‹ Les maladies du soldatChapitre 51 sur 224 · TUNISIE · texte numérisé non relu

TUNISIE

Fièvre typhoïde

Maladies de l'appareildigestif

Fièvres palustres

Quand la guerre se prolonge, les maladies deviennent naturellement plus nombreuses ; en même temps, elles prennent une gravité beaucoup plus grande et offrent quelquefois une physionomie anormale et qui peut obscurcir leur diagnostic.

Kelsch attribue les modifications survenues dans la fréquence des maladies comme dans leur gravité et dans leurs caractèi'es symptomatiques, au surmenage qu'amènent fatalement les fatigues et les privations, et qui détermine les troubles et les désordres suivants, bien décrits par cet auteur : alanguissement des fonctions digestives, insuffisance de l'assimilation, accumulation dans les humeurs et dans les tissus de matières excrémentielles provenant de fusure rapide des éléments organiques, diminution des fonctions cutanées, diminution de la sécrétion des reins et congestions répétées occasionnées dans ces organes par les marches et les fatigues incessantes. << Alors se manifeste, comme l'indique Kelsch, un état spécial, difficile à définir, qui n'est pas encore la maladie, mais qui n'est plus la santé et f|ui se traduit par les traits suivants: amaigrissement, pâleur de la

lace, tlimiaution des forces, lenteur des mouvements, dépression du moral, inappétence, diarrhée séreuse alternant avec la constipation. y>

Les médecins qui ont suivi des expéditions de longue durée ont vu se développer parmi les troupes cet état de surmenage chronique, de cachexie et de misère qui a été observé et décrit notamment par Scrive et par quelques médecins anglais pendant la guerre de Crimée (Kelsch).

En même temps, les maladies pulmonaires et intestinales perdent leur allure saisonnière, pom' devenir permanentes, et s'aggra ven t si n gulière ment.

Survient également le famélisme, avec toutes ses conséquences. On constate, sous cette influence, l'apparition des affections qui sévissent parmi les populations en proie à la famine: comme parmi les groupes soumis à une alimentation insuffisante, (diarrhée, dysenterie, typhus).

<i La pathologie clinique qui se déroule dans ces conditions, ajoute Kelsch, est des plus sérieuses. On comprend, en effet, que les maladies nées dans des foyers générateurs communs, ayant toutes une prédilection pour les organismes épuisés par les fatigues et les privations, ne doivent guère se rencontrer à leur état de simpUcité habituelle. Elles se réunissent deux à deux, trois à trois; elles se proportionnent les unes aux autres. La diarrhée, la dysenterie, le scorbut, le typhus se superposent, se pénètrent réciproquement, se contrarient dans leurs symptômes opposés, et se renforcent dans leurs symptômes similaires. Cette association engendre des tableaux cliniques incohérents, des types morbides hybrides et étrangers, dont on cherche en vain la description dans les livres classiques, car ce n'est guère qu'aux armées qu'on les observe. Si l'on est si souvent embarrassé pour connaître les types morbides ordinaires dans les épidémies qui ont éprouvé les armées des temps passés, c'est que ces maladies n'étaient pas pures de tout mélange. On reconnaît un amalgame de typhus exanthématique ou abdominal et d'impaludisme, dans cette terrible épidémie qui a anéanti l'armée de Lautrec, sous les murs de Naples, en 1328 ; dans cette fameuse fièvre de Hongrie, objet de tant de controverses, qui a si souvent décimé les armées

iiTïpériales pendant leur lutte trois fois séculaire contre les Turcs dans la vallée du Danube ; enfin, dans cette fièvre de Walcheren, qui à deux reprises a été si funeste aux Anglais.

« Ces tableaux se sont déroulés autour de nous, au milieu des puissantes et nombreuses influences pathogènes de la guerre de Crimée; la dysenterie, la diarrhée, le scorbut, le typhus, y ont été les maladies dominantes, associées entre elles et compliquant d'autres maladies régnantes (fièvres palustres, lièvre typhoïde, choléra, pneumonie) (1). »

Nous aurons à tenir compte de ces faits intéressants, quand nous aurons à faire Tétude du développement et de la propagation de chacune de ces affections dans les armées en campagne.

(3) Voy. pour cette étude Tintéressaut mémoire de Kelsch : la Palhogénie dans les milieux militaires. L'armée dans les campagnes et les expéditions [Arch. de méd. vril. 1891 t. XVII, p. 113).

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