CHAPITRE PREMIER
ÉTUDE ÉTIOLOGIQUE ET PROPHYLACTIQUE DES .MALADIES INFECTIEUSES PARMI LES SOLDATS
I. Définition. — Les maladies infectieuses sont des maladies poLU' lesquelles on sait, ou du moins on présume, qu'elles sont dues à des poisons particuliers, différents des poisons ordinaires en ce que, placés dans des conditions favorables, ils peuvent se multiplier indéfiniment (Schmitt) (1).
II. Étiologie. — Elles ont pour cause première l'existence d'agents probablement d'origine et de nature diverses et d'une toxicité spéciale, auxquels on a donné le nom d'infectieux .
Dans l'étiologie des maladies Infectieuses, il faut considérer 1° Y agent infectieux ; 2° le milieu dans lequel il se développe et qui est représenté, soit par l'organisme lui-môme {milieu intérieur), soit par l'atmosphère, l'eau, le sol {milieux extérieurs); 3° enfin certaines conditions météoriques ou saisonnières, qui favorisent ou entravent l'apparition et le développement des phénomènes morbides, en modifiant le pouvoir pathogène de l'agent infectieux, ou l)ien en rendant l'organisme plus ou moins sensible à l'influence de cet agent,
(1) Art. Maladies zymotiquks, du Dicfiouiiaire de méd. el de c/drurgie pratiques , t. XL, p. 1.
1° L'agent infectieux. — On n'est pas absolument fixé sur la nature des agents infectieux. Ceux-ci peuvent être constitués soit par des corps organisés parasitaires, venant de l'extérieur et s'introduisant accidentellement dans le sang, dans les humeurs ou dans les tissus, soit par des corps organisés inhérents à l'organisme, chargés de certaines fonctions physiologiques dans l'état de santé et pouvant devenir morbides sous l'influence de certaines conditions, soit enfin par des substances organiques spéciales, qu'il s'agit de déterminer et d'appliquer à la pathogénie de divers états morbides.
Dans un certain nombre de maladies, l'agent infectieux parait représenté par un organisme microscopique {microbe), dont l'existence a été nettement établie pour quelques-unes d'entre elles et dont le rôle patliogénique semble démontré par les résultats expérimentaux obtenus par la méthode des cultures et par les effets négatifs résultant, exceptionnellement toutefois, de l'inoculation des liquides morbides, paraissant dépourvus, par la flltration, des microbes incriminés (1).
D'autres maladies infectieuses semblent devoir être a ttribuées à la présence, dans l'économie, de certaines substances toxiques, soit provenant de l'extérieur, soit formées dans l'organisme et résultant de diverses altérations des humeurs ou des sécrétions (auto-infections, toxhémies).
L'agent infectieux est spécifique pour chacune des maladies qu'il engendre ; une fois absorbé, il s'attache, suivant l'espèce, à un appareil organique déterminé.
L'efi'et n'est généralement pas en rapport avec la quantité de l'agent qui a pénétré dans l'organisme. Quelquefois les phénomènes morbides offrent une gravité énorme, après la pénétration d'un agent infectieux en proportion très minime et en quantité infinitésimale (2),
2° Les milieux infectieux. — L'agent infectieux peut être découvert soit dans certains milieux extérieurs à l'organisme, comme l'eau, le sol, l'air, soit dans l'organisme lui-môme.
(1) Du Cazal et Zuber, Du Rôle paf/wgénique des microbes {Revue des sciences médicales, 1881).
(2) Vov. Bouchard, Leçons sur les maladies infectieuses (Revue de médecine, 1881).
a) Eau. On sait l'importance qu'on attribue aujourd'liui, plus qu'à toute autre époque, à l'eau potable comme moyen d'introduction des agents infectieux dans l'organisme. A ce point de vue, toute eau chargée de matières organiques animales ou végétales est suspecte. Mais son pouvoir pathogène devient encore plus évident quand l'analyse bactériologique y fait découvrir les microbes que l'on observe précisément au sein de l'organisme atteint par la maladie infectieuse elle-même. Tel est, par exemple, l'agent pathogène de la fièvre typhoïde (bacille d'Eberth-Grafficy), dont la présence peut être décelée aussi bien dans certaines eaux de consommation que dans les organes (rate, foie, intestins) des malades atteints de dothiénenterie.
b) Sol. Certains agents infectieux séjournent à la surface ou dans les couches superficielles du sol, dans les habitations et dans les locaux où ils peuvent se conserver (eux ou leurs germes) à l'état latent pendant une période plus ou moins longue, et où, à certains moments, sous l'influence de circonstances plus ou moins déterminées, ils se réveillent subitement et impressionnent l'oi-ganisme exposé à leur influence.
Il y a des terrains qui sembleraient môme [)articulièrenient favorables à leur conservation et à leur développement : tels seraient ceux qui sont riches en matières organiques, animales ou végétales, et dont la décomposition pourrait donner naissance à des émanations saprophytes, qui provoqueraient ou favoriseraient leur pouvoir pathogène.
c) Air. Les agents infectieux peuvent vicier l'atmosphère ambiante et déterminer des effets morbides, par suite de leur introduction dans l'organisme par les voies respiratoires ou tligestives.
