CONSIGNE POUR LE SERVICE DES MALADIES CONTAGIEUSES
Enlvi'cs. Les malades atteints d'affeetioiis contagieuses (l'ougcolc, scarlatine, variole, angine diplitéritiqiie, oreillons, lièvre typhoïde, dysenterie, érysipèle de la face), sont transportés ou conduits directement de la salle du médecin de garde au service des contagieux, sans passer par le bureau des entrées.
Effets. A leur arrivée dans le service, les malades l'eçoivent de l'infirmier-major de la division le linge et les effets d'hôpital ; leurs effets personnels sont.iinmêdiatcmeni portés à la salle de désinfection.
Isolpjiient. Les salles de contagieux sont consignées à toute personne étrangère au service et qui n'a pas une autorisation du médecin-clief.
Personnel. Le personnel affecté au service des contagieux est muni de vêtements spéciaux (sarreaux des médecins traitants, blouses et tabliers d'infirmiers), pourvus d'une marque (drap rouge) qui perniet de les distinguer facilement des vêtements employés dans les autres services. Toutes les fois que les infirmiers quittent le service, ils doivent ôter leurs l^louses et leurs tabliers et se laver les mains au savon ; à cet effet, un lavabo avec essuie-mains est placé dans le voisinage des salles de chaque division ; toutes les fois que le médecin traitant le juge nécessaire, ce lavage a lieu avec une solution de sublimé ou de sulfate de cuivre.
Réparlilion des malades dans les salles. Le service des contagieux comprend une salle distincte pour chaque affection contagieuse, plus une salle de cas douteux et de malades mis en observation et une salle de convalescents. Chaque malade a deux lits à sa disposition et est changé, autant que possible, de lit chaque jour.
Literie. Quand un malade est sortant, sa literie est transportée à la chambre de désinfection.
Désinfection des malades et des effets. Chaque malade prend, avant sa sortie, un ou plusieurs bains alcalins et savonneux. Avant de quitter riiôpital et en sortant du bain, il reçoit son linge et ses effets personnels désinfectés et ne rentre plus dans le service des contagieux. Le
linge et les effets d'hôpital, quittés par lui, sont immédiatement portés à la chambre de désinfection par les soins de rinfirmier-major de service. Les craclioirs et les vases de nuit, les chaises percées, sont lavés tous les jours et désinfectés avec une solution de sulfate de cuivre.
Hxjgiène des salles. La température des salles est maintenue jour et nuit pendant l'hiver à 15° au minimum. Pendant l'été, la ventilation est assurée, aussi souvent et aussi longtemps que possible, par l'ouverture des fenêtres et aux heures pi'escrites par le médecin traitant.
Linge sale. L'écliange du linge sale des malades en traitement se fait tous les jours à une heure de l'après-midi. Ce linge est immédiatement déposé dans le coffre qui lui est réservé, et l'infirmier-major a soin de le faire asperger ou de l'asperger lui-même, à l'aide d'une balayette, d'une solution composée de 2 kilos de glycérine et 0^'s,i50 d'acide phénique.
Le linge de corps, les objets de pansement et le petit linge (mouchoirs) sont plongés dans une solution forte de sulfate de cuivre.
Excrétas. Tous les excrétas (crachats, urines, matières fécales) sont i-eçus dans des récipients toujours pourvus d'une solution antiseptique. Les chaises percées et les vases de nuit sont vidés le plus fréquemment possible, après avoir été désinfectés, et le contenu est versé dans les fosses d'aisances du service des contagieux.
Indépendamment des mesm^s hygiéniques qui sont réglementaires dans notre armée, et qui ont "pour but de prévenir le développement et l'extension des maladies infectieuses dans les garnisons, il en est d'autres qui, bien qu'elles ne soient pas obligatoires, s'imposent à l'attention des médecins militaires.
Parmi ces dei-nières, nous mentionnerons la suivante, qui a été préconisée, dans ces derniers temps, en Allemagne pai' Pettenkoffer et Port (1), et en France par Renard (2) :
Ces auteurs recommandent, pour chaque caserne, comme pour chaque hôpital, la création d'un carnet de casernement, qui serait tenu à jour par le service du Génie et par le médecin du corps ou de l'hôpital, et qui comprendrait le plan des bâtiments militaires par étage, avec indication des égouts, des fosses et des lieux d'aisances, des réservoirs d'eau, de la canahsation des eaux potables et du système de filtration en usage. Une légende indiquerait, en outre, l'altitude, la hauteur, l'orientation des bàti-
(1) Voy. Flûgge, les Mêliiodes de recherches hyr/iéniques, mémoire analysé dans la Revue d'hygiène, 1881.
