CHAPITRE XI
Par quels moyens s’oppose-t-on à la propagation des maladies contagieuses ? — Mesures sanitaires et précautions individuelles.
« En hygiène 'publique l'intérêt général et l'intérêt particulier sont solidaires. »
Les mesures sanitaires générales et les précautions individuelles sont nécessaires pour éviter les maladies transmissibles et empêcher leur propagation ; c’est ce qui nous fait dire qu’en hygiène publique l’intérêt général et l’intérêt particulier sont solidaires. Si, en effet, les mesures sanitaires générales empêchent les maladies de naître ou de pénétrer dans le pays, les épidémies de se déclarer ou de franchir les frontières pour nous arriver des pays étrangers, l’isolement des malades, l’antisepsie au cours de la maladie, la désinfection après la maladie empêchent les unes et les autres de se propager ; et, de même qu’il est plus facile et plus utile de garder des malfaiteurs dans une prison que de leur courir après et de les empêcher de nuire s’ils se sont évadés, de même il est plus facile et plus utile de se rendre maître des germes morbides en les confinant près d’un malade isolé et de les empêcher de nuire en les détruisant sur place qu’en les poursuivant un peu partout après les avoir laissés se disséminer.
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Ce qui a trait à Y hygiène 'publique concerne l’État, les départements et les communes.
Ce qui a trait à Y hygiène privée concerne le malade et son entourage.
Organisation et mesures sanitaires. — Pour sauvegarder la santé publique, nous avons en France : les services de l’Assistance et de l’hygiène publiques avec leur direction spéciale au ministère de l’Intérieur, le Comité consultatif d’hygiène à Paris et les conseils d’hygiène et de salubrité dans les départements, les commissions des logements insalubres, la loi du 30 novembre 1892 rendant obligatoire la déclaration des maladies contagieuses, et spécialement, en ce qui concerne l’armée et la marine, la direction du service de santé au ministère de la Guerre et le corps de santé militaire, le corps de santé de la marine et le corps de santé des colonies; en ce qui concerne les épidémies pouvant nous venir du dehors, des mesures d’ordre international appliquées aux frontières et le service de santé des ports ; en ce qui concerne les enfants du premier âge, la loi de protection dite loi Roussel ; en ce qui concerne les écoles, une série d’arretés émanant des ministères de l’Intérieur et de l’Instruction publique; en ce qui concerne les établissements industriels, des lois et des arrêtés limitant le travail des femmes et des enfants et soumettant
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à certaines obligations les industries dangereuses.
Les mesures sanitaires générales ont pour objet : 1° de fournir à l’homme de l’eau et de l’air purs et en quantité suffisante, de veiller à la salubrité des aliments, d’éloigner des centres habités les immondices et les déchets divers ; 2° de créer des moyens d’isolement et de désinfection pour éviter la dissémination des germes morbides et des maladies qu’ils entraînent, d’arrêter aux frontières les maladies ou épidémies signalées à l’étranger.
Avantages des mesures sanitaires. — Ces mesures, destinées à la protection des collectivités, ne peuvent être prises et appliquées que par l’Administration, mais celle-ci ne peut rien sans le concours des particuliers. En France, au nom de la liberté individuelle, on a trop souvent refusé de se soumettre aux nécessités de la salubrité publique, tandis que dans la plupart des pays, en Angleterre notamment, chacun admet avec raison que l’intérêt général doit, en pareille matière, primer l’intérêt particulier immédiat.
11 est difficilement admissible, en elfet, qu’alors que la loi oblige d’une manière générale « celui qui a causé un dommage par sdn fait, petr sa négligence ou par son imprudence à le réparer » (art. 1332 et 1333), qu’il n’en soit pas ainsi pdur ce qui concerne les maladies contagieuses ; il y et, toutefois, un ache-
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minement vers cette solution par la loi qui oblige à déclarer les cas de maladies contagieuses. Le public admet, en général, très bien et tend même de plus en plus à exiger que les pouvoirs publics assainissent les villes, fournissent aux populations des eaux de source, établissent des égouts, entretiennent la propreté des rues, mais il n’admet guère que ces améliorations entraînent pour lui une dépense ou une gêne, et il ne fait rien pour les faciliter; il faut pourtant qu'il soit bien convaincu que tout 'progrès en hygiène est un gain sur la mort et que toute dépense servant à V amélioration de l'hygiène publique est une économie.
