TRAVAIL ET SURMENAGE
faire parmi eux de nombreuses victimes. Ajoutons que bon nombre d’entre eux voient leur niveau moral s’abaisser, perdent le sentiment de la famille et que les alcooliques peuplent les prisons autant que les hôpitaux et les asiles d’aliénés.
Aux dangers que présente l’alcool par lui-même s’ajoutent ceux qui résultent de la présence, dans les alcools vendus à bas prix, de substances des plus toxiques existant dans les alcools impurs, mal distillés, non rectifiés ou additionnés de substances aromatiques qui masquent leur gmit désagréable et qui parfois par elles-mêmes ajoutent à leur toxicité.
Les maladies si nombreuses causées par l’alcool sont au premier chef des maladies évitables; mais le vieux dicton « qui a bu boira » est toujours vrai; aussi pour restreindre les ravagées de 1 alcoolisme, faudrait-il adopter un certain nombre de mesures, la plupart destinées à défendre l’individu contre luimême (diminution du nombre des cabarets et augmentation du prix de l’alcool) ; d autres destinées à réduire au minimum les dangers de l’alcool qui serait consommé quand même (rectification obligatoire de tous les alcools destinés à la consommation).
Travail et surmenage. — Le travail n est pas seulement un devoir, il est un besoin pour 1 homme, mais, de même que l’oisiveté, 1 excès de travail ou surmenage lui est nuisible et certains travaux 1 expo-
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sent à des dangers dont il peut éviter les funestes conséquences, à des maladies par conséquent évitables. Le surmenage est en même temps qu’une cause directe de délibitation de l’organisme, une cause prochaine d’infection en ce qu il prépare et favorise l’invasion de l’économie par les germes morbides. Des expériences nombreuses, celles notamment de Gharrin et Roger, de Roux et Nocard, qui ne laissent pas de doute à ce sujet, sont venues confirmer les résultats d’observations faites dès longtemps, particulièrement dans l’armée. Elles ont même montré que des animaux normalement réfractaires à certaines maladies devenaient aptes à les contracter par le surmenage.
Chez les enfants et chez les femmes en particulier (1) et chez les hommes adultes travaillant dans un air confiné, il a les plus fâcheuses conséquences. Le moyen de les éviter est dans une bonne législation et surtout dans une bonne réglementation du travail, une bonne installation des manufactures et des ateliers, une bonne distribution du temps et un bon emploi des heures de repos.
Lésions et intoxications professionnelles. —
(1) Ni l’enfant ni la femme ne doivent participer au travail de nuit. La femme doit, pendant six semaines au moins avant et après la naissance d’un enfant, être dispensée de tout travail industriel et de tout travail violent quel qu’il soit; sa santé et celle de son enfant l’exigent.
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Il a été dit : « toutes les industries sont insalubres » ; cela est vrai dans une certaine mesure : la vie des champs seule est la vie salubre ; mais avec des ateliers bien organisés et certaines précautions prises tant par l’industriel que par l'ouvrier, les industries meme dangereuses par elles-mêmes peuvent devenir inoffensives.
Parmi les lésions professionnelles (nous n’avons pas à parler ici des accidents), les plus fréquentes sont celles causées par les poussières et ces lésions sont d’autant plus prononcées que ces poussières sont plus dures. Elles provoquent dans les voies respiratoires une irritation qui aboutit directement à une lésion ou qui ouvre la porte aux microbes et aux inflammations qu’ils provoquent, aussi voit-on la phtisie fréquente chez les tailleurs de pierres dures, chez les aiguiseurs; mais il suffit que la pierre soit maintenue humide pendant la taille ou l’aiguisage pour que ce danger disparaisse à peu près entièrement et que la maladie soit évitée. L’aiguiseur à sec ne dépasse guère 45 ans, l’aiguiseur à l’humide dépasse 07 ans.
Dans les industries qui provoquent des dégagements de poussières ou de vapeurs toxiques, les ateliers et les établis doivent être munis de ventilateurs spéciaux entraînant l’air vicié au dehors avant qu’il ait pu être respiré par les ouvriers ; quand ces
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systèmes d’éloignement des poussières ou des vapeurs ne sont pas applicables, le port d’un masque respirateur filtrant l air devant la bouche et le nez, permet d’éviter les maladies, lésions ou empoisonnements, qui résulteraient de leur entrée dans les voies respiratoires.
Pour les ouvriers qui manipulent des substances toxiques, qu’elles donnent ou non des poussières, il faut, d’une manière générale, pour éviter les empoisonnements professionnels : avoir un vêtement spécial pour l’atelier, blouse de travail, ne pas manger dans l’atelier, ne manger qu’après s’être lavé les mains et les ongles à la brosse et, dans certains cas, porter pendant le travail un masque respirateur qui purifie l’air de ses poussières, sans gêner en rien la respiration (1).
Les jeunes filles, les femmes, les enfants ne doivent pas être employés dans ces industries.
