C. — L'ophtalmie militaire
L Fréquence dans l'armée. — L'ophtalmie militaire comporte trois formes principales : la conjonctivite puro-miiqueuse (Warlomont), que l'on considère généralement comme un degré plus avancé de la conjonctivite aiguë ou inflammatoire, dans lequel l'inflammation se traduit par une turgescence des papilles conjonctivales ; la conjonctivite purulente blennorrhagique, qui constitue une complication de la blennorrhagie ;
la conjonctivite granuleuse ou granulaire (Warlomont) (1).
Les ophtalmies granuleuses ou purulentes ont toujours été fréquentes dans les armées ; ce qu'on expliquait, par les conditions dans lesquelles est placé le soldat, par suite du métier des armes, de la vie des camps, du service de garnison, du mode de casernement. Si l'on ajoute à ces influences professionnelles et hygiéniques les blennorrhées oculaires cause uré- Ihrale, si communes parmi les soldats, on comprend facilement les énormes ravages causés à toutes les époques par ces maladies.
Celles-ci affectaient môme fréquemment la forme épidémique, comme l'ont noté plusieurs auteurs. Mais elles étaient localisées, ne se propageaient pas au reste de l'armée et disparaissaient rapidement.
C'est seulement depuis le retour des troupes françaises et anglaises de l'expédition d'Egypte, que ces ophtalmies ont pris dans la plupart des armées d'Europe une extension considérable, en s'accompagnant de productions néoplasiques spéciales {trachome), apparaissant sous forme de vésicules ou de granules tantôt disséminés et discrets, tantôt confluents, ou sous forme d'une infiltration générale de la conjonctive.
Cette maladie parut avoir été importée d'Egypte (où elle existait à l'état endémique) par les régiments français et anglais qui avaient pris part à l'expédition ; puis, elle se propagea aux autres armées européennes, où elle fit de grands ravages pendant la période des guerres du premier Empire (2).
Maison peut se demander, après l'enquête faite parL. Laveran et Lustreman (3), si la plupart des troupes étrangères qui ont été atteintes d'ophtalmie purulente, n'ont pas trouvé plutôtle germe de cette affection dans leur propre pays, où auraient existé certains foyers originels (Espagne, Italie, provinces danubiennes, Caucase, etc.), et cela indépendamment de toute importation égyptienne.
Dans tous les cas, il est probable que, pendant les guerres du
(1) Voy. Dictionnaire encycl. des sciences méd., 1881, 2« série, t. XV, p. 727.
(2) Voy. Decoudé, Histoire de l'ophtalmie dans les armées françaises, Paris,
(3) L. Laveran et lAXiivemAU, Rapport sur l'ophtalmie militaire (Rec.de mém. de méd. milit., 1862, t. XX, p. 14).
premier Empire, les troupes anglaises ont joué un rôle beaucoup plus important que les troupes françaises dans l'extension de la maladie parmi les autres armées européennes. Il est un fait certain, c'est qu'alors que l'ophtalmie purulente ne s'est point répandue dans la population civile en France, après la campagne d'Egypte, alors que de nombreux soldats, ayant pris part à cette campagne, rentraient dans leurs foyers, les troupes anglaises, infectées en Egypte à la même époque que les nôtres, ont transmis à leur retour la maladie aux garnisons de Malte (1801) et de Gilbraltar (1802), elles ont même subi (de 1804 à 1815) de nombreuses recrudescences épidémiques.
L'armée et la population françaises ont toujours ofl'ert, vis-à-vis de cette ophtalmie, un état réfractaire bien remarquable, en comparaison des autres armées et des autres nations étrangères. Nos troupes ont été préservées des atteintes du mal, alors qu'elles se sont trouvées, depuis la conquête de l'Algérie, par suite des relations continuelles et des communications faciles qui ont lieu entre la colonie et la métropole, dans des conditions éminemment favorables au développement de ces affections communes, comme on sait, au nord de l'Afrique. « Nos soldats, dit L. Colin (1) ont vécu presque indemnes pendant la guerre d'indépendance de la Belgique (j830-1831), en contact avec l'armée la plus infectée d'ophtalmie de toutes les armées européennes ; ils ont subi, sans plus d'inconvénients, en 1861, le contact de l'armée napolitaine à Gaëte et, en 1859-1860, celui de l'armée pontificale, dans laquelle les ophtalmies étaient très fréquentes. »
A côté de cette immunité remarquable présentée par l'armée française vis-à-vis de l'ophtalmie purulente, nous rappellerons la fréquence de cette affection dans la plupart des autres armées européennes.
Parmi ces armées, la plus éprouvée par elle est certainement l'armée belge, qui, sur un effectif de 40000 hommes qu'elle présentait en 1826, fournit aux hôpitaux 4157 ophtalmiques, soit un dizième de son effectif.
