ANGUILLULES
Un certain nombre de vers nématodes appartenant au groupe des Anguillules nuisent gravement aux Caféiers en attaquant leurs racines. Les désordres qu'ils amènent ont été désignés sous le nom de maladies veriniculaires .
Heterodera radicicola
Cette anguillule a causé des dégâts importants dans la province de Rio de Janeiro (Brésil), dégâts qui ont pu, d'après des relevés officiels, être estimés dans plusieurs plantations étendues à près de 95 % de la récolte moyenne. La
Fig. 44. — Heterodera radicicola. — Racines de Caféier présentant des nodosités, iV, de différentes tailles et formes. Grandeur naturelle. (D'après Gœldi.)
maladie a débuté dans la région en 1870, et y avait pris une telle extension que, quinze ans plus tard, des plantations de Caféiers avaient dû être abandonnées ou remplacées par des cultures de Canne à sucre. C'est un zoologiste français, M. C. Jobert, qui le premier a étudié cette maladie et en a
bien précisé les symptômes (i). Je reproduis en tie la description qu'il a donnée :
grande par
{( Un Caféier qui offre toute l'apparence d un arbre sain et vigoureux présente, du jour au lendemain, l'aspect d'un arbre étiolé; les feuilles pâlies deviennent tombantes; celles du haut jaunissent promptement et tombent les premières. En huit jours, et souvent moins, l'arbre est entièrement dépouillé de ses feuilles, et les extrémités de ses rameaux sont déjà desséchées : le Caféier est irrévocablement perdu.
« Si on le fait arracher, on voit que le chevelu a disparu complètement ; plus de racines de petite taille, et les racines même de la grosseur d'un tuyau de plume apparaissent comme rongées; l'écorce a disparu, même sur la plus grande partie du pivot.
« Si l'on examine à un grossissement de 5o à 60 fois quelques fragments du chevelu qui est resté brisé dans la terre, on voit que la surface de l'écorce est inégale, semée d'élévations irrégulières, au centre desquelles s'ouvre une cavité cratériforme qui pénètre jusqu'à la partie centrale de la radicelle. En examinant de plus près, on reconnaît qu'en ces points le faisceau fibro-vasculaire a été détruit complètement et à tous ces débris se trouvent mêlés des mycéliums, uu surtout de couleur ^ noire très remarquable.
i^''^ "iV " Guidé par ces indications, je fis arracher
^'■■\ %'h^'' *^^^ Caféiers, très vigoureux en apparence,
^ ' ' ^ ' situés au voisinage des arbres malades, et je
ne fus nullement surpris en trouvant le chevelu complètement couvert de nodosités, situées soit sur les extrémités mêmes, soit sur le trajet et dans l'axe de l'organe, ou plus rarement sur ses parties latérales (lîg. 44 et 45). Les nodosités terminales sont piriformes, acuminées, souvent recourbées. Les plus grosses ne dépassent pas la dimension d'un grain de chènevis ou d'un tout petit pois; l'aspect général est celui des racines de la vigne attaquées par le phylloxéra.
« En faisant des coupes très minces au travers de ces renflements dans le sens longitudinal ou dans le sens transversal, j'ai constaté : i" que ces renflements contiennent des kystes à parois hyalines, qui ont pour siège, soit le parenchyme cortical, soit le cylindre central (fig. 46) ; 2° que ceux qui siègent
Fig. 45. — Heterodeia radicicola. — Portions de racines de Caféier avec des nodosités à un grossissement d'environ 12 diamètres. A droite, une nodosité encore intacte. A gauche, une nodosité ouverte, en voie de décomposition . ( D'après Gœldi.)
(i)C, JoBERT, ('o)nptesTendiis de V Académie des Sciences, 1878, p. 941
dans le parenchyme cortical, en se développant, ont pour action de déjeler cl de détruire par approclie le faisceau fibro-vasculaire. Ceux qui siègent au centre commencent par disséquer et isoler les divers cléments qui les avoisinent ; on chercherait en vain trace du faisceau central quand les kystes sont développés. Enfin, il est facile de voir que plusieurs de ces kystes sont venus s'ouvrir au dehors, et la radicelle est couverte de ces blessures profondes, largement ouvertes (fig. 4^)- ^^cs cellules extérieures des renflements sont très grandes ; quelques-unes présentent des signes de segmentation ; elles ne contiennent ni raphi des, ni amidon.
