‹ Les maladies du soldatChapitre 23 sur 224 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

COMPARAISON BE LA MORBIDITÉ Eï DE LA MORTALITÉ MILITAIRES AVEC LA MORBIDITÉ ET LA MORTALITÉ DE LA POPULATION CIVILE.

I. Morbidité. — En ne comprenant que les militaires en traitement à l'infirmerie et à l'hôpital, qui seuls, comme nous l'avons dit, peuvent être considérés comme de véritables malades, nous avons vu que la morbidité dans l'armée' française a l'intérieur pouvait être évaluée à 9 journées de maladie par an et par homme présent (voy. tableau C, p. 21). Mais, si l'on tient compte également du chômage à la chambre, causé par la fatigue ou par des indispositions légères, la proportion des journées d'indisponil)ilité s'élève pour chaque homme et par année en moyenne à 13.

Les documents concernant la morbidité de la population civile en France nous font à peu près défaut. Il n'y a guère que certains groupes humains, composés d'unités assez bien déterminées comme âge, sexe, etc., et poui' lesquels sont notées assez exactement toutes ces particularités de l'existence, ([ul puissent nous fournir des indications à ce sujet. Ces groupes sont représentés par quelques sociétés de secours mutuels et par quelques corporations d'ouvriers (1).

Malheureusement, comme l'a signalé Bertillon (i2), les principales tables de morbidité établies pour ces agglomérations civiles fournissent les résultats les plus discordants; et cela pro-

(1) Voy. L. Coliu, art. Morbidité militaire, p. 349.

(2) Bertillon, Sui' la Morbidité, et spécialement aiir la morbidité professionnelle {Revue d'hygiène, 1890, t. XU, p. 1003).

Du même, De la Morbidité et de la mortalité par profession [Revue d'hijr/iène, 1S91, t. XIII, p. 981).

vient ordinairement des différences dans la manière de compter clioisie par lenrs auteurs, ceux-ci ne comprenant pas dans leurs calculs, les uns les affections légères, qui ne duren t que quelques jours, les autres les affections chroniques.

Du reste, la comparaison de pareils documents avec les chiffres qui représentent la morbidité de l'armée française ne peut être utile que si l'on tient compte, pour l'étude des premiers, de l'âge des individus, la morbidité offrant des différences considérables aux différents âges (Bertillon). Voilà pourquoi nous n'avons pas cru devoir utiliser pour cette étude les documents adressés au Ministère de l'intérieur par nos sociétés de secours mutuels, et nous sommes borné aux suivants :

Nombre moyen de jours de maladie en un an dans la population civile, par individu de 20 à 25 ans.

Tables anglaises (H. l^atcliffe, 1866-70) 3,28

Sociétés mutuelles françaises (Hubbard, 1835-49). . , 8,50

Ouvriers en soie de Lyon (J. Bertillon) 3,06

Sociétés de secours mutuels italiennes (Bodio, 1879). 6,30

Employés de chemins de fer (Beiim, 1870-77) 8,30

Ces chiffres suffisent pour montrer à quel excès de morbidité expose la profession militaire ; ainsi, le soldat, malgré les conditions avantageuses dans lesquelles il s'offre à notre observation, choisi parmi les jeunes gens les mieux constitués et les plus robustes, exempts de toute maladie et de toute infirmité au moment de l'incorporation, puis soumis à une existence qui parait certainement préférable, au point de vue hygiénique, à celle des ouvriers des villes, fournit annuellement 9 journées de maladie, alors que les ouvriers européens du même âge, exposés aux travaux les plus pénibles et à l'hygiène la plus défectueuse, ne présentent guère, pendant la même période, que de 3 à 8 jours de maladie.

II. Mortalité. — La comparaison de la mortalité militaire avec la mortalité civile a offert, jusqu'à ces dernières années, des difficultés considérables. D'abord, on ne connaissait pas exactement la mortalité de la population civile. Ensuite, on comparait l'armée à la totalité de cette dernière, alors qu'on aurait dû prendre comme second terme de comparaison la partie de cette

population du même âge et du môme sexe que les soldats (la mortalité, comme la mor])idité, offrant des variations considérables suivant les âges). On comprend à quelles erreurs ont dû conduire les recherches entreprises dans de semblables conditions !

Certains auteurs n'ont même tenu aucun compte de la siluation spéciale dans laquelle se trouvent les soldats, par suite de leur sélection par les conseils de revision et des éliminalions qui ont lieu après l'incorporation.

Or nous avons vu (voy. p. 6) que parmi les jeunes gens exemptés pour maladies ou pour infirmités avant l'incorporation, comme parmi les soldats réformés pendant leur présence au corps, il y en a un certain nombre qui sont prédestinés à une mort prochaine, et dont l'élimination a pour effet de restreindre, dans une cei'taine proportion, la mortalité de l'armée, pour augmenter d'autant la mortalité de la population civile, mais qu'il est bien difficile, sinon impossible, de déterminer cette proportion. 'Voilà pourquoi les esthnations données par les auteurs qui se sont occupés de cette question sont assez variables.

En 1871, Ely (1), comparant l'armée à la population civile du même âge que le soldat, dressa le tableau suivant à l'aide des indications fournies, d'une part, par la statistique médicale de l'armée, d'une autre part, par le Ministère de l'agriculture et du commerce :

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