Pendant la guerre, qui aboutit à la séparation de la Hol-
(1) Voy. L. Colin, art. Morbidité militaire, p. 424.
lande et de la Belgique, un seul corps de troupes entretenu par cette dernière puissance, et dont l'effectif avait varié entre 9000 et 10000 hommes, ne présenta pas moins de 3600 ophtalmiques en un an (1).
Actuellement la fréquence et les caractères des affections oculaires dans l'armée belge se ressentent encore de l'époque à laquelle cette armée formait un des principaux foyers de l'ophtalmie militaire (Longuet) (5).
Ces affections sont également fréquentes dans l'armée allemande, où elles régnent à l'état épidémique (3) et dont la statistique médicale rapporte à la conjonctivite granuleuse 1463 cas en 1882-83 et 1338 cas en 1883-84.
Il en est de même pour les armées italienne et autrichienne. - Dans la première, les ophtalmiques ont été en 1887 de 33 pour 1000 hommes d'effectif (4) ; la seconde, qui est surtout éprouvée par les affections oculaires dans les localités des provinces danubiennes, fournit encore actuellement 10000 cas de conjonctivite simple et 2000 cas de conjonctivite trachomateuse (3).
Enfin l'armée russe est souvent atteinte également par des épidémies d'ophtalmie granuleuse (6). Chaque année, elle présente une proportion de maladies des yeux représentée par environ un trentième de son effectif (7).
(1) Voy. pour l'étude de cette (|uestion : Hairion, Comidéralions pratiques sur l'ophtabnie de l'année belge, Bruxelles, 1839; — Noie sur l'ophlalmie des armées [Annales d'occulislique, 1848, t. XX, p. 17); — Fallot, RecJierches sur l'ophtabnie qui régna dans les garnisons des Pays-Bas, Bruxelles, 1829; — du même. Epidémie d'ophtalmie à Namur en 1841-1842 [Annales d'ocnl., 1842, t. VI, p. ;j3, et 1843, t. IX, p. 152) ; — Vleminok, Notice sur rophtalmie de l'armée belge, 1827. — Rapports sur l'ophtabnie de l'armée belge. Bruxelles, 1834. — Warlomont, l'Ophtalmie militaire au Congrès oplitalmologique de Bruxelles, 1858, t. XXXIX, p. 193; — du même, l'Ophtalmie militaire à l'Académie royale de Belgique [Annales d'occulislique, 1859, t. XLI et XLII).
(2) Voy. Archives de méd. milit., 1889, t. XIV, p. 141.
(3) Voy. Lœffler, Die granulose Angenl;ranl;eiten in 5 Anne Corps wahrend des Quart. 1861 (Preuss Militararzf, 1861, ii» 10); — Prager, Die sogennante milit. ophtalmie von der K. med. Académie [Kœnigsb-Jahrb., 1862, t. III, p. 275).
(4) Gulz, De l'Ophtalmie qui règne dans l'armée italienne [Wien. med. Wochenschr, 1852, u» 27). — Quadri, Ophtalmie militaire dans l'Italie méridionale [Annales d'occulislique, 1861, t. XLIV, p. 2031).
(5) Voy. Arch. de méd. milit., 1890, t. XV, p. 127.
(6) Voy. Florio, Ophtalmies purulentes observées à l'hôpital militaire de Saint-Péter.i-bourg, Paris, 1841 ; — Reicli, Maladie des yeux dans les régiments du Caucase [Annales d'oculistique. 1842, t. VII ; 1844, t. XIV.)
(7) Voy. .'lrc/(. de méd. milit., 1887, t. X, p. 299.
Marvaud.
En 1880, le nombre des ophtalmiques clans cette armée s'est même élevé à 43073, près d'un vingtième de l'effectif!
Ce n'est guère qu'en Algérie que le médecin militaire a l'occasion d'observer l'ophtalmie granuleuse ; cette affection est commune parmi les Arabes (1), et pourtant sa propagation aux troupes françaises qui occupent la colonie est beaucoup moins fréquente qu'on pourrait le croire (2).
II. Etiologie. — Les principales influences, invoquées par les auteurs pour expliquer l'ophtalmie des armées sont représentées par l'irritation oculaire, déterminée, surtout dans les pays chauds (Égypte), par la chaleur atmosphérique, les poussières sablonneuses, l'intensité de la lumière, l'action de l'humidité et des brouillards, par laquelle Larrey expliquait la prédominance de cette affection sur les bords du Nil, parmi les sapeurs et les pontonniers qui étaient restés longtemps campés dans le voisinage de ce fleuve.
Il résulte des recherches faites par L. Laveran et Lustreman dans l'armée belge que la maladie y est surtout fréquente pendant les mois d'août et de septembre, avec minimum en janvier "et en février.