Dans un grand nombre de maladies, l'agent infectieux, après s'être reproduit et multiplié dans l'organisme, s'élimine par certaines sécrétions (pus, sang, larmes, salive, déjections, squames épidermiques) ; en présence d'un organisme sain et offrant une réceptivité suffisante, il lui communique la maladie première. L'agent infectieux devient alors contage, et les maladies, qui offrent ce pouvoir de transmission en dehors de l'organisme malade sont dites contagieuses.
Quelquefois, ce contage peul être recueilli directemeut sur le malade, incorporé aux différentes humeurs dans lesquelles il a élu domicile (pus, sérosité, sang), et transplanté sur un autre organisme ; il est inoculable.
D'autres fois, il est tenu en suspension, sous forme de particules très tenues, dans l'air expiré et dans les pj'oduits de l'évaporation cutanée, de telle sorte qu'il peut, étant transporté dans l'air, soit confiné, soit agité, faire sentir ses effets morbides à une distance plus ou moins longue. Il peut même être transporté par des objets inanimés (vêtements, linge, literie, instruments), on bien par des personnes qui ont approché ou touché le malade.
Enfin, dans certains cas, l'agent morbigène, en quittant l'organisme, ne paraît pas transmissible ; pour devenir contagieux, il semble qu'il ait besoin de subir une métamorphose ou une modification plus ou moins connue, en dehors de l'économie animale. C'est ce qui a peut-être lieu pour l'agent morbide qui détermine la fièvre typhoïde (Budd), la dysenterie, le choléra, la fièvre jaune (Rindfleisch).
3° Circonstances favorables à Vinfluence pathogène des agents infectieux. — L'introduction (ou le développement) d'agents infectieux dans l'organisme n'est pas nécessairement suivie d'effets morbides. Dans certains cas, l'organisme parait réfractaire à leur influence pathogène.
Cette immunité a lieu principalement pour certains agents infectieux, à la suite d'une première atteinte. Voilà pourquoi, les maladies infectieuses ne se produisent généralement qu'une seule fois chez le môme individu.
Il y a certaines conditions météoriques et saisonnières qui favorisent ou entravent le pouvoir pathogène des agents infectieux et qui interviennent, soit en rendant l'organisme plus apte à ressentir leur influence morbide, soit en réveillant l'activité et la multiplication de ces agents ou de leurs germes demeurés, pendant une période plus ou moins longue, à l'état latent, dans les milieux extérieurs (eau, sol) ou dans l'économie animale elle-même.
Si l'on jette, en effet, un coup d'oeil sur les tracés qui repré-
sentent l'évolution annuelle des maladies infectieuses dans l'armée, on voit que ces maladies offrent une prédominance bien marquée, les unes (fièvre typhoïde, paludisme, dysenterie) pendant la saison estivo-automnale, les autres (fièvres éruptives, oreillons, diphtérie) pendant l'hiver et le printemps. Les deux tracés VI et VII représentent l'évolution mensuelle de ces maladies dans l'armée, en 1888; chaque année, on constate la même évolution dans notre armée, aussi bien pour la totalité des troupes que pour chaque garnison et môme pour chaque régiment, comme l'a constaté Czerwicki (1) et comme le démontrent les rapports d'inspection médicale établis par les médecins des corps de troupes.
Tracé VI. — Morbidité mensuelle par fièvre typboïde ET dysenterie EN 1888.
III. Symptomatologie. — Les maladies infectieuses ont toutes une période de début, pendant laquelle l'agent morbigène couve, pour ainsi dire, et est latent, alors qu'il se multiplie dans
(1) Czernicki {Rec. de méin. de méd. mil., 1877).
rorganisme ; c'est ce qu'on appelle Vincubation, dont la durée est variable suivant chacune d'elles, mais qui se maintient pour chaque maladie infectieuse dans une période à peu près immuat)ie.
Ensuite se produit une évolution généralement régulière et presque typique.
Une fois la période d'invasion terminée, ces maladies restent pendant un certain temps stationnaires {période d'état), puis décroissent plus ou moins rapidement {période de décroissance), pour aboutir à la convalescence et à la guérison, quand une complication grave ne vient pas, durant leur cours, déterminer la mort.
Tracé VII. — MoRBiDrrÉ mensuelle par rougeole, scarlatine,
OREILLONS et DIPHTÉRIE EN 1888.
On sait que cette évolution n'est pourtant pas toujours aussi régulière pour toutes les maladies infectieuses ; ainsi, il y en a parmi elles qui, comme la dysenterie, la morve, \ ophtalmie purulente, etc., offrent une marche et une allure plus ou moins variables et saccadées.
IV. Fréquence et gravité des maladies infectieuses parmi les soldats. — L'étude des maladies infectieuses constitue certainement le chapitre le plus intéressant de la pathologie militaire. Chaque année, environ 60 hommes sur 1000 présents sous les drapeaux sont atteints de ces affections, qui occasionnent à elles seules plus du quart des entrées aux infirmeries et aux hôpitaux. La mortalité militaire qu'elles déterminent est considérable, puisqu'on peut leur attribuer annuellement plus de la moitié des décès (630 sur 1000 décès généraux), qui surviennent dans nos garnisons de l'intérieur. Sur 1000 hommes présents, 5 succombent annuellement aux atteintes de ces affections meurtrières.