« Si l'on examine les jeunes renflements, ceux des extrémités particulièrement, on trouve dans ces kystes, situés tout près du point végétatif, une quantité d'éléments ressemblant à de jeunes ovules; sur les plus gros renflements, les kystes contiennent ces éléments à tous les degrés de développement.
« Ce sont bien des ovules à tous les degrés de l'évolution; les plus avancés présentent l'aspect suivant (fig. 4?) ■
« La forme est elliptique, quelquefois réniforme ; la membrane d'enveloppe est hyaline, et dans l'intérieur se trouve enroulé sur lui-même un petit ver nématoïde, long, quand il est développé, d'environ un quart de millimètre, qui
n'est autre qu'une anguillule. Cet animalcule n'offre pas trace d'organes sexuels; il n'est encore qu'à une première phase de son développement. Chaque kyste contient de 4o à 5o œufs, et si l'on fait un calcul approximatif, on arrive au chiffre, trop faible certainement et pourtant effrayant, de plus de 3o millions d'anguillules par Caféier.
(( Arrivés au terme du développement intraovulaire et de la vie intraradicellaire, les animalcules s'échappent au dehors, laissant béante la cavité dans laquelle ils se sont développés, et la radicelle ne tarde pas à pourrir et à être envahie par les cryptogames. La terre qui entoure les Caféiers morts est remplie d'anguillules n'offrant pas encore d'organes générateurs.
« Les Caféiers les plus vigoureux, ceux de sept à dix ans, sont attaqués de préférence. Les Caféiers étant plantés en lignes parallèles, tantôt la maladie se propage suivant les lignes, tantôt elle se développe en îlots, d'une manière analogue à 1 infection phylloxérique de nos vignes, .-)
F)g 4(j — Hetei ode) a radicicola. — Portion de coupe faite dans une nodosité. Grossissemen t ■20 diamètres environ :
A', kystes renfermant des œufs isolés en Œ.
(D'après Gœldi.)
Fig. 47- — Œuf déjà avancé d'IIeferodera radicicola pris dans une nodosité. (D'après Gœldi.)
En résumé, la « maladie vermiciilaire » se caractérise par le jaunissement des feuilles, la mort rapide de Tarbre, la destruction du chevelu, précédée sur celui-ci de l'apparition de tubérosités arrondies ou oblongues et de volume assez variable. La plante meurt par destruction et pourriture très rapides du système radicellaire.
M. Jobert n'a pas déterminé spécifiquement les anguillules observées par lui sur les Caféiers du Brésil, car il ne rencontra que des larves et pas d'animaux adultes sexués. Le D' E.-A. Gœldi, qui a fait sur la maladie vermiculaire en question un volumineux mémoire, a créé pour ranguillule qui la cause un genre et une espèce nouveaux. Il l'a appelée Meloidogyne exigua (i). Il me parait cependant bien établi que cette espèce n'est autre que V Heterodera ra dicicola , espèce cosmopolite, qu'on a rencontrée en maintes régions du globe, chaudes aussi bien que tempérées, et sur des plantes très diverses. Il est vrai de dire que les galles dues à \ Heterodera radicicola diffèrent notablement de forme et de dimensions suivant les plantes atteintes ; mais on ne doit pas oublier que si la présence de cette anguillule est la condition nécessaire de l'apparition des nodosités, la formation des galles est une fonction de la plante elle-même et peut par suite varier sensiblement d'une plante à une autre.
L'opinion que j'émets au sujet de ce ver nématode est aussi celle de M. J. Ritzema Bos, l'éminent directeur du « Phytopathologisch Laboratorium » d'Amsterdam. Ce savant, qui s'est depuis longtemps déjà spécialisé dans l'étude de ce groupe d'animaux, a vu des préparations microscopiques qui ne lui laissent aucun doute (2). D'ailleurs, les descriptions de M. Jobert et du D"" Gœldi, les figures données par ce dernier, répondent parfaitement à ce qu'on trouve dans les auteurs qui se sont occupés de la question et dont
(i) D"" E.-A. Gœldi, Belatorio sobre a molestiado Caffeeiro na provincia do Rio de Janeiro, 1887, et « Rev. agric. do Imp. Inst. Fluminense do agricult. », 1888, p. i.
