semaines (2).

(1) Voy. Weber, JVo/e sur le traitement du clou de Biskra {Arch. de médec. milit., 1884, t. IV, p. 407}.

(2) Voy. Dauvé {Recueil de méin. de méd. milit., 3« série, t. II, p. 37.

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