Certains auteurs ont fait jouer un rôle prédominant à la viciation de l'air et à l'encombrement; ainsi, cette influence a été invoquée par Fournier (3), pour l'épidémie survenue à bord du vaisseau V Inflexible.
Mais ces conditions météoriques et hygiéniques n'exercent guère qu'une action secondaire ou adjuvante sur le développement de la maladie, caria véritable cause déterminante de l'ophtalmie granuleuse est représentée par la contagion.
Celle-ci peut être immédiate et s'opérer par l'application sur la conjonctive du produit de la sécrétion de la muqueuse oculaire, au moyen des essuie-mains, des récipients communs servant au lavage du visage, des doigts mal nettoyés ; ou bien médiate et se produire à distance par infection de l'atmosphère
(1) Voy. ChampouiUon, Quelques Remarques sur l'op/ifalmie alfjérieime (Gaz. méd. de l'Algérie, 1868, ii" 6); — Cuignet, Ophtalmie algérienne, Lille, 1872.
(2) Mathis, Etude sur l'aphtalmie granuleuse en Algérie (Rec. de mém. de méd. mllit., 1876, p. 440).
(3) Fournier, Arch. de méd. navale, 1871^ t. XVi,
LES MALADIES DES YEUX 7oo
ambiante, principalement dans les locaux encombrés et mal aérés.
Le rôle de l'encombrement a été bien mis en lumière dans l'armée belge, où les cas d'ophtalmie subissent une augmentation notable toutes les fois que, par suite de l'incorporation des contingents, on est obligé de dépasser l'efTectif réglementaire logé dans les casernes.
L'ophtalmie purulente peut être transportée à une certaine distance par les malades, qui peuvent devenir eux-mêmes le point de départ de foyers épidémiques secondaires, comme on l'a observé en Belgique et en Allemagne, après le renvoi de soldats ophtalmiques dans leurs pays.
La nature du contage est inconnue. Celui-ci paraît contenu dans les corpuscules purulents qu'ofl're la matière sécrétée par la muqueuse oculaire (Van Roosbroec]^.) ; il est représenté très probablement par un microbe, qui n'a pas encore été isolé ni décrit par aucun observateur.
Cette affection n'est peut-être qu'un degré avancé de l'ophtalmie catarrliale (Vleminck, Lustreman), qui peut aboutir à la formation de granulations susceptibles d'engendrer la purulence de la conjonctive. Ce qui le prouve, c'est que dans les épidémies d'ophtalmie catarrhale on voit souvent les individus atteints de granulations de la conjonctive oll'rir au bout de quelque temps les symptômes de l'ophtalmie purulente ; c'est ce qui a eu lieu, par exemple, dans cette épidémie, observée en 1869, à Brest, par A. Fournier, à bord du vaisseau-école des mousses, et dans laquelle, sur 700 cas, 12 offrirent les caractères et la gravité de l'ophtalmie purulente.
Comme toutes les maladies infectieuses, l'ophtalmie granuleuse atteint de préférence les jeunes soldats : on a remarqué en Belgique une dhninution marquée de cette affection depuis que l'appel des milices à l'activité a lieu à vingt et un ans, au lieu de dix-huit.
in. Etude clinique. — On distingue dans l ophtalmie des armées deux modes d'apparition différents, suivant que cette maladie est ou n'est pas précédée de granulations.
Quand elle se déclare sans granulations antérieures, elle offre des symptômes et une évolution analogues à ceux de la conjonc^
tivite blemiorhagique par inoculation. Elle se manifeste par une inflammation violente de la muqueuse conjonctivale, caractérisée d'abord par de la rougeur de la région palpébrale, puis par une suppuration considérable et par certaines lésions de la cornée.
Mais, le plus habituellement, on constate à la surface de la muqueuse palpébrale des granulations, apparaissant d'abord sous forme de petites vésicules rougeâtres, groupées ouéparses, qui restent longtemps indolentes, mais qui, à un moment donné, peuvent donner lieu à une inflammation excessivement vive, avec les caractères assignés à la première forme.
Suivant Warlomont (1), ces proéminences ne seraient souvent pas autre chose que les papilles de la conjonctive palpébrale, hypertrophiées par l'inflammation. Elles auraient pour caractères de se présenter le plus souvent à l'état aigu, de s'accompagner d'un produit de sécrétion susceptible de transmettre la maladie qui lui a donné naissance, de pouvoir disparaître sans laisser d'altération dans la trame du tissu conjonctival, à la surface de laquelle elles se sont montrées.
Indépendamment de ces granulations hyperplasiques ou granulations fausses, il existe d'autres granulations, que Warlomont désigne sous le nom de granulations vraies (trachôme) ; elles constituent des produits néoplasiques, se développant à la surface ou dans la profondeur de la conjonctive, se présentant toujours sous la forme chronique, pouvant rester latents pendant un temps plus ou moins long, et cachés dans l'épaisseur de la conjonctive, mais apparaissant rapidement à l'occasion d'une irritation portée sur cette membrane (Hairion) (2).