(2) Lettres des 3i janvier 1898 et 4 février 1899.
M. Prillieux a résumé jadis les travaux de façon très complète (i).
D'un autre côté, M. Frank (2) a pu infecter déjeunes Caféiers d'un an venus de graines et portant des racines parfaitement saines avec des racines de trèfle et de dracaena couvertes des galles de VHeterodera radicicola; et cinq mois plus tard, il trouva sur les racines des galles identiques à celles décrites par M. Jobert sur les Caféiers du Brésil.
M. Frank déclare encore ailleurs l'identité des deux espèces (3). Enfin, il me semble que lorsqu'il a établi son genre nouveau Meloidogyne, le D' Gœldi ignorait l'existence du genre Heterodera. En effet, il ne cite et discute que la classification de Bastian ip. 67), qui date de 1864, alors que le genre Heterodera de Schmidt a été créé en 1871 et l'espèce Heterodera radicicola Millier en i883 (4).
La détermination précise du genre exige pour les Heterodera l'observation de femelles adultes. En effet, les femelles adultes fécondées se gonflent considérablement et perdent en s'hypertrophiant leur apparence première; elles forment un sac à peu près sphérique ou un peu oblong qui renferme les œufs (fig. 49), de telle sorte qu'avant la formation des œufs il n'est guère possible d'en reconnaître la nature, surtout pour un observateur non prévenu. C'est à l'état de larve que ces anguillules pénètrent dans les racines, et leur présence détermine par irritation une prolifération des tissus dont le résultat est la production des galles. Néanmoins, parmi les espèces du genre Heterodera^ il en est qui n'engendrent pas de galles : les tubérosités radicel-
(1) Ed. Prillieux, Les Maladies vennicidaires des plantes cultivées, in « Annales agronomiques », tome II, fasc. 2.
(2) D"" A.-B. Frank, Ueber das Wiirzelselc1ien,'\n « Berichle der deutsche botanische Gesellschaft », tome II, mars 1884.
(3) D"" A. B. Frank, Die tierparasitseren Krankheiten der Pflanzen, 1896, p. 23.
(4) Karl Mûller, Neue HelmintJiocecidien uiid deren Erzeiiger, Berlin, i883.
laires sont absentes sur les racines de betteraves attaquées par Heterodera Schachtii.
Pour le Caféier, les galles se produisent, au début au moins, dans le parenchyme cortical; les kystes à parois hyalines vus par M. Jobert ne sont autre chose que des femelles hypertrophiées, fait que le D'^ Gœldi a bien mis en lumière.
On sait qu'un certain nombre d'espèces d'anguillules sont reviviscentes et qu'après une sécheresse prolongée qui peut durer plusieurs années, les larves parvenues à Fétat adulte sont susceptibles de revivre si on vient à les humecter. C'est le cas de l'anguillule du blé niellé [Tylenchus Tritici), qui monte progressivement jusque dans la fleur, en même temps que le blé se développe. La fleur s'hypertrophie, se transforme en une galle pleine d' anguillules , et elle présente assez bien le volume et l'apparence de la graine de Nielle.
D'après M. Jobert, l'anguillule du Caféier ne serait pas reviviscente et la sécheresse la tuerait.
Par suite, M. Jobert admet l'immunité du Caféier en terrains secs. La maladie sévit de préférence dans les terres sablonneuses ; l'argile pure gênant le développement du nématode, il n'y persiste pas.
Le D' Gœldi n'a pas accepté toutes ces conclusions. Il reconnaît, il est vrai, que la maladie est surtout grave dans
Fig. 48. — Femelle d'Heterodera radicicola adulte, isolée d'une nodosité : B, bulbe œsophagien ; St, stylet. (D'après Gœldi.)
pig ^g, Kyste d' Heterodera radicicola : corps de femelle quelque temps après la fécondation montrant encore les traces de l'œsophage. (D'après Gœldi.)
les terrains sableux; mais il déclare qu'elle n'est pas spéciale aux sols humides, car on peut la rencontrer aussi sur les coteaux. Il a pu observer la reviviscence de Tanguillule sur des racines de Caféier entièrement desséchées depuis deux mois. Il est possible que cette divergence de vues entre les deux observateurs tienne à des conditions différentes d'expérimentation. M. J. Chatin admet, en effet, que les matières organiques en décomposition arrêtent la revivifîcation (i).
