CHAPITRE II
A. — Fréquence et gravité de cette maladie parmi les soldats
On sait que la lièvre typhoïde constitue la maladie infectieuse la plus frt'quente et la plus grave qui règne dans l'armée française.
Non seulement elle s observe à l'état endémique dans la plupart de nos garnisons de l'intérieur, mais encore elle s'y manifeste fréquemment à l'état épidémique. Il n'est pas rare de la voir sévir également parmi les troupes appelées à séjourner dans les camps.
Dans nos garnisons du nord de l'Afrique, elle est devenue, depuis plusieurs années, une cause de morbidité et de mortalité autrement puissante que le paludisme et la dysenterie.
Enfin, au milieu des armées en campagne, son rôle est considérable ; et ce n'est pas sans étonnement qu'on l'a vue, dans ces derniers temps, produire des ravages parmi les troupes qui ont pris part aux expéditions militaires, soit sur le continent européen, soit dans les autres parties du monde, particulièrement en Afrique et en Asie.
I. Morbidité et mortalité typhoïdes dans l'armée française. — Malgré les documents qui, depuis 1862, sont fournis par la statistique médicale, les auteurs sont loin d'être d'accord pour déterminer exactement la fréquence de la fièvre typhoïde dans notre armée ; et les chiffres obtenus par nous, à la suite des recherches les plus minutieuses, diffèrent sensi-
blement de ceux qui ont été donnés par certains de nos prédécesseurs. Ce fait s'explique naturellement:
La statistique médicale de l'armée française présentait, jusqu'à l'année 1888, deux dénominations différentes : fièvre continue et fièvre typhoïde, appliquées à la dothiénenterie ; la première comprenant les cas légers, la seconde les cas graves et mortels de la même maladie, puisqu'il est reconnu aujourd'hui que les affections relevées sous le nom de fièvres continues ne sont, en somme, que des formes atténuées de la fièvre typhoïde. Or la plupart des auteurs qui se sont occupés antérieurement de l'étude de la morbidité et de la mortalité occasionnées par cette affection parmi les troupes françaises, n'ont tenu aucun compte des nombreux cas de dothiénentérie, qui figurent sur la statistique sous la dénomination de fièvres continues.
On s'explique ainsi comment quelc[ues médecins, comme F. Glénard (de Lyon) (1), ont représenté la mortalité typhoïde dans notre armée par un chiffre vraiment exagéré (38 décès pour 100 malades).
Signalons en passant ce fait intéressant, révélé par le dépouillement des statistiques de ces dernières années : l'augmentation progressive des cas de fièvre typhoïde, correspondant avec la diminution des cas de fièvre continue ; ce qui indique certainement, parmi nos confrères de l'armée, une tendance de plus en plus grande à rattacher à la fièvre typhoïde les cas relevés jadis dans les statistiques sous cette dernière dénomination.
A partir de l'année 1888, la distinction entre les fièvres typhoïdes et les fièvres continues disparaît complètement, et la statistique médicale n'envisage plus qu'une seule catégorie, les fièvres typhoïdes. Il estvrai qu'un autre groupe, qui ne figurait pas dans les statistiques précédentes, a fait son apparition dans cette statistique de 1888, sous la dénomination de: « Autres maladies générales », représentant, en 1888, en 1889 et en 1890; le nombre considérable de 6837, de 8196 et de 7842 entrées aux hôpitaux. Il y a certainement lieu de se demander si, parmi les affections,
(1) Glénard, De V Interprétation des statistiques militaires pour la mortalité de la fièvre typhoïde {Lyon médical, avril 1888), analysé dans : Archives de médecine militaire, t. II, 1883, p. 423.
désignées par cette appellation vague et indéterminée, il n'existe pas un certain nombre de dotbiénentéries.
1° Moyenne annuelle des entrées aux hôpitaux pour 1000 hommes présents. J'ai relevé, pendant une période sufflsammentlongue (1873-90), dans la statistique médicale de l'armée, le nombre des cas de fièvres continues et de fièvres typhoïdes traités dans les hôpitaux. Les résultats de mes recherches son indiqués dans les tableaux suivants :
FIÈVRES
FIÈVRES
OBSERVATIONS
TOTAL
CONTINUES