UME MONO M AME AMBITIEUSE
L'aprés une photographie de l'aatear.
sans attirer l'attention du publie; aussi madame E... avait-elle reçu de différents souverains de nombreuses décorations qu'elle portait sur sa poitrine. Elle avait aux doigts des bagues en fil de fer , dans lesquelles elle avait soigneusement enchâssé des morceaux de verre ou des billes; elle était coiffée d'un chapeau à grandes plumes; à son cou pendait un collier de marrons d'Inde enfilés dans un cordon. Je vous présente, d'ailleurs, son portrait tel qu'elle a bien voulu me l'offrir. Madame E... se croyait aussi un grand peintre; malheureusement je ne puis rien vous montrer d'elle, car elle ne peignait qu'à fresque. Elle charbonnait sur tous les murs, et comme elle manquait de couleurs, elle les remplaçait par de l'encre, du vin et de la boue. L'architecte de la maison la considérait comme une plaie.
Un jour, désireux de conserver un de ses ouvrages, je lui apportai le sommet d'un pain de sucre. Elle en tailla un vase, qu'elle eut la délicatesse de m'offrir rempli de fleurs cueillies dans le jardin de la section. Dans la crainte de voir ces fleurs se faner, elle eut la malencontreuse idée d'y mettre de l'eau, et c'est ainsi que périt en quelques minutes une œuvre magistrale.
Madame E... était artiste. Ecoutez maintenant l'histoire d'un savant.
M. Gustave H... est à la fois un épileptique et un délirant, car, hélas! dans cet ordre d'idées, le cumul n'est pas interdit. C'est un grand astronome : depuis sept ans, il étudie la structure du soleil et des astres ; aussi loge-t-il toujours sous les toits, pour pouvoir observer la nuit, et de façon à être plus près de la voûte céleste. Il ne s'exprime d'ailleurs que par paraboles. « La justice est juste, dit-il; le plus petit est le plus grand, le plus bas le plus haut, le plus malheureux le plus heureux. »
Depuis sept générations, une somme d'argent énorme s'accumule à son intention, et afin de l'indemniser de ses travaux.
Il a construit un télescope, qui n'est autre chose qu'une pomme
de faîtage en zinc dont la pointe est percée d'un petit trou. Il passe ses journées à observer : il voit derrière le soleil , il cherche le point de centre qui lui permettra de tirer dans un carré autant de points que dans une houle. Il compte arriver à l'Académie française.
Il a des hallucinations de l'ouïe , et , chose à la fois curieuse et rare , elles sont différentes suivant l'oreille par où elles lui arrivent. Par son oreille droite, un mauvais génie l'appelle sans cesse : Tête de cochon, hure de cochon^ pendant qu'à gauche un bon génie lui dit : Prends patience ^ continue; cest très-bien, ce que tu fais, etc.
Les poètes ne sont pas rares parmi les aliénés chroniques et les héréditaires : il n'est pas de jour où un directeur d'asile ne reçoive quelque hommage ou quelque cantate en son honneur. On en trouve quelques-unes qui ne sont pas absolument déraisonnables, et, à côté d'elles, on en rencontre qui portent les traces de la plus absurde démence.
Voici, d'abord, une lettre écrite à la vierge Marie par un droguiste enfermé à Sainte-Anne :
Sainte-Anne, le 26 février 1880.
Madame,
Veuillez agréer l'hommage De ce modeste sonnet Et le tenir comme un gage De mon sincère respect.