Le D'" Gœldi a trouvé sur les parties mortes des bactéries et le même mycélium noir signalé plus haut par M. Jobert. Ce ne sont que des saprophytes. Ce mycélium, hyalin à l'état jeune, a des filaments cloisonnés s'agrégeant en cordons qui entourent une notable partie de la racine et les résidus qui s'en détachent. 11 aurait, d'après Gœldi, une fonction bien définie, celle de détruire les portions de racines envahies par les nodosités. Le même auteur a vu ce mycélium gagner de proche en proche les cellules saines, dont le contenu devient granuleux et opaque. Gœldi a trouvé des filaments jusque dans les éléments de la base du tronc. 11 n'a jamais réussi à produire avec cet organisme riuiéction de racines saines. Il est présumable que la pénétration se fait dans les racines infestées d'anguilkdes par les solutions de continuité qui s'y produisent accidentellement.
Les nodosités peuvent s'observer sur les Caféiers dès la période cotylédonaire, et Gœldi a constaté [Op. cit.) que le Libéria n'est pas plus à l'abri que PArabica.
Il est possible que cette maladie vermiculaire existe ailleurs qu'au Brésil. M. Soltwedel(a) a trouvé des racines de Caféiers à Java qui présentaient les mêmes renflements que ceux dus à V Helerodera radicicola et il y aurait constaté la présence de ces nématodes. Mais la maladie ne parait pas avoir pris d'extension et l'on n'en put retrouver plus tard.
(I) Joaimes Chatix, Recherches sur iAiiguillule de l'Oignon, Paris, 1884. (■2) Cité par M. Zimmermann, Op. cit., p. )88.
Voyons maintenant en quoi consiste le traitement.
Tout trabord on ne peut songer à l'alternance des cultures pour faire périr d^inanition le parasite, car il est prouvé qu'il s'attaque à un nombre d'espèces considérable, très différentes les unes des autres; il est par suite doué d'une faculté d'adaptation très remarquable. D'ailleurs le procédé n'est pas applicable à une plante vivace comme le Caféier.
Dès le début, en cas d anguillules dûment constatées par l'apparence extérieure de racines chargées de nodosités, et même au besoin par un examen microscopique, d'ailleurs des plus faciles, on devra arracher et brûler sur place les racines des Caféiers morts en n'en laissant subsister autant que possible aucuns débris. Il ne sera pas inutile d'écobuer en même temps dans le trou ou les trous d'arrachage le sol qui entourait les racines. Ensuite, on devra traiter cette place ainsi écobuée et le sol environnant planté en arbres d'après les mêmes principes que les vignes phylloxérées en Europe. La surface à traiter devra dépasser de plusieurs rangées d'arbres le centre de la tache ou la ligne où sont morts les Caféiers, de façon à ne pas laisser s'établir de nouveaux foyers de contagion entre ceux qu'on aura détruits. On pourra, d'après le conseil donné par M. Prillieux (i), et pour plus de sécurité, circonscrire la surface ainsi défrichée par des fossés profonds, en prenant soin de rejeter dans l'intérieur du cercle la terre qu'on enlèvera et qui pourrait être contaminée par les anguillules. On sera sûr de cette manière d'arrêter l'extension du fléau.
11 n'y aurait d'ailleurs rien d'impossible à ce que cette maladie prenne naissance spontanément sur le Caféier, le Nématode qui la produit s'attaquant à des plantes très variées ([ui peuvent être pour le Caféier le point de départ de la contagion ; les exjîériences de M. Frank ont bien mis ce fait en lumière.
