NOMBRE DE CAS DE SCARLATINE POUR
Soldats ayant plus d'un an de service .
Soldats ayant moins d'un an de service
Gomme la rougeole, la scarlatine présente le plus grand nombre de ses atteintes pendant la saison froide ; elle augmente eu décembre, après l'arrivée des recrues, et atteint rapidemeot son maximum en février, trois mois plus tôt que la rougeole ; elle décroît ensuite pendant l'été et l'automne. C'est donc essentiellement une maladie liivernale (voy. tracé XIII).
Tracé XIII. — Morbidité par scarlatine en 1890.
La mortalité occasionnée par cette affection présente une évolution annuelle analogue à celle de la morbidité, comme l'indiquent les chiffres suivants, empruntés aux statistiques médicales de 1888, 1889 et 1890 :
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Avril. .
.Juillet .
Octobre
Février
Mai . .
Août . .
Novem.
Mars. .
Juin . .
Septem.
Décetn.
B. — Évolution épidémique dans les milieux militaires.
Les épidémies de scaiiatine sont remai^qaables par la lenteur avec laquelle elles se développent et disparaissent; aussi ontelles généralement une longue durée. On s'explique ainsi pourquoi dans les grandes villes de garnison, à Paris et à Lyon notamment, la maladie ne disparaît presque jamais complètement.
Ces épidémies revêtent un caractère bénin ou malin. Rien de plus variable que la morbidité et la mortalité qu'elles offrent dans l'armée. Dans l'épidémie qui sévit en 1842 dans la garnison de Romorantin, et dont l'histoire a été écrite par Geschwind (1), il y eut 87 hommes atteints, soit 16 pour 100 présents, et pas de décès. Dans l'épidémie observée en 1883, par Antony (2) dans la garnison de l'île de Ré, sur un bataillon du 123« régiment d'infanterie, le nombre d'hommes atteints par la maladie fut de 11,7 pour 100 dans la l''" compagnie, de 40,6 pour 100, dans la 2% de 7,6 pour 100 dans la 3% et de 15,7 pour 100 dans la i'. Sur les 23o cas survenus en 1888, au 13° de ligne, dans la garnison de Nevers, il y eut o décès, tous occasionnés par des complications.
La scarlatine survient communément dans l'armée après avoir fait son apparition dans la population civile. C'est ce qui a été noté, dans ces dernières années (1888-1889), à Bourges, à Beauvais, à Soissons, à Amiens à Falaise, à Pontivy, à Verdun, à Saint-Gaudens, à Tarbes, à Bayonne et à La Rochelle, ainsi que dans toutes les garnisons du IX" corps d'armée.
D'autres fois, l'importation de la maladie dans une garnison a lieu par des militaires rentrant de permission (épidémies de Vienne en 1886 et d'Argentan en 1887), ou par des réservistes provenant d'une localité infectée (épidémies de Romans en 1887, du Puy en 1888), ou enlin par des recrues. A la Manouba arriva de Bretagne, le 27 novembre 1889, un consciit en pleine éruplioji scaiiatineuse. Un mois après, et sans qu'il ait été observé de scarlatine dans la population civile, un second cas se déclara chez un mihtaire occupant la chambre même où avait couché
(1) Voy. Gescliwiiid, Relation d'une épidémie de scarlatine au 6'^ bataillon de chasseurs à pied à Romorantin (Arcfi. de médecine militaire, 1883, t. I, p. 57).
(2) Aiitouy, Relation d'une épidémie de scarlatine à rechutes [Arch. de méd. mil., 1884, t. m, 11. :i9j.
le premier scarlatineux (Talayrach). L'épidémie de Saint-Quentin, en 1888, fut occasionnée par l'arrivée à la caserne d'un jeune soldat qui était sorti peu de jours auparavant de l'hôpital Lariboisière, à Paris ; les premiers cas apparurent dans le pavillon du casernement où cet homme avait logé, puis dans l'infirmerie où il avait été traité quelques jours avant son entrée à l'hôpital.
Quelquefois il paraît très difficile de déterminer le rôle de la contagion; voilà pourquoi certains auteurs ont cru à l'origine spontanée de la maladie. Il vaut mieux admettre, comme nous l'avons fait pour la rougeole, la préexistence de germes qui demeurent latents pendant une période plus ou moins longue et qui manifestent tout à coup leur présence sous l'influence de certaines conditions. Nous citerons comme exemple l'épidémie qui sévit, en 1889, sur le 93" de ligne, à La Roche-sur-Yon ; elle éclata brusquement dans tout le casernement occupé par ce régiment; son origine resta obscure et inexpliquée; il n'existait aucun cas de scarlatine dans la population civile, et on ne découvrit aucune importation.
Il est probable que les germes se localisent dans des endroits où ils sont inaccessibles aux moyens usuels de désinfection, notamment dans les vides existant sous les planchers des chambres (Krantz). Il faut tenir compte également de l'influence exercée par ces germes contenus dans la literie non désinfectée de certains malades, comme tendent à le prouver les observations faites par Ferron (1) à l'hôpital de Bordeaux.