IV. Prophylaxie. — Nous empruntons à Warlomont (3) les lignes suivantes, dans lesquelles sont résumées les mesures prophylactiques prescrites par le Congrès d'ophtalmologie de
(1) Voy. Warlomont, art. Ophtalmie du Diclionnaive encycl, des sciences méd., 1881, 2= série, t. V, p. 682.
(2) Voy. Hairiou, Anafomie path. des granulations palpébrales [Annales d'oculisiique, 1850, 4<! série, t. XXIII).
(3) Voy. Warlomont, Congrès d'opfitalmologie de Bruxelles, Paris, 1838. pp. 492.
Bruxelles, en 1857, pour combattre l'ophtalmie granuleuse dans l'armée :
« On doit ordonner dans les corps des visites fréquentes, sévères et minutieuses, traiter les hommes atteints de granulations dans des locaux séparés, bien aérés, et qu'on aura soin d'évacuer à certaines époques, pour pouvoir les désinfecter à fond ; il faut désinfecter les linges, les effets et la literie et diriger les malades à leur sortie de l'hôpital (s'ils sont complètement rétablis), sur leur corps, où ils continueront à être soumis à une surveillance spéciale ; ou bien sur un établissement spécial, s'ils sont jugés impropres au service. Afin d'empêcher la propagation et l'aggravation de la maladie, il faut éviter l'encombrement dans les casernes, en donnant aux hommes au moins 20 mètres cubes d'air et en y entretenant un air pur ; il faut veiller à la propreté et empêcher toute relation entre les corps infectés et ceux qui ne le sont pas ; on doit préserver les soldats des refroidissements, de l'action d'une lumière ti'opvive et d'une atmosphère chargée de poussières. On installera dans les casernes des lavabos avec robinets, permettant aux hommes de se laver isolément, et munis pour chacun d'eux d'un essuiemains ; on visitera les soldats avec soin, avant leur rentrée dans leurs foyers, en retenant ceux qui pourraient transmetti-e la maladie, en soumettant les hommes sains, sortant d'un foyer d'infection, à des ablutions savonneuses, et en désinfectant tous les objets dont ils se sont servis. »
D. — l'héméralopie.
On sait que les auteurs désignent sous le nom à.'héméralopie un état pathologique de la vision observé jadis fréquemment parmi les soldats et les marins, et caractérisé par l'impossibilité plus ou moins complète de voir la nuit, alors que, pendant le jour le sujet qui en est atteint ne s'aperçoit d'aucun trouble spécial.
On distingue une héméralopie idiopathiqiie (quand l'œil est indemne de toute lésion), et une héméralopie sijnvpfomatique (quand la maladie s'accompagne de certaines lésions oculaires).
On désigne encore cette maladie sous le nom de cécité nocturne.
I. Evolution épidémique dans les milieux militaires. — Depuis 1845 jusqu'en ces dernières années, l'héméralopie a été observée, sous forme épidémique, par un grand nombre de médecins de l'armée et de la marine.
Le premier document précis concernant l'apparition de cette maladie dans les armées remonte à 1756, année pendant laquelle la garnison de Montpellier en présenta 70 cas. Quelques années après, elle fut observée à Strasbourg (176:2), à Besançon, à Embrun, à Mont-Dauphin, à Schelestadt, à Tout, à Lille (1782). En 1816 les troupes étrangères, campées sur la frontière de l'Est, en offrirent plusieurs cas (Larrey.)
Enfin, à une époque plus rapprochée de nous, nous citeronsles épidémies qui sévirent, en 1833, sur les garnisons de Belfort, de Neuf-Brisach, de Colmar, de Strasbourg et de Mont-Dauphin (Poullain, Deconihout) ; en 1837-38-39, sur les garnisons de Metz, de Strasbourg (Valette) (1) et de Verdun ; en 1847 sur celles de Paris, de Metz et de Strasbourg ; en 1852-53-54. à Besançon ; en 1853 à Wissembourg ; en 1854 à Strasbourg ; en 1856-1837 à Lyon, à Montpellier, à Avignon, à Marseille et en Corse. Ces épidémies ont été beaucoup plus communes dans l'Estque dans l'Ouest de la Finance, où seulement quelques cas ont été signalés à La Rochelle et à Belle-Isle.
Depuis une vingtaine d'années, l'héméralopie est devenue beaucoup plus rare dans l'armée française, et les statistiques médicales ne mentionnent guère plus, chaque année, que quelques cas de cette maladie, survenus épidémiquement dans certaines garnisons de l'intérieur (Nancy en 1883, Belfort en 1884, Lunéville et Épinal en 1883, Dunkerque en 1886, Remiremont, Épinal et Dijon en 1887, Nancy en 1888). Les statistiques correspondant à ces deux dernières années n'en indiquent que 27 cas (1889) et 33 cas (1890) traités à l'infirmerie.
