‹ Les maladies du soldatChapitre 181 sur 224 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

A. — Fréquence dans l'armée.

Les maladies des yeux sont nécessairement moins commnnes dans Farmée que dans la population civile, puisqu'un certain nombre de ces affections constituent, comme on sait, une cause d'exemption et de réforme.

Cependant, on observe parmi les soldats à peu près tontes les formes de maladies oculaires qui se présentent dans la population civile.

L'Instruction ministérielle du 17 mars 1890 sur l'aptitude phj/sique au service militaire éimmèï'QXQS nombreux cas de maladies et d'inflrmités de l'appareil de la vision qui nécessitent l'exemption et la réforme. Nous nous contenterons de mentionner parmi les suivants :

1° Tout vice ou toute lésion dos organes de la vision qui réduit l'acuité visuelle à distance au-dessous de l/:2 pour l'un des yeux et de 1/10 pour l'autre œil, ou qni rétrécit le champ visuel bin culaire du côté des tempes de plus de la moitié, à moins que ce vice ou cette lésion ne puisse être corrigé par des verres.

La myopie entraîne l'exemption et la réforme, quand elle est supérieure à 4 dioptries, quand l'acuité visuelle n'est pas ramenée par des verres correcteurs au moins à 1/2 pour un œil et 1/10 pour l'autre, quand les altérations de la choroïde sont assez étendues et assez profondes pour indiquer une myopie progressive, enfin quand il existe une asthénopie musculaire prononcée ou un strabisme divergent accompagné d'une diminution de l'acuité visuelle dans les limites précitées.

En 1885, année prise au hasard, sur 309000 jeunes gens appe-

lés par la conscription, les maladies des yeux ont nécessité 5299 exemptions, soit environ 12 à 14 pour 1000 conscrits (sans compter au moins 2000 altérations de la vue ou lésions oculaires ayant nécessité le classement des conscrits dans les services auxiliaires).

Pendant cette môme année, ces affections ont déterminé environ 3 réformes pour 1000 hommes présents.

Malgré ces nombreuses éliminations, effectuées avant et après l'incorporation, les soldats présentent encore un grand nombre de maladies oculaires, qui, pendant la période triennale (1885- 1887), ont été représentées, en moyenne, chaque année, par plus de 3000 cas (près de 6 cas pour 1000 hommes présents, en tenant compte des malades traités pour la même affection à l'infirmerie et à l'hôpital).

Les principales causes d'exemption ont été représentées en 1886 par les affections oculaires suivantes (1) :

Perte de la vue 167

Perte d'un œil 1560

Strabisme 286

Myopie 809

Autres maladies oculaires . . 1614

La myopie est intervenue à elle seule pour près de la moitié, des cas, au nombre de 1832, qui ont nécessité le classement dans les services auxiliaires.

Les causes de réforme pour maladies oculaires ont été repi'ésentées en 1890 par les affections suivantes (2) :

Blépliarite chronique . , 22

Ectropion, entropion 2

Rétrécissement des points et des conduits lacrymaux . . 4

Dacryocystite la

Fistule lacrymale 1

Kératite chronique 21o

Conjonctivite chronique 24

Ophtalmie purulente chronique 17

Iritis 10

Irido-choroïdito 14

Glaucome 2

(1) , Statistique médicale de l'armée en 1886.

(2) Statistique médicale de l'armée en 1890.

Choroïdite

Rétinite

Névrite optique . . .

Atrophie de la papille

Cataracte

Myopie

Hypermétropie. ...

Astigmatisme

Strabisme

Nystagmus

Amaurose, amblyopie

Total-

Il est bien regrettable que, depuis ces dernières années, la statistique médicale de notre armée ait confondu dans un môme groupe les maladies des yeux et des oreilles, au point de vue du nombre d'entrées occasionnées par ces affections à rinfirmerie et à l'hôpital. Cette confusion nous empèclie de déterminer la fréquence qu'offrent actuellement parmi les soldats les maladies oculaires.

Nous renverrons le lecteur pour cette étude spéciale aux ouvrages spéciaux et particulièrement, pour ce qui concerne l'application de l'ophtalmologie et de l'optométrie à l'armée, aux intéressants mémoires de Maurice Perrin (1) et de Chauvel (2).

Nous mentionnerons seulement dans ce chapitre les différentes formes de conjonctivites observées parmi les soldats, mais nous consacrerons une étude spéciale aux plus graves et aux plus communes de ces formes dans les armées, — nous voulons parler de la conjonctivite purulente et de la conjonctivite granuleuse^ qui, par suite de leur localisation bien marquée à certaines garnisons, ont été englobées par les auteurs sous le nom (ï ophtalmie militaire^ — puis à une maladie assez étrange, jadis fréquente dans les corps de troupes et qui a été décrite sous le nom à' héméralopie .

(1) Maurice Pemii, Examen des C07isc)nls au point de vue delà vision deininl les conseils de revision [Bec. de mém. de méd. milit., 1876, t. XXXUI, p. 1).

(2) Cliauve), Staiistique du service et des examens de la vision à l'école du Valde~Grâce de 1882 il 1884 inclus [Arch. de méd. milit., 1886, t. VII, p. 65). — Du même, Remarques statistiques et cliniques sur les examens des yeux pratiqués à l'itûpilal du Val-de-Grdce du l'^' septembre 1885 au l^' mars 1890 (même recueil, 1892, t. XIX, p. 169).

B. — Les conjonctivites en général.

L'inflammation franche et aiguë de la conjoncLive est commune parmi les soldats. Cette affection a fourni à elle seule, en 1890, 1705 entrées à l'infirmerie.

On la rapporte ordinairement à une influence météorique et cosmique, représentée par le froid et l'humidité {conjonctivile catarrhale) ; elle est habituellement bénigne, guérit presque toujours et ne nécessite que quelques jours de traitement à la chambre ou à l'infirmerie.

Sa fréquence parmi les soldats s'explique facilement par diverses conditions spéciales à la profession militaire (exposition au froid et aux intempéries, factions pendant la nuit, refroidissement éprouvé par le passage subit à l'air froid du dehors, de l'intérieur des corps de garde souvent trop chauffés et infectés par les poêles en fonte).

Un certain nombre de conjonctivites peuvent être considérées comme de nature infectieuse et semblent résulter de l'influence de l'air vicié des chambrées et de l'encombrement des casernes. Ce qui le prouve, c'est c{ue ces afi'ections apparaissent habituellement sous forme de véritables épidémies, qui présentent môme parfois une gravité assez marquée et donnent lieu à des complications redoutables, susceptibles de compromettre l'intégrité et le fonctionnement de l'appareil de la vision. Leur contagiosité est évidente ; elles offrent parmi les soldats un caractère exceptionnel de sévérité et de malignité qui leur a fait appliquer la dénomination ^ophtalmie militaire.

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