AGES
PROr'ORTION DKS DÉCÈS rOUR 1000 PERSONNES
Année à l'intérieur
Population civile inàle (armée déduite)
De -20 à 25 ans.
iO.l
De 25 à 30 ans.
Malheureusement, cet auteur ne tint aucun compte des conditions avantageuses dans lesquelles se trouvait l'armée relati-
(1) Ely, l'Armée el la l'opulalion. Elude démof/rap/iiqiie, Paris, 1871.
vement à la population civile, par suite de la sélection opérée par les conseils de revision et des éliminations effectuées par les commissions de réforme.
Le chifï're de 9,6 pour 1000, adopté par lui et fourni par la statistique officielle pour représenter la mortalité militaire, était certainement trop faible.
Antérieurement aux recherches d'Ely, E. Vallin (1), recherchant quelle serait la mortalité militaire: 1" s'il n'y avait pas de sélections par les conseils de revision ; 2° si les hommes, atteints de maladies incurables dans l'armée, n'étaient pas réformés, obtint le chiffre énorme de 18,60 décès pour 1000 hommes d'effectif, d'après les évaluations suivantes :
Nombre réel de décès sur 1000 liomraes à l'intérieur (1862-1869) 9.41
Décès prévenus par la réforme et la libération 3.59
Chances de mortalité écartées par la révision équivalent à 3.60
Bénéfice des visites de i-engagements équivalent à ... ; 2 '> au minimum
Total. ..... 18.60
En 1874, Morache (2), tenant compte des sorties définitives pour maladies incurables, prononcées chaque année par les conseils de réforme, et considérant que ces sorties avaient pour influence de diminuer la mortalité de l'armée de 3 pour 1000, avait évalué à 18 décès pour 1000 hommes d'effectif la mortalité de l'armée française pendant la période 1862-69.
Moi-même (3), utihsant les statistiques médicales de l'armée correspondant aux années 187S-79, et ayant eu soin de tenir compte, comme Vallin et Morache, de l'influence qu'avaient eue, sur la mortalité militaire, les éliminations prononcées pour maladies ou inflrmités, j'avais obtenu un résultat se rapprochant beaucoup des précédents.
L'étude la plus complète qui ai été faite concernant cette
(1) E. Vc'illiu, De la Saluhrilé de la profession militaire [Annales d'hyr/. et de méd. légale, 1868, 1^ série, t. XXXI).
(2) Morache, Considérations sur le recrutement et sur l'aptitude militaire de la population française, 1862-69. Paris, 1874.
(3) IVIaPvaud, Etude statistique sur la morbidité et sur la mortalité dans l'armée française [Annales d'hygiène etdeynéd. légale, 1883, 3» série, t. X).
question de la mortalité militaire comparée avec la mortalité civile, est dueà Bertillon (1), quia insisté avec raison sur ce lait que cette comparaison devait avoir lieu, non pas avec la totalité de la population, mais bien avec un groupe constitué par les individus du môme âge et du même sexe que les soldats; précaution d'autant plus utile que l'âge est une des causes qui interviennent le plus activement dans la mortalité.
Cet auteur détermina, d'abord, la composition par âge de l'armée; cette composition lui était fournie par le dénombrement de 1866, d'après lequel, sur 1000 soldats, il y en avait:
37 au-dessous de 20 ans, 361 de 20 à 25 ans, 320 de 25 à 30 ans, 150 de 30 à 35 ans,
60 de 35 à 40 ans,
43 de 40 à 45 ans,
24 de 45 à 50 ans, Enfin, 5 a» delà de cet âge.
« Si l'on applique, dit-il, à une telle population les chiffres qui expriment la mor talité masculine de la France pendant la période 1837-66 (10,6 poui' 1000 vivants de 20 à 25 ans) et pour les périodes quinquennales d'âge suivantes jusques et y compris 45 à 50 ans (8,4 — 8,6 — 9 — 11,2 — 13,4), on obtient à peine 92 décès, qui font, pour l'ensemble, une mortalité de 9,6 pour 1000.
« Or la mortalité de l'armée à l'intérieur s'élève à 10,1 pour 1000 hommes, si l'on s'en rapporte à la statistique médicale de l'armée pour la période 1862-69. Mais ce chiffre a besoin d'être augmenté, puisque l'armée peut être considérée comme une population choisie. En effet, sur 1000 hommes du contingent, on en exempte 280 pour aptitude morbide (période 1862-69). En outre, on en renvoie après l'incorporation environ 7 pour 1000 par an pour maladies incurables. »
Sur ces 7 militaires réformés, Bertillon estime qu'il y en a au moins 3 qui sont fatalement destinés à une mort prochaine. Il convient donc d'ajouter ces 3 décès au chiffre donné plus haut
(1) Bertillon, art. Mortalité militaire du Dictionnaire encyclopédique des Scienoes médicales, t. IX, 2° série, 1873.
parla statistique médicale de l'année, pour représenter la mortalité militaire.
