CHAPITRE m
LES ACCIDENTS PRODUITS CHEZ LE SOLDAT PAR l'aGTION DE LA CHALEUR OU DU FROID
C'es t principalement pendant les marches et en campagne que le soldat est exposé accidentellement aux effets morbides et même meurtriers qu'entraîne l'excès de chaleur ou de froid.
Les accidents occasionnés par une haute température de l'atmosphère se généralisent atout l'organisme et se manifestent par des formes pathologiques assez variées, auxquelles on a appliqué les dénominations de coups de chaleur, de coup de soleil et diinsolation.
Les accidents causés par le froid sont locaux et portent alors le nom de congélations, ou bien généraux et sont habituellement décrits sous le nom A' asphyxie par le froid, ou de congélation générale.
Nous étudierons ces deux groupes séparément.
A. — L'insolation.
On sait qu'on désigne sous les dénominations de coup de chaleur, coup de soleil, insolation, les accidents plus ou moins graves qui résultent de l'action exercée sur l'organisme par la chaleur atmosphérique, naturelle ou artificielle.
L Fréquence dans l'armée. — Ces accidents ont été observés depuis longtemps parmi les troupes en marche.
On trouve mentionnées dans les auteurs anciens certaines précautions prises dans les armées romaines pour préserver les soldats de l'excès de chaleur; et les historiens des croisades décrivent les accidents attribuables à cette cause, et auxquels
furent exposées les troupes envoyées en expédition en Syrie et en Palestine.
Plus tard, Baerhaave, Pringle, StoU, Sauvages, étudièrent sous les noms de phrenitis, de carm ab insolat.ione, divers troubles fébriles déterminés par une chaleur ardente, mais qui furent observés principalement dans les pays chauds (Celle, Moreau de Jonnès). Après la conquête de l'Algérie, l'attention des médecins militaires [Boudin (1), Haspel (2), Guyon (3)] fut appelée sur leur fréquence dans notre colonie africaine, où ils furent décrits sous les noms de coup de soleil et ù.' insolation. De leur côté, les médecins de l'armée anglaise [Taylor (1843), Morehead (1838), Longmore (18S9), Barclay (1838-60), Stupler (1868)] les observèrent fréquemment aux Indes, et nos confrères de la marine les étudièrent avec soin, soit dans nos colonies, soit à bord des paquebots et des bâtiments-transports, principalement pendant la traversée de la mer Rouge.
En même temps, quelques observateurs (Brucke, Kuhne, Schiff, Eulenberg, Ch. Bernard, Vallin) (4) étudièrent au point de vue expérimental le mécanisme de l'insolation et de la mort qui en était si souvent la conséquence.
Ces expériences confirmèrent la distinction faite par certains auteurs entre ces accidents, suivant qu'ils résultent de l'action directe des rayons solaires sur la tête [coup de soleil), ou bien de l'action générale exercée par la chaleur extérieure sur l'ensemble de l'organisme [coup de chaleur).
Enfin, dans ces dernières années, un certain nombre de cas d'insolation ont été observés dans quelques troupes en marche, môme dans les garnisons de l'intérieur et surtout pendant les manœuvres.
Parmi les travaux les plus complets consacrés à cette question
(1) Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales et des maladies endémiques, Paris, 1837, t. I, p. 597.
(2) Haspel, Maladies de l'Algérie, Paris, 1832, t. II, p. 407.
(3) Guyon, Des Accidents produits par la chaleur dans l'infanterie en marche [Gazette médicale de Paris, 1867, p. 604).
(4) Vallin, Du Mécaîiisme de la mort par la chaleur extérieure {Archives générales de rnédecine, décembre 1871 et janvier 1872). — Du même. Recherches expérimentales sur l'insolation et les accidents produits par la chaleur (même recueil, février 1870).
ACCIDENTS PRODUITS PAR l'aCTION DE LA CHALEUR ET DU FROID 829
intéressante de médecine militaire, nous mentionnerons les mémoires de Lacasagne (1) et d'Héricourt (2), auxquels nous ferons de nombreux emprunts.
Actuellement encore, il n'y a guère d'années où la statistique médicale de l'armée ne signale parmi les troupes françaises, en France comme en Algérie, divers accidents et même cjuelques décès imputables à la chaleur ; c'est ce qu'indique le tableau suivant correspondant à la statistique des trois dernières années (1888-89-90) :