Elles se manifestent, dans l'armée, tant(jtpar des cas isolés et régnent à ïétat sporadu/ae ; tantôt elles frappent un grand nombre de soldats occupant la môme ville de garnison, logés souvent dans la môme caserne et dans la môme chambrée; elles apparaissent alors sous forme de véritables ('pid(hmes, qui offrent généralement parmi les ti'oupes une gravité comparable et môme supérieure à celle qu'elles présentent dans certaines agglomérations humaines (maisons d'éducation, ateliers, prisons).
Leur apparition, leur persistance, leur fréquence et leur gi-avité dans une localité ou dans une caserne coi'i'espondent presque toujours avec une négligence, une ignorance ou un oubli des règles de l'hygiène.
Elles régnent, en général, parmi les troupes qui tiennent garnison dans les centres populeux et malsains, dans les localités restées stationnaires en fait d'hygiène et dans lesquelles les habitants, comme les soldats, sont exposés à l'insalubrité des habitations, au méphitisme du sol, à un approvisionnement insuffisant d'eau potable, à une consommation d'eaux suspectes et souillées, à un système défectueux d'évacuation des résidus et des détritus provenant des habitations, autant de conditions qui entretiennent et favorisent la permanence, l'activité et la multiplication des germes infectieux.
Voilà pourquoi, comme nous le verrons plus loin, ces maladies sont certainement évitables et tendent à disparaître de l'armée comme de la population civile, à mesure qu'on se préoccupe,
par tous les moyens que l'hygiène met à notre disposition, de prévenir leur redoutable apparition.
V. Conditions qui créent l'aptitude du soldat aux maladies infectieuses. — Les principales causes auxquelles on rapporte la fréquence et la gravité des maladies infectieuses dans les garnisons sont les suivantes (1) :
1° Jeune âge des soldats. — On connaît l'aptitude spéciale qu'offrent les enfants et les adolescents vis-à-vis de la plupart des maladies infectieuses (fièvres éruptives, diphtérie, oreillons, fièvre typhoïde). C'est à ces affections qu'il faut attribuer, en grande partie, l'élévation de la mortalité, qui survient de 20 à 30 ans, dans la population civile (9,56 pour 1000), alors que cette mortalité n'est que de 6,9 de 13 à 20 ans, et de 8,7 de 30 à 40 ans (Bertillon). Il n'est donc pas étonnant que les soldats, dont le séjour sous les drapeaux tend à être limité de plus en plus, qui a été fixé à cinq ans pendant la période 1873- 1889 et qui est actuellement réduit à trois ans, offrent aujourd'hui une aptitude plus grande qu'à aucune autre époque à ces atteintes morbides.
2° Provenance rurale des recrues. — La grande majorité de nos contingents est fournie par les campagnes, qui, comme on sait, constituent la pkis grande partie de la population ; de plus, beaucoup de jeunes citadins sont exemptés pour faiblesse de constitution ou pour infirmités par les conseils de revision.
Par suite du transport brusque des jeunes campagnards dans les villes de garnison, où régnent endémiquement les maladies infectieuses, ceux-ci sont exposés à tous les dangers d'un véritable acclimatement ; ce manque d'assuétude morbide détermine chez eux le développement, d'autant plus facile, de ces affections (qu'on n'a généralement qu'une seule fois pendant la vie), qu'ils n'en ont pas été atteints antérieurement et pendant leur enfance.
On constate dans les garnisons ce qui a lieu chaque fois qu'une population, indemne depuis longtemps d'une maladie infectieuse, est exposée à ses atteintes. Les individus sont
(1) Voy. Kelsch, La Pathogénie dans les milieux militaires [Arch. de méd. mil., 1889, t. XVII, p. 1).
frappés avec d'autant plus de gravité et de violence qu'ils n'étaient pas habilués à cette influence morbide.
C'est une croyance trop répandue, que l'armée fomente les causes des maladies infectieuses et constitue pour les habitants des villes une source de danger et une cause d'importation et de dissémination des épidémies. Cette accusation n'est pas fondée; l'observation le démontre journellement. Comme l'a dit avec tant de raison notre savant camarade Kelscb, le soldat, dans les villes de garnison, reçoit bien plus souvent la maladie qu'il ne la donne ».
Les localités dans lesquelles l'état sanitaire de l'armée laisse le plus à désirer sont précisément celles qui offrent les conditions hygiéniques les plus défavorables et dont la population civile est la plus éprouvée par les maladies infectieuses (voy. pp. 12 et suiv.).
On sait combien l'hygiène des habitations dans certaines villes du midi de la France est défectueuse ; c'est à cette cause qu'il faut attribuer, en grande partie, l'état sanitaire peu satisfaisant que la statistique de l'armée indique pour les régiments qui tiennent garnison dans ces localités. A mesure que les municipalités apportent des améliorations à l'hygiène des villes, en assurant l'assainissement des habitations par la suppression de toutes les causes d'infection, par le bon entretien des égouts, par l'éloignement, aussi complet et aussi rapide que possible, des immondices et des excrétions animales, par l'administration d'eau potable de bonne qualité, la statistique indique une diminution sensible dans la fréquence et dans la gravité des maladies infectieuses parmi les militaires comme parmi les civils.
3° Vie en commun. — Une autre influence, qui agit sur le développement des maladies infectieuses parmi les soldats, est représentée par la vie en commun dans les casernes. Le régiment constitue, comme on sait, une immense famille ; il arrive donc dans les casernes ce qui a lieu dans les maisons: quand un cas de maladie contagieuse y pénètre, toutes les personnes susceptibles de contracter la maladie se trouvent frappées par elle, grâce à la facilité des communications et à la fréquence
des rapports entre les habitants qui logent sous le même toit.