On peut donc considérer cette maladie comme tendant à disparaître de nos garnisons.
(1) Valette, Note sur la iialure de l'héméralopie ( Recueil de mémoires de méd. mil., 1840, t. XLIX, p. 120.)
L'héméralopie a été, pendant la période comprise entre 1850 et 1870, l'objet de nombreux travaux, publiés la plupart dans le Recueil de mémoires de médecine militaire^ et que nous utiliserons pour l'étude de celte maladie (1).
Ce qu'offre de remarquable l'héméralopie épidémique, c'est que cette affection n'a guère été observée que parmi les soldats et dans certains groupes isolés de la population civile, tels que les couvents, les pénitenciers et les prisons.
Cette affection n'est, du reste, pas exclusive à l'armée française ; elle a été signalée aussi dans les armées étrangères, principalement en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en Portugal, en Italie, en Russie et en Amérique (2).
Sa fréquence a été notée également parmi les marins, à bord des navires, surtout dans les pays chauds, et elle a été, de la part de nos confrères de la llotte, l'objet d'intéressantes observations (3).
(1) Deconihout, Observalions d'Iiéméralopre recueillies à Mont-Dauphin {Recueil de mémoires de médecine militaire. IS'i'i, t. XXXVI, p. 76-90). — Biard, Mémoire .sur l'héméralopie et son traitement par le nitrate d'ar;/ent (même recueil, t. XLIX, 109, 120). — Valette, Note sur la nature et le traitement de l'héméralopie (même recueil, 1840, t. XLIX, pp. 120, 129). — Netter, Considérations sur l'/iéviéralopie. (Gaz. méd. de Paris, 1845, 2» série, t. XIII, pp. 132, 137). — Patézon, De l'Héméralopie considérée surtout chez les soldats, Paris, 1831. — Baizeau, iVo/e sur le traiteuient de l'héuiéralopie {Union médicale, 1838). — L. Laveran, Sur la Nature de l'Iiéméralopie, Paris, 1858 {Recueil de mémoires deméd., 2<: série, t. XXI, pp. 233, 228). — Netter, Letti'e sur l'héméralopie {Union méd., 1838, t. III, p. 396).
— Du Traitement de l'héméralopie par l'obscurité {ibidem pp. 450, 433). — Note sur l'héméralopie épidémique {Gaz. méd. de Strasbourg, 1838, t. XVIII, pp. 197, 200). — Baldy, De l'Héméralopie épidémique, Strasbourg, 185. — Vallin (E), De riléméralopie symptomatique {Moniteur des hôpitaux, 1859, t. VII, pp. 381, 583)
— Coiudet, A propos de l'héméralopie {Gaz. hebdo)nadaire de méd., Paris, 1860, 2° série, p. 471). — Weber, Recherches sur l'héméralopie épidémique de l'armée {Rec. de mém. de méd. mil., 1860, 3^ série, t. III, pp. 122, 139). — Baizeau, De l'Héméralopie épidémique (même recueil, 1861, t. VI, pp. 81, 177).— Villemin, 7)e l'Altération épithéliale de la conjonctive dans l'héméralopie {Gazette hebdomadaire, 1863, t. X, p. 332).
(2) Voy. Gayet, art. Héméralopie du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. XIII, p. 145.
(3) Voy : Guémar, Considérations sur l'héméralopie observée sur la frégate « l'Alcesfe » ; Campag-ne de l'océau Pacilique eu 1834-56 {Comptes rendus de la Société de biologie, 1857, t. XXX, p. 94) ; — Ouvrard, Quelques Remarques sur riléméralopie observée à bord du « Lavoisier » pendant une campagne en Océanie, 1858 ; — P.ivière, Etude sur l'héméralopie observée à bord de la corvette « la Cordelière » pendant une campagne dans la mer des Indes, 1838-61 ; Montpellier, 1864 ; — Nozeran, De l'Héméralopie des pays chauds; Montpellier, 1865 ; — Gomme, De l'Héméralopie épidémique observée à bord de l'aviso « le Limier pendant la campagne de l'Océan Pacifique, 1876; Paris,
Dans l'armée comme dans la marine, la maladie épargne presque toujom-s les officiers et même les sous-offlciers, et sévit de préférence sur les simples soldats.
Dans nos garnisons de l'intérieur, les épidémies d'héméralopie surviennent surtout pendant le printemps (en mars et avril), plus rarement en automne ; on peut considérer ces dernières comme la continuation des épidémies de printemps, qui, affaiblies pendant l'été, prendraient de l'énergie vers le mois de septembre (Baizeau). La maladie frappe pendant plusieurs années de suite les mômes régiments, lors môme que ceux-ci ont changé de garnison.