(2) Renard, Essai sur un projet d'études méthodiques de l'hygiène du casernement {Arch. de méd. mililaire, 1884, t. 111, p. 49,.
ments, la nature des teiTains environnants, la composition géologique du sol, sa déclivité, sa perméabilité, son imprégnation possible par les détritus organiques, les variations de la nappe d'eau souterraine ; le nombre des chambres, le cube d'air avec l'effectif réglementaire, les moyens de ventilation, la nature des parquets, le mode de chauffage ; enfin, la provenance, la quantité et la qualité des eaux, la contenance des réservoirs, leur aménagement, les moyens employés pour assurer leur entretien et leur propreté, etc.
Ces indications figurent, comme on sait, dans la plupart des rapports d'inspection médicale, établis chaque année par les médecins chefs des corps de troupes et des liôpitaux.
Ce carnet constituerait, pour ainsi dire, la topographie médicale de chaque étal)lissement militaire; il serait consulté avec fruit, chaque fois que survien(h'ait une épidémie, et permettrait au médecin, même nouvellement alfecté à un corps de troupes, de connaître les bâtiments ou même les parties de bâtiment et les chambrées qui sont habituellement les plus exposés à telle ou telle maladie infectieuse.
On pourrait compléter utilement cette mesure au moyen de la statistique localiste (Port et Rotter) des casernes, dont Viry fl) et Laveran (2) ont démontré f utilité, au point de vue de la préservation et de la répression des maladies épidémiques dans l'armée. C'est à ce moyen auquel, pour notre part, nous avons eu recours depuis plusieurs années, pour l'étude des maladies et des épidémies survenues dans les différentes garnisons, où nous avons été appelé à exercer nos fonctions de médecin militaire.
Dans un mémoire, adressé à l'Académie de médecine en 1888 (Commission des épidémies) et récompensé (Médaille d'or) par cette savante compagnie, nous avons appliqué avec avantage la mé thode de la statistique localiste à l'étude des maladies infectieuses observées pendant une série d'années dans les différentes casernes de la ville de Tours; et, grâce à cette méthode, nous
(1) Voy. Viry, Manuel d'hygiène militaire. Paris, 1886.
(2) A. Laveran, De l'hygiène mililaire {Arch. de méd. militaire, 1887, t. IX, p. 97).
avons pu éJucider bien des questions, qui, sans elle, seraient restées obscures et inexpliquées, au point de vue de l'apparition? de l'évolution et du mode de propagation de ces maladies parmi les troupes de cette garnison.
Nous ne saurions trop recommander à nos collègues des corps de troupes d'avoir à leur disposition un plan du casernement dont ils ont la surveillance hygiénique et médicale, et sur lequel chaque caserne est représentée avec ses pavillons, chaque pavillon avec ses étages, chaque étage avec ses locaux. Dans chacun des carrés ou des rectangles qui indiquent les chambrées et dans lesquels sont notés les emplacements des lits, on marque, au moyen d'un signe conventionnel, les lits occupés parles hommes atteints de maladies infectieuses et épidémiques. J'ai l'habitude de représenter par des traits noirs les cas de fièvre typhoïde, par des traits rouges les cas de rougeole et par des traits bleus les cas de scarlatine.
Certains médecins de corps de troupes ont dans leur cabinet un plan de la caserne occupée par leur régiment, et sur lequel ils indiquent, au moyen d'un signe mobile (épingle dont la tête est garnie de papier de différentes couleurs, suivant la nature delà maladie) les lits où étaient couchés les hommes atteints de telle ou telle maladie infectieuse. Ce moyen nous paraît excellent pour déterminer le mode d'extension et de propagation dans les casernes des différentes épidémies.