Cette influence de la vie en commun est favorisée dans certains cas par l'encombrement, quand on est obligé, par suite des appels et de la mobilisation d'effectifs souvent considérables, de caserner les hommes dans des locaux insuffisants.
Alors se manifestent parmi les soldats des indispositions et môme des accidents morbides souvent graves, que l'on rapportait autrefois à l'influence du miasme humain et qu'on tend aujourd'hui à attribuer à l'action de certains principes toxiques existant dans l'économie, éliminés par les sécrétions, principalement par l'haleine et par la peau, et qui, si l'on s'en rapporte aux expériences de Brown-Sequard et de d'Arsonval, constitueraient de véritables poisons pour les milieux ambiants.
4° Surmenage. — Enfin une dernière influence, dont il faut tenir compte, est représentée par la fatigue., autrement dit par le surmenage., qui favorise certainement le développement des maladies infectieuses par un mécanisme que les physiologistes expliquent aujourd'hui (1).
Chez les hommes surmenés, il se produit une véritable autoinfection, un empoisonnement, résultant de la souillure du sang par les nombreux déchets qui proviennent du travail musculaire. Alors se manifeste un état particulier de courbature fébrile, qui constitue souvent le signe avant-coureur de certaines maladies infectieuses (fièvre typhoïde) .
VI. Prophylaxie générale des maladies infectieuses. — La prophylaxie générale des maladies infectieuses a pour but :
1° D'empêcher la production des agents infectieux ;
2° De les détruire, une fois qu'ils se sont produits, et avant qu'ils aient pu atteindre l'organisme ;
'à" D'en neutraliser les efi'ets dans l'économie ;
4° D'en empêcher la propagation (J. Schniitt).
1° On empêche la production des agents infectieux en ayant recours à l'^iygiène poar combattre ces agents dans leurs foyers originels, en modifiant les conditions telluriques, atmosphé-
[i] Voy. pour ceUe étude l'intéressant travail de Coustaii, De la Fatigue dans ses rapports avec l'éliologie des maladies des armées \Arch. de méd. rnilit.^ 1889, t. XIV, p. 89).
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riques ou autres qui leur pei mettent de se multiplier, et en supprimant toutes les causes d'insalubrité qui entretiennent leur vitalité. L'expérience prouve que l'emploi de ces mesures hygiéniques a été suivi des meilleurs effets ; ainsi la suppression des marais par les travaux de dessèchement, de canalisation, de drainage ou de culture a été suivie de la diminution et môme de la disparition des fièvres palustres sur presque tout le territoire français et sur divers points de l'Algérie.
Plusieurs localités ont vu diïiiinuer considérablement certaines maladies infectieuses, comme la fièvre typhoïde, grâce aux mesures qu'elles ont prises pour assurer la propreté et l'assainissement des habitations et pour supprimer certaines causes d'infection, par le bon entretien des égouts, par l'enlèvement aussi complet et aussi rapide que possible des immondices et des excrétions animales, enfin par l'administration aux habitants d'eau potable parfaitement pure et exempte de germes morlu'des.
2° On peut détruire les agents infectieux une fois qu'ils existent et avant qu'ils aient pu atteindre un organisme sain.
Certains de ces agents (contages), après s'être développés au sein de l'économie, peuvent se transmettre d'un individu à un autre, pour s'y reproduire encore ; certains autres, une fois rejetés au dehors, passent par une série de transformations avant de pouvoir atteindre et influencer l'organisme sain.
C'est pendant leur passage, qui a lieu directement d'un organisme à un autre, ou bien par l'intermédiaire d'un milieu extérieur, qu'il faut chercher à détruire ces contages, en désinfectant l'ail- dans lequel ils sont suspendus et disséminés, ou bien les objets inanimés (vêtemen ts, literie, instruments) auxquels ils sont adhérents, ou bien encoi-e les sécrétions et les déjections, par l'influence desquelles ils vicient l'air, le sol, les eaux, peutôtiie môme les aliments. Tel est le but des différentes mesures qui ont été prises dans l'armée, surtout depuis quelques années, pour prévenir et eni-ayer les effets meurtriers déterminés par la présence supposée, dans certains milieux, de ces agents infectieux et dont les principales consistent dans l'emploi des désinfectants.
3° On neutralise les effets des agents infectieux soit en rendant naturellement ou artificiellement l'organisme réfractaire à leur pouvoir pathogène, soit en annihilant ces agents dans l'économie, avant même qu'ils aient commencé à y produire leurs effets morbides.
On connaît l'action que peut avoir sur le développement des maladies infectieuses certaines influences physiques (affaiblissement, fatigue, surmenage, encombrement) et morales (nostalgie). C'est en recourant à une hygiène bien entendue et en prescrivant une alimentation réconfortante, une diminution des fatigues et des exercices, une réglementation judicieuse des occupations militaires, enfin une abstinence complète de tout excès débilitant, que l'on peut espérer rendre naturellement les individus moins susceptibles de donner prise aux agents infectieux qui les entourent. C'est ainsi que toute apparition de maladie infectieuse ou toute menace d'épidémie dans l'armée française est immédiatement suivie de l'application de nombreuses mesures hygiéniques, et c'est en grande partie à cela qu'il faut rapporter l'amélioration survenue depuis dix ans dans l'état sanitaire de cette armée, ainsi que la diminution et môme la disparition presque complète, de nos garnisons, de certaines maladies infectieuses qui y sévissaient jadis à l'état endémique ou épidémique.