On a signalé la coïncidence de l'héméralopie avec les oreillons à Épinal en 1883, et avec les oreillons et la scarlatine à Dunkerque en 1886 ; dans cette dernière garnison, on a noté qu'aucun des malades qui avaient eu les oreillons ne fut atteint d'héméralopie.
Dans l'épidémie qui sévit au 10" régiment de hussards, en 1888, à Nancy, et qui fournit 22 cas (mai et juin), 13 des hommes atteints d'héméralopie étaient casernes dans la partie du casernement qui donnait sur le Champ de Mars, où avaient eu lieu des travaux de terrassement, auxquels, du reste, la plupart des cavaliers avaient concouru.
II. Etiologie. — Les différentes causes invoquées pour expliquer l'apparition des épidémies d'héméralopie dans l'armée peuvent être réparties en deux groupes principaux, comprenant des causes générales et des causes particulières.
Parmi les premières figurent toutes les influences qui peuvent amener un affaiblissement de la constitution, un état de misère physiologique, telles qu'une alimentation insuffisante, des excès de fatigue, le surmenage. Ce qui donne une certaine confirmation à cette explication étiologique, c'est la rareté, signalée particulièrement par L. Laveran (1), de l'héméralopie parmi les sous-officiers et surtout les officiers ; puis la coïncidence, observée par les médecins de la marine, de cette maladie avec le scorbut, coïncidence si fréquente que quelques médecins
(1) L. Laveran, Note sur la nature de l'héméralopie {Recueil de mémoires de méd. ?nil., 18S8, 2' série, t. XXI, p. 233).
l'ont considérée comme une complication de cette affection (Kattner, OUivier, Rivière, Pirioo) (1).
Plusieurs auteurs : Strauss, Gorecki, Cornillon, Parinaud (2), Mouly (3), Carpentier (4), ont signalé la fréquence de Théméralopie chez les sujets atteints de maladies du foie.
Cette affection pourrait même, suivant Gubler, survenir api'ès un grand nombre de maladies aiguës (diphtérie, fièvre typhoïde, dysenterie, etc).
L'influence exercée par les causes directes sur l'insensibilité de la rétine paraît beaucoup mieux démontrée. Les auteurs ont invoqué parmi ces causes, suivant les régions où ils ont recueilli leurs observations, l'action résultant d'une trop vive lumière, du brillant éclat du soleil, particulièrement dans les régions tropicales (Sam son, Siebel, Fonssagrives, Colin); la réverbération de la lumière sur la neige, en Russie, en Suède et en Norvège (Nélaton), et sur le sable, comme à Aden (Chaussonet), sur les murs blanchis à la chaux. Malheureusement, les médecins de l'armée sont loin d'être favorables à cette explication ; quelquesuns môme croient devoir invoquer une influence toute con traire, ainsi celle des marches et des factions pendant la nuit (Weber) (5), la succession de la fraîcheur des nuits à la chaleur du jour (Icard) (6), l'humidité (Baizeau) (7).
Les observations faites dans notre armée pendant ces dernières années sont également contraires à l'explication précédente. Elles indiquent, en effet, la prédominance de l'héméralopie au printemps et sa coïncidence avec les temps humides et pluvieux, avec un ciel couvert (8).
(1) Piriou, Considérations sur l'héinéralopie el sur le scorbut {Arch. de médecine navale, 1865, t. IV, p. 403).
(2) Parinaud, De l'Héméralopie dans les affections du foie {Arch. gén. de méd., 1881, t. I, p. 403).
(3) Voy. Mouly, Contrihution à l'étude de l'héméralopie dans les affections hépatiques ; P;\nfi, 1881.
(4) Carpentier, Etude d'un cas d'iiérnéralopie dans le cours d'une cirrhose hyper Irophique {Arch. d'opt., 1884, t. IV, p. 370).
(5) Weber, Recherches sur l'héméralopie épidémique dans l'armée {Recueil de mémoires de médecine militaire, 1860, 3<î série, t. III, pp. 122, 139).
(6) Icard, Note sur quelques cas d'héméralopie observés à l'hôpital des Colinettes (Mém. de la Société des sciences médicales de Lyon, 1862-63, t. II, p. 137.
(7) Baizeau, De l'Héméralopie épidémique {Rec. de méd. mil., 1851, série, t. VI, pp. 81, 177).
(8) Voy. Statistique médicale de l'armée en 1886 et en 1887.
L'influence de la lune sur le développement de la maladie notée par quelques médecins de la marine, n'est nullement démontrée (Chaussonet, Leroy); au contraire, sa clarté apporterait aux héméralopes un véritable soulagement.
