ANGOULÊME RENNES EN FRANCE
Fig. 2. — Tracés montrant la diminution de la fièvre typhoïde après le remplacement de l’eau de puits ou de rivières par de l’eau de source.
infiltrations des matières fécales des premiers malades et contenait ainsi des germes cholériques.
En campagne, on a vu le choléra apparaître, cesser et reparaître, suivant que les hommes puisaient l’eau au-dessus et au-dessous des villages ou agglomérations contaminés et cesser définitivement le jour où ils ont uniquement puisé leur eau au-dessus de
EAU
ces agglomérations. Dans ce cas aussi, les eaux étaient souillées parles germes cholériques apportés par les infiltrations des fosses d’aisances, des feuillées ou du sol sur lequel les matières fécales étaient déposées.
L’amenée d’eau de source a précisément pour avantage d’éviter la souillure par les fosses d’aisances de l’eau de consommation en môme temps que, mettant plus d’eau à la disposition de chacun, elle facilite les soins de propreté de la maison et de la rue qui ont sur la santé une influence très considérable. Il faut seulement que l’eau employée, chargée d’impuretés, soit amenée par un système bien compris de caniveaux ou d’égouts jusqu’à un point ou elle ne peut nuire, afin d’éviter la contamination du sol et du sous-sol et par là ultérieurement celle des habitants.
Les exemples des dangers d’une mauvaise eau et des avantages de l’eau pure ou purifiée pourraient être indéfiniment multipliés, mais inutilement, car ceux qui viennent d’ètre cités sont assez probants. Il y a plutôt lieu de préciser les moyens à employer pour purifier une eau suspecte.
Purification de l’eau. — La purification de l’eau peut se faire par des procédés physiques ou par des procédés chimiques, ou par l’association des procédés chimiques et physiques.
PURIFICATION DE L’EAU
Les procédés physiques sont Y ébullition et la filtration.
L’ ébullition est de tous les procédés le plus commode et le plus sûr et il a le grand avantage d’être à la portée de tous. L’ébullition doit durer 10 à 15 minu-
Fig. 3. — Eau de la Seine à Chaillot vue au microscope.
tes au moins; les microbes ordinaires et les microbes générateurs de la plupart des maladies ainsi que les spores sont détruits par l’ébullition prolongée. Quant à la mauvaise réputation faite à l’eau bouillie d’être désagréable au goût et lourde à l’estomac, elle n’a rien de fondé en pratique, car il suffit de faire
PURIFICATION DE L’EAU
bouillir 1 eau dans un vase très propre pour qu elle n ait pas de mauvais goût et de la faire bouillir plusieurs heures avant l’usage (en la laissant jusquelà recouverte par une feuille de papier ou un couvercle quelconque empêchant l’accès des poussières) pour qu’elle soit suffisamment aérée et ne soit pas lourde à l’estomac.
La filtration , telle qu’elle doit être comprise en hygiène, est une opération qui a pour but et doit avoir pour effet de débarrasser l’eau de toutes ses impuretés, de la rendre limpide, incolore, sans saveur désagréable, suffisamment aérée, sans microbes dangereux, sans excès de matières organiques. Il ne faut donc pas la confondre avec la simple clarification qu’on peut obtenir par décantation après repos, par passage à travers du sable, du charbon, des éponges, etc. Dans la nature, cette filtration se fait à travers d’épaisses couches successives du sol dont les plus superficielles seulement contiennent des germes morbides divers.