Le second moyen d'atténuer et môme de supprimer les eli'ets des agents infectieux est représenté par certaines opérations qui permettent de rendre l'organisme réfractaire à ces agents. C'est à conférer l'immunité Variolique que tendent les vaccinations et les revaccinations devenues obligatoires dans notre armée, et Ton verra plus loin les heureux résultats qu'ont eus pour nos soldats la généralisation et la l'égiementation de cette mesure préventive; tel est également le but des vaccinations pastoriennes, qui, dans d'autres maladies infectieuses, ont fourni déjà de si précieux résultats.
Une fois que l'agent infectieux a atteint l'organisme, il faut recourir à d'autres moyens pour annihiler ses effets. Comme l'a parfaitement indiqué notre distingué collègue Burlureaux (1),
(1) Bui'iureaux, Généralités sur les maladies contagieuses les plus fréquemment rencontrées chez le soldat. {Arch. de tiiéd. mil., 1890, t. XV, p. 329).
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parmi les maladies contagieuses, il en est qui restent toujours locales et qui évoluent sur place, sans jamais pénétrer clans les profondeurs de l'organisme (chancre mou); d'autres restent localisées assez longtemps pour permettre une intervention locale utile et décisive (blennorrhagie, furonculose, tuberculose, charbon, diphtérie, angines variées, érysipèles, maladies médicochirurgicales) ; plusieurs se généralisent tellement vite, qu'il est impossible d'apprécier, dans l'état actuel de la science, la durée exacte de leur période locale, mais on peut affirmer qu'elle existe (tétanos, rage, morve, syphilis, fièvre typhoïde, choléra, dysenterie); d'autres, enfin, semblent d'emblée générales, mais personne n'est en droit d'affirmer qu'elles ne sont pas locales au début et qu'elles n'ont pas une porte d'entrée accessible (variole, rougeole, grippe, scarlatine, méningite cérébro-spinale, peste, typhus, fièvre jaune, coqueluche, suette, varicelle, oreillons).
Celles de la première série sont, pendant toute leur durée, justiciables de la médication antiseptique ; celles de la deuxième série le sont pendant un certain temps et font ainsi le triomphe de cette médication; celles de la troisième série doivent l'être pendant quelque temps, mais les antiseptiques à leur opposer ne sont pas encore tous découverts. Quant à celles de la quatrième série, dont nous ne connaissons ni la période locale, ni la porte d'entrée, ni même les agents pathogènes, elles forment un groupe bien naturel contre lequel aura à s'acharnei' la science de l'avenir.
A" Quand les maladies infectieuses se transmettent par contagion directe, ou bien par l'intermédiaire de l'air, de l'eau ou des objets qui ont touché le malade, les meilleures mesures prophylactiques consistent dans l'isolement de celui-ci, dans l'aération et la désinfection des locaux qu'il a liabités, des vêtements qu'il a portés et des objets qui lui ont servi, dans l'éloigneinent et dans la désinfection de ses déjections. Toutes ces mesures doivent être exécutées avec plus ou moins de rigueur, suivant la contagiosité de chaque maladie ; ainsi la fièvre typhoïde exigera un isolement moins sévère que la rougeole et que la scarlatine.
Certaines maladies infectieuses (fièvre typhoïde, ophtalmie
purulente, septicémie) développées à l'état épidémique, nécessitent, pour que l'épidémie cesse dans une agglomération d'individus, comme celle qui existe dans les casernes, l'évacuation des locaux infectés et la dissémination rapide des malades, mesure qui a pour effet d'éparpiller les germes morbides et de diminuer ainsi kur pouvoir pathogène.
D'autres maladies infectieuses, comme le choléra, la fièvre jaune, la peste, habituellement confinées dans leurs foyers d'origine, ne s'étendent qu'à certaines époques jusqu'à nos contrées et viennent passagèi'enient frapper nos garnisons, en môme temps que les populations civiles ; on cherche alors à cantonner ces maladies dans leurs foyers originels et à empêcher leur transport jusque dans nos villes, au moyen des mesures qui concernent Thygiène internationale et dont les principales sont représentées par l'institution de quarantaines, l'organisation de lazarets et l'établissement de cordons sanitaires.
VII. Mesures prophylactiques appliquées dans l'armée contre les maladies infectieuses. — En présence de l'extrême fréquence des maladies infectieuses dans notre armée et de la mortalité souvent considérable que ces affections y déterminent, on s'explique facilement l'importance des mesures hygiéniques, prises à toutes les époques par l'autorité militaire pour réprimer le développement et la propagation de ces affections si redoutables et si meurtrières.
C'est surtout depuis une dizaine d'années, grâce à l'énergique impulsion imprimée par le Ministère de la guerre et par la Direction du service de santé, pour l'application rigoureuse dans les casernes de ces mesures hygiéniques, que nous avons pu constater actuellement une amélioration i-emarquable et progressive dans l'état sanitaire de notre armée.