On voit combien l'étiologie de l'héméralopie paraît obscure ; le seul fait qui semble résulter de l'ensemble des observations recueillies dans l'armée, c'est que cette affection est une résultante de causes générales, parmi lesquelles figure en première ligne la débilitation de l'organisme, et de causes directes, en tôte desquelles il faut mentionner l'influence produite sur l'impressionnabilité de la rétine par certains agents irritants (lumière trop vive). Ces conditions étant réduites actuellement à leur minimum dans l'armée française, on comprend pourquoi cette maladie a disparu presque complètement parmi nos soldats.
IIL Etude clinique. — Nous avons eu très rarement l'occasion d'observer des héméralopes. Nous empruntons à Gomme (i) la description suivante :
Les malades atteints d'héméralopie sentent, au moment du coucher du soleil, un nuage qui s'interpose entre leurs yeux et les objets environnants, et qui s'épaissit progressivement. Ils ne voient que les parties les plus éclairées des objets ; ils ne distinguent plus leurs formes et bientôt plus rien. '
Cette cécité, se reproduisant régulièrement au moment du crépuscule, a fait croire à quelques auteurs qu'il s'agissait d'un symptôme périodique et intermittent, pouvant être rattaché peut-être à une forme larvée du paludisme. Mais c'était une erreur, car on a constaté qu'on pouvait produire artificiellement et pendant le jour le même phénomène, en mettant un héméralope dans une chambre dont on diminuait progressivement la lumière.
Souvent l'héméralopie s'accompagne d'une espèce d'hémiopie, et la partie inférieure du champ visuel s'obscurcit et diminue de plus en plus. Quelquefois il y a de la diplopie.
Il est rare que la maladie débute brusquement ; habituellement, la vue se trouble le soir, d'abord pendant un quart
(1) Comme, Quelques Considérations sur l'héméralopie épidémique, Paris, 1879 .
d'heure ou une demi-heure, plus longtemps le second jour, et enfui pendant la niiil. La dilatation pupillaire ne survient généralement qu'au bout de quelques jours ; elle est suivie, au bout de quinze jours à un mois, de larmoiement et de sécrétion mucoalbumineuse ; enfin de myopie et de pliotophobie.
Dans l'épidémie qui sévit sur la garnison de Remiremont, en 1887, les malades, tout en présentant un larmoiement considérable et de la dilatation des pupilles, voyaient en rouge éclatant les objets éclairés (1).
La durée de la maladie est très variable ; elle oscille entre dix à douze jours (Boudet). La guérison est la règle; rarement l'héméralopie se termine par de l'amaurose (Audouit) ; cependant, quelques médecins de la marine (Dutrouleau, Rivière, Martialis) ont constaté quelquefois une cécité incurable. Cette affection offre une grande tendance à récidiver.
Parmi les symptômes objectifs observés par les auteurs dans l'héméralopie, il faut signaler : de la dilatation et de la paresse pupillaires (Coquerel) (2), de la conjonctimte (Ghaussonetj, de la bUpharite catnrrhale (Gosselin), du gonflement avec injection dis paupières [Omvàvà).
Bitot (3) a appelé l'attention sur certaines lésions qui, suivant lui, auraient une grande importance au point de vue du diagnostic de cette maladie, et dont la plus fréquente serait représentée par une lésion conjonctivale placée aux extrémités du diamètre horizontal de la cornée, mais généralement en dehors, consistant en une tache de couleur nacrée argentée, de forme triangulaire, à sommet externe, et d'autant plus étendue que la maladie serait plus accusée ; son étendue serait même en rapport avec la marche de la maladie, grandissant et décroissant avec elle.
Villemin (4) a confirmé les observations de Bitot. Quagliano(r))
(1) Voy. Statistique médicale de l'armée en 1S8T.
(2) Coquerel, De la Cécité nocturne, Paris, 1849.
(3) Bitot, Lésion conjonctivale non encore décrite, coïncidant avec l'héméralopie (Gaz. hebd., 1862, t. X, p. 284).
(4) Villemin, De l'Altération épithéliale de la conjonctive dans l'héméralopie [Gaz. helnl., 1863, p. 332).
(5) Cité par Gayet, art. HiîMÉitALOi>iE du Dictionnaire enci/clopédicjue des Sciences médicales, 4« série, t. XllI, p. 131).
a observé chez trente soldats, provenant du camp d'instruction de Somma, et en traitement pour héméralopie épidémique dans les salles de l'hôpital del Monastario Maggiore de Milan, diverses lésions des membranes profondes de l'œil : teinte grisâtre de toute la surface de la rétine, surtout au pourtour de la papille et autour des vaisseaux rétiniens, avec augmentation de volume des artères centrales, suivie au bout de quelque temps de leur diminution ; ces lésions pourraient même aboutir à mi certain degré d'atrophie papillaire.
Des lésions analogues ont été décrites plus récemment par Martialis (1) (anémie des artères de la papille, gonflement des veines, altération pigmentaire de la choroïde, injection de la papille) et par Poncet (5).