VIII. Difficultés qu'offre actuellement une classification méthodique des maladies infectieuses. Plan suivi par l'auteur pour l'étude de ces maladies parmi les soldats. — En présence de Tobscurité qui règne encore aujourd'hui sur la nature et l'orgine d'un grand nombre des maladies auxquelles on applique la dénomination d'infectieuses ou de spécifiques, nous renonçons à présenter ici une classification de ces maladies; car cette classification, ne pouvant être fondée rationnellement que sur les conditions étiologiques de ces maladies, soulèverait nécessairement de nombreuses objections doctrinales contre tout essai que nous pourrions tenter à ce sujet dans ce travail.
Nous nous contenterons d'indiquer simplement le plan que
nous comptons suivre pour l'étude de ces affections dans les milieux militaires.
Nous ne nous occuperons point de certaines maladies infectieuses observées jadis parmi les soldats dans des conditions qui ne se présentent plus aujourd'hui et c]ui ont depuis longtemps disparu de notre armée, comme \a peste, la dengue; nous négligerons également l'étude de ces maladies qui n'ont sévi, à notre époque, que sur certaines troupes dans des circonstances exceptionnelles (expéditions militaires hors d'Europe) et dans des régions plus ou moins éloignées du territoire français, comme la peste et la fièvre jaune, par exemple.
L'étude qui va suivre ne comprendra que les maladies infectieuses qui figurent chaque année sur les relevés de la statistique médicale de l'armée et qui se présentent journellement ou éventuellement à l'observation du médecin militaire dans les garnisons et dans les hôpitaux de France, d'Algérie et de Tunisie.
Nous étudierons ces maladies sous quatre titres principaux.
Le TITRE PREM[ER Comprendra les maladies infectieuses qui régnent habituellement, soit à l'état endémique, soit à l'état épidémique, dans nos garnisons de l'intérieur et de notre colonie africaine, et qui y constituent une des principales causes de morbidité et de mortalité parmi les soldats. Au premier rang de ces maladies nous ferons figurer naturellement la fièvre typhoïde et la tuberculose, ces deux maladies infectieuses qui prélèvent continuellement sur notre armée un si lourd tribut ; puis, mais sur un plan secondaire, les fièvres êriiptives, la rougeole^ la scarlatine, etc., c[ui, par suite de l'extension c[u'ont prises pendant ces dernières années ces deux afî'ections dans les garnisons de l'intérieur et de la part considérable qui leur revient actuellement dans la morbidité militaire, méritent de prendre place à la suite de la fièvre typhoïde et de la tuberculose dans le groupe des maladies infectieuses auxquelles est habituellement exposé le soldat dans les principaux milieux militaires (garnisons, camps).
Sous le TITRE II, nous étudierons les maladies infectieuses qui, tout en offrant pour la plupart une certaine gravité, ne se mani-
testent qu'éventuellement dans les milieux militaires, tantôt par quelques cas isolés, tantôt sous forme d'épidémies plus ou moins localisées à l'armée, et n'interviennent que dans une mesure assez restreinte dans la moi'bidité et dans la léthalité générales de l'armée {('rysipèle médical, diphtérie, etc.) Nous y comprendrons les maladies auxquelles nos prédécesseurs ont appliqué la dénomination de petites épidémies : les oreillons^ la méningite cérébro-spinale, la stomatite ulcéro-membraneuse, le goitre aigu; nous y joindrons la morve et le farcin, ainsi que la rage.
Sous le TITRE m, nous examinerons les maladies infectieuses qui, tout en étant observées quelquefois dans les garnisons de l'intérieur, sévissent principalement à l'état épidémique ou endémique parmi les soldats, dans les localités et dans les postes militaires de l'Algérie et de la Tunisie. Ce groupe comprendra \e paludisme et la dysenterie.
Enfin, sous le titre iv, nous étudierons, au point de vue étiologique, clinique et prophylactique, les maladies infectieuses qui ne font qu'à de longs intervalles et à certaines époques leur apparition sur le territoire français, qui y donnent lieu alors à la production de grandes épidémies ou môme de véritables pandémies, et qui sévissent indistinctement sur l'armée et sur la population des villes et des campagnes ; tels sont le typhus, le choléra et la grippe.
Nous reporterons l'étude de la syphilis à une autre partie de cet ouvrage et examinerons cette affection spécifique dans le chapitre qui sera réservé aux maladies vénériennes.