En pratique, elle s’opère par des moyens différents, suivant qu’il s’agit de donner de l’eau à une ville ou simplement à une famille, mais quels qu’ils soient, les filtres employés jusqu’à présent ne donnent jamais une sécurité complète ; aucun d’eux ne fournit une eau aussi bonne qu’une eau de source pure et aussi sûrement stérilisée que l’eau bouillie ;
PURIFICATION DE L’EAU
c’est d’ailleurs l’avis tout récemment exprimé par M. A. -J. Martin, rapporteur du concours ouvert par la Ville de Paris pour Y épuration et la stérilisation des eaux de rivière destinées à la boisson :
« 5° conclusion : Lorsque, dans une agglomération limitée, telle qu’une école, un lycée, une caserne, un hôpital, etc. (à plus forte raison une simple famille), l’eau distribuée est suspecte ou manifestement souillée, il faut alors, quand elle doit servir comme eau de boisson, la faire préalablement bouillir et la maintenir après à l’abri des poussières atmosphériques. Il convient , en pareil cas, de proscrire tous procédés de filtration ou d'épuration jusqu ici connus , dont l'entretien , le nettoyage et la surveillance sont pratiquement irréalisables. »
C’est aussi, semble-t-il, l’avis de la direction du service de santé de l’armée qui, bien que pouvant, mieux que partout ailleurs, exiger dans les casernes un nettoyage régulier des filtres, parait tendre à leur substituer de jour en jour des stérilisateurs par la chaleur qui ont donné d’excellents résultats à Évreux, àLure, en Tunisie, dont les garnisons étaient auparavant décimées par la fièvre typhoïde. Un modèle très économique fonctionne actuellement au Val-de-Grâce.
Sous la réserve de ces observations générales, on peut dire que parmi les meilleurs filtres figurent
PURIFICATION DE L’EAU
ceux qui sont spécialement constitués par des bougies ou vases en porcelaine poreuse, par une épaisse couche de grès, par des mélanges de grès, de charbon et d’amiante et ceux qui associent l’épuration chimique à l’épuration physique, mais que tous sont sujets à de fréquentes détériorations apparentes ou invisibles, et qu£ tous nécessitent des lavages trop fréquents et trop minutieux pour qu’ils donnent une sécurité absolue en temps d’épidémie. On ne peut les recommander que comme de bons moyens d’épuration relative à employer en temps normal.
Parler autrement serait entretenir des illusions dangereuses.
Les procédés chimiques servant à l’épuration de l’eau sont basés sur deux principes ditférents, les uns visent la précipitation des matières organiques de l’eau et, avec elles, des microbes (procédé assez analogue au collage des vins) ; les autres visent la destruction des matières organiques et des microbes» Les premiers ont pour agent spécial l’alun ; les seconds, les permanganates de potasse et de chaux* L'alun est employé à la dose de 25 à 50 centigrammes par litre soit seul, soit, ce qui est préférable, associé à 0gr, 10 ouOgr,15 de carbonate de soude (soit, par exemple, 2gr,50 à 5 grammes d’alun et 1 gramme de carbonate de soude pour 10 litres d’eau).
On ajoute à l’eau l’àlun ou l’alun et le carbonate
PURIFICATION DE L’EAU
de soude, on agite, puis on laisse reposer, pendant vingt-quatre heures s’il n’y a que de l’alun, pendant douze à quatorze heures si à l’alun on a ajouté du carbonate de soude.
Le prix de revient de cette épuration est insignifiant, un sou environ pour 100 litres.
Le permanganate de potasse qui est justement considéré (avec le permanganate de chaux) comme le meilleur agent de destruction des microbes agissant par oxydation est ajouté à l’eau, à raison de 0,05 pour 1 litre d’eau stagnante (soit 5 grammes pour 100 litres), et de 0,02 pour 1 litre d’eau de rivière (soit 2 grammes pour 100 litres). Ainsi employé, il réalise une épuration microbienne et organique complète, mais il laisse à l’eau une coloration rouge qu’il faut faire disparaître en la filtrant à travers du charbon de bois concassé ou de la braise de boulanger. Cette épuration est très peu coûteuse en raison de la faible quantité employée d’un produit qui coûte environ 3 francs le kilogramme et peut être très utilement employé.
MALADIES ÉVITABLES SPÉCIALES