Le diagnostic est impossible à établir, quand la maladie est idiopathique (Chaussonet).
L'héméralopie était autrefois assez souvent simulée par les soldats désireux de se soustraire aux obligations du service militaire. Nous en avons eu, pour notre part, un certain nombre d'exemples sous nos yeux. Actuellement, elle est, comme on sait, devenue très rare dans l'armée.
Les simulateurs ont parfois recours à l'instillation de l'atropine dans les yeux pour dilater leurs pupilles ; dans ce cas, on reconnaît facilement la fraude, car cette dilatation n'atteint jamais, chez les véritables héméralopes, le degré que produit l'atropine.
On peut employer également le stéréoscope; on augmente et on diminue la quantité de lumière projetée sur l'objet à examiner, placé dans le stéréoscope, tout en laissant le malade dans une chambre bien éclairée ; on obtient alors des épreuves contradictoires, qui permettent de confondre le simulateur (3).
IV. Prophylaxie et traitement. — Les moyens prophylactiques, qui peuvent être recommandés pour prévenir le dévelop-
(1) Martialis, Mémoire sur l'héméralopie [Archives de méd. navale, 1868, t. IX).
(2) Poncet, Noie sur l'héméralopie [image ophlabnoscopique), Comptes rendus de la Société de Biologie, 1882, 7^ série, t. III, p. 137).
(3) Faucon, De l'Héméralopie épidémique observée au point de vue de la simulation [Journal d'optit., 1892, t. I, p. 358). — Abadie, art. Héméralopie (Un Dictionnaire de méd. et de chir. pratiques, 1873, t. XVII, p. 362,
pement de Théméralopie dans l'armée, découlent naturellement de l'étude des causes antihygiéniques invoquées précédemment pour expliquer cette maladie (alimentation insuffisante et défectueuse, exposition au refroidissement et à l'humidité pendant la nuit; excès de fatigue, marche de nuit). C'est à l'amélioration de l'hygiène du soldat que l'on doit rapporter en grande partie la diminution progressive et rapide de l'héméralopie constatée parmi les troupes françaises.
Les moyens de traitement employés contre elle sont nombreux; nous nous contenterons de mentionner les fumigations avec une décoction bouillante de foie de bœuf, préconisées par Fonssagrives, Baizeau et Jobit, en France, et par Quagliano et Fumagalli, en Italie, et aujourd'hui abandonnées.
L'emploi de l'huile de foie de morue (deux cuillerées à bouche le matin, à jeun), tel que l'a prescrit Despont (1), s'est généralisé dans l'armée et a semblé amener des guérisons au bout de cinq jours de traitement. Il en est de même des toniques (fer, quinquina), dont l'action a pour but de combattre la débilitation générale de l'organisme.
Les émissions sanguines, les purgations répétées, le calomel, peuvent être indiqués pour décongestionner la choroïde. On a préconisé, dans ces derniers temps, le lavage des yeux, deux fois par jour, avec une solution d'acide borique (4 0/0), etVanmerris s'est bien trouvé, pour quelques cas observés par lui dans la garnison de Dunkerque, de l'application sur les paupières d'une solution de nitrate d'argent au ceutième. Galezowski (2) recommande l'emploi du collyre d'ésérine (0 gr. pour 10 gr.), dont il a obtenu de bons résultats.
Enfui il est un moyen qui a attiré, il y a quelques années, l'attention des médecins de l'armée, et qui a été préconisé par Netter (3) : c'est la soustraction complète des liéméralopes à la lumière, par leur séjour prolongé dans des cabinets ténébreux.
(1) Despont, Trailemenl de l'Iiéinéralupie par l'Iiuile de foie de morue à l'inlérieiu\ Paris, 1863.
(2) Galezowski, Gazelle des liôptlaux, 1869.
(3) Netter, Dji Traitement de l'Iiéméralopie par l'obscurité (Union médicale 1858, t. XII, p. 450). — Du même. Cause nocturne et traitement de l'héméralopie (Annales d'Hygiène, 1858, 2" série, t. X, p. 207) ; Noie sur l'héméralopie épidéinique (Gazette médicale de Strasbourg, 1858, t. XVIII, p. 196).
Notre confrère, attribuant la maladie à raccumulation autour de la papille d'un pigment fourni d'une façon exagérée par Faction d'une lumière intense et continue, a considéré le séjour dans l'obscurité comme pouvant favoriser la résorption de ce pigment.
Le moyen indiqué par Netter m'a paru excellent pour guérir les simulateurs, pour lesquels un maintien rigoureux dans les cabinets noirs est aussi répugnant que l'ingestion forcée d'huile de foie de morue.
On peut rapprocher de ce mode de traitement l'occlusion permanente des yeux employée avec succès pendant l'épidémie survenue en 1886 dans la garnison de Dunkerque, et qui amena la guérison des malades en moins de quinze jours.