PRÉFACE IX
aflfeclions morbides qui atteignent particulièrement le soldat en temps de paix. Ce sont ces documents, que plusieurs de nos maîtres et de nos camarades de la médecine militaii'e, et principalement Léon Colin, Vallin, Arnould,Morache, Kelsch, A. Laveran, etc. ont utilisés avec prolit dans leurs intéressants travaux relatifs à la pathologie, à l'hygiène et à l'épidémiologie des armées.
Aujourd'hui, l'armée active représente dans notre pays près d'un demi-million d'hommes. Ce nombre s'accroît à certains moments, sous l'influence des appels des troupes de réserve et territoriales, de quelques centaines de mille hommes, dont le séjour très limité sous les drapeaux et dont la proportion assez faible, comparativement aux efl'ectifs de l'armée active, ne paraissent point influencer sensiblement le bilan de la morbidité et de la mortalité militaires, en temps de paix et dans les garnisons de l'intérieur.
La plupart des nations européennes, qui ont adopté comme la France le service militaire obligatoire, entretiennent des armées qui se trouvent dans des conditions à peu près semblables à la nôtre.
Il existe dans notre pays un capital humain considérable qui a pour but la défense du territoire national et dont l'entretien et la conservation intéressent grandement les intérêts de la patrie, non seulement au point de vue de sa sécurité et de son intégrité, mais encore au point de vue des services que ses éléments peuvent rendre au pays, après qu'ils ont satisfait aux obligations du service militaire.
Ainsi, il y a pour nous un intérêt de premier ordre à conserver ce capital intact et aie maintenir à l'abri des chances de maladie et de mort, qui pourraient compromettre sa valeur.
L'examen de la statistique médicale de l'armée indique d'une façon nette et précise que les soldats sont naturellement exposés, en temps de paix et dans les villes de garnison, aux mêmes afTections morbides que la population civile. Il n'existe donc point, à proprement parler, de maladie exclusivement militaire. Cependant, l'étude des maladies du soldat a toujours mérité et mérite encore aujourd'hui, plus qu'à aucune autre épo(|ue, de prendre place dans le programme des connaissances exigées de
tous ceux qui sont appelés à exercer la médecine aux armées. Cela a été si bien compris en France, comme dans la plupart des nations européennes, que cette étude y constitue une des principales parties de l'enseignement donné aux médecins militaires.
Le Cou7'S des maladies et des épidémies des armées, institué par Michel Lévy au Val-de-Grâce, dès les premières années du fonctionnement de l'École d'application de médecine et de pharmacie militaires, a été confié successivement à des professeurs tels que L. Laveran, L. Colin et Kelsch et dont l'enseignement a puissamment contribué aux progrès éclatants qu'ont faits dans ces dernièrs temps la patliogénie et l'épidémiologie et a inspiré de si beaux travaux relatifs à ces deux branches de la médecine d'armée.
C'est que le soldat est placé vis-à-vis de la population civile dans des conditions spéciales et exceptionnelles, qui interviennent toujours plus ou moins activement dans l'étiologie des maladies qu'il présente. Ces conditions sont les suivantes :
L'armée est composée presque exclusivement de jeunes gens dans la force de l'âge, choisis avec soin et paraissant exempts, au moment de leur incorporation, de toute maladie ou infirmité susceptible de compromettre l'intégrité des fonctions vitales et l'aptitude physique nécessaire au métier des armes. Ces jeunes gens sont dépsiysés pour la plupart et appelés à servir dans des localités souvent fort éloignées de celles où se sont passées les vingt premières années de leur existence. Ceux du Nord sont transportés tout à coup dans le Midi et réciproquement ; ceux qui habitent le centre de la France et les montagnes se trouvent transplantés quelquefois sur les bords de la mer. Quelle que soit leur provenance, rurale ou urbaine, tous sont soumis à la vie en commun et aux mômes conditions hygiéniques ; ils habitent le même logement (casernes ou camps), revêtent le même uniforme, reçoivent la môme alimentation, se livrent aux mômes occupations et aux mômes travaux (exercices, factions, marches, etc.)
On comprend combien il est intéressant de rechercher les modifications qu'éprouve l'état sanitaire de ces jeunes gens, les caractères que revêtent leurs maladies, la fréquence et la gra-