En se fondant sur ces considérations, Bertillon évalue cette mortalité à 13 ou 14 décès pour 1000 hommes , alors que la mortalité dans la population civile pour un groupe déterminé (offrant la même répartition de personnes, au point de vue de l'âge, que les garnisons de l'intérieur) ne dépasserait pas 9,6.
L'excès de mortalité occasionné par la profession militaire serait donc représenté par 3 ou 4 décès pour 1000 individus.
En tenant compte des principes posés par Bertillon, nous avons cherché à déterminer la mortalité militaire, pendant la période plus récente de 1873-1889.
Nous avons vu (page 4) que pendant cette période, qui correspond à l'application de la loi du 27 juillet 1872 et au service de cinq ans, 1000 hommes présents sous les drapeaux se sont décomposés, au point de vue de l'âge, en :
44 au-dessous de 20 ans, 800 de 21 à 25 ans, 156 au- dessus de 25 ans.
Cherchons donc, d'abord, la mortalité présentée par un groupe civile formé par 1000 jeunes gens et tout à fait semblable à un régiment, au point de vue de la répartition des âges.
D'après les recherches de Bertillon, la statistique indique que le nombre des décès qui surviendraient annuellement parmi ces jeunes gens serait représenté par les chiffres suivants :
0,3 décès pour les 44 jeunes gens au-dessous de 20 ans, 10,4 — 800 -- de 20 à 21 ans,
1,3 — lo6 — de 25 à 30 ans.
Total : 12,0 décès.
Or, d'après la statistique médicale, la mortalité annuelle officielle de l'armée française à l'intérieur a été représentée par environ 7 décès pour 1000 hommes présents, pendant la période 1873-89.
Comme nous l'avons montré plus haut, ce chiffre a besoin d'être augmenté, puisque l'armée est formée d'éléments choisis au con-
seil fie revision et esl débarrassée, après rincorporalion, des malingres et des incurables.
Examinons d'abord l'influence que peut avoir sur la diminution de la mortalité militaire la sélection opérée par les conseils de revision. Nous avons vu (p. 5) que, sous l'empire de la loi du 27 juillet 187:2, les comptes rendus du recrutement indiquaient que, sur 300000 hommes, 360Û0 étaient exemptés pour maladies ou infirmités incompatibles avec le service militaire, soit environ 12 pour 100. Mais, parmi ces maladies et ces infirmités, combien y en avait-t-il qui devaient être à bref délai fatalement mortelles?
Les comptes rendus du recrutement permettent de répondre à cette question. En effet, si nous prenons comme exemple l'année 1888, nous voyons que, parmi les maladies principales causes d'exemption, il y en a quelques-unes qui peuvent compromettre l'existence dans un délai assez rapproché; ces maladies sont représentées par la phtisie pulmonaire et par certaines afi'ections cardiaques, qui ont occasionné ensemble environ 7 éliminations sur 1000 conscrits. En supposant que sur ces 7 conscrits, ainsi éliminés pour phtisie pulmonaire et affections cardiaques, 1 doive promptement succomber, on voit que la sélection opérée par les conseils de revision a pour elîet de diminuer la mortalité militaire d'environ 1 pour 1000 hommes.
Voyons maintenant à quel chiEfre on peut évaluer l'inlVuence exercée par les réformes 'sur cette mortalité. Le noml)re de ces réformes nous est fourni parla statistique médicale de l'armée. Il atteint annuellement une moyenne de 21 pour 1000 (voy. p. 6), et, sur 1000 hommes présents au corps, il y en a o réformés pour phtisie pulmonaire, pour bronchites chroniques ou pour pleurésies; 3 pour afl'ections cardiaques; total: 8, sur lesquels 3 peuvent être, pour le moins, considérés comme voués à une mort prochaine.
La mortaUté militaire devra donc être représentée par le chiffre fourni officiellement par la statistique médicale pour les troupes de l'intérieur, 7 pour 1000 (moyenne des années 1873-89), augmenté de 1 (pour corriger la sélection opérée par les conseils de revision) et de 3 (pour tenir compte des éliminations par réforme) ; total : 11 pour 1000 hommes présents. Or
nous avons VU que la proportion des décès qui surviennent annuellement dans un groupe civil de jeu^nes gens, composé comme l'armée, est représentée par 12 pour 1000 individus. Mais ce nombre 12 doit être naturellement diminué des 4 décès, qui seraient survenus dans l'armée si celle-ci n'avait pas eu la faculté de se débarrasser de certains moribonds, avant comme après l'incorporation. Restent 8 décès, et la mortalité civile, comparée à la mortalité militaire, est en réalité annuellement de 8 pour 1000, alors que cette dernière atteint 11 pour 1000 hommes.
Ainsi, malgré toutes les améliorations qui ont été apportées, principalement depuis quelques années, dans les conditions hygiéniques du soldat français, la mortalité de celui-ci est encore assez élevée et dépasse certainement celle de la population civile du môme sexe et du môme âge.