Les anciens règlements sur le service intérieur des corps de troupes et sur le service de san té de l'armée contenaient déjà certaines prescriptions sanitaires, qui montraient que le commandement était loin d'être indifférent à la santé des soldats. Ces prescriptions sont beaucoup plus nombreuses dans les nouveaux. Ainsi, le Règlement sur le service intérieur de l'infanterie, en date du 28 décembre 1892, contient les dispositions suivantes :
« 1" Soùis de propreté corporelle. — Art. 353. Chaque jour, au lever, les hommes doivent se nettoyer la tête, se rincer la bouche et se laver avec soin la figure et les mains; la serviette employée doit être propre ; il est interdit de se servir des serviettes d'un camarade.
« Le linge de corps est changé au moins deux fois par semaine ; une fois par semaine, les soins de propreté sont complétés par le lavage des pieds et des jambes, surtout s'il n'est pas fait usage de bains chauds ou froids.
« Il est donné un bain par aspersion tous les quinze jours au minimum. Une fois par semaine au moins, on procède au lavage des pieds et des jambes.
« 2" Aération des chambres. — Art. 354. L'air des chambres doit être constamment renouvelé: le jour, au moyen des fenêtres ; la nuit, au moyen des appareils de ventilation, ouverts dans la mesure prescrite.
« Après le lever et lorsque les hommes sont habillés, toutes les fenêtres d'un même côté sont ouvertes. Dès que les liommes sont sortis, les chambres sont aérées le plus possible.
« 3° Tenue des chainbres. — Art. 355. Au réveil, on d(''COUvre les lits, en relevant et ployant successivement au pied du lit les différentes parties de la fourniture; les lits restent découverts au moins pendant une heure. Les chambres sont arrosées, balayées, les ordures sont descendues et déposées dans la partie du quartier désignée.
« Tous les samedis, les planchers sont lavés et frottés avec du sable humide, additionné d'une petite quantité de potasse ou de soude, ou, s'il y a lieu, d'un désinfectant; les couvertures et les matelas sont battus au grand air. Tous les ans, au besoin tous les six mois, les murailles intérieures sont blanchies avec de l'eau de chaux, addttionuée de colle et au besoin d'un désinfectant.
« Au printemps et plusieurs fois pendant l'été, si cela est nécessaire, le mobilier des chambres est lavé avec de l'huile de pétrole étendue d'eau dans la proportion de 1/10, pour détruire les insectes. Les locaux contaminés sont, toutes les fois que la nécessité en a été reconnue, soumis à des mesures de désinfection...
« On s'abstient, autant que possible, de battre et de nettoyer les effets dans les chambres.
» 4" NcllO!/(((/e des coars, cuisines, corps de (/ardc, lieux d'aisances. — Art. 356. Toute accumulation de fumiers ou d'immondices est interdite dans le voisinage des parties du casernement habitées.
« On évite la stagnation des eaux ménagères et des débris provenant des cuisines.
« Dans les salles de discipline, les odeursqui se dégagent des baquets de propreté sont corrigées par l'addition d'huile lourde de houille.
« Les lieux d'aisances, quel que soit le système adopté, exigent une surveillance permanente. Les tuyaux doivent bien fonctionner; on s'assure qu'il ne s'y produit ni fissures ni infiltrations. Les fosses fixes sont désinfectées journellement par le lait de chaux, l'huile lourde de houille ou, à leur défaut, par le sulfate de fer.
Ce règlement indique encore d'autres mesures hygiéniques concernant la literie de l'infirmerie:
« Art. 72. Le médecin-major de première classe l'ait ou fait faire, au moins une fois par mois, une visite détaillée des eifets de literie à l'usage des malades traités à l'infirmerie, et il requiert le remplacement de ceux de ces effets qu'il juge ne pouvoir être maintenus en service. »
D'après le Règlement pour l'exécution du service des lits militaires, du 30 septembre 1886 :
« Les fournitures de lits sont désinfectées par les soins du corps toutes les fois que le médecin en reconnaît la nécessité; l'entrepreneur est prévenu de la date de l'opération pour qu'il puisse y assister, s'il le juge utile.
« Si le corps ne possède pas les moyens et les locaux nécessaires pour y procéder, la désinfection est exécutée par l'entrepreneur, moyennant le prix de 1 fr. 25 par fourniture complète, y compris le lavage des toiles et la reconfection de la fourniture. L'opération doit être effectuée sous la surveillance d'un médecin militaire. »
Le Règlement sur le service de santé à Vintèrieur contient un grand nombre d'articles, concernant les mesures à employer en temps d'épidémie dans les hôpitaux. Parmi ces mesures figure Yisolemenl des malades contagieux :
« Art. 363. Dans chaque hôpital militaire ou mixte, des salles et autant que possible des pavillons d'isolement sont spécialement affectés aux malades atteints d'atîections contagieuses. »
Malheureusement les conditions dans lesquelles est obtenu cet isolement sont quelquefois défectueuses et insuffisantes; ainsi, dans certains hôpitaux militaires et dans la plupart des hospices mixtes, le service des contagieux est installé dans des locaux appartenant à un bâtiment ou à un pavillon commun aux autres services ; à l'hôpital militaire de Villemanzy, le troisième étage du bâtiment principal est exclusivement réservé aux maladies contagieuses.
Dans quelques établissements, l'isolement des contagieux se tait dans des pavillons séparés et suffisamment éloignés des autres services de malades et de blessés.