Si l'on replantait immédiatement des Caféiers sur ces
(i) Kâ. Prillieux, Op. cit., j) -'.6").
places où d'autres sont morts auparavant, il est certain qu'ils périraient de même, car le traitement en question n'a pu détruire toutes les anguillules du sol. Dun autre côté, on aurait des chances de laisser persister l'infection dans le sol, en y introduisant une autre culture qui pourrait être attaquée à son tour, VHeterodera étant susceptible de se développer sur beaucoup de plantes. L'abandon du terrain à l'état de friche pendant un certain temps est passible delà même objection à cause de l'envahissement possible d'une plante spontanée par l'anguillule. La destruction aussi complète que possible est donc une mesure qui s'impose. On utilisera à cet effet le sulfure de carbone qui a donné à Aimé Girard des résultats assez bons, quoique incomplets pour la destruction du nématode de la betterave (i), ou encore le sulfocarbonate de potasse. Ce dernier sel se décompose dans le sol, en présence de l'humidité, en carbonate de potasse, sulfure de carbone, hydrogène sulfuré ; ce sont ces deux derniers corps qui agissent sur l'anguillule et la tuent. Des expériences récentes que nous avons fait opérer chez un horticulteur des environs de Paris, dont les cultures florales très variées étaient envahies parVHete/ode/a radicicola, nous ont apporté la preuve de l'efficacité réelle du sulfure de carbone et du sulfocarbonate de potassium pour la destruction de ce ver parasite.
On a encore préconisé l'usage de chiffons de laine pétroles et des eaux ammoniacales résiduaires des usines à gaz. Dans les essais de destruction que nous avons fait faire, les chiffons pétroles se sont montrés notoirement insuffisants.
En tout cas, un traitement d'extinction ainsi compris est coûteux. Pour la vigne, comme pour la betterave, on a employé des doses de 3.ooo kil. de sulfure de carbone à l'hectare. Avant d'injecter le sulfure de carbone, on laissera le sol se tasser un peu après l'arrachage,
(i) Aimé Girard, Les Nématodcs de la Betterave, Paris, 1887.
de manière à éviter une évaporation très rapide quand on appliquera le sulfure.
On devra se rappeler que les expériences faites sur la vigne ont montré que les traitements au sulfure de carbone n'ont de chances réelles de réussite que dans les sols frais, meubles, assez profonds, tandis que, dans les terres compactes, sèches et peu profondes, les résultats sont fort incertains. On se servira d'un pal injecteur et le nombre de trous sera au moins de trois par mètre carré, dans des sols à couche profonde de terre végétale. Si celle-ci est plus mince, on devra augmenter le nombre de trous, à cause de la rapidité plus grande d'évaporation du sulfure de carbone dans l'air. Dès que le sulfure de carl^one aura été déposé dans le trou, celui-ci devra être immédiatement bouché et tassé fortement avec le talon pour diminuer l'évaporation dans les limites du possible. J'ai conseillé plus haut et je réitère ici la recommandation d'arroser suffisamment le sol avant d'appliquer le sulfure, si la terre est fortement échauffée parle soleil.
On pourra employer également le sulfocarbonate de potassium, en même temps qu'une quantité suffisante d'eau. La quantité de liquide exigée par les 4 ou 5.ooo kil. nécessaires à l'hectare pour un traitement d'extinction ne permet malheureusement pas toujours l'emploi de cette substance. Dans certains cas, elle présenterait sans doute un avantage marqué sur le sulfure de carbone, qui, dans les régions chaudes, peut être évaporé complètement avant d'avoir donné tout son effet utile ; le sulfocarbonate, qui ne fournit que peu à peu le sulfure de carbone, a une action continue et sensiblement plus durable. D'un autre coté, il laisse subsister dans le sol, quoique en faible quantité, un élément utile aux Caféiers, la potasse. En cas d'irrigation impossible ou trop onéreuse à appliquer, on profiterait alors de la saison des pluies pour l'emploi du sulfocarbonate.
On peut avoir avantage à conserver les arbres atteints, <|uand les traitements d'extinction ne sont pas réalisables
ou que l'attaque est peu intense et par points localisés. Dans ce cas, après avoir circonscrit les taches par des fossés assez profonds, on essaiera des traitements d'entretien au sulfure de carbone ou au sulfocarbonate.
Pour le sulfure, les trous de pal seront toujours établis à une certaine distance du pied de Tarbuste (o":'.o à o™3o) et la quantité de sulfure de carbone à injecter ne devra pas être inférieure à 3oo kil. à l'hectare. Pour le sulfocarbonate, il faudrait le dissoudre au préalable ou arroser après épandage. On le déposera dans une cuvette pratiquée au pied de chaque arbre, à la dose de 600 kil. environ par hectare, et on recouvrira la cuvette de terre.