L’Angleterre, la Belgique, l’Allemagne, les États- Unis, la Hollande qui se sont particulièrement préoccupés de l’hygiène publique depuis quelques années et notamment de l’assainissement des villes et de la préservation des maladies contagieuses, en fournissent des preuves très instructives.
En Angleterre, jusqu’en 1875, la mortalité était de 22 p . 1000 environ ; depuis 1875, époque où de grands travaux d’hygiène ont été entrepris, la mortalité est tombée à 20,5 p. 1000 en 1880, à 19,5 p. 1000 en 1885, à 17,9 p. 1000 en 1889.
Le total des existences sauvées ainsi de 1881 à 1889 a été de 858,591.
A Londres, en particulier, où l’hygiène était dé-
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plorable il y a un siècle, la mortalité atteignait 50 p. 1000, elle est progressivement tombée depuis à 19 p. 1000, et la durée moyenne de la vie de ses habitants s’est accrue de 8 ans.
A Bruxelles, ville de 180,000 habitants, de très importantes améliorations hygiéniques ont été réalisées depuis 25 ans ; grâce à elles la mortalité qui était à cette époque de 31 p. 1000 est tombée à 22,9 p. 1000 et les maladies contagieuses qui causent à Paris 25 décès pour 10,000 habitants, n’en causent plus à Bruxelles que 17.
En Allemagne, même résultat, particulièrement en ce qui concerne la fièvre typhoïde et la tuberculose. Dans un grand nombre de villes d’Allemagne et d’Autriche, la mortalité a diminué en 10 ans de 20,30 et 40 p. 1000 de ce qu’elle était avant l’exécution des travaux d’assainissement et l’adoption générale des mesures de préservation individuelle. Partout on a constaté que les heureux effets de l’assainissement ont été d’autant plus accusés que les règles de la préservation individuelle et familiale ont été mieux observées.
En France nous sommes en retard, il faut le reconnaître, et d’après le calcul de M. H. Monod, nous pourrions facilement sauver 130,000 existences par an. Il faut toutefois reconnaître que la situation s’améliore de jour en jour, et notamment qu’à
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Paris, la mortalité, qui était de 25,37 p. 1000 j en 1880, n était plus que de 21 p. 1000 en 1893 et de 20,3 p. 1000 en 1894.
Ces chiffres 'suffisent à prouver la vérité de la première assertion : « Tout progrès en hygiène est un gain sur la mort ». Pour justifier la seconde :
« Toute dépense servant à l’amélioration de l'hygiène publique est une économie », il suffit de rappeler que la valeur d’un individu adulte, calculée d’après ce qu’il a coîité et ce qu’il pourrait produire est en moyenne de 3,500 à 3,750 francs. D’après ces chiffres, d’une exactitude reconnue, l’Angleterre a fait, de 1880 à 1889, une économie de 3 milliards 200 millions environ, et la France pourrait faire une économie annuelle de 500 millions environ en prenant toutes les mesures de défense pour la vie de ses enfants, et nous ne tenons pas compte dans cette évaluation des invalidités permanentes et des journées d’incapacité de travail causées par des maladies évitables qui se terminent par la guérison.
A tous ces points de vue, les bienfaits des me^ , sures propres à empêcher l’éclosion et la propa-^ gation des maladies transmissibles, isolement* j antisepsie, désinfection, sont indéniables.
(Par isolement, on en tend l’éloignement ou tout au moins la séparation de l'individu malade et des individus sains ou malades qui l’entourent;
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Par antisepsie, on entend l’ensemble des moyens aboutissant à l'éloignement ou à la destruction des microbes, de leurs spores et de leurs produits de