Même avec cette disposition, qui est certainement préférable aux précédentes, il est encore difficile d'obtenir un isolement aussi rigoureux qu'on le désirerait, car on prévient rarement les
communications et les relations qui existent presque fatalement entre le personnel employé dans les autres salles et celui qui est atfecté MU service des contagieux (médecins, sœurs, infirmiers).
Il est toujours prudent d'affecter un personnel spécial au service des contagieux, en choisissant ce personnel parmi les individus qui offrent les chances d'immunité les plus grandes vis-àvis delà maladie, ainsi parmi ceux qui, par suite d'une première atteinte, y semblent les plus réfractaires.
Oranger a introduit, dans son service de contagieux à l'hôpital des enfants malades, des paravents en toile métallique, qui ont pour but de supprimer tout contact du malade suspect avec les autres malades de la salle et de réduire au minimum les communications avec le personnel hospitalier et médical ; mais ce moyen, qui a paru efficace pour la diphtérie, n'a donné aucun résultat pour la rougeole.
Le Règlement srir le service de santé de V armée n'indique pas les maladies qui doivent être traitées dans le service des contagieux; généralement les locaux affectés à ce service spécial ne reçoivent guère que des fièvres éruptives (variole, rougeole, scarlatine), et des angines diphtéritiques ; dans certains hôpitaux, on y traite également les érysipèles de la face, les dysenteries, les oreillons.
Quelquefois, par suite de l'insuffisance des locaux, on a l'habitude, dans les hôpitaux militaires comme dans les hôpitaux civils, de placer indifféremment dans les mêmes salles des malades atteints de différentes affections contagieuses ; si bien qu'on voit, dans certains établissements, un rougeoleux couché à côté d'un scarlatineux, voire même d'un érysipélateux ou d'un dysentérique.
Dans les divers hôpitaux auxquels j'ai été attaché comme médecin-chef, je me suis toujours efforcé de prendre les dispositions nécessaires pour éviter le traitement en commun des malades atteints des différentes affections contagieuses.
Rien n'est plus dangereux, en efl'et, que ce conglomérat de plusieurs maladies contagieuses, puisque la plupart de ces maladies, loin de s'exclure les unes les autres, déterminent, au contraire, souvent chez le convalescent de l'une d'elles un état
qui constitue une véritable aptitude aux atteintes des autres.
Gomme l'a démontré LetuUe, il n'est pas rare de voir des convalescents de rougeole atteints de scarlatine ou d'érysipèie, et une seconde maladie infectieuse se greffer ainsi sur la première. On connaît l'influence exercée par les streptocoques de l'érysipèle sur le développement des broncho-pneumonies infectieuses, qui surviennent comme complications de la rougeole; on comprend donc le danger, pour un rougeoleux, d'avoir auprès de lui,- couché dans la môme salle, un malade atteint d'érysipèie de la face.
A l'hôpital militaire de Villemanzy, où, depuis quelques années, sont traitées les maladies infectieuses provenant du camp retranché de Lyon, le service des contagieux est installé au troisième étage du bâtiment principal de l'établissement, dans plusieurs salles, dont l'aération ne laisse rien à désirer. Quand je suis arrivé dans cet établissement, comme médecin-chef, au mois de mai 1890, j'ai trouvé les maladies contagieuses confondues dans ces différentes salles; je m'empressai d'affecter une salle spéciale à chacune de ces affections ; des huit salles que comprenait le service des contagieux, une fut affectée aux varioleux, une aux rougeoleux, une aux scarlatineux, une aux dysentériques, une aux érysipélateux, une aux diphtériques, une aux malades atteints d'oreillons ; enfin une salle fut réservée pour les malades douteux et suspects.
Pendant ces quatre dernières années 1889, 1890, 1891 et 1892, le nombre des militaires traités pour maladies infectieuses à l'hôpital Villemanzy n'a pas été moindre de 2323, comprenant :
360 cas de fièvre typhoïde, 449 de rougeole, 250 de scarlatine, 8 de variole, 29 de diphtérie, 190 d'érysipèie de la face, 317 d'oreillons, 720 de dysenterie. Or la mortalité dans le service des contagieux, qui avait été de 4,7 pour 1000 malades pendant la période 1888-89, est tombée à 3,2 pour 1000 malades pendant la période qui a suivi l'application de ces mesures.
Le Règlement sur le service de santé à r intérieur renferme également de nombreuses prescriptions, relatives à l'emploi des désinfectants dans les établissements hospitaliers.
Nous reproduisons les suivantes :
« Art. 44. Lorsqu'un homme est atteint de maladie contagieuse, le médecin qui prononce l'entrée à l'infirmerie peut, lorsqu'il le juge réellement utile, réclamer l'envoi de tous les etfets du malade pour qu'ils soient désinfectés.
« Art. 212. Les effets des malades atteints d'affections contagieuses soni désinfectés avant d'être mis en magasin ; il en est de même de ceux des autres malades, lorsque le médecin chef le juge nécessaire.
« Art. 235. Lorsque l'effectif des malades et la situation des bâtiments ou locaux le permettent, les salles sont alternativement occupées et évacuées, afin qu'on puisse les désinfecter aussi complètement que possible. Les effets d'habillement et de petit équipement, les objets de couchage et les effets d'hôpital ayant servi aux malades atteints d'atfections contagieuses, aux sortants ou décédés, sont également désinfectés.