Ces traitements devront être renouvelés toutes les fois qu'on verra la végétation fléchir sensiblement; mais ce ne seront en tous cas que des palliatifs.
L'emploi de ces substances sur les arbres encore vivants sera suivi après quelques semaines de Temploi d'un engrais azoté, qui sera fort utile pour l'édification de nouveaux tissus radicellaires. Et comme il est à présumer, ainsi que semblent le prouver des expériences récentes (i), que le travail (h3 nitrification est sensiblement entravé par la présence du sulfure de carbone dans le sol, on utilisera l'engrais azoté immédiatement assimilable, les nitrates de soude ou de potasse.
Pour éviter la contamination des plantations saines, on devra, suivant le judicieux conseil donné par Aimé Girard, soumettre les outils à un lavage soigné, quand on passe d'une pièce envahie à une pièce saine.
Enfin, il sera indispensable, si l'on cherche à introduiic des plants étrangers, de vérifier l'état des racines, d'éliminer et de brûler ceux qui présenteront des tubérosités.
Maladie vermiculaire de Saô-Paulo, — En kSjj;'), à rinstitui agronomique de Gampinas, province de Saô-Paulo (Brésil {-v,
il) J. Perraud, Annales de la Science agrunoiniqiie, i8(jG, p. Kjy. (2) Relatorio annital do Instituto agronomico do Estado de Saà l'aulo (Brazil) em Cawpinas, 1894-1895, vol. VII et VIII, p. 3i2, Saù Paulo. 1S96.
on reconnut une maladie du Caféier qui l'ut attribuée à la présence d'un nématode que le D' H. von Ihering considéra comme différent de celui qui attaque les Caféiers de la province de Rio de Janeiro. Il l'appela provisoirement Diplogaster suspectas et fit en même temps quelques restrictions sur sa nocivité réelle.
Des expériences de traitement, suivies de succès, ont été opérées par les soins de M. Potel, chimiste du même Institut de Campinas. 11 a utilisé des procédés analogues à ceux employés en Europe pour l'extinction des nématodes : destruction par le feu des arbres morts ou mourants, désinfection du sol à l'aide du sulfure de carbone. M. Potel reconnut que la maladie s'étend, quoique assez lentement, de proche en proche, comme la précédente. Il tenta le traitement sur des Caféiers encore vivants et peu atteints el déclara que l'examen des radicelles lui a permis de constater la mort des anguillules au bout d'un court espace de temps. 11 a semblé que, dans le cas actuel, le sulfure de carbone dût être considéré comme réellement curatif vis-à-vis des plantes encore suffisamment pourvues de racines pour végéter un certain temps; dans ces conditions, Tapport d'engrais appropriés à la nature du sol pourrait permettre à l'arbuste de reprendre quelque vigueur et de reformer à temps de nouvelles radicelles.
L'étude de cette maladie a été reprise quelque temps après par M. F. Noack (i). Il constata la gravité du dommage et fît des expériences concluantes d'infection. Il vit sur les racines atteintes un mycélium noir qui, comme celui dont nous avons parlé plus haut, concourt à la destruction définitive des racines. L'emploi du sulfure de carbone lui donna, comme à M. Potel, de bons résultats pour le traitement des ni'bres malades et la désinfection du sol.
M. Noack attribue la maladie à un nématode qu'il nomme Apheleiichus Coffeœ ; mais la partie de son travail qui a trait
(i) F. Noack, Die Pfahhvûrzelfseule des Kaffees, eine Neinatodenkrank- /irit, in (( Zeilsctirift fiir Pflanzenkrankticiten », 1898, p. i'}-] el 201.
à ce l'ôté de la question est fort écourtée et il ne paraît pas certain que cette détermination soit exactement établie.
M. Uitzema Bos, qui a vu des échantillons de racines atteintes de cette maladie, la déclare en tout cas différente de celle due à V Heterodera (i). Les racines pourrissent, mais sans présenter de nodosités. Il la croit aussi plus dangereuse pour le Caféier.
