RANG
1886-90 (5 ans)
Lille
Rennes
Orléans
Toulouse
Clermont
Paris
Nantes
Tours
Marseille
Montpellier
Limoges
Bien qu'on ne constate pas de similitude parfaite entre les indications contenues dans les deux colonnes de ce tableau et que les localités qui y sont inscrites ne figurent pas toujours au même rang dans l'échelle de la mortalité (1), cependant on peut remarquer que, dans quelques villes, l'armée et la population
(1) Ainsi Lille, (.(ui paraît très privilégié au poiut de vue de la léthalité militaire, n'arrive qu'au li" rang quand on envisage la mortalité civile; Cliàlous, qui occupe le 3® rang dans la première colonue, n'arrive ([u'au 10» rang dans la seconde.
civile semblent olMr une léthalité exceptionnelle ; tels sont, pour ne citej' que certaines localités inscrites dans le tableau précédent, Montpellier et Marseille.
6° Saisons. Mois. Comme la morbidité, la mortalité de l'armée à l'intérieur varie suivant les saisons et les mois (voy. tracé IV).
Tracé IV. — MoRTALrrÉ mensuelle de^l'armée'a l'intérieur
Elle atteint son maximum en mars (8 entrées en 1888 pour 1000 hommes présents), puis décroît pendant l'été et pendant l'automne, pour offrir son minimum en novembre (3 entrées pour 1000 hommes présents en 1888), après avoir présenté un léger fastigium en octobre, dû probablement à l'influence des grandes manœuvres. A partir de novembre, la mortalité ofifre une légère ascension, qui se continue jusqu'en mars.
Nous verrons plus loin que, pour les troupes françaises en Algérie et en Tunisie, la mortalité annuelle subit des oscillations bien différentes et beaucoup plus accusées.
Un fait intéressant à signaler, c'est la concordance remarquable des deux courbes qui représentent l'évolution annuelle de la morbidité et de la mortalité des troupes fran-
çaises à l'inténeur. Toutes les deux, en effet, offrent leur maximum de janvier à septembre ; puis, après avoir subi une légère ascension en octobre, elles présentent de nouveau un petit abaissement en novembre, pour remonter légèrement h partir de décembre .
Notons que cette marcbe annuelle de la morbidité et de la mortalité dans Farmée s'observe également dans cbaque corps d'armée et même dans cbaque régiment de l'intérieur (1).
« Des oscillations si constantes, dit Kelscb (2), doivent éti'e subordonnées à des causes qui, elles-mêmes, se modifient suivant une périodicité très régulière. Quelles sont ces causes ? La première pensée qui se présente est d'incriminer les fatigues liées à rinstruction des recrues. » Celles-ci arrivent, en elîet, en octobre et novembre. C'est peu de temps après que le nombre des malades et des décès augmente. Ensuite, ce nombre diminue progressivement après les premiers mois de l'année, pour remonter légèrement en octobre, au moment des fatigues éprouvées pendant les grandes manœuvres.
Cette interprétation seml)lerait confirmée par ce fait, également démontré par la statistique, et sur lequel nous avons insisté plus haut, que la morbidité et la mortalité sont toujours plus élevées parmi les jeunes soldats que parmi les anciens. Cependant il est difficile de l'accepter ; d'abord, comme l'a remarqué Kelscb, il s'est trouvé des années où de graves motifs, tels que des événements de guei'J'e, ont nécessité l'appel du contingent au printemps ou en été, sans que le cycle de la morbidité annuelle en ait été sensiblement troublé ; ensuite, et cet argument est décisif, les maladies offrent dans la population civile la môme évolution ; fait parfaitement établi aujourd'hui par les statistiques, qui concernent non seulement la population parisienne (E. Besnier), mais encore les habitants de la plupart des grandes villes de France (3).
(1) Voy. Czernicki, V Année médicale d'un /■ér/inienl de cavalerie (Rec. de mcm. de méd. inilif , 187fi|.
(2) Kelscli. la Pal hogénie dans les milieux militaires [Arcli. de méd. milit., 1891, t. XVH., p. 1).
(3) Voy. Rapporl officiel sur le nioiivemenl de la /)upulalion en France pendant l'année 1890.
Marvaud 3
Il faut donc admettre que l'évolution de la morbidité et de la mortalité des soldats est principalement réglée par un facteur étranger à la profession militaire, commun à l'armée et à la population civile, réprésenté très probablement par la succession des saisons et dont nous aurons à étudier plus loin l'influence pathogénique.