<< En cas d'extrême urgence, lorsque les moyens de désinfection paraissent devoir être insuffisants, le médecin-chef peut prescrire l'incinération de tout ou partie des objets de literie et des effets d'habillement. Il en rend compte au Directeur du service de santé, qui en informe le ministre.»
L'article :246 indique les mesures à prendre pour la désinfection permanente des fosses d'aisances.
Enfin, l'article 403 se rappoi'te au blanchissage et à la désinfection du linge et des objets de literie des malades dans les hôpitaux :
« Le linge sale est livré au blanchissage, au moins tous les huit jours; il est toujours lessivé et savonné. On blanchit séparément et aussi rapidement que possible celui qui est réserve à l'usage des malades atteints d'affections contagieuses.
« Les couvertures sont foulonnées, et les objets en laine sont nettoyés, quand il est nécessaire.
<< 11 est tenu dans chaque hôpital un livret, sur lequel l'officier d'administration chargé du mobilier inscrit à leur date le linge et les effets livrés au blanchissage et aux désinfections. »
En outre, une notice spéciale (notice n" 7), annexée au Règlement sur le service de santé de r marnée à T intérieur, indique les différentes mesures de désinfection, cfui doivent être prises, en temps d'épidémie dans les corps de troupes et dans les hôpitaux. Nous nous contenterons de mentionner les principales:
« Dans les hôpitaux, les opérations de désinfection sont ordonnées par le médecin-chef.
« Dans les corps de troupes, les [désinfections sont ordonnées par le Marvaud. s
chef de corps, sur la proposition du médecin-chef de service; tontes les fois qu'il s'agit de désinfecter un nombre restreint d'effets d'iiabillement, de literie ou de locaux et que cette désinfection comporte des allocations exceptionnelles, l'autorisation est demandée au ministre. Toutefois, en cas d'urgence, l'autoi'isation peut, sur l'avis du Directeur du service de santé, être accordée par le général commandant le corps d'armée. Dans ces deux dernières circonstances, il est toujours rendu compte au ministre de l'exécution de la désinfection.
« Les désinfections ont lieu dans les cas de maladies nettement transmissibles (fièvre typhoïde, fièvres éruptives, diphtérie), et à titre exceplioHuel dans le cas de maladies moins graves en elles-mêmes (angines, diarrhées, embarras gastriques), mais qui, par leur nombre et leur fréquence à un moment donné et par leur connexité avec des maladies épidémiques qu'elles précèdent habituellement, peuvent nécessiter l'emploi de ces mesures hygiéniques.
« Les moyens de désinfection qui sont réglementaires dans l'armée sont les suivants :
1° L'incinération ;
2° L'ébuUition dans l'eau pendant une demi-heure ; 3° Le courant de vapeur d'eau à 100° ;
4° Le courant de vapeur humide sous pression, entre 112 et 113° ;
5-° Les solutions aqueuses d'acide phénique à 5 0/0 et à 2 0/0 ;
6° La solution aqueuse de biclilorure de mercure à 1 p. 1000 ;
70 Le lait de chaux à 20 0/0 ;
8° La solution de crésyl à 5 0/0 et à 2 0/0 ;
9° La solution aqueuse de sulfate de cuivre à 2 0/0 ; 10° La solution aqueuse de chlorure de zinc k 3 0/0 et à 2 0/0 ; 11° L'acide sulfureux».
Buiiareaux (1) a relaté les heureux résultats obtenus par le médecin principal Bouchez, à la suite de l'application de l'antisepsie médicale, dans les salles militantes de l'hospice mixte de Rouen ("2). Après lui, Linon(3) a préconisé les moyens employés à l'hôpital de Versailles pour obtenir l'antisepsie médicale et chirurgicale dans cet établissement, principalement l'emploi de l'étuve Gènes te-Herscher, dont ont été dotés les grands hôpitaux militaires, et qui constitue le moyen le plus puissant et le plus sûr de stérilisation (Vallin, Grancher, Strauss).
(1) Burluruaux, Hygiène nosocomiale militaire {Annales d'/iyyiéne pub . el de médecine légale, juin 1890).
(2) Voy. également Burlureaux, Généralités sur les maladies contagieuses les plus fréquemment rencontrées chez le soldat, sur leur thérapeutique et leur prophylaxie rationnelle (Arch. de méd. mil., 1890, t. XV, p. 329]. — Du même, la Pratique de l'antisepsie. Paris, 1892.
(3) LiuoQ, De l'Antisepsie médicale et cliirurgicate dans les hôpitaux militaires (Archives de viéd. mil., 1891, t. XVII, p. 39S).
ÉTUDE DES MALADIES INFECTIEUSES PARMI LES SOLDATS Ho
Ces exemples méritent d'être suivis dans tous nos liôpitaux; militaires.
A riiôpital militaire de Villeinanzy, une consigne spéciale est destinée à assurer l'exécution des mesures prescrites pour empêcher la transmission des maladies contagieuses. Cette consigne se rapproche beaucoup de celle de l'hôpital de Versailles ; inalhem'eixsement, l'absence d'étuve Herscher dans notre hôpital ne nous a pas permis d'employer des mesures de désinfection aussi complètes que celles qui sont en vigueur dans ce dei'uier établissement. Voici cette consigne :