Maladie vermiculaire de Java. — En 1893, on signalait sur l'Arabica à Java la présence d'anguillules bien distinctes des Jfeterodera et qui n'amenaient aucuns renflements sur les racines. Cette maladie se rapproche assez, du moins comme symptômes de la maladie vermiculaire de Sao-Paulo, dont je viens de parler, mais on ne peut en aucune façon affirmer qu'elles soient identiques.
Dans ces dernières années, M. Zimmermann, le distingué botaniste de la station de recherches culturales sur le Caféier à Buitenzorg (Java), a repris l'étude de cette maladie vermiculaire de Java, et il a fait une étude très consciencieuse lies anguillules qu'on y rencontre.
Les travaux de M. Zimmermann ont montré [■a] que la maladie débute sur les racines, où l'insulfisance, sinon l'absence, de subérisalion des tissus externes n'oppose pas un obstacle suffisant à la pénétration des anguillules ; les racines attaquées se colorent en brun et ne tardent pas à pourrir. Bientôt, tout le système des racines est envahi à son tour jusqu'au collet, brunit et meurt, entraînant la ra- |)ide disparition de Tarbre. Ce sont les plantations de la partie est de Java qui ont eu à souffrir de ce mal, qui en peu de temps y a pris une inquiétante extension et a fail déjà abandonner un certain nombre d'exploitations.
(i) Lillre du 4 février iS^c).
(■2) A.-I. Zimmermann, in 0 Teijsmannia » iHy;, p. joi. — De ycmaloclen der Koffiewortels, in « Mcdedeelingcn uit s Lands PlaïUeiituiu », 1898, XXVII. — Compte-rendu du Congrès pour le Caféier tenu à Malang (analyse du De Indische Meicuur, n" 48, 26 novembre 1898).
Les racines malades ont montré à M. Zimmermann plusieurs espèces d'anguilkiles, des acariens et d'autres vers. De tous ces organismes, un seul, que le même auteur appelle Tylenchus Coffeœ (fig. 5o), attaque sûrement les racines vivantes. Les expériences d'infection tentées sur Caféiers sains ont été décisives; elles ont montré que la cause de la maladie ne pouvait être attribuée qu'aux anguillules , à l'aide desquelles M. Zimmermann a pu reproduire les apparences et tous symptômes qu'on observe sur les places infectées. Les infections réussissent aussi bien en plaçant côte à côte dans un même pot des pieds sains à côté de pieds malades, ou bien en ajoutant à la terre des Caféiers des racines malades ou de la terre infectée. Les expériences ont porté sur l'Arabica en même temps que sur le Libéria. Après cinq mois et demi, la maladie se montrait sur gS % des pieds de la variété Java [Coffea arabica) et sur J9 % seulement des Caféiers de Libéria. Ces derniers sont donc ainsi moins sensibles aux attaques de la maladie ; l'observation a prouvé que si le Libéria atteint languit, il résiste le plus souvent, tandis que l'Arabica périt. Ces constatations ont suggéré dès lors l'idée de grelfer le Caféier de Java sur pivot de Libéria,
ig. M). ■ — ■ Tylenchus Coffeœ. — A, l'animal iemelle : -SY, stylet ; /?.o?, bulbe œsophagien ; F.u, terminaison de l'utérus. Grossissement, ijS diamètres ; B, un œuf développé ; r, une larve. (D'après M.
Zimmermann.)
de manière àobtenir des plantes dont les racines aient contre cette maladie vermiculaire toutes les qualités de résistance du Caféier de Libéria. Les premiers résultats obtenus semblent bien favorables à cette méthode.
M. Zimmermann a conseillé aussi d'isoler les places envahies et de les laisser incultes. Comme moyen curatif, il avait d'abord conseillé l'usage du sulfate de fer; malheureusement, le résultat obtenu qui semblait au début très encourageant ne s'est pas maintenu aussi net jusqu'au bout, et l'efficacité certaine du sulfate de fer reste encore douteuse. Il y aurait lieu, je crois, malgré quelques essais négatifs, d'entreprendre à nouveau des expériences au sujet du sulfure de carbone ou du sulfocarbonate de potasse, voire de la benzine. Il serait utile de préciser d'une façon exacte les conditions du mode d'emploi de ces substances dans les contrées chaudes et de fixer surtout, s'il y a lieu, le moment le plus favorable à leur usage.
