‹ Les maladies du soldatChapitre 92 sur 224 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

A. — Fréquence et gravité de la maladie parmi les soldats.

Quoique beaucoup plus rare que la rougeole, la scarlatine détermine actuellement dans l'armée française autant de décès que cette fièvre éruptive. Jadis peu commune dans nos garnisons, elle y est devenue assez fréquente pendant ces dernières années.

Il résulte des intéressantes recherches de L. Laveran que cette affection a occasionné dans la garnison de Paris, pendant la période 1832-59, 7,7 décès sur 1000 décès généraux. Or, dans cette période de près de tren te ans, envisagée par lui, cet auteur a constaté C[ue. cette garnison, pendant huit années, n'offrit pas un seul décès par scarlatine; pendant onze autres en présenta un ou deux; en 1837, 1840, 1848 et 1849, une proportion supérieure à la moyenne. Pendant la période écoulée de 1862 à 1874 (moins 1870-71), la statistique médicale de l'armée indique que la scarlatine figure annuellement pour 4,7 décès dans la mortalité générale. En 1872, il n'y eut môme que 3 décès occasionnés par cette maladie dans toute notre armée. Mais, à partir de 1875, la scarlatine a présenté dans nos garnisons une augmentation et une gravité progressives. La niorbidiié et la mortalité occasionnées par elle ont offert leui" maximum en 1888, année pendant laquelle la première a été de 6 pour 1000 hommes présents et la seconde de 0,25 pour 1000; on constate en même temps que pendant cette année le chiffre des décès par rapport aux atteintes n'a pas été moindre de 43 pour 1000. C'est ce qu'indique le tableau suivant :

DÉCÈS

CAS

DKCÈS

CAS

de

par

~ia Z

de

par

J OQO

looJ

La scarlatine est donc la plus grave des lièvres ériiptives qui sévissent parmi nos soldats. Cette augmentation de fréquence et de gravité de la maladie pendant ces dernières années a été signalée également dans la population civile (Bertillon).

Comme la rougeole, la scarlatine est moins fréquente en Algérie et en Tunisie qu'en France. Elle présente une prédominance assez marquée dans les IP et XP corps d'armée, c'est-à-dire sur le littoral de la Manche et de l'Océan ; sa fréquence a varié de 0,9 (X" corps) à 13,5 (IP corps) sur 1000 hommes en 1889, alors que, pendant cette année, près d'un tiers des garnisons de l'intérieur sont restées indemnes.

La scarlatine coïncide souvent, dans la même garnison, avec la rougeole, les mômes conditions paraissant favoriser le développement de l'une et de l'autre.

Elle est moins fréquente parmi les sous-offlciers que parmi les soldats ; parmi ces derniers, ceux qui ont moins d'un an de service offrent heaucoup plus de prise à la maladie. C'est ce qu'indique le tableau suivant :

Page 1