(1) Un ouvrier travaillant au broyage des couleurs depuis quinze ans dans un air chargé de poussières plombiques est atteint d’accidents divers (liséré des gencives, état général mauvais, tremblement des mains, paralysie commençante, amaigrissement de 2 kilos 1 /2 en deux ans, affaiblissement très marqué). En quelques mois il a repris ses 2 kilos 1/2 perdus et en un an il a augmenté de plus de 4 kilos ; tous les symptômes de maladie ont disparu ou considérablement diminué grâce à la précaution prise de porter un masque respirateur (purifiant l’air des poussières métalliques) pendant le travail et de se laver régulièrement les mains avant chaque repas. (Ch. Brigogne.)
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11 y a lieu en outre de prendre pour chacune d'elles des précautions spéciales, usage du lait en boisson, lavage des mains et de la figure à l’eau sulfureuse par exemple pour le travail du plomb. On peut être assuré que, grâce à elles, les maladies si fréquentes résultant de ces industries pratiquées sans prévoyance sont absolument évitables.
De l’eau considérée comme agent de transmission DES MALADIES ÉVITABLES SPÉCIALES. —
Son influence sur l’état sanitaire. — Moyens d’épuration.
De tout temps on a reconnu l’influence de l’eau sur la santé et l’importance de l’eau pure surtout en temps d’épidémies, si bien qu’alors quon ignorait les causes de celles-ci on a maintes fois accusé les sorciers et même les médecins de les avoir provoquées ou entretenues en empoisonnant les puits.
L’eau, en effet, est le grand facteur de la transmission des maladies infectieuses les plus importantes, fièvre typhoïde, choléra, dysenterie et probablement l’un des facteurs de l’infection paludéenne (fièvre des marais). On y a souvent trouvé les germes de ces maladies et de plusieurs autres ; quelques-uns d’entre eux y vivent et peuvent même s’v propager ainsi que les œufs du peu près tous les
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vers qui envahissent l’organisme humain : aussi al-on cherché, et doit-on chercher, principalement dans les villes et les agglomérations de quelque importance, à remplacer l’eau des puits ou rivières par les eaux de source, pures, bien captées et protégées contre toute souillure.
Quelques exemples suffiront à montrer le danger d’une mauvaise eau et l’importance de la distribution d’eau pure sur la santé publique.
A Angoulême, jusqu’en 1889, la ville ne recevait que de l’eau de rivière polluée par des eaux d’égout et des liquides provenant des fosses d’aisances. De 1886 à 1889, il mourait à Angoulême, dans la population civile seule, en moyenne 70 personnes par an de la fièvre typhoïde. En août 1889, l’eau de source remplace l’eau de rivière. Dans les 12 mois qui suivent (de septembre 1889 à août 1890), il n’y a plus que 14 décès, et pourtant une partie de la population, malgré l’amenée d’eau de sources, consomme encore de l’eau puisée dans de nombreux puits particuliers.
La garnison, au contraire, qui n’use plus que de l’eau de source et qui comptait tous les ans en moyenne (de 1880 à 1889) 240 malades et 36 décès par fièvre typhoïde, ne compte plus, de septembre 1889 à août 1890, que 7 cas et pas un décès.
A Rennes, l’eau de source est amenée en 1883.
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Jusqu’alors, de 1870 à 1880, Rennes perdait par fièvre typhoïde en moyenne 73 individus par an ; depuis lors, de 1883 à 1889, elle n’en perd plus qu’une moyenne de 32 par an. Dans la population militaire, l’amélioration est plus sensible encore : la mortalité moyenne, qui était de 67 dans les treize années de la première période, tombe à 6 pendant les sept années qui suivent l’usage exclusif d’eau de source.
Les statistiques du ministère de la guerre, celles du Dr Schneider et tout particulièrement celle du médecin-inspecteur- général Dujardin -Beaumetz, l’instigateur de ces mesures dans les casernements, démontrent péremptoirement les heureux effets de la substitution de l’eau pure aux eaux quelconques antérieurement en usage dans les garnisons.
Quelques chiffres empruntés à celle-ci sont particulièrement intéressants à signaler :
En 10 ans :
(De 1876 à 1885 inclus) on comptait dans l’armée. 111.788 cas.
Soit comme moyenne annuelle 11.178 —
De 1885 à 1888, il y a diminution progressive dans
les garnisons de France
Et en 1888, le nombre des cas est réduit à 5.000 —
Depuis 1888, il s’abaisse encore progressivement pour arriver en 1895 à 2.855 —
A la campagne, des faits analogues ont été constatés. L’interdiction absolue de l’usage de l’eau de certains puits ou leur fermeture ont parfois
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fait cesser immédiatement une épidémie commençante de fièvre typhoïde.
Quand, en 1886, le choléra a envahi quelques localités de la Bretagne, M. Gharrin a arrêté l’épidémie qui menaçait d’envahir la France entière en faisant fermer les puits dont l’eau était déjà souillée parles