M. Zimmermann déclare d'ailleurs que ses recherches sur le sujet ne sont pas terminées et qu'il les continue.
Maladie vermiculaire de la Martinique. — M. Thierry, botaniste à la Martinique, a signalé dans cette lie une maladie (i) qui envahit les racines des variétés du Caféier d'Arabie et y produit des nodosités où il a constaté la présence d'angiiillules. Les racines atteintes présentent l'apparence décrite dans le cas de maladie due à V Heterodera radicicola . Mais comme aucune détermination précise du nématode n'a été faite à la Martinique, comme les caractères fournis par l'évolution de ces deux maladies diffèrent beaucoup, il est permis de douter fortement de l'identité desparasites qui les causent.
Cette maladie vermiculaire de la Martinique est très répandue, d'après M. Thierry; on la rencontrerait à peu près
(i) A.-J. Thierry, Notes sur le greffage... et la maladie vermiculaire du Caféier, Saint-Pierre de la Martinique, 1899, in « Bulletin agricole de la Martinique ».
partout. Elle détruit, quoique assez lentement, tout le système des racines ; mais si l'on prend soin de « fatrasser » les Caféiers, c'est-à-dire d'accumuler en abondance des débris végétaux au pied de ces arbres, dans le milieu humide ainsi constitué des racines adventives prennent naissance et peuvent entretenir la vie des plantes. Quand cette fumure vient à manquer, les plantes ne tardent pas à péricliter, elles deviennent la proie de nombreux parasites animaux et végétaux et meurent au bout d'un certain temps, les racines étant complètement détruites et couvertes de mycéliums variés qui ont parachevé la décomposition,
La maladie existerait dans tous les sols, à toutes les altitudes, plus ou moins fréquente et grave. Et, circonstance qui n'est d'ailleurs pas spéciale à ce cas pathologique, la résistance est d'autant plus difficile pour le Caféier qu'on s'éloigne davantage des conditions normales de sa culture. C'est ainsi que, pour ce qui est de l'altitude, l'évolution devient plus rapide à mesure qu'on descend vers le niveau de la mer, à partir de aSo mètres environ.
Le Caféier de Libéria n'est pas attaqué. Dans les terres infestées d'anguillules où dépérit vite le Caféier créole (variété de l'Arabica), le Libéria conserve ses racines indemnes et sa végétation reste aussi puissante. Aussi, pour se mettre à l'abri de la maladie, M. Thierry insiste-t-il particulièrement sur la nécessité de greffer l'Arabica sur Libéria, ])ratique sur laquelle il fournit des détails circonstanciés.
Pour les Caféiers créoles ou autres variétés de l'Arabica francs de pied, atteints par la maladie, mais encore en état suffisant de production, il conseille les traitements d'entretien à l'aide du sulfure de carbone ou du sulfocarbonate de potasse, comme je l'ai expliqué plus haut.
M. Thierry pense qu'un certain nombre de maladies, dont j'ai eu l'occasion de parler dans le cours de cet ouvrage, et dont la cause réelle est encore incertaine, sont sans doute aussi le résultat de l'attaque des anguillules. Ce sont la
« maladie du collet » de la Réunion, la maladie, dont M. Elot m'a communiqué des échantillons, de la Guadeloupe et que provisoirement j'ai appelée « le pourridié du Caféier », et enfin la maladie signalée par Guérin-Méne ville et Perrotet aux Antilles et, avec doute à la Réunion. M. Thierry déclare à ce sujet que « les causes ont pu paraître « difterenfes, selon « le moment et le pays où les observations ont été faites, « selon Page des plantes et le degré de minutie apporté aux « recherches ».
En la circonstance, je m'abstiendrai de toute discussion qui ne pourrait être qu'inutile en l'absence de documents et d'échantillons précis.
Enchytréides
Des vers annélides de petite taille appartenant à cette famille, qui est peu éloignée de celle des lombrics ou vers de terre, ont été rencontrés par M. Zimmermann sur des racines pourrissantes de Caféiers (i). Mais comme les essais d'infection ont été négatifs, M. Zimmermann estime qu'il est encore impossible de décider s'il y a dans ce fait un rappor de cause à effet avec la décomposition observée sur les racines. 11 pense que de nouvelles recherches sont nécessaires.