‹ Les maladies évitablesChapitre 13 sur 62 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les maladies évitables spéciales font encore aujourd'hui un très grand nombre de victimes par le fait de l’ignorance ou de l’insouciance des populations. — Exemples.

Quelques exemples suffiront à montrer les avantages des pratiques antiseptiques et le danger de ne pas les appliquer à l’occasion.

Un grand nombre de maladies, compliquant les opérations ou les blessures, faisaient autrefois dans les services de chirurgie les plus grands ravages,

(I) Par pratiques antiseptiques, on entend des pratiques ayant pour but et pour résultat d’empêcher l’invasion de l’organisme par les microbes nuisibles et de détruire ceux-ci sur le malade et sur ce qui l’entoure. Les pratiques de désinfection s’appliquent exclusivement à la destruction des microbes et germes divers des maladies.

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telles l’infection purulente, l’érysipèle, la pourriture d’hôpital, la gangrène gazeuse, la fièvre des accouchées, etc., etc. Elles ont à peu près disparu aujourd’hui et la gravité des opérations et des blessures a ainsi considérablement diminué.

Dans les fractures compliquées, la mortalité est tombée de 40 p. 100 à G p. 100.

Dans les plaies des grandes articulations, elle est tombée de 85 p. 100 à 16 p. 100.

Dans les opérations les plus importantes (sur le ventre notamment), de 85 p. 100 à 5 p. 100.

Dans la fièvre puerpérale (empoisonnement des accouchées), de 20 p. 100 à 0,5 p. 100 dans les hôpitaux.

Les résultats n’ont pas encore été aussi brillants en médecine qu’en chirurgie et en accouchements, parce que le médecin ne peut être là pour appliquer constamment au malade et à son entourage l’antisepsie (1) qu’il prescrit, tandis qu’il suffit au chirurgien et à l’accoucheur de l’appliquer lors des opérations et des pansements qu’il lui fait lui-même. Aussi voit-on, faute d’un concours nécessaire de la part du public, les maladies évitables spéciales causer encore presqu’autant de décès que les maladies inévitables.

(1) Antisepsie signifie destruction et préservation des agents de contagion et d’infection qui créent et propagent les maladies.

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L’homme, dans ce cas, ne fait que récolter ce qu’il a semé ; en voici la preuve :

La variole faisait autrefois de nombreuses victimes, tuait, aveuglait ou défigurait des populations entières ; la mortalité s’élevait à GO p. 100 des cas environ.

Depuis la découverte de la vaccine et la pratique de la vaccination, le nombre des varioleux a partout diminué et, de nos jours, en proportion des précautions prises de vaccination et de revaccination, les formes graves qui étaient la règle sont devenues des exceptions; néanmoins la variole cause encore en France de 10,000 à 12,000 décès tous les ans, tandis qu’elle a presqu’entièrement disparu des pays ou des groupes d’individus chez lesquels on pratique systématiquement la vaccination et la revaccination (1) telle l’Allemagne, où elle ne cause qu’environ 100 décès par an, la Compagnie des chemins de fer de l’Est où, sur 3,500 agents, il n’y a pas eu depuis plusieurs années un seul décès par variole.

La variole peut donc diminuer dans une grande proportion et complètement disparaître un jour, à la

(1) Pendant la guerre de 1870, tandis que la variole ne faisait que 314 victimes dans l’armée allemande, dont les hommes avaient été, à peu près tous, revaccinés, elle en faisait 23,649 parmi nos soldats, qui, hâtivement appelés ou rappelés et arrivant de points divers du territoire ou sévissait la variole, étaient, en raison de nos désastres, incorporés au plus tôt parmi les combattants, sans que les vaccinations ou revaccinations aient pu être régulièrement opérées.

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condition que chacun soit vacciné dans son enfance, se soumette tous les 10 ans environ à la pratique, d’ailleurs très bénigne, de la revaccination, et seconde ainsi les efforts de l’Administration qui exige la vaccination et la revaccination des élèves des écoles et de tous les militaires, de ceux de l’armée territoriale aussi bien que de ceux de l’armée active.

Choléra. — En 1892, à Dieppe, malgré la recommandation faite par le médecin de ne pas manger dans la chambre d’un cholérique, trois menuisiers prennent leur repas dans la chambre d’un camarade mort du choléra qu’ils viennent d’enterrer ; ils meurent tous les trois du choléra dans les vingt-quatre heures.

La même année, un habitant d’Aubervilliers vient à Gonesse ; atteint de choléra, il entre aussitôt à l’hôpital et meurt ; le médecin recommande de brûler immédiatement les vêtements ; au lieu de cela, celui qui en est chargé, voulant les garder, les porte chez lui et meurt dans les vingt-quatre heures, ainsi que sa fille, sa petite-fille et son gendre qui demeurent avec lui.

En 1883, à Hué, la garnison européenne de la résidence buvait de l’eau du fleuve ; pendant l’épidémie cholérique, le médecin major fait donner l’ordre aux hommes de se servir uniquement, et pour tous les usages, d’eau prise au-dessus des villages

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annamites infectés ; le choléra cesse aussitôt.

Quelque temps après il reprend; on constate alors que, par négligence ou paresse, les hommes prennent beau au-dessous des villages ; on donne de nouveaux ordres très sévères, l’eau est prise au-dessus des villages, le choléra cesse et les hommes, convaincus cette fois, ne s’exposent plus à l’épidémie qu’ils savent pertinemment pouvoir éviter.

Diphtérie. — Un enfant meurt du croup dans un appartement de Paris ; les parents refusent de faire pratiquer la désinfection ordonnée par le médecin ; peu après un second enfant est pris et meurt; la désinfection est de nouveau refusée et la famille part pour la campagne avec le troisième enfant ; elle rentre 8 mois après à Paris, au commencement de l’hiver ; peu aprèsl’enfant est pris et meurt. Désolée, mais toujours aussi imprudente, cette famille quitte son appartement sans le faire désinfecter et envoie son mobilier maudit à l’hôtel des ventes !

Ne sont-ce pas là des exemples frappants de l’incurie, de l’insouciance du public et de sa complicité dans la propagation des maladies contagieuses et l’explosion ou les progrès